Bibliothèques et bibliothécaires : identités et représentations, un enjeu d’attractivité ?

Yoann Bourion

Il est indéniable que les bibliothèques publiques françaises ont engagé une politique volontariste pour changer leur image, avec un objectif simple et complexe à la fois : mettre en adéquation la réalité de l’offre de services proposée (collections, accompagnements, animations, aménagements, etc.) et leurs représentations dans l’inconscient collectif 1

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Signalons ce mémoire d’étude récent : Jeanne Flamant, Influence et esthétique : le fantasme des bibliothèques sur les réseaux sociaux, mémoire d’étude de conservateur des bibliothèques, sous la direction de Christophe Evans, Villeurbanne, Enssib, 2025. En ligne : https://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/73292-influence-et-esthetique-le-fantasme-des-bibliotheques-sur-les-reseaux-sociaux.pdf

. Des collectivités lancent régulièrement des campagnes de communication pour valoriser leur bibliothèque, et le ministère de la Culture a initié en 2024 l’événement Biblis en folie 2 pour renouveler l’image générale de la lecture publique en France. Mais aucun professionnel ne le contestera : la tâche est parfois ingrate, tant les représentations populaires évoluent lentement, à la mesure d’une histoire singulière commencée au moment des saisies révolutionnaires.

Après vingt-cinq années à recruter des futurs collègues pour des bibliothèques municipales, ce dossier du Bulletin des bibliothèques de France (BBF) est l’occasion de coucher par écrit une réflexion personnelle : malgré cette volonté de transformer l’image de nos bibliothèques, malgré une littérature et une réflexion abondantes sur la diversité des missions, qui relèvent de champs autres que la sphère culturelle, il est souvent difficile d’attirer des candidats sur des postes moins traditionnels, hors des acquisitions et de l’animation culturelle. Dans le même ordre idée, au sein des grands réseaux de lecture publique proposant une gamme étendue de postes et de missions, l’appétence pour certaines formes de service public (jeux vidéo, aide administrative, ateliers numériques, fablab, etc.) est très relative.

Dépassant ce constat, il semble intéressant d’interroger une notion assez peu étudiée finalement, proche de l’identité professionnelle : « l’image métier ». Elle est pourtant importante car elle se forme sans exposition directe au métier, notamment par des discours et des représentations littéraires et artistiques. Dans la mesure où – en grande majorité – le choix de métier s’effectue sans l’avoir exercé, les images métier d’anticipation sont déterminantes pour tracer sa voie et intégrer les filières d’apprentissage. Avec, en définitive, la question triviale suivante : qu’est-ce qui attire les futurs bibliothécaires, qu’ils sortent des études ou en reconversion professionnelle ?

Cette réflexion suscitera probablement des débats comme souvent les articles sur la profession et les représentations du métier. Mais comme l’écrivait Dominique Lahary dans cette même revue, au sujet d’un article de Claude Poissenot déchaînant les passions : « Nous ne savons pas toujours, ne voulons pas toujours nous regarder travailler, nous abstraire de notre engagement professionnel pour porter sur notre activité un regard dégrisé. » 3

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Dominique Lahary, « Le comble du bibliothécaire », Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 2002, no 1, p. 18. En ligne : https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2002-01-0018-004

Recruter un·e bibliothécaire en 2026

Il faut d’emblée s’entendre sur un point car le mot « bibliothécaire » est polysémique : une fonction (pour aller vite, une personne exerçant les missions régaliennes de la bibliothèque, des acquisitions et de la médiation des collections), un ensemble de métiers à destination du public au sein d’une bibliothèque (à la première conception, on ajoutera toutes les missions d’ingénierie culturelle, sociale et éducative, les politiques d’accueil, l’informatique et le numérique, etc.), et enfin le grade de catégorie A de la fonction publique. La deuxième définition correspond à la réalité de ce qui est entendu par « Recruter un bibliothécaire », dans la droite ligne du Référentiel national des compétences des bibliothèques territoriales 2025 4

 : « Les métiers des bibliothèques se conjuguent aujourd’hui au pluriel et requièrent des compétences très diversifiées, en constante évolution » (page 6).

La bibliothèque municipale de Bordeaux recrute chaque année une quinzaine de futurs collègues, avec des missions très diverses : en charge de fonds documentaires, animatrices et animateurs numériques, spécialistes de l’informatique documentaire, chargés de communication… Après vingt ans au sein de cet établissement, dont la moitié comme directeur et directeur adjoint, j’ai supervisé ou validé plus d’une centaine de recrutements. L’évolution des profils des candidats, et de leurs aspirations, est intéressante pour le sujet qui nous concerne.

C’est une réalité nationale : la fonction publique est de moins en moins attractive, et les emplois de bibliothèques en collectivités locales sont souvent difficilement pourvus. Les Rencontres nationales des métiers et de la formation en bibliothèque territoriale ont fait ce constat en 2024 : « La diversification des services rendus par les bibliothèques et leur rôle social essentiel ont été mis en lumière pendant la crise sanitaire. Or ils reposent sur la présence de postes qualifiés, devenus de plus en plus difficiles à ouvrir puis à pourvoir. » 5

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Rencontres nationales des métiers et de la formation en bibliothèque territoriale, Synthèse des Rencontres, mars 2024, p. 3. En ligne : https://www.culture.gouv.fr/thematiques/livre-et-lecture/actualites/rencontres-nationales-des-metiers-et-de-la-formation-en-bibliotheque-territoriale-12-mars-2024

À la bibliothèque de Bordeaux, depuis 2020, près d’un jury sur quatre est déclaré infructueux et doit être relancé. Le constat est plus alarmant pour les postes plus spécifiques : animateurs numériques, gestionnaires d’espaces jeux ou missions liées à la fonction sociale des bibliothèques. Comme le soulignait Sonia Mourlan, alors directrice de la bibliothèque municipale de Saint-Herblain, lors de ces rencontres : « [Je] regrette qu’il existe peu de formations dédiées au jeu en bibliothèque, peu de points de comparaison ou d’interlocuteurs au sein de la profession et précise qu’il est difficile de recruter des personnels de catégorie B ou A de la filière culturelle spécialisés dans le jeu. » 6

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Ibid., p. 18.

Constat identique à Bordeaux : le recrutement n’est souvent possible qu’avec le recours à l’emploi contractuel.

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Figure. Bibliothèque Mériadeck (Bordeaux), espace jeux

Photo : Valérie Daviet

Un domaine me semble encore plus symptomatique de cette crise des vocations : le numérique. Alors que les missions sont ancrées depuis environ vingt-cinq ans dans l’ADN des bibliothèques territoriales, qu’elles sont bien souvent l’un des fers de lance de la politique d’inclusion numérique de la collectivité, il est non seulement difficile de « remplir » des jurys de recrutement, mais je constate une très faible évolution de l’appropriation des équipes sur ces questions-là (en vrac : aide informatique de premier niveau, valorisation des ressources numériques, culture numérique citoyenne, etc.). Bien souvent, une frontière est marquée entre le rôle des bibliothécaires (qui gèrent des fonds documentaires) et les animateurs numériques. J’ai exercé longtemps la fonction de responsable numérique avec l’idée de sanctifier un socle commun des compétences et des savoirs pour l’ensemble du personnel, afin d’aider au mieux le public. Mais avec peu de réussite : aujourd’hui la tendance est plutôt à spécialiser ce domaine, tendance affirmée avec le dispositif des conseillers numériques piloté par l’Agence nationale de cohésion des territoires (ANCT). En 2024, la commission Numérique de l’Association des bibliothécaires de France (ABF) menait une enquête auprès des animatrices et animateurs numériques, en et hors bibliothèques. Pour les premiers, on constate le souhait fort de ne pas être exclu des missions générales de l’établissement : « Plusieurs précisent qu’ils sont d’abord bibliothécaires et que le numérique n’est qu’une spécificité de leur poste. Ils peuvent par ailleurs assurer d’autres tâches. La polyvalence est souvent citée. » 7

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Synthèse de l’enquête sur les médiateurs numériques en bibliothèque et hors bibliothèque, blog Labenbib, mai 2024 : https://lab-en-bib.abf.asso.fr/2024/05/28/synthese-de-lenquete-sur-les-mediateurs-numeriques-en-bibliotheque-et-hors-bibliotheque/

À l’inverse, il est plus complexe de demander un partage des tâches sur le numérique.

Enfin, la difficulté de recrutement semble moins marquée sur les postes liés à la gestion des collections (acquisitions et médiation). D’emblée il est nécessaire d’être clair sur ce point : il est sain de susciter encore des vocations sur l’aspect documentaire du métier alors que la politique documentaire avait parfois été un peu mise de côté dans les années pré-Covid 8

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Sur ce sujet, un Bibliogrill de la Bibliothèque publique d’information (Bpi) intéressant : « Politique documentaire, cœur de métier ? », 8 février 2024. Vidéo de la conférence : https://www.youtube.com/watch?v=E6k7naVvJwk

. Néanmoins, une proportion non négligeable de candidats, parfois en poste, souvent titulaire de diplômes spécialisés, laisse entrevoir lors des discussions une vision du métier fantasmée et parfois discutable. Désormais, à Bordeaux, tout entretien aborde la question des choix d’acquisition et du rôle de la bibliothèque par rapport aux succès éditoriaux, dans les secteurs jeunesse et adultes : faut-il acheter des albums mettant en scène héroïnes et héros des franchises populaires (Marvel, Disney, Tchoupi, etc.) ? Faut-il acquérir plusieurs exemplaires de La femme de ménage ? Quelle est la place de la Romance, du Young Adult ou de la Fantasy dans les fonds ? Malheureusement le positionnement des candidat·es apparaît souvent peu convaincant, avec des réponses tranchées – avec une tentative tortueuse pour expliquer ce qu’est la qualité d’un document –, alors que la question mérite un développement réfléchi sur les missions de nos établissements et les moyens alloués. Il est regrettable que peu de candidats abordent la notion de droits culturels, des références culturelles populaires et in fine de la satisfaction d’une partie importante du public.

L’image métier

Pour analyser cette distorsion entre la réalité du métier et sa part fantasmée, la notion d’« image métier » est intéressante ; elle renvoie à la représentation sociale qu’un individu ou un groupe se fait d’une profession (conditions de travail, prestige, utilité sociale, perspectives de carrière, etc.). Cette représentation joue un rôle important dans les choix d’orientation et dans l’attractivité d’un secteur professionnel. Plusieurs travaux en sociologie du travail, en gestion des ressources humaines et en sciences de l’éducation montrent que l’image associée à un métier influence directement l’intérêt des candidats potentiels et leur volonté d’y entrer 9

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Sur ce sujet, lire cet article qui résume les enjeux : Frank Brillet et Franck Gavoille, « L’image métier : exploration d’une notion au cœur du choix professionnel », Management & Avenir, 2016, vol. 2, no 84, p. 53-72. En ligne : https://shs.cairn.info/revue-management-et-avenir-2016-2-page-53?lang=fr

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Ainsi, certaines branches professionnelles rencontrent des difficultés de recrutement, non seulement en raison d’un manque de qualifications, mais aussi à cause d’une faible attractivité liée à l’image du métier. Les recherches montrent que l’image perçue d’une profession peut orienter les comportements et les décisions d’orientation, de la même manière que l’image d’une marque influence les consommateurs.

Cette image se construit à partir de multiples facteurs : représentations sociales, discours médiatiques, expériences personnelles, ou encore témoignages de proches. Les chercheurs soulignent également que l’image d’un métier ne dépend pas seulement de la réalité du travail, mais aussi de sa visibilité sociale et symbolique. Pour un métier comme bibliothécaire, rattaché historiquement à la sphère culturelle, il ne faut pas négliger les représentations véhiculées par la littérature et le cinéma. « L’image métier » ne fait pas référence et ne repose pas sur une quelconque expérience de travail, au contraire de l’identité de métier qui constitue un mode d’identification par le travail 10

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Florence Osty, Le désir de métier : engagement, identité et reconnaissance au travail, Presses universitaires de Rennes, 2003 (coll. Des sociétés).

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Des débats surgissent régulièrement sur la formation initiale des bibliothécaires, pré et post intégration dans la fonction publique. Une question revient souvent : les programmes des DUT [diplôme universitaire de technologie], désormais BUT [bachelor universitaire de technologie], sont-ils adaptés et reflètent-ils la réalité du métier ? En effet, ces formations sont encore aujourd’hui une des voies privilégiées d’accès aux métiers de bibliothécaires. Mais en chaussant les lunettes « image métier », une question tout aussi intéressante, voire plus fondamentale à l’aune des enjeux de recrutements, serait : pour quelles raisons des étudiant·es choisissent-ils·elles de s’inscrire dans ces parcours universitaires ? Pourquoi sont-ils·elles attiré·es par les bibliothèques ? De la même manière, la question pourrait être élargie à celles et ceux en reconversion professionnelle et qui rêvent de devenir bibliothécaires 11

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Voir, dans le présent dossier du BBF, l’article d’Élise Maacha, « Les reconversions professionnelles en bibliothèque : une opportunité à encourager ».

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Les bibliothécaires dans la culture populaire

Ce sujet a fait l’objet de maintes études, mais je souhaitais insister sur un point qui me semble peu investi. La pauvreté de la représentation des bibliothécaires comme héros populaires, ou simplement comme personnages secondaires, laisse une place quasi unique à une typologie fantasmée : le bibliothécaire-archiviste de la fantasy. Mais pour sympathique que soit ce profil romantique, il ne correspond pas à la réalité. Nous sommes bien loin d’une des rares représentations réalistes de notre profession, apparue dans le film Moi, Daniel Blake de Ken Loach (Palme d’or au Festival de Cannes 2016). Daniel Blake, menuisier proche de la retraite, est obligé par l’administration de faire ses démarches en ligne pour toucher ses allocations. Mais il ne sait pas utiliser un ordinateur. La Public Library est alors un recours pour lui. Cette figure actuelle, en prise avec les réalités sociétales contemporaines, est rarissime, au contraire des bibliothécaires-archivistes très présents dans la littérature fantastique. Ils occupent souvent un rôle discret mais essentiel : ils sont les gardiens du savoir dans des mondes où la mémoire est fragmentée, menacée ou instrumentalisée. À l’inverse des héros guerriers, ils incarnent une forme de pouvoir intellectuel, fondé sur la connaissance des textes anciens, des prophéties ou des archives oubliées.

Dans la saga A Song of Ice and Fire 12

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Traduction française : George R. R. Martin, Le trône de fer – L’intégrale, Paris, éditions J’ai lu, 2010.

(adaptée en série sous le nom Game of Thrones), ce rôle est largement assumé par les mestres de la Citadelle. Ces érudits, formés à Oldtown, agissent comme des archivistes du monde : ils collectent, copient et transmettent les savoirs scientifiques, historiques et médicaux. Des personnages comme Samwell Tarly illustrent bien cette fonction : en explorant les archives de la Citadelle, il découvre des informations cruciales (sur les Marcheurs blancs notamment), montrant que le salut du monde dépend aussi de la capacité à lire et interpréter des textes anciens. Dans The Kingkiller Chronicle 13
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Traduction française : Patrick Rothfuss, Chronique du tueur de roi, 2 vol., Paris, Bragelonne, 2009-2012.

, la gigantesque bibliothèque de l’université est un lieu central, où l’accès au savoir est strictement contrôlé. Le bibliothécaire y devient une figure d’autorité, régulant l’accès à des connaissances parfois dangereuses. De même, dans Harry Potter, la bibliothèque de Poudlard – et surtout sa réserve – symbolise un savoir à la fois nécessaire et potentiellement interdit, que les héros doivent transgresser pour progresser.

Dans ces récits, les bibliothécaires-archivistes ne sont pas de simples conservateurs : ils sont souvent des médiateurs entre passé et présent, capables de révéler des vérités enfouies. Leur rôle peut être ambigu : certains protègent le savoir, d’autres le censurent ou bien le manipulent. Cette tension souligne un enjeu fondamental de la fantasy : la connaissance est un pouvoir, parfois aussi décisif que la magie ou la force. Finalement, toute la difficulté réside dans ce paradoxe : le métier (pour peu qu’on accepte le mélange osé entre deux fonctions différentes, le bibliothécaire et l’archiviste) est popularisé dans un genre à succès mais dans une version très éloignée de la réalité de travail. C’est l’« Indiana Jones effect » défini par certains sociologues américains 14

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Alan Salacain, Action, Adventure, and Artifacts: How Indiana Jones Influences Public Perceptions of Archaeology, mémoire de Bachelor (Senior Independent Study Theses), The College of Wooster, 2021. En ligne : https://openworks.wooster.edu/independentstudy/9383/

. La saga a eu des effets positifs importants : elle a largement contribué à populariser l’archéologie auprès du grand public, à susciter des vocations et à donner une visibilité médiatique à une discipline souvent perçue auparavant comme confidentielle. Plusieurs archéologues reconnaissent que ces films ont éveillé leur intérêt pour la discipline et facilité la communication avec le public autour des fouilles et du patrimoine. Cependant, cet effet entraîne aussi des conséquences plus problématiques. Le cinéma propose une vision très simplifiée et spectaculaire du métier, centrée sur l’aventure individuelle et la découverte de trésors, alors que l’archéologie réelle repose sur des méthodes scientifiques rigoureuses, des équipes interdisciplinaires et un travail long de documentation et d’analyse.

Quelques pistes

Nous le savons, changer mentalités et représentations ne semble réaliste que sur un temps long. Dans Un personnel invisible 15

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Anne-Marie Arborio, Un personnel invisible : les aides-soignantes à l’hôpital, Paris, Anthropos, 2001 (rééd. 2012 chez Economica-Anthropos) (coll. Sociologiques).

, la sociologue du travail Anne-Marie Arborio propose une enquête approfondie sur les aides-soignantes, un groupe professionnel central mais largement invisible dans l’hôpital, souffrant jusque dans les années quatre-vingt d’une image négative tenant à leur position subalterne, située entre infirmières et agents de service, ainsi qu’à la nature de leurs tâches, souvent assimilées au « sale boulot » ou au travail domestique. Elle montre que les aides-soignantes ont développé des stratégies de valorisation symbolique, notamment en mettant en avant leur proximité avec les patients et leur rôle relationnel. Elle souligne aussi que le changement d’image ne repose pas sur une simple communication, mais sur une reconstruction progressive de l’identité professionnelle, mêlant pratiques concrètes, reconnaissance institutionnelle et redéfinition du sens du travail.

Plusieurs actions peuvent être mises en œuvre concernant la communication de la réalité des pratiques professionnelles. La bibliothèque de Bordeaux a ainsi modestement apporté sa pierre à l’édifice en produisant une quarantaine de « pastilles vidéo » sur sa chaîne YouTube, qui expliquent la réalité d’autant de fonctions présentes dans l’établissement, et ce par l’intermédiaire d’un témoignage incarné 16

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Chaîne des Bibliothèques de Bordeaux : https://www.youtube.com/@BibliothèquesdeBordeaux, rubrique Mon métier.

. Le projet d’une formation en ligne, porté par le Service du livre et de la lecture et le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) 17
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[NDLR] Voir, dans ce dossier du BBF, l’article de Lucie Daudin et Géraldine Lucerna, « Compétences en bibliothèques territoriales : enjeux actuels et propositions du volet “Former mieux” du plan Bibliothèques ».

, à destination des personnes ne connaissant pas le métier est l’occasion également de passer quelques messages sur les missions sociales, éducatives et numériques des bibliothèques. Ainsi que sur l’ouverture d’esprit et le pluralisme des collections. Il pourrait être pertinent de déconstruire une certaine idée reçue souvent entendue en entretien de recrutement : la bibliothèque de lecture publique (hors des missions de conservation et de patrimoine) n’acquiert pas pour l’« avenir » mais bien pour satisfaire les demandes actuelles. De même, tout bibliothécaire devrait s’interroger sérieusement sur les données d’inactivité des fonds.

Enfin, n’oublions pas la redéfinition du sens du travail : nous sommes nombreuses et nombreux à avoir embrassé ce métier car nous croyons – nous sommes persuadé·es – que les bibliothèques peuvent changer la vie des gens 18

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Voir la campagne « On est tous un peu biblio » des Bibliothèques de Toulouse, en octobre 2025 : https://www.facebook.com/Bibliotheque.Toulouse/posts/1222885303206101/

. Par l’accès aux connaissances bien sûr, par l’aide qu’elles dispensent dans plein de domaines, mais aussi par les rencontres et le lien humain. On rappelle souvent l’intervention de Barack Obama, en 2021, devant l’American Library Association (ALA) : « Je crois que les bibliothèques sont des citadelles du savoir et de l’empathie, et elles ont été extrêmement importantes dans ma vie. » 19
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« I do believe that libraries are citadels of knowledge and empathy, and they’ve been extraordinarily important in my life. » Cité dans le rapport de l’ALA, State of America’s Libraries, avril 2022, p. 16. En ligne : https://www.ala.org/sites/default/files/news/content/state-of-americas-libraries-special-report-pandemic-year-two.pdf

Célébrités ou non, il y a matière à exploiter des témoignages de vie pour changer enfin l’image de notre profession pleinement ancrée dans le présent et la réalité de la vie des gens.