La bibliothèque universitaire du campus d’Évreux : 30 ans d’évolution et d’innovation

Maxime Blin

La bibliothèque universitaire (BU) du campus d’Évreux est l’un des six établissements documentaires du service commun de la documentation (SCD) de l’Université de Rouen Normandie (URN). Géographiquement éloignée du cœur de l’université (60 km) et située dans un autre département (Eure), elle s’impose par son architecture remarquable sur le site de Tilly, l’un des deux sites composant le campus, le second étant celui de Navarre.

La bibliothèque a fêté en 2025 les 30 ans de son bâtiment, dessiné par les architectes Jean-Pierre Lott et Jean Dubus, et célèbre en ce début d’année 2026 les 30 ans de son ouverture à la communauté universitaire.

La BU en chiffres (2025)

4 personnels de la filière des bibliothèques + 4 moniteurs étudiants

1 073,72 m2

50 h 45 d’ouverture hebdomadaire

181 places assises (dont 106 places de groupe)

18 000 documents


Initialement dédiée au droit et aux sciences, auxquels s’ajoutent les sciences de l’éducation, la bibliothèque est aujourd’hui multidisciplinaire. Elle a su s’adapter aux évolutions des usages et aux attentes de ses publics, prenant le virage du numérique, des travaux de groupe et d’un équipement autant support des enseignements que vivier de découvertes pour les étudiants et le grand public. Elle est désormais à la confluence du documentaire, du numérique et du pédagogique, dépassant les notions théoriques de description des nouvelles bibliothèques (troisième lieu, lieu inspirant, désilotage, learning centers) pour l’envisager avec une capacité certaine à se réinventer en favorisant l’expérience.

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Figure 1. Vue extérieure de la bibliothèque universitaire du campus d’Évreux (2024)

Photo : Maxime Blin

Construire une BU

Au pied des coteaux calcaires de Saint-Michel, le site de Tilly occupe partiellement une immense parcelle à la riche histoire culturelle et patrimoniale, emblématique de la capitale de l’Eure, du XIIe siècle à nos jours. En effet, après plusieurs destructions de leur couvent survenues lors des sièges d’Henri Ier d’Angleterre et du roi de France Philippe Auguste, les religieuses de l’abbaye bénédictine Saint-Sauveur se voient offrir ce terrain pour bâtir leur nouveau monastère, à l’extérieur des murs de la ville. Elles feront de grands et fastes aménagements jusqu’à ce que leurs biens soient saisis à la Révolution française, moment à partir duquel l’ancien couvent devient maison nationale en étant attribué à l’armée. Les derniers vestiges monastiques sont rasés en 1810 lorsqu’une cavalerie s’y installe de manière pérenne. Il faudra pourtant attendre 1872 et la volonté du général de Cissey pour que d’immenses fonds soient débloqués afin de bâtir une véritable caserne de cavalerie, témoin d’une longue tradition équestre normande, et baptisée du nom du comte de Tilly, célèbre cavalier de la Grande Armée. De 1945 à 1991, le quartier Tilly accueille une succession de corps d’armées très divers : cuirassiers, tirailleurs marocains, groupement du Train, chasseurs à pied, compagnie de câbles hertziens, transmissions, services de réserve, circulation routière et essences de corps d’armée 1

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Maxime Blin, « Saint-Sauveur : une abbaye bénédictine féminine à Évreux », Connaissance de l’Eure, 2023, no 209, p. 23-40 • Jean-Louis Martin, Évreux : grandes et petites heures du quartier Tilly, tome 1 : de la Révolution à 1913 ; tome 2 : de 1914 à 1991, Louviers, Ysec éditions, 2002 et 2004.

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En 1990 est initié le plan de modernisation Armées 2000 qui prévoyait, notamment, le départ de l’armée du quartier de cavalerie Tilly. Un diagnostic technique et une étude d’une implantation universitaire sont confiés au cabinet Crystal qui présente une proposition en novembre 1990. En effet, dans le cadre du plan Université 2000, l’ouverture d’un premier cycle universitaire en droit est actée pour la rentrée 1990 dans les locaux de l’École normale d’instituteurs, futur Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM). Le cabinet de l’architecte Paul Chemetov, qui réalisera plus tard la médiathèque de la ville d’Évreux, mène une étude d’urbanisme des 55 000 m² disponibles. Un concours d’architecture sur esquisse est lancé : le 17 juin 1991, les architectes Jean Dubus et Jean-Pierre Lott sont retenus. C’est finalement un centre universitaire complet qui ouvrira à Évreux : le département de l’Institut universitaire de technologie (IUT) de Rouen – ouvert en 1985 – qui devient autonome en 1995, ainsi qu’une formation universitaire de premier cycle en droit et en sciences à partir de 1996. La première tranche des travaux n’incluant pas la bibliothèque, un espace documentaire temporaire est aménagé dans la grande salle du foyer étudiant en attendant la livraison de la future BU à la rentrée 1996.

Les travaux débutent après plusieurs études archéologiques, en 1993 puis 1994. Les courbes et les nervures bétonnées du bâtiment de la bibliothèque incarnent le geste architectural de Lott et Dubus. En raison du terrain, il est monté sur pilotis grâce à 38 pieux en béton armé. Le bâtiment est caractérisé par l’utilisation de la technique du béton moulé en place, chère aux deux architectes. Les deux arcs-voiles périphériques définissent le gabarit général de l’ouvrage. Ils supportent des poutres transversales précontraintes sur lesquelles la toiture est immédiatement coulée 2

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Un bâtiment similaire à la BU a été réalisé par les deux architectes entre 1997 et 2005 au lycée Galilée de Gennevilliers. Voir Emmanuelle Philippe et Marianne Mercier, « Lycée Galilée, Île-de-France, Hauts-de-Seine, Gennevilliers », Inventaire général du patrimoine culturel, 2020. En ligne : https://inventaire.iledefrance.fr/dossier/IA92002318

. La double luminosité latérale associée à la simplicité des sols lisses et du béton surfacé, décuplent la sensation de limpidité et de fluidité qui submerge le visiteur. Cette gigantesque coque de bateau retournée, longue de soixante-dix mètres, s’écarte sensiblement de la base au sommet mais tient grâce à une savante construction. Ouverte au public dès la fin de l’année 1995, la bibliothèque est inaugurée le 29 janvier 1997.

Jean-Pierre Lott, architecte

« La bibliothèque universitaire d’Évreux est le premier édifice que notre agence ait conçu et réalisé. Elle marque le début de notre intérêt profond pour ce type de programme.

Le bâtiment se distingue par une vaste voûte en béton armé, qui déploie un espace unique et généreux dédié aux collections. Nous avons choisi le béton armé pour sa grande plasticité : matériau malléable par excellence, il permet de traduire des formes abstraites en volumes construits, d’esquisser un dessin dans la matière même.

L’architecture sculpturale de la bibliothèque, comme celle de l’ensemble du campus, confère à l’édifice une forte présence urbaine et en fait un repère dans la ville.

La lumière joue un rôle essentiel dans l’expérience du lieu. Les deux flancs vitrés de la coque laissent pénétrer largement la lumière naturelle, créant un espace fluide et accueillant, ouvert sur son environnement et invitant à entrer.

Ces principes – la continuité spatiale, la clarté structurelle et la mise en valeur de la lumière – ont guidé nos réalisations ultérieures de bibliothèques, trente ans après ce premier projet. Parmi les plus récentes : le Studium à Strasbourg, le Centre culturel Nelson Mandela à Pantin, et la médiathèque de Vitrolles. »


D’une BU à l’autre : évolutions au fil des filières du campus

En 1996, les grands volumes de la bibliothèque sont meublés de grandes et lourdes tables en bois sur châssis en acier, des chaises de même et de rayonnages en acier noir. Les lignes de fuite sont nombreuses et les rayonnages sont placés en angles droits afin d’aménager de plus petits espaces de travail. La bibliothèque met à disposition des étudiants des ressources documentaires principalement en droit et en sciences.

Avec la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005, transformant les IUFM en écoles internes de leur université de rattachement, un rapprochement entre bibliothèques a pu être, dès lors, envisagé. Pour autant, il faut attendre 2011-2012 pour que cette fusion s’opère ; l’équipe de la bibliothèque, composée d’une bibliothécaire, d’un magasinier et d’un personnel administratif, voit le remplacement de l’agent de catégorie A par deux bibliothécaires assistants spécialisés. À cette occasion, les salles de lecture de la bibliothèque universitaire sont reconfigurées afin d’absorber les collections de l’IUFM : le mobilier originel est redéployé dans une seule salle de lecture, en le densifiant, alors que l’autre salle peut accueillir les rayonnages qui ont été déménagés avec leurs collections 3

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Jusqu’en 2022 et les grandes opérations de désherbage, il n’était pas rare de retrouver un document avec une estampille de l’École normale.

. C’est alors un grand changement pour l’équipe car il faut tenir compte des pratiques documentaires des publics de l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspé) mais aussi de la diversité des types de documents (ressources informatiques et coffrets pédagogiques, notamment).

Parallèlement, un Centre de documentation et d’information (CDI) rudimentaire est constitué pour venir en support aux cursus du site de Navarre, second site du campus : techniques de commercialisation, génie biologique, gestion des entreprises et des administrations, et mesures physiques. Il faut pourtant attendre 1999 pour voir la création d’un centre documentaire, d’abord constitué sur la base de nombreux dons, puis sur un budget fléché. Plusieurs centaines de volumes en droit, sciences économiques, agroalimentaire et des grands classiques de littérature générale sont ainsi mis à disposition des étudiants du site. Le centre de documentation périclitera en 2006-2007, avec un changement de personnel, avant que la majeure partie de ses collections soient transférées à la bibliothèque universitaire. Les relations documentaires entre les deux sites sont alors ténues, voire inexistantes, chaque département d’enseignement doit alors mettre à disposition de leurs étudiants des ressources de proximité 4

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Je remercie Karinne Hirel, qui a tenu le centre documentaire de 1999 à 2006, de m’avoir communiqué ces informations.

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Après plusieurs années de tergiversation, l’avenir de la bibliothèque universitaire semble être remis en cause avec la fermeture du cycle en droit et la fermeture de l’antenne de l’Unité de formation et de recherche (UFR), en 2017-2018. S’ensuivent une chute de la fréquentation et, dans une moindre mesure, une baisse du nombre de prêts ainsi que la perte de nombreux interlocuteurs qui s’investissaient dans la vie de la bibliothèque aux profits des étudiants. Une infime partie des collections est transférée à la BU Droit du SCD alors qu’une grande campagne de désherbage – qui allait concerner toute la BU quelques années plus tard – est menée afin de retirer des rayons les exemplaires surnuméraires et les manuels dont la date de péremption arrivait immédiatement. La politique documentaire est alors recentrée sur les fonds de sciences et paramédicaux.

À la fin du mois d’août 2019, la bibliothèque comme le site de Tilly ferment leurs portes pour une campagne de travaux de réfection et de mise en conformité, programmée sur plusieurs mois. Les locaux de la BU bénéficient alors d’un rafraîchissement général, d’une remise en peinture et du traitement de multiples désordres structuraux : reprise en pied d’ouvrage et de tous les faux plafonds, étanchéité de l’ensemble de la toiture et particulièrement de la verrière de la mezzanine. L’ampleur des travaux et la pandémie nationale de 2020 ont retardé la réouverture de l’ensemble en septembre 2021. Une « bibliothèque temporaire » a été installée dans une salle de cours du campus à la demande de l’Inspé, afin de mettre à disposition des étudiants la majeure partie des collections en sciences de l’éducation, puis en sciences à la suite d’une demande complémentaire. La remise en état des locaux s’est accompagnée d’une redistribution des cursus entre les deux sites du campus. Ainsi, le site de Tilly accueille désormais les départements Gestion des entreprises et des administrations et Techniques de commercialisation, ainsi que l’antenne de l’Inspé pour le premier degré.

Une BU résolument intégrée à son SCD : entre modernité et idéation

À partir du mois de mai 2021, à l’occasion d’une reconfiguration de l’équipe de la bibliothèque – désormais composée de deux bibliothécaires assistants spécialisés et deux magasiniers, occasionnellement renforcée par quatre moniteurs étudiants –, un vaste chantier de réappropriation des locaux a été initié. C’est l’occasion de proposer une nouvelle réflexion sur la division des espaces, la répartition des collections et de poser les bases d’une adaptation des services aux nouvelles filières tertiaires à proximité. Le renouvellement de l’équipe et le changement de direction du SCD ont permis de faire émerger une volonté d’une plus grande représentation de la BU dans les missions transversales du service commun. Par ailleurs, le besoin documentaire des étudiants et enseignants-chercheurs du site de Navarre étant manifeste, l’équipe a souhaité développer l’attractivité de la bibliothèque pour amener ces usagers à faire le déplacement dans les locaux.

Depuis 2022, la bibliothèque universitaire, résolument intégrée à toutes les activités du SCD, met en place les services transversaux à destination de la communauté universitaire, tout en travaillant à renforcer son implication territoriale en tant qu’unique équipement documentaire d’enseignement supérieur et de recherche dans le département. La démarche s’oriente autour de cinq axes de travail.

L’accueil comme démarche globale

À partir de 2021, au retour de la bibliothèque dans ses locaux et après une nécessaire réappropriation, l’équipe a travaillé à un réaménagement complet des lieux pour les adapter aux nouvelles filières du campus. En effet, le site de Tilly a vu s’installer les formations tertiaires de l’IUT qui ont des besoins pédagogiques différents liés aux formes d’apprentissage : travail en groupe, créativité, brainstorming, etc. Ne délaissant pas ses publics antérieurs, plus habitués aux longues séances de travail individuelles, la bibliothèque a dû faire coexister le travail individuel, calme par définition, et le travail dynamique que ce soit en groupe restreint ou en plus grand groupe.

La réflexion s’est nourrie de benchmarking, de groupes d’étude, d’observations réalisées in situ afin de détailler les comportements des différents usagers. Cela a permis d’établir une liste de besoins émergents, insoupçonnés, qui nécessitaient des espaces adaptés, tout en prenant en compte de potentiels conflits d’usages. Des modèles d’utilisation, suivant les moments de la journée et l’organisation des cursus universitaires, ont pu être détaillés. Les ateliers de groupe permettent aux usagers de devenir acteurs et moteurs du fonctionnement de la bibliothèque, au nom de l’intelligence collective.

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Figure 2. Vue de la salle de lecture basse, avec l’accueil à gauche (2025)

Photo : Maxime Blin

L’architecture intérieure de la bibliothèque est telle qu’il n’y a que très peu de murs séparateurs ; or, il était indispensable d’affirmer la fonction de chaque espace tout en favorisant la circulation, tant visuelle que mobile. Un grand travail de zonage a donc été produit, reposant sur une signalétique claire, des mobiliers spécifiques, prenant en compte les normes d’accessibilité et d’accueil des publics en situation de handicap. Ainsi, totalement renouvelées entre 2022 et 2025, les chaises et tables sont sur roulettes ce qui garantit une large capacité de modularité, permettant de créer plus ou moins de tables individuelles ou des îlots de groupe, et sont complétées par des séparateurs visuels acoustiques. Les usagers sont autorisés à déplacer leurs assises afin de favoriser les interactions et le confort de travail, dans la limite d’un espace dédié facilement repérable.

Par ailleurs, le long des grandes baies vitrées, les tables sont allongées pour que l’utilisateur puisse s’étendre de chaque côté d’un cahier ou d’un ordinateur et sont orientées vers la perspective dégagée de l’extérieur. Elles accueillent les plus longues durées de séjour. En complémentarité, du mobilier d’appoint a été installé à proximité immédiate des espaces de travail, dans des couloirs ou des dégagements, sans entraver la circulation et les conditions de sécurité, afin de permettre le très court séjour ou une pause dans le travail intellectuel ainsi que pour favoriser les rencontres et les échanges. Plus éloignés, fauteuils, canapé, banquette et méridienne ont été installés dans le « Petit salon », espace de sociabilité et de détente accessible dès l’entrée pour une installation rapide en intercours ou un séjour prolongé. Ce « Petit salon », situé à droite du circuit d’entrée dans les locaux, est amputé par la voûte du plafond qui descend jusqu’au sol ce qui ne facilite pas la circulation et a rendu difficile son aménagement. Le puzzle participatif qui y est installé fait naître des discussions improvisées, parfois entre des usagers qui ne se seraient jamais croisés. Il a été observé que les étudiants utilisaient à l’envie ces différents types de mobilier, parfois dans des positions incongrues ou seulement pour varier les postures, faisant de ces petits îlots des espaces multifonctions.

Dans la salle de lecture principale, le travail collaboratif, et donc à voix haute, a nécessité l’installation d’une cabine acoustique pouvant accueillir six personnes, équipée d’un écran et adaptée aux personnes à mobilité réduite (PMR). Une deuxième cabine, individuelle et adaptée PMR, a été installée à proximité. Une troisième est proche du « Petit salon ». Ces cabines sont des espaces rassurants, de coupure, qui sont utilisées par les étudiants en situation de grand stress ou qui ont besoin de se recentrer, voire de passer discrètement un appel ou d’assister à une visioconférence. La plupart de ces espaces sont réservables via l’application Affluences. Enfin, parce qu’il est possible pour tout un chacun de ne pas avoir envie d’interaction sociale, les circulations sont claires et dégagées : il est possible de traverser toute la bibliothèque depuis l’entrée sans passer obligatoirement devant l’accueil.

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Figure 3. Vue de la salle de lecture haute, les cabines acoustiques au fond (2025)

Photo : Maxime Blin

La prise en compte de ces nouveaux modes de travail, collaboratif et créatif, a fait émerger un besoin récurrent de prises de courant, de grands écrans, de surfaces d’écriture, de matériels numériques, etc. Une grande salle de travail en groupe a donc été aménagée dans l’ancienne salle des périodiques de Droit – supprimée avec la fermeture de l’antenne de l’UFR. La salle n’avait pas été réutilisée à cause d’une réverbération acoustique épouvantable qu’il n’était pas possible de déceler avant, puisque les rayonnages muraux faisaient office d’isolation. Un diagnostic préconisant l’installation de panneaux anti-réverbération a permis de concrétiser ce projet, financé sur la contribution à la vie étudiante et de campus (CVEC) : « La Ruche » est née. Composée de 2 îlots numériques de travail de six places, 1 îlot numérique de huit places et 1 dernier de douze places, la salle met à disposition des grands écrans mobiles et un grand écran tactile avec système de visioconférence, le tout complété par des tableaux blancs mobiles et des séparations acoustiques. L’ensemble du mobilier est ici aussi sur roulettes. Cet espace peut être considéré comme une salle d’innovation pédagogique, au sens où elle est réservable par les enseignants et enseignants-chercheurs pour des travaux dirigés (usage de la suite d’applications Visible Body sur l’écran tactile, par exemple), utilisée pour des ateliers pédagogiques lors des situations d’apprentissage et d’évaluation des BUT, ou lors des formations dispensées par la BU. Enfin, depuis la pandémie, une attention particulière est portée au bien-être étudiant et sur le lien, le plus souvent social, à construire. En ce sens, les espaces collaboratifs permettent indubitablement l’acquisition de compétences sociales.

De manière générale, chez tous les publics de la BU, le souhait de rompre avec l’esthétique clinique d’un intérieur totalement blanc en créant des ambiances variées a émergé. Ainsi, des codes couleur ont été introduits pour identifier les espaces tout en variant les textures de mobilier et d’amorcer un processus de végétalisation justifié par la promotion du développement durable.

L’équipe de la bibliothèque crée du lien avec la communauté étudiante et cela participe à la qualité de l’accueil. En effet, elle tient à garder une logique de « bibliothécaire volant », appelé localement « bibliothécaire en mouvement », ou de médiateur en cas de sollicitation, dans une démarche de service public. Ainsi, le port du badge, d’une doudoune en hiver, et le fait que les usagers connaissent les bibliothécaires et les reconnaissent – grâce aux formations notamment, pendant lesquelles un lien a pu se créer et faciliter le dialogue – renforcent cette possibilité de sollicitation facultative. Les agents réalisent également des rondes ou des « balades » pour remettre en place le mobilier, réagencer des livres, saluer des usagers, répondre à des questions, enclencher une interaction. Enfin, la qualité du service public est mesurée par une enquête de satisfaction disponible en permanence et par plusieurs enquêtes initiées à l’échelle du SCD. Localement, la politique de l’offre de services de l’équipe s’appuie systématiquement sur des enquêtes ou des ateliers de type design thinking.

La politique documentaire et la mise en espace des collections

En 2021, à la réouverture au public après travaux, les tablettes de plusieurs fonds étaient pleines et approchaient de la saturation, le plus souvent de collections périmées ou près de l’être, après deux années de fermeture. L’offre documentaire s’en trouvait illisible. Une opération de désherbage a donc été lancée pour compléter celle du fonds Droit en son temps et s’est prolongée jusqu’en 2023. Aujourd’hui encore, l’offre est importante, surtout en salle de lecture basse dans les collections dédiées à l’Inspé pour lesquelles les usagers souhaitent bénéficier de nombreuses références, le plus souvent en plusieurs exemplaires. Afin d’améliorer la lisibilité des collections et après une dotation en mobilier adapté, des documents sont souvent mis en valorisation dans le cadre de « Livres en scène », c’est-à-dire des sélections thématiques sur podiums mobiles dans une logique de marketplace. Les statistiques ont montré que cette mise en espace provoquait des prêts et augmentait le taux de rotation des collections. Cette pratique permet également de favoriser l’expérimentation et la manipulation grâce aux coffrets pédagogiques, aux modèles anatomiques ou aux jeux.

Parallèlement, pour les collections en sciences, gestion, langues et sciences sociales en salle de lecture haute, une logique chronologique et linéaire par indice Dewey avait toujours été retenue, ce qui plaçait les collections en gestion et sciences économiques vers le fond de la salle. Après observation des circulations des utilisateurs, il a été décidé de fragmenter l’offre documentaire en s’appuyant sur une signalétique de meilleure qualité et sur les formations de rentrée pour sensibiliser les étudiants à l’utilisation de la salle.

À plus forte raison, l’équipe a la volonté de rendre inspirants les espaces dédiés aux collections. Ainsi, les rayonnages sont hauts mais comblés selon un principe de remplissage maximum des tablettes de 70 % afin de laisser libre environ 30 % pour la valorisation des collections. La mise sur chevalets de documents, en les présentant de face, a pour but d’éveiller la curiosité, de permettre la découverte ou de stimuler les envies. Chaque chevalet est également personnalisé par une valorisation de ressources électroniques qui se découvre lorsque le livre physique a été prélevé. Une joue de rayon accueille également la « Bib en poche », une valorisation par signets avec QR code de ressources numériques dont l’existence est souvent difficile à faire percevoir aux usagers. Enfin, la tablette la plus basse est également réservée, lorsque cela est possible, à la valorisation ou à la mise de face des coffrets pédagogiques parfois lourds.

Une action culturelle, scientifique et technique pour animer le campus

Première opération mise en place à la réouverture de la bibliothèque, l’exposition sur l’histoire du site de Tilly a ancré le positionnement de la BU au sein du campus comme un partenaire d’animation culturelle. Conçue par la BU, elle fournit l’occasion de mettre en place des partenariats avec le territoire mais aussi de créer des articulations avec les autres services du campus. Parmi ces nombreuses coopérations, il est important de noter que les expositions sont imprimées en interne, dans une logique de mutualisation des moyens et de valorisation du cursus en packaging, emballage et conditionnement. Ainsi, le responsable technique de la halle packaging a conçu une tour Eiffel de plus de deux mètres de haut, éclairée de l’intérieur, pour mettre en valeur et appuyer scientifiquement l’exposition « Gustave et la tour Eiffel » présentée du 16 novembre au 15 décembre 2023. D’autre part, le laboratoire Polymères, Biopolymères, Surfaces (PBS, UMR 6270) a participé à différents événements de la BU en réalisant des impressions 3D : des os du squelette de Lucy dont les numérisations ont été fournies par l’Université du Texas dans le cadre de l’exposition « Une australopithèque à la BU », présentée du 19 février au 29 mars 2024, ou des supports spéciaux pour installer des merge cubes numériques accompagnant l’exposition « Les Architectes de la Paix », du 4 au 29 novembre 2024, labellisée 80 ans de la Libération.

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Figure 4. Visite de l’exposition « Les Architectes de la Paix », visionnage de l’extension numérique (2024)

Photo : Maxime Blin

L’inscription territoriale de la BU est également un point fort, et chaque programmation est l’occasion d’affirmer un principe d’interaction avec la société et d’une médiation scientifique avec tous les publics : la Fête de la science est l’occasion d’interagir avec un public de collégiens lycéens et le grand public ; la BU propose une exposition, des supports complémentaires et des jeux adaptés ; les écoles à proximité sollicitent également la bibliothèque pour participer aux manifestations. Ainsi, plusieurs expositions ont vu leur contenu augmenté d’une médiation à destination d’élèves de CE1 au CM2, en concertation avec les professeurs des écoles et leur projet pédagogique : l’exposition « Une australopithèque à la BU » a permis de réaliser des fouilles archéologiques au cœur de la salle de lecture principale, ou encore l’exposition « Blob ! Percez les mystères de cet être monocellulaire » a permis de suivre la croissance de la cellule en la photographiant quotidiennement. Enfin, les animations se font dans les espaces publics, à des moments propices, afin de décloisonner les pratiques et permettre à tous les usagers de venir à l’improviste.

À plus forte raison sur un campus de taille modeste (1 500 étudiants immédiats, 2 200 avec les établissements rattachés), la bibliothèque universitaire joue, certes, un rôle culturel mais aussi d’animation du campus par des actions de divers ordres : social avec l’organisation de différentes collectes, notamment de vêtements au profit d’une association locale ; favorisation de lien social en mettant à disposition un puzzle participatif ; pédagogique avec l’accueil de classes ou d’associations du territoire ; bien-être étudiant avec différents partenariats avec le service de santé étudiant et des manifestations sur le dépistage, la sophrologie ou des sujets de sociétés.

Une formation des usagers en plein développement

Avant 2021, la formation des usagers était principalement constituée de visites de la bibliothèque à destination des étudiants, avec présentation des locaux, des collections et des droits de prêt. En lien avec le service formation du SCD et depuis la rentrée 2025, la bibliothèque s’est investie dans un projet d’aide à la réussite étudiante (ARE) à l’échelle du service afin de proposer à tous les étudiants de 1re année une formation ludo-pédagogique. Celle-ci est composée d’un volet découverte des locaux, des collections et des services, et un volet de développement des compétences informationnelles essentielles. La formation est complétée par une visite virtuelle ludifiée disponible en ligne après authentification sur la plateforme Moodle de l’URN. Par ailleurs, un programme de formations est proposé à l’ensemble de la communauté universitaire : techniques de recherche documentaire, méthodologie à la rédaction de travaux universitaires, Zotero, normes APA 7. Ainsi, l’équipe de formateurs vise autant l’autonomie de l’usager, le développement des compétences informationnelles que l’apprentissage des techniques d’utilisation des outils et des ressources documentaires papier et électroniques.

Un espace de services entièrement repensé, suivant le développement de l’offre du SCD

Le traditionnel service de copies et impressions a été complété par une machine à relier avec des spirales et une machine à plastifier, pour lesquelles la bibliothèque fournit les consommables. Le dispositif de la bibliothèque d’objets (BOB) a également permis de répondre à des besoins fondamentaux d’étudiants. Dans le cadre de la politique développement durable et responsabilité sociétale de l’université, la BOB offre l’opportunité d’emprunter des objets nécessaires aux études et à la vie quotidienne, autour de trois axes : l’écoresponsabilité, la vie pratique et les outils numériques. Les statistiques de prêt prouvent un réel besoin des objets suivants : calculatrices scientifiques, matériels de connexion informatique, ardoises effaçables et feutres, chargeurs de dépannage, etc. La BOB a été enrichie localement, dans le cadre d’une coopération avec le campus, d’outils spécifiques destinés aux besoins disciplinaires comme des caméras GoPro, des perches à selfies, des projecteurs, un fond vert, pour réaliser des CV vidéo, des micros-trottoirs ou des enquêtes de terrain. À l’échelle du SCD, la bibliothèque met également en place un service de prêt par navette qui a permis de réduire l’isolement géographique de la BU au sein du SCD, le prêt entre bibliothèques et la mise à disposition de postes informatiques en libre accès.

La bibliothèque a l’ambition de se positionner sur le campus comme un lieu incontournable dans la vie étudiante, un lieu dédié à la réussite étudiante sous toutes ses formes. Elle apparaît comme un véritable partenaire pédagogique en mettant à disposition différents espaces, pour l’étude, la formation, les réunions, les manifestations, etc. Dans la démarche qualité du SCD, les enquêtes de satisfaction, récurrentes ou ponctuelles, démontrent l’attrait que les usagers – étudiants, enseignants, enseignants-chercheurs, administratifs du campus et lecteurs extérieurs – éprouvent pour la BU du campus d’Évreux. C’est un lieu physique, reconnu et reconnaissable, dont témoignent les statistiques de fréquentation.

Trois perspectives et projets vont orienter le travail de l’équipe de la bibliothèque dans les mois et les années à venir :

  • Le prêt d’ordinateurs portables. La mise en place du prêt sur place d’ordinateurs portables, dans la BOB, répond à un triple objectif de dépannage, d’aide à la formation et de réponse à la question de la précarité étudiante.
  • Les horaires d’ouverture. Une réflexion devrait être menée sur l’extension des horaires d’ouverture pour les faire coïncider avec les besoins et demandes des usagers. Actuellement, la bibliothèque est ouverte du lundi au vendredi pour un volume de 50 h 45 (L-J : 8 h 15-18 h 30 ; V : 8 h 15-18 h). Les enquêtes étudiantes et l’ouverture à la rentrée 2026 d’un Parcours accès spécifique santé (Pass) posent la question d’une extension horaire, qui ne peut avoir une réponse qu’en termes de ressources humaines.
  • La création de l’IdéaLab. Enfin, le troisième projet consiste à aménager un espace dédié à l’innovation et à la fabrication numérique : l’IdéaLab. Une salle fermée, au cœur de la bibliothèque, pourrait accueillir des imprimantes 3D et des imprimantes grand format, des machines de découpe laser, des machines de personnalisation, etc. Si plusieurs de ces équipements existent déjà dans certains départements du campus, leur accès est réservé aux étudiants inscrits dans les cursus. Cet espace serait le creuset d’expérimentations pédagogiques, d’ateliers participatifs ou d’activités proposées par la BU pour favoriser la réussite étudiante, sans pour autant rompre les formes de médiation entre le livre et tous les publics.

Avec pour objectif de favoriser la réussite étudiante, la bibliothèque met à disposition des espaces et des outils au service des apprentissages, sous toutes ses formes, en encourageant les pratiques actives et avec un accompagnement de proximité. Ces évolutions de la bibliothèque ont bénéficié de bonnes volontés et du travail collectif, au sein des bibliothèques, du campus et de la ville d’Évreux, offrant un cadre de travail propice à la réalisation de projets. Que tous ces partenaires en soient remerciés chaleureusement.