Bibliothèques dans la rue

une expérience des bibliothèques municipales de la ville de Genève

par Martine Bigot

Catherine Barut

Isabelle Wenger

Ce dossier présente l'action réalisée durant l'été 1985 dans deux quartiers de Genève, dans le cadre d'un travail de diplôme pour l'école des bibliothécaires de l'Institut d'études sociales.

Au préalable, les auteurs affirment l'importance du livre dans la vie de l'enfant, énoncent les raisons qui font que beaucoup d'enfants n'ont pas accès au livre et évoquent différentes expériences de bibliothèques de rue. Leurs propres objectifs sont : sortir des structures institutionnelles pour aller au devant des non-lecteurs et leur donner le goût de lire, par différents moyens, créer un lien avec la bibliothèque du quartier.

L'expérience s'est déroulée dans deux quartiers; elle a duré deux fois trois semaines et a concerné huit adultes. Ces quartiers ont une population d'origine étrangère importante ; les enfants sont issus de familles nombreuses, surtout de milieu ouvrier; ils sont souvent en situation d'échec scolaire et ont des loisirs limités.

Les groupes se sont modifiés mais un nombre constant d'enfants était présent et un intérêt croissant pour les livres a pu être observé. Les comportements des enfants sont analysés précisément : leurs modes d'approche, l'évolution au cours des trois semaines vers l'acquisition d'une autonomie dans leurs lectures. Parmi les différents types de lecture observés, la lecture en solitaire était la plus rare, la lecture en groupe la plus courante. Les livres préférés des enfants étaient les livres animés et livres jeux, les imagiers et albums, au détriment des romans, recueils de contes, livres documentaires. Toute une panoplie d'animations a été utilisée : contes, marionnettes, kamishibai, bricolages, jeux de pistes, etc. Ces animations étaient conçues pour amener l'enfant au livre et non pour se substituer à lui.

Disponibilité, écoute, respect des décisions de l'enfant sont les qualités indispensables aux bibliothécaires qui se lancent dans ce type d'action : il s'agit de créer un climat de confiance et d'amitié; la dimension relationnelle, affective tient une grande place. Par ailleurs, ces après-midi dans la rue demandaient un temps de préparation important : rédaction d'un journal de bord, statistiques, choix des livres, préparation des animations. Après avoir dressé un bilan positif de l'expérience, les auteurs énumèrent les conditions indispensables au bon déroulement de ce type d'expérience et proposent des prolongements à Genève.

Les auteurs ont su transmettre dans ce livre leur enthousiasme et leur conviction que la bibliothèque hors de ses murs est un moyen efficace de remédier à l'indifférence des enfants face à la lecture : rendre les livres présents dans les lieux fréquentés par les enfants doit être une mission de la bibliothèque, mais cela suppose le décloisonnement des institutions. Ce témoignage est donc intéressant en lui-même et utilisable comme base de travail par tous ceux qui voudraient se lancer dans ce type d'expérience.