Espaces numériques d'information et de coopération

par Jean-Philippe Accart

En novembre 2001, l’université de technologie de Troyes organisait le colloque « Coopération, innovation et technologies ». Ce numéro de l’excellente revue Document numérique est conçu comme le prolongement des réflexions qui s’y sont tenues et n’est pas la compilation de différentes communications. C’est donc une démarche intéressante qui se veut à la fois réflexive et prospective sur un thème dont l’importance est croissante : les espaces numériques d’information, auquel vient s’adjoindre celui de la coopération.

Dans l’introduction, les directeurs scientifiques de ce numéro insistent sur leur souhait d’une approche transdisciplinaire du thème. Diverses communautés scientifiques ont ainsi collaboré : ergonomes, informaticiens, linguistes, sociologues, chercheurs en sciences de l’information ou en intelligence artificielle. Les derniers travaux relatifs au sujet traité sont exposés du point de vue des sciences de l’ingénieur, des sciences de l’information et de la communication et des sciences humaines.

M. Marcoccia (université de technologie de Troyes) montre l’émergence du rôle de l’animateur dans un forum de discussion, prenant l’exemple d’un forum usenet non modéré. Le forum de discussion est pris ici en tant que document numérique dynamique. L’animateur, même occasionnel, doit présenter un « comportement communicationnel » (diriger, organiser, modérer la discussion), prendre le leadership. Pour l’auteur, le forum est produit par un processus d’écriture collective et interactive.

I. Boydens (université libre de Bruxelles) propose un ensemble de recommandations conceptuelles, suite au déploiement coopératif d’un dictionnaire électronique de données administratives : traitement de l’information structurée, non structurée, semi-structurée ; mise en place de tables de paramètres, d’un système de workflow afin de valider les définitions.

J.P. Cahier et M. Zacklad (université de technologie de Troyes) expliquent comment organiser l’information commerciale sous forme de « catalogue actif » : ils appuient leur démonstration sur l’ingénierie des connaissances, un expert examinant les documents selon de multiples points de vue.

S. George (université du Maine) et P. Leroux (Télé-université du Québec) étudient le document numérique dans un espace de communication donné, l’apprentissage collectif à distance : création, conception, gestion de documents vont servir à analyser les comportements sociaux des apprenants.

Deux équipes de chercheurs (INRIA et Institut d’informatique de Porto Alegre au Brésil) présentent un environnement coopératif pour la création de documents dans le cadre de l’enseignement assisté par ordinateur (EAO) : l’emploi des standards web, XML, SMIL… allié à un système de workflow pour la coopération entre auteurs leur permet de proposer une solution simple et utile.

R. Naveiro (université fédérale de Rio de Janeiro), P. Brézillon (Laboratoire d’informatique de Paris VI) et R. S. Filho (université fédérale de Juiz de Fora au Brésil) présentent le projet SisPro, basé sur un environnement web afin de permettre à des spécialistes de différentes disciplines de travailler de manière virtuelle. S. Gomes et J. C. Sagot (université de technologie de Belfort-Montbéliard) montrent comment une chaîne XAO, s’appuyant sur des documents numériques, permet de co-concevoir un projet, un produit, un process et les activités associées. B. Eynard, M. Lemercier, N. Matta (université de technologie de Troyes) utilisent la mémoire de projet alliée à la technologie web et au langage XML afin de capitaliser les connaissances.

J. Golebiowska, R. Dieng-Kuntz, O. Corby (INRIA) et D. Mousseau (Renault) présentent Samovar, un outil de capitalisation des connaissances dans le domaine de l’automobile, lui aussi basé sur la mémoire de projet. Un outil de traitement linguistique sur un corpus textuel permet de structurer les connaissances : la recherche d’information est possible grâce à un moteur de recherche intégré, Corese. S. Bekhti, N. Matta (université de technologie de Troyes), B. Andéol, G. Aubertin (Institut national de recherche et de sécurité) appuient également leur démonstration sur la notion de mémoire de projet, et proposent un processus dynamique de modélisation des connaissances en deux étapes : retranscription directe et structuration des connaissances.

Enfin, I. Boughzala, M. Marcoccia et H. Atifi (université de technologie de Troyes) rendent compte d’un programme de recherche visant à concevoir un service NTIC favorisant la coopération entre différentes entreprises de la filière textile de Champagne-Ardenne. Ils décrivent la modélisation des échanges de documents numériques et l’apport de l’analyse conversationnelle des réunions de travail dans la conduite de projet.

L’intérêt majeur de ces contributions est la multiplicité des approches possibles, des coopérations à partir du document numérique. Celui-ci engendre des manières de travailler « ensemble » en utilisant les technologies et les réseaux. Il existe une communauté d’intérêts autour du traitement et de la structuration des documents numériques, faisant appel à l’informatique, aux standards actuels d’échanges d’informations, aux bases de connaissances. La mémoire de projet est un thème récurrent car elle mobilise diverses aptitudes et techniques.

Même si parfois certaines contributions à cette publication sont très techniques, il reste que l’on peut se rendre compte des méthodes et outils employés par les chercheurs et les entreprises pour résoudre des problèmes complexes. Le lien entre information, connaissance et informatique apparaît ainsi plus évident.