Les centres de documentation et les nouvelles technologies de l'information

guide d'implantation et d'extension des centres de ressources documentaires multimédias

par Yves Desrichard
sous la dir. de Alain Vuillemin.
Paris : La Documentation française, 1994. - 371 p. ; 24 cm.
ISBN 2-11-003158-1 : 100 F

Suite ou mise à jour de deux ouvrages précédemment parus à La Documentation française *, cet ouvrage, écrit par un groupe d'« experts », documentalistes, archivistes et autres, se propose de rassembler une série de contributions concemant l'introduction, au sens très large, des nouvelles technologies dans les centres de documentation, là aussi dans une acception très générale qui inclut tout à la fois des centres de documentation ou d'archives très spécialisés (comme les centres d'archives des hôpitaux) et des unités documentaires comme les bibliothèques centres documentaires (BCD) des collèges et les centres de documentation et d'information (CDI) des lycées.

Un objectif clair, un contenu décevant

Sont ainsi présentés des exposés très techniques, comme ceux consacrés aux mémoires magnétiques ou aux vidéodisques, d'autres plus abordables, comme ceux consacrés aux logiciels documentaires ou aux banques de données. L'ouvrage s'efforce de circonvenir l'ensemble du champ d'application des nouvelles technologies dans les petites ou les grandes unités documentaires en pas moins de trente-sept chapitres distincts.

Son prix attractif ferait d'emblée recommander cet ouvrage de référence aux professionnels de la documentation tout comme à ceux qui souhaitent, au sein de leur entreprise ou de leur administration, valoriser la collecte et l'exploitation des ressources documentaires de leur organisme, si un certain nombre de défauts rédhibitoires n'en obéraient gravement l'intérêt. En effet, si l'objectif de l'ouvrage est clairement indiqué dans les avant-propos, préface et introduction, le contenu même ne vient que très partiellement répondre aux attentes des lecteurs.

Ainsi, les exposés consacrés à l'utilisation des normes ou à l'achat de mobilier spécifique pour les centres de documentation ne relèvent que de très loin du domaine des nouvelles technologies, et, faute de place, n'apportent sur les sujets traités que des informations de base, à la limite de la caricature. De même, le terme de « centres de documentation » paraît lui aussi singulièrement étendu. Il inclut des centres d'archives - posant, au regard de l'utilisation des nouvelles technologies, des problèmes très spécifiques et particulièrement complexes - mais aussi les BCD et les CDI, mais pas les bibliothèques universitaires ou celles des grands établissements de recherche, sans que l'on sache très bien où se situe la ligne de démarcation... Enfin, et toujours pour en rester au titre de l'ouvrage et aux intentions de ses auteurs et éditeurs, l'usage de la conjonction de coordination « et » voudrait que les sujets abordés le soient en regard, c'est-à-dire que l'on ne s'intéresse qu'à l'impact des nouvelles technologies sur le travail documentaire. Dans cette perspective, on voit mal la pertinence stricto sensu d'un exposé sur le SIRPA (Service d'information et de relations publiques des armées) ou sur les centres d'archivage (concept là encore extrêmement vague).

Trop ambitieux ou trop modestes, les éditeurs de l'ouvrage ne sont pas arrivés à susciter précisément les contributions qui s'imposaient, et l'on a parfois la fâcheuse impression que certains chapitres n'ont été introduits que par pure convenance, ou pour assurer à l'ouvrage les dimensions, sinon la pertinence, d'un ouvrage de référence. Ce trop-plein prend parfois des allures exaspérantes. Ainsi des six chapitres, très largement redondants, consacrés à la conception et à l'élaboration d'une base de données, et aux problèmes juridiques induits, sujet qui, d'ailleurs, ne présente qu'une utilité limitée pour des professionnels de l'information plus préoccupés par les modes et moyens d'utilisation des bases existantes.

Malgré tout indispensable

Il est malheureusement difficile d'atténuer ce constat en indiquant que l'ensemble des sujets à traiter est, malgré tout, abordé : le chapitre sur la conduite de projets informatiques est beaucoup trop succinct, de même que celui consacré aux logiciels documentaires, sans que leurs auteurs respectifs soient en cause, qui disent l'essentiel dans le nombre de pages imparti. Les supports optiques ou magnétiques ne sont abordés que sous un angle purement technique, nécessaire mais non suffisant. On a le sentiment, à la lecture de l'ouvrage, qu'il s'agit d'un ensemble très disparate d'articles parfois intéressants, et non d'une synthèse collective sur un domaine foisonnant, où l'essentiel serait dit, à charge pour le lecteur d'y trouver ce qui l'intéresse - démarche que l'absence très étonnante d'index ne permet pas, là encore, de mener. Manque aussi une bibliographie collective, là où des indications bibliographiques rares, éparses et parfois périmées ne seront que peu utilisées.

Ce constat critique n'a d'autre but que de relever, en les stigmatisant, les lacunes et faiblesses d'un ouvrage qui, dans sa démarche comme dans ses intentions, est absolument indispensable. Il faut souhaiter que, dans une édition ultérieure forcément proche, eu égard à l'évolution rapide des sujets traités, l'Etat, par l'intermédiaire de la Documentation française, produise un ensemble encyclopédique, au plein sens du terme, sur des sujets complexes mais qui peuvent être proposés à l'initié comme au profane d'une manière claire, simple, voire passionnante.

  1. (retour)↑  Les nouvelles technologies de la documentation et de l'information, Paris, La Documentation française, 1983 ; Innovation et nouvelles technologies de l'information, Paris, La Documentation française, 1985.