Retour sur la 34e conférence annuelle d’EBLIDA
Prague, République tchèque – 20-22 avril 2026
Alors que notre monde est traversé par de nombreux bouleversements, la notion de développement durable devient un concept incontournable pour réfléchir et limiter l’impact de nos activités. Le monde des bibliothèques n’y déroge pas et c’est autour de ces thématiques que le 34e congrès d’EBLIDA (European Bureau of Library, Information et Documentation Association) s’est tenu à Prague du 20 au 22 avril dernier, en pleine semaine 17 alors consacrée aux 17 objectifs de développement durable 1
Nés en 2015 à l’occasion du Sommet des Nations Unies sur le développement durable, les ODD ont vocation à inscrire les grandes orientations stratégiques en matière de développement durable à atteindre pour l’horizon 2030, se structurant autour de 17 champs d’action interconnectés et balayant des thématiques telles que la pauvreté, l’éducation, la préservation de la biodiversité, etc.
À l’agenda, des ateliers de réflexion collective, des conférences et des témoignages sur la manière dont les bibliothèques publiques européennes s’emparent du sujet et comment elles peuvent agir dans le sens d’une meilleure soutenabilité. Ce congrès fut l’occasion de nous interroger sur le rôle des bibliothèques et le sens à donner à leurs actions. À la lumière des ODD, qui ont rythmé les discussions durant les trois jours de congrès, il est difficile d’ignorer que les bibliothèques jouent un rôle central dans une approche durable de l’accès au savoir, à l’éducation et à une émancipation collective.
Figure 1. Affiche du 34e congrès d’EBLIDA

Source : EBLIDA
Les bibliothèques partenaires pour un monde plus durable
Le congrès d’EBLIDA démarre en posant le postulat initial des bibliothèques publiques comme acteur pivot, dans le contexte actuel de profondes mutations. À l’heure de l’avènement de nouvelles formes de discours, en partie influencées par l’intelligence artificielle, de la désinformation, de la tension autour de l’utilisation des ressources, le tout dans une société qui nous paraît de plus en plus fragmentée, la question du bien commun apparaît plus que jamais au cœur de nos préoccupations citoyennes. Les bibliothèques, parce qu’elles sont à la fois des lieux de vie où se rencontrent une grande diversité d’usagers et des institutions locales relais d’une politique publique, sont une expression de ce « bien commun » et s’avèrent être pertinentes pour proposer des voies d’action concrètes pour un développement durable.
De prime abord, cette assertion peut sembler évidente tant les missions et la philosophie qui animent les bibliothèques remplissent d’ores et déjà, naturellement, une grande partie des enjeux incarnés par les ODD. Les bibliothèques sont en effet des lieux d’accueil à tout type de public, un rare lieu pour lequel l’accès aux services est pour la grande majorité sans contreparties 2
Bien que la question de la gratuité des bibliothèques publiques se pose aujourd’hui dans un contexte de tension budgétaire, cette particularité des bibliothèques est un réel atout démocratique comme le souligne le rapport Strenghtening Europe through public libraries cité plus bas.
Un plaidoyer européen pour reconnaître le rôle des bibliothèques publiques
L’ensemble des éléments désignant les bibliothèques comme des actrices privilégiées du développement durable ont été évoqués à plusieurs reprises lors du congrès et furent autant de rappels d’une forme d’évidence contradictoire face à laquelle la réalité des moyens des bibliothèques les mène bien souvent à réduire l’ambition de leurs actions. À ces difficultés de ressources s’ajoutent parfois des contraintes issues de contingences politiques qui s’imposent aux bibliothèques dans l’exercice de leurs missions : la projection du film documentaire The Librarians 3
The Librarians (2025) suit le combat de bibliothécaires américains face à une vague de censure et d'interdictions de certains livres à partir de 2021 dans certains États des États-Unis. Face à la menace pour la liberté d’expression et de pensée, ces professionnels de l'information se mobilisent pour défendre et assurer le libre accès au savoir.
C’est pour répondre au mieux à tous ces défis que l’action des groupes de plaidoyer pour une reconnaissance plus juste du rôle des bibliothèques apparaît comme nécessaire. C’est d’ailleurs le travail qu’a mené le groupe européen de l’Open Method of Coordination (OMC), menant à la publication en juillet 2026 d’un rapport intitulé Strenghtening Europe through public libraries 4
Open Method of Coordination Group on the Role of Libraries (European Commission, Directorate‑General for Education, Youth, Sport and Culture), Strengthening Europe through public libraries: How sustained investment in public libraries and their multiple roles delivers social, cultural and democratic returns, Luxembourg, Publications Office of the European Union, 2026. En ligne : https://op.europa.eu/en/publication-detail/-/publication/623284d9-8184-11f1-bf5e-01aa75ed71a1/language-en ; DOI : 10.2766/1906144
European Commission (Directorate‑General for Education, Youth, Sport and Culture), « New EU report: The multiple roles of public libraries should be recognised and reinforced », Culture and Creativity – What's new / News, 17 juillet 2026. En ligne : https://culture.ec.europa.eu/whats-new/news/new-eu-report-the-multiple-roles-of-public-libraries-should-be-recognised-and-reinforced
L’objectif de ce rapport est d’inciter les décideurs politiques à une meilleure intégration des bibliothèques publiques dans les politiques publiques à l’échelle européenne et nationale. Reconnaître la juste place des bibliothèques dans ces écosystèmes et exploiter tout leur potentiel s’ouvre comme une voie prometteuse pour l’avenir.
Figure 2. Propos introductifs par la présidente d’EBLIDA, Erna Winters

Source : EBLIDA
De la pertinence d’une lecture basée sur des indicateurs internationaux
Force est de constater que les modèles et objectifs internationaux tels que les ODD sont parfois trop obtus et s’adaptent assez mal aux réalités de terrain. Les logiques de suivi des performances exigent souvent de tordre les indicateurs pour les faire répondre au mieux aux objectifs qui sont évalués ; poussant parfois les parties prenantes à se concentrer plus sur les mesures d’impact que sur l’observation des impacts réels.
La question de la certification aux ODD de l’ONU peut être un moyen de reconnaissance pour les bibliothèques qui ont la possibilité d’investir du temps et des ressources dans la démarche, comme ce fut le cas au Danemark où une initiative portée par la Danish Library Association et la Fondation Chora 2030 accompagne depuis 2021 les bibliothèques publiques danoises. Résultats en 2026 : plus de 40 % des bibliothèques publiques ont obtenu la certification 6
Sur la certification des bibliothèques publiques aux ODD au Danemark. DB2030 (Danmarks Biblioteksforening / DB2030), « SDG Certification », DB2030 – Network for libraries and actors working with the UN Sustainable Development Goals. En ligne : https://db2030.dk/sdg-certification/
Dans une perspective globale, les ODD offrent en revanche un cadre conceptuel intéressant pour guider l’action publique et créer un référentiel de travail harmonisé et commun à travers l’Europe, et ainsi catalyser des dynamiques d’inspiration mutuelle pour le développement durable : que proposent nos voisins dans leurs bibliothèques et comment l’expérimenter à notre échelle ?
La force des congrès européens : confronter les regards
La force d’un réseau européen de professionnels réside en partie dans la diversité des participants et à l’opportunité de recueillir des témoignages divers nourrissant une réflexion collective sur les enjeux qui traversent notre profession. La grande pluralité des contextes socio-économiques, politiques et culturels en Europe est de nature à offrir des récits, parfois très contrastés, nous invitant à décentrer notre regard de nos contextes locaux pour ouvrir nos perspectives.
Ainsi, le format de présentations éclair (5 minutes) sur des initiatives de développement durable à travers l’Europe proposé lors du congrès a permis de mettre en lumière des projets à l’impact local réel soulignant, de nouveau, l’ingéniosité et la résilience des bibliothèques en particulier dans des contextes inédits. Prenons pour exemple l’intervention d’Oksana Brui, présidente de l’Association des bibliothèques ukrainiennes, qui présentait les différentes actions de soutien psychosocial dans les bibliothèques à travers le pays 7
Oksana Brui et Oleg Serbin, « Psychosocial support in Ukrainian libraries in the context of sustainable development », Lightning talk, EBLIDA Annual Council & Conference, Prague, 20 au 22 avril 2026. En ligne : https://eblida2026.sciencesconf.org/data/pages/Lightning_04_Brui_Serbin.pdf
Le vaste panorama des actions menées en faveur du développement durable au sein des bibliothèques publiques européennes présenté lors de ce 34e congrès d’EBLIDA est une nouvelle preuve que la ressource dans les bibliothèques repose avant tout sur la capacité des personnes qui y travaillent à répondre aux besoins des usagers, et qui œuvrent pour en faire, quels que soient les défis, des lieux accueillants répondant aux enjeux de demain.
Figure 3. En bas à gauche, Amelle Meliani et Olivier Boudier (DCB35) pour la semaine 17 au congrès d’EBLIDA

Source : EBLIDA