Les usagers des bibliothèques parisiennes

Pratiques de lecture

Aline Girard-Billon

Jean-François Hersent

Le présent article fait suite à celui paru dans le BBF sous le titre « Pratiques des bibliothèques à Paris aujourd’hui » 1. La présentation des résultats de l’enquête sur les bibliothèques parisiennes, commanditée par l’Observatoire permanent de la lecture publique à Paris (OPLPP) et réalisée par SCP Communication, a été scindée en deux parties. Alors que la première s’attachait à décrire les profils et les parcours des usagers des bibliothèques parisiennes, la seconde s’efforce de mettre en évidence les spécificités de ces derniers sous un double point de vue : leur rapport à la lecture (intensité de la pratique, choix des livres) et leurs modes d’approvisionnement en livres 2.

Le temps consacré à la lecture

Le temps consacré par jour à la lecture constitue un premier indice pour évaluer l’engagement dans la lecture.

De ce point de vue, comparée à l’ensemble de la population française, la population interrogée dans le cadre de l’enquête 3 est une population de forts lecteurs : près d’un tiers (31 %) déclarent lire entre une et deux heures par jour et 29 % deux heures. Près d’un quart (24 %) lisent entre une demi-heure et une heure. Seuls 4 % lisent moins d’un quart d’heure par jour et 12 % entre un quart d’heure et une demi-heure.

Une observation plus précise des résultats laisse voir des disparités au sein des usagers interrogés, en particulier chez les très forts lecteurs, c’est-à-dire ceux qui déclarent lire deux heures et plus par jour. Ainsi, les personnes interrogées qui lisent le plus sont les retraités : 61 % d’entre eux affirment lire deux heures et plus. Puis viennent les enseignants (42 %), les étudiants (41 %), les autres professions supérieures (37 %) et les chômeurs (34 %). A ces catégories sociales fortement impliquées dans la lecture s’oppose une série d’autres catégories qui se caractérisent par une proportion très faible de très forts lecteurs : les professions intermédiaires (22 %), les employés et ouvriers (18 %) et surtout les lycéens (9 %).

Ces différences renvoient en partie à une distribution inégale des très forts lecteurs selon les établissements fréquentés 4. Ainsi, c’est parmi les usagers de la Bibliothèque nationale de France qu’on rencontre la plus forte proportion de personnes qui déclarent lire deux heures et plus par jour : plus d’un sur deux (53 %), contre 47 % dans les bibliothèques universitaires et 43 % à la Bibliothèque publique d’information. A l’opposé, ces très forts lecteurs sont, en proportion, beaucoup moins nombreux à la médiathèque de la Villette (29 %), dans les bibliothèques municipales de Paris (28 %) 5 et les centres de documentation et d’information (10 %).

Par ailleurs, on observera la forte corrélation entre le nombre de bibliothèques fréquentées et le temps consacré par jour à la lecture. On ne trouve qu’un cinquième (21 %) des personnes ne fréquentant qu’une seule bibliothèque pour déclarer lire deux heures et plus par jour. Cette proportion monte à 27 % pour celles qui disent fréquenter deux bibliothèques, 38 % pour celles qui fréquentent trois bibliothèques et plus d’une sur deux (55 %) déclare fréquenter quatre bibliothèques ou plus.

Enfin, on retrouve une caractéristique déjà mise en lumière dans pratiquement toutes les enquêtes sur la lecture, à savoir la forte corrélation entre le niveau d’études et le temps consacré par jour à la lecture : alors que 40 % des personnes interrogées ayant un niveau d’études supérieur déclarent lire deux heures et plus par jour, cette proportion tombe à 12 % chez les personnes n’ayant accompli que des études secondaires.

Le nombre de livres lus par mois

Un autre indice de l’engagement dans la lecture des usagers des bibliothèques parisiennes est fourni par le nombre mensuel de livres que les personnes interrogées ont déclaré lire.

L’ensemble des personnes interrogées lit en moyenne 4,5 livres par mois. Mais, là encore, derrière ce chiffre moyen se profilent des écarts qui recoupent la même répartition que celle établie précédemment : les personnes qui lisent le plus sont les retraités (7,7 livres) et les enseignants (7,4 livres). A l’opposé, ce sont les lycéens qui lisent le moins (2,8 livres), tandis que les étudiants se situent dans une position très moyenne (3,7 livres).

Ces observations semblent invalider certains constats d’enquêtes antérieures sur les pratiques de lecture des étudiants, qui concluaient à la très faible intensité de lecture chez les premiers cycles universitaires 6. C’est la raison pour laquelle il faut tout de suite préciser que seuls les troisièmes cycles lisent beaucoup de livres (7,1 livres par mois), ce qui les place à peu près au même niveau que les enseignants. Les étudiants des premier et deuxième cycles manifestent un engagement moindre dans la lecture, camouflé par une lecture « prescrite » à base de notes de cours et de polycopiés.

En écho au développement sur le temps passé à lire, inégal selon la bibliothèque fréquentée, on relèvera que l’intensité de la lecture, estimée à partir du nombre de livres lus par mois, suit des variations analogues : les personnes fréquentant la BnF lisent en moyenne plus que les autres (6,3 livres par mois), devant celles qui fréquentent les bibliothèques municipales de Paris (5 livres par mois) 7, la BPI et les bibliothèques universitaires (4,8 livres par mois), la Villette (4 livres par mois), et les CDI (2,9 livres par mois).

On pourra rapprocher les résultats de l’enquête OPLPP/SCP Communication de ceux de l’enquête DLL/BPI de 1995 sur L’Expérience et l’image des bibliothèques municipales 8, bien que, dans ce dernier cas, l’intensité de la lecture ait été mesurée sur la base du nombre de livres lus soit au cours des trois derniers mois, soit au cours des douze mois précédant l’enquête et non, comme pour la présente enquête, sur une base mensuelle.

On observait en 1995, chez les usagers des bibliothèques municipales, une pratique de la lecture très fortement développée : 87 % des personnes interrogées 9 avaient déclaré, en effet, avoir lu au moins un livre en entier au cours des trois mois précédant l’enquête. Parmi elles, les deux tiers déclaraient avoir lu entre 1 et 9 livres, 20 % entre 10 et 19 livres et, plus surprenant encore, 12 % plus de 20 livres ! Cette intensité de la pratique se vérifiait également avec l’examen du nombre de livres lus au cours des douze derniers mois : les moyens lecteurs (10 à 19 livres) étaient un peu plus nombreux chez les usagers des bibliothèques municipales (25 %) que dans l’ensemble de la population (18 %) 10 ; de même, les forts lecteurs (20 livres et plus) y étaient surreprésentés (44 % contre 24 % dans l’ensemble de la population).

Les genres de livres lus

A la question : « Qu’avez-vous lu entièrement ou partiellement ces sept derniers jours ? », les personnes interrogées ont d’abord cité des magazines (43 %), puis des quotidiens (38 %) 11, devant les lectures liées aux études : 38 %, des notes de cours et 32 %, des livres liés à leur travail ou à leurs études.

S’agissant de la lecture non prescrite, dite « de loisir » 12, l’enquête montre une grande dispersion des goûts. Au-delà du terme générique de roman, lu par 62 % des personnes interrogées, on retiendra que le roman classique obtient 24 %, devançant à peine le roman contemporain (23 %), alors que le roman policier (9 %) et le roman de science-fiction (6 %) apparaissent comme des genres littéraires moins usités. La poésie (10 %) et le théâtre (11 %) occupent un rang à peu près analogue à celui rencontré dans d’autres enquêtes, tout comme la bande dessinée (13 %) et les livres d’art (7 %).

Sous l’angle de l’étude des goûts et des genres de livres préférés – c’est-à-dire les genres qu’on lit le plus souvent –, ces résultats peuvent être à nouveau rapprochés de ceux de l’enquête nationale sur L’Expérience et l’image des bibliothèques municipales. Cette enquête faisait apparaître des différences entre usagers inscrits et non inscrits, ces derniers se rapprochant, sous cet angle, des faibles lecteurs : ils manifestaient un penchant plus marqué pour des genres moins « légitimes » (romans policiers ou d’espionnage, bande dessinée, livres pratiques, scientifiques et techniques), les dictionnaires et encyclopédies, sans oublier la poésie, tandis que les inscrits faisaient preuve d’une nette préférence pour le roman contemporain (41 % contre 28 %), genre classé en tête 13. Enfin, une proportion significative de ce public (22 %) composé pour une grande part d’étudiants (et de lycéens), d’enseignants et de professions supérieures s’adonne « naturellement » à la lecture d’essais.

Selon la bibliothèque fréquentée

Dès que l’on observe la ventilation des résultats selon la bibliothèque fréquentée, se dessinent des spécificités très nettes, comme en témoigne le tableau n° 1 à la page 47.

Ainsi, les usagers de la BnF – qui, par ailleurs, constituent le groupe des plus forts lecteurs – lisent plus que la moyenne des personnes interrogées des romans contemporains (64 %, soit + 15 %), des essais (53 %, soit + 14 %), des livres liés au travail ou aux études (74 %, soit + 20 %), des quotidiens (75 %, soit + 21 %), des dictionnaires (42 %, soit + 4 %) et des notes de cours (64 %, soit + 8 %). Cette forte consommation de livres liés au travail ou aux études et de notes de cours est du reste l’une des caractéristiques des lecteurs de la BPI (respectivement 64 %, soit + 10 %, et 62 %, soit + 6 %), alors que ceux de la médiathèque de la Villette se distinguent, d’une part, parce qu’ils lisent plus que la moyenne – des usagers des autres bibliothèques interrogées – des ouvrages techniques (35 %, soit + 13 %), des journaux quotidiens (62 %, soit + de 8 %) et, d’autre part, parce qu’ils se montrent beaucoup moins que la moyenne enclins à lire des romans classiques (23 %, soit - 30 %).

Les usagers des bibliothèques municipales présentent, quant à eux, un profil « moyen », à une exception près : moins que dans toute autre bibliothèque située à Paris, on y vient pour lire des notes de cours (47 %, soit - 9 %). On ne sera donc pas surpris d’y rencontrer, comparativement aux autres bibliothèques, moins d’étudiants et de lycéens qu’ailleurs.

Les usagers des bibliothèques universitaires – essentiellement des étudiants et des enseignants – présentent de leur côté des spécificités attendues : plus que la moyenne, ils lisent des livres liés aux études (52 %, soit + 20 %) et des notes de cours (71 %, soit + 15 %). Cette polarisation sur la lecture prescrite semble avoir pour conséquence un attrait moins fort que la moyenne pour les magazines (53 %, soit -14 %).

Enfin, si un tiers des jeunes fréquentant les CDI lisent plus que la moyenne des romans classiques (59 %, soit + 6 %) et 43 % du théâtre (soit 13 % de plus que la moyenne), ils sont moins nombreux, en revanche, à lire des quotidiens (50 %, soit - 4 %) et des livres liés aux études (84 %, soit - 6 %). Mais ces romans classiques et ces œuvres théâtrales ne doivent-ils pas être considérés comme des livres liés aux études ?

En vue de s’assurer de la fiabilité des résultats, on a mis les observations ci-dessus en parallèle avec les réponses concernant les lectures effectuées pendant les sept jours précédant l’enquête. Si la date de réalisation des interviews – dans une période de pré-examens – peut constituer un biais (notamment pour les livres liés aux études et les notes de cours), il n’en demeure pas moins vrai qu’il s’agit là d’un éclairage moins sujet à caution que celui porté sur les livres lus « en général ». En l’espèce, les grandes tendances observées selon les bibliothèques fréquentées et mises en lumière plus haut sont vérifiées, bien que revues à la baisse (cf. tableau n° 2 page 48).

L’approvisionnement et le choix des livres

Les résultats des enquêtes nationales sur les pratiques de lecture montrent que, en dépit d’une certaine évolution liée au développement de rayons « librairie » dans les grandes surfaces non spécialisées (hypermarchés et supermarchés), ainsi qu’à l’essor de la vente de livres par correspondance et des clubs de livres, les pratiques d’approvisionnement en livres révèlent le maintien de clivages sociaux profonds et une segmentation persistante des publics. Les études à caractère qualitatif font état, à quelques nuances près, des mêmes tendances, qu’il s’agisse de la composition sociale, de la proximité vis-à-vis de la lecture, du genre de livres lus, etc 14.

Ces observations se retrouvent pour partie dans la présente enquête OPLPP/SCP Communication : ainsi, au sein de la population des usagers des bibliothèques parisiennes, ce sont les enseignants – près de 8 sur 10 – et les autres professions supérieures (65 %) qui sont les plus nombreux à fréquenter les librairies (généralistes ou spécialisées), contre seulement un tiers des employés et ouvriers. En revanche, la fréquentation des FNAC fait apparaître une plus grande ouverture sociale : 61 % d’enseignants, mais également 52 % d’employés et ouvriers (contre 49 % d’autres professions supérieures). Quant à l’achat par correspondance, c’est là une pratique fort peu prisée des usagers des bibliothèques parisiennes (7 % en moyenne, un peu plus, 10 %, chez les ouvriers-employés).

De ce point de vue, comme le montre le tableau n° 3, il existe des différences très marquées de pratiques entre Paris et le reste de la France qui proviennent, pour une grande part, de la situation profondément dissemblable de l’offre commerciale : on ne trouve guère à Paris de grandes surfaces de type hyper ou supermarchés, alors qu’il existe un réseau très développé de librairies générales et spécialisées, ainsi que plusieurs points de vente de type FNAC dans la capitale. Cette densité et cette proximité expliquent sans doute également le faible recours à l’achat de livres par correspondance chez les usagers des bibliothèques parisiennes.

Grands lecteurs, du moins pour une bonne part d’entre eux, les usagers des bibliothèques parisiennes n’hésitent pas à recourir à l’ensemble des canaux à leur disposition pour se procurer des livres. C’est là, du reste, une des marques tangibles de leur familiarisation étroite avec l’univers du livre. Si 70 % de l’échantillon interrogé se procurent le plus souvent les ouvrages en les empruntant en bibliothèque (rappelons que ni la BPI, ni la BnF ne disposent de services de prêt, ce qui exclut par conséquent toute pratique d’emprunt dans ces deux établissements), une partie non négligeable de cet échantillon (38 %) les achète en librairie générale et autant dans une grande surface spécialisée de type FNAC. 19 % vont dans une librairie spécialisée, tandis que 31 % les empruntent à des amis et 21 % à des membres de leur famille.

D’un autre côté, on retiendra que si l’emprunt en bibliothèque augmente avec la fréquentation de plusieurs bibliothèques (54 % pour ceux qui ne fréquentent qu’une seule bibliothèque, 92 % pour ceux qui en fréquentent quatre et plus), cet accroissement de l’emprunt a des incidences, quoique minimes, sur les pratiques d’achat 15 : ainsi, si ceux qui déclarent acheter leurs livres en librairie générale représentent 41 % des personnes qui ne fréquentent qu’une seule bibliothèque, ils ne représentent plus que 35 % de ceux qui en fréquentent quatre ou plus.

De même, si 39 % des usagers ne fréquentant qu’une seule bibliothèque sont clients des grandes surfaces multimédias de type FNAC pour leurs achats de livres, 37 % des usagers de quatre bibliothèques ou plus sont dans le même cas. Mais, il n’en va pas de même avec les librairies spécialisées : 18 % des usagers fréquentant une seule bibliothèque achètent en librairie spécialisée contre 22 % pour ceux qui en fréquentent quatre et plus.

En poursuivant l’examen, on constate que le public de la BnF préfère les librairies spécialisées (41 % contre 19 % en moyenne), tandis que celui de la BPI préfère la FNAC (46 % contre 38 % en moyenne). Les usagers des CDI privilégient les librairies générales (52 % contre 38 % en moyenne). Quant aux usagers des bibliothèques municipales de Paris, ils se situent dans la moyenne.

Mais, de tout cela, rien n’indique qu’il faille conclure que ce n’est pas tant le nombre que le type de bibliothèques fréquentées qui influe sur les comportements d’approvisionnement en livres. Peut-être est-ce tout simplement le contraire !

Le choix en matière de lecture reste une affaire personnelle. On retrouve ici les mêmes tendances mises en lumière ailleurs : 60 % des personnes interrogées déclarent n’avoir besoin en général de personne pour les aider à choisir leurs lectures. Lorsqu’il leur arrive de demander conseil à quelqu’un, ce sont d’abord les amis ou les collègues qui sont cités (39 %), les professeurs (35 %) ou les membres de la famille (23 %). Les professionnels sont rarement sollicités – 4 % pour les libraires et 5 % pour les bibliothécaires 16. On recourt bien moins aux professionnels qu’aux critiques dans la presse (22 %), aux émissions de radio ou de télévision (14 %) ou aux catalogues bibliographiques (13 %).

On relèvera cependant que les enseignants sont des prescripteurs très importants pour les lycéens (50 %), contrairement à ce qu’avaient mis en avant d’autres enquêtes où il apparaissait que le corps enseignant ne pensait pas avoir une grande influence sur les élèves.

Quant aux étudiants, s’ils suivent les conseils de leurs professeurs (45 %), ils écoutent beaucoup plus leurs amis (47 %) que leurs parents (20 %) pour leurs choix de lectures. Enfin, on relèvera cette caractéristique propre aux étudiants de troisième cycle (41 %), aux enseignants (29 %) et, dans une moindre mesure, aux autres professions supérieures (18 %) : le recours régulier aux bibliographies (contre 13 % en moyenne).

Une population fortement engagée dans la lecture

L’analyse des pratiques de lecture et des modes d’approvisionnement en livres des usagers des bibliothèques parisiennes appelle quelques réflexions. En premier lieu, sont vérifiées ici les lignes de tendances fondamentales qu’ont révélées les grandes enquêtes sur les pratiques culturelles et de nombreux autres travaux de recherche sur la lecture. A savoir, qu’il existe un lien étroit entre le capital scolaire et l’intensité de la lecture, corrélation qui vient, dans bien des cas, redoubler celle liée à l’appartenance sociale. Aussi ne doit-on pas s’étonner de constater, à la lumière des résultats de la présente enquête, que l’intensité des pratiques de lecture de livres croisse avec le niveau du diplôme.

En second lieu, on retrouve ici la diversité des modes d’approvisionnement observée dans les enquêtes nationales – diversité qui renvoie en partie à des clivages sociaux. La différence essentielle entre les pratiques d’approvisionnement en livres à Paris et ailleurs en France tient à la configuration spécifique de l’offre commerciale de la capitale.

En définitive, l’enquête de l’OPLPP montre que, quoiqu’on en dise, les usagers des bibliothèques parisiennes constituent une population fortement engagée dans la lecture. A ce titre, ils partagent les caractéristiques distinctives des forts lecteurs, à la fois par l’intensité de leurs pratiques de lecture et la multiplicité des modes d’approvisionnement en livres auxquels ils ont recours. En d’autres termes, la fréquentation de la bibliothèque – et plus particulièrement sa fréquentation intensive – ne dispense pas, loin s’en faut, de l’usage récurrent de la librairie, que cette dernière revête sa forme traditionnelle ou se pare des attributs de la modernité comme dans le cas des grandes surfaces et espaces multimédias.

D’un tel constat devrait surgir un ensemble de thèmes de réflexion communs aux professionnels du livre, bibliothécaires comme libraires, sur « la manière dont ils assurent leur rôle de service à l’égard de leurs usagers ou de leur clients et sur les opportunités de synergie entre eux ». 17

Juin 1998

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Temps consacré à la lecture (en %)

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Moyenne par mois de livres lus

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Tableau n°1. Fréquentation des bibliothèques et lectures les plus courantes

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Lectures les plus courantes

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Tableau n°2. Fréquentation des bibliothèques et lectures de la semaine précédente

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Tableau n°3. Lieux et modes d'achat de livres

  1. (retour)↑  Aline Girard-Billon, Jean-François Hersent, « Pratiques des bibliothèques à Paris aujourd’hui : résultats d’une enquête de l’OPLPP », BBF, 1998, t. 43, n° 4, p.13-22.
  2. (retour)↑  Pour toute information sur l’OPLPP, la méthodologie de l’enquête et le profil des usagers des bibliothèques parisiennes, cf. BBF, op. cit.
  3. (retour)↑  L’enquête SCP Communication a été réalisée auprès d’un échantillon de 1 303 usagers. Elle a eu lieu entre le 26 et le 31 mai 1997 sur l’ensemble des sites, à l’exception de la phase d’enquête effectuée dans les CDI (centres de documentation et d’information), où les usagers ont été interrogés du 22 au 27 septembre. Il était indispensable que tous les questionnaires soient diffusés dans un contexte documentaire cohérent. En dépit de la scission de l’enquête en deux phases, le consultant a donc tenu à ce qu’elle soit entièrement réalisée avant la fermeture pour travaux de la Bibliothèque publique d’information, le 29 septembre 1997. A la même période, 508 non-usagers parisiens ont été interrogés.
  4. (retour)↑  L’enquête auprès des usagers s’est déroulée à la sortie de la BnF, de la BPI et de la médiathèque de la Villette (établissements de type monosite), ainsi qu’à la sortie de 10 bibliothèques universitaires et interuniversitaires, 10 CDI et 25 bibliothèques municipales.
  5. (retour)↑  Mais il faut tenir compte, dans la population fréquentant les BM de Paris, à la fois de la présence des lycéens – en général assez faibles lecteurs – et d’une proportion non négligeable de retraités, qui sont de grands lecteurs.
  6. (retour)↑  Voir l’enquête SCP Communication effectuée pour le compte du ministère de l’Éducation nationale et de la Culture et du journal Le Monde : Les Étudiants et la lecture, signalétique, filières, comportements, 3 vol., 1992.
  7. (retour)↑  Si l’on retire de la population fréquentant les BM de Paris les lycéens, on observe alors que les usagers des BM sont de grands lecteurs : ils lisent en moyenne 6,3 livres par mois, c’est-à-dire le même nombre de livres que les usagers de la BnF.
  8. (retour)↑  Cf. Anne-Marie Bertrand, Jean-François Hersent : « Les usagers et leur bibliothèque municipale », BBF, 1996, t. 41, n° 6, p. 8-17.
  9. (retour)↑  Mais 90 % des inscrits contre seulement un peu plus des trois quarts des usagers non inscrits.
  10. (retour)↑  Les données sur la population totale proviennent d’une enquête menée par le ministère de la Culture : Olivier Donnat, Denis Cogneau, Les Pratiques culturelles des Français : 1973-1989, Paris, La Découverte, La Documentation française, 1990, 295 p. La proportion de faibles lecteurs (1 à 9 livres lus par an) est quasiment identique – autour de 30 % – chez les usagers de BM et l’ensemble de la population.
  11. (retour)↑  L’enquête DLL/BPI sur L’Expérience et l’image des bibliothèques municipales montrait que les usagers des bibliothèques ne lisaient pas que des livres : près des deux tiers lisaient (ou feuilletaient) un quotidien au moins plusieurs fois par semaine (41 % tous les jours ou presque) et un peu moins de la moitié (46 %) des revues ou magazines.
  12. (retour)↑  On considérera, faute de mieux, qu’entrent dans la catégorie « lectures de loisir » tous les types de lectures qui ne sont ni la lecture des notes de cours, ni celle des polycopiés, ni celle des livres liés au travail ou aux études.
  13. (retour)↑  Dans l’enquête de 1995, la fréquentation de la littérature classique était autant partagée par les non-inscrits (22 %) que par les inscrits (21 %). D’autre part, la comparaison des goûts respectifs des usagers des établissements anciens et ceux des établissements modernes faisait apparaître que les premiers, plus grands amateurs de lectures que les seconds, étaient aussi proportionnellement plus nombreux qu’eux à lire de la littérature contemporaine (41 % contre 37 %), de la littérature classique (28 % contre 19 %) ou des sciences humaines (22 % contre 18 %).
  14. (retour)↑  Cf. les résultats du sondage DLL/France Loisirs-Fureur de lire 1993 (auprès de 1 234 individus âgés de 25 ans et plus) : Les Français et la lecture. Les principaux résultats de ce sondage sont disponibles au centre de documentation de la Direction du livre et de la lecture, 27 avenue de l’Opéra, 75001 Paris.
  15. (retour)↑  On rejoint ici en partie l’une des conclusions les plus importantes de l’enquête, menée en 1993-1994, Les Bibliothèques, acteurs de l’économie du livre : l’articulation achat/emprunt. Cf. Hervé Renard, « Achat et emprunt de livres : concurrence ou complémentarité ? », BBF, 1995, n° 5, p. 26-34 et François Rouet, « De la concurrence entre les pratiques d’emprunt et d’achat de livres : l’impossible simplicité », in Bernadette Seibel (sous la dir. de), Lire, faire lire, Paris, Le Monde Éditions, 1995.
  16. (retour)↑  Cf. l’enquête de 1995 sur L’Expérience et l’image des bibliothèques municipales, qui faisait apparaître que seulement un peu plus d’un quart (26 %) des usagers déclaraient avoir des conversations avec les bibliothécaires, à propos d’un livre ou d’autre chose. Toutefois, le fait de s’adresser de préférence à « un bibliothécaire que l’on connaît » ne valait que pour à peine un quart des usagers recourant au conseil d’un professionnel (et 16 % seulement des non-inscrits). Pour les trois quarts (76 %), « ça leur était égal ». De fait, la relation humaine et personnalisée avec les bibliothécaires est plutôt le privilège des établissements « anciens » (c’est-à-dire mis en service avant 1967) et tend à s’affaiblir dans les établissements « modernes » : si, en 1995, 42 % des usagers interrogés (dans des proportions similaires chez les inscrits et les non-inscrits) déclaraient avoir discuté d’un livre, d’un disque ou d’un film avec un bibliothécaire, on n’en trouvait dans ce cas que 35 % dans les BM modernes, alors qu’ils sont 59 % dans les BM anciennes !
  17. (retour)↑  François Rouet, « De la concurrence entre les pratiques d’emprunt et d’achat de livres : l’impossible simplicité », op. cit., p. 222.