L'opus à l'oreille

Les auditeurs de musique à la Salle d'actualité de la BPI

Pierre-Yves Duchemin

Depuis son ouverture en 1977, la Salle d'actualité de la BPI reçoit chaque jour une foule nombreuse et mouvante dont la moyenne s'établit d'après les compteurs, à près de 3 000 visiteurs quotidiens qui restent dans l'anonymat. Caractéristique de la Salle d'actualité, la musique est largement représentée aux côtés de la lecture et des débats, puisque les disques et les fauteuils d'écoute y occupent une surface importante.

Définir les goûts et les pratiques du public qui vient écouter de la musique à la Salle d'actualité, tel est le but auquel nous nous sommes attachés par le biais d'une enquête par questionnaire auprès des auditeurs.

La musique à la Salle d'actualité

En dehors du fonds de référence, qui est acheté par la BPI, et de quelques périodiques pour lesquels est souscrit un abonnement, tous les documents présentés au public sont reçus en service de presse. Ce système original permet donc d'avoir et de présenter, en principe, les nouveautés dès leur sortie dans le réseau commercial et de bénéficier d'un service gratuit qui sera à la disposition du public pour un an ; ceci explique donc également la relative petite quantité d'ouvrages et de disques, ainsi que la variabilité du nombre de ces documents imposée par les rythmes saisonniers des productions éditoriales, littéraires et musicales.

Les pochettes vides de tous les disques sont disposées dans des bacs et classées selon un cadre particulier à la Salle d'actualité. Les auditeurs peuvent donc librement compulser ces pochettes, les lire et choisir à leur convenance. Par ailleurs, la Salle d'actualité est dotée de deux fichiers ; elle met également à la disposition du public des discographies sélectives et des discographies de documents disponibles. Des « feuilles de nouveautés », établies tous les mois, sont disponibles à la « banque d'écoute ». Enfin, le public peut évidemment s'informer auprès du personnel.

Plusieurs possibilités d'audition sont offertes :
- l'écoute du disque choisi : après avoir choisi dans les bacs la pochette du disque qu'il désire écouter, l'auditeur se présente à la banque d'écoute. Lorsqu'une platine est libre, généralement après une assez longue attente, l'un des membres du personnel, à l'aide de la console, branche directement la platine sur le casque choisi et place la pochette sur un présentoir situé au-dessus de la platine afin de permettre aux auditeurs éventuellement intéressés de se faire brancher un casque sur ce programme, ce qui évite une attente inutile et constitue ainsi la seconde possibilité d'audition ;
- les programmes continus : deux platines sont exclusivement réservées à la diffusion d'un programme continu établi chaque semaine selon les demandes du public ou, plus souvent, par les responsables du service de la musique. De ces deux programmes qui changent tous les jours, l'un est réservé à la musique classique, l'autre aux autres genres de musique. Il est facile aux auditeurs intéressés d'en prendre connaissance soit par la pochette du disque diffusé, soit par la liste hebdomadaire présentée sur la banque d'écoute. Ces programmes sont diffusés directement sur 17 casques ;
- la modulation de fréquence : 13 casques sont branchés en permanence sur France Musique ou, plus rarement, sur France Culture. L'auditeur n'a donc aucune attente à subir et rien à demander au personnel pour profiter de cette possibilité.

L'enquête a été effectuée par questionnaires auto-administrés auprès du public désirant écouter un disque à la Salle d'actualité. Pendant les deux semaines d'enquête (du 15 février au 28 février 1982), ils ont été proposés de façon systématique à toute personne prenant la file d'attente pour écouter un disque ; de façon moins généralisée, ils ont également été distribués parmi le public qui écoutait les programmes continus ou la modulation de fréquence et qui, de ce fait, n'avait pas eu de contact avec le personnel. En règle générale, les questionnaires ont été remplis pendant l'attente et remis immédiatement au personnel.

Les caractéristiques sociodémographiques

Age et sexe

La population des auditeurs de la Salle d'actualité est remarquablement jeune puisque 69 % de l'échantillon ont moins de 30 ans, que 80 % ont de 18 à 45 ans et que seulement 3 % ont plus de 60 ans, au sein d'un éventail d'âges qui s'étend de 9 à 82 ans.

La proportion générale de répartition entre les sexes montre un grand déséquilibre entre auditeurs (68 %) et auditrices (31,5 %). Elle est globalement respectée dans toutes les tranches d'âges sauf dans les deux extrêmes, où on atteint presque l'égalité chez les plus jeunes, alors que, en revanche, chez les plus âgés, la proportion de femmes diminue considérablement.

La pyramide des âges permet de voir de façon flagrante que les tranches d'âges qui ne regroupent que quelques années sont néanmoins les plus importantes.

Nationalité

Globalement, le public est composé de 68 % de Français et de 31 % d'étrangers. Par contre, si on fait un recoupement par tranches d'âges, la proportion de 2/3 pour les Français et d'1/3 pour les étrangers n'est plus respectée : de 18 à 30 ans, on note une proportion beaucoup plus importante d'étrangers avec une « pointe » de 22 à 25 ans.

S'agissant du public français, la répartition des sexes reproduit globalement la population générale 2/3-1/3 ; il n'en est pas de même pour le public étranger où prédomine le public masculin, du fait peut-être du nombre plus élevé de travailleurs immigrés, de la plus grande « masculinisation » des emplois commerciaux ou industriels internationaux et, surtout, de la proportion plus importante d'hommes que de femmes parmi les étudiants étrangers résidant en France.

Origine géographique

Si 42 % des auditeurs de disques résident à Paris, le Centre Georges Pompidou se révèle malgré tout avoir un caractère qui dépasse celui de l'équipement de quartier, puisque seulement 10,5 % du public proviennent des arrondissements limitrophes. Il est également intéressant de noter l'importance du public « banlieusard » qui, malgré l'éloignement et le temps de transport, égale presque celle du public parisien résidant dans les arrondissements non limitrophes.

Parmi les retraités, au nombre desquels on ne compte pas d'étrangers, les « provinciaux » se déplacent plus que les « banlieusards ». Par ailleurs, c'est parmi cette tranche d'âge que le public des arrondissements limitrophes considère le plus la Salle d'actualité comme une discothèque de quartier.

Si la répartition globale entre sexes est à peu près respectée parmi le public des arrondissements limitrophes, il n'en va pas du tout de même parmi les personnes résidant ailleurs : l'écart se creuse de façon considérable chez les Parisiens des 16 arrondissements non limitrophes et chez les habitants des départements de la région parisienne, où l'on remarque des pourcentages pratiquement identiques ; dans ce dernier cas, cette disproportion peut sans doute être attribuée aux conditions du travail féminin et à l'éloignement. On note, par contre, l'importance du public « provincial » féminin, de peu inférieure à celle de la population masculine, importance due au fait que cette fraction du public doit profiter de voyages en couple ou en famille à Paris ou de vacances scolaires pour visiter la Salle d'actualité.

Catégories socioprofessionnelles et socioculturelles

Le public auditeur de disques est très diplômé par rapport à la moyenne nationale, ce qui ne doit pas étonner, compte tenu de la proportion d'étudiants : les 2/3 du public ont le baccalauréat et plus d'un tiers de l'échantillon possède un diplôme de l'enseignement supérieur.

Nous avons utilisé les regroupements suivants 1 :
- classe « dominante » (4 %) centrée sur un système de production valorisant le capital « économique » et éventuellement le possédant ;
- classe moyenne « intellectuelle » (11 %) centrée sur un système de reproduction valorisant le capital « culturel » et le possédant le plus souvent ;
- classe moyenne « technique » (8,5 %) qui est liée au patrimoine économique à un niveau hiérarchique moindre ;
- classes « populaires » (11,5 %) ; - les « inactifs » (21 %) ;
- les scolaires, les lycéens et les étudiants (29,5 %) ;
- restent les artisans et les petits commerçants (2 %) qui valorisent également le capital « économique » mais qui ne le possèdent pas en quantité suffisante pour pouvoir être assimilés aux classes dominantes.

Il existe une proportion écrasante « d'inactifs » et de « scolaires » puisque l'addition de ces deux populations atteint près de 50 % de l'ensemble. Parmi les « inactifs », le pourcentage des chômeurs 2 est très important car il montre l'appropriation de l'équipement culturel gratuit qu'est la Salle d'actualité par un public qui, involontairement, dispose de beaucoup de temps libre.

Les classes moyennes (près de 20 %) sont beaucoup plus largement représentées que les classes populaires (moins de 12 %), et les gens appartenant à la classe dominante sont peu nombreux.

La classe moyenne intellectuelle est la seule à reproduire à peu près fidèlement la proportion générale entre les sexes. On note également que les femmes membres de la classe dominante (13,5 %) et de la classe populaire (17,5 %) sont très sous-représentées alors qu'on se rapproche de l'égalité chez les scolaires et les étudiants.

Les caractéristiques culturelles et musicales

L'écoute de la radio

Il se dégage une écrasante majorité (89 %) en faveur de ceux qui écoutent « souvent » ou « quelquefois » la radio chez eux, ce qui, somme toute, est assez logique puisque chaque foyer possède au moins un récepteur.

Les stations que le public déclare le plus écouter sont les radios libres (29,5 %) et les radios d'état en modulation de fréquence (29,5 %), ce qui amène à faire quelques constatations : d'une part, toutes ces stations émettent en modulation de fréquence, ce qui montre la possession par un large public d'un matériel assez recherché ; d'autre part, l'abandon des stations dites « périphériques » qui, vraisemblablement font fuir le public mélomane, au sens le plus large du terme, par un afflux de publicité ; enfin le succès des radios libres peut s'expliquer par un désir du public d'échapper à la mainmise de l'État sur la radiodiffusion en encourageant une forme de radio peut-être moins « professionnelle », mais plus « conviviale ». Quant à FIP, FIL, etc., le faible pourcentage recueilli (8 %) s'explique par le fait que ce sont des stations que l'on écoute plus en voiture qu'à domicile.

L'écoute de disques

Deux aspects sont à distinguer dans cette question : d'une part, l'écoute potentielle qui présuppose la possession d'un appareil de reproduction et la possession d'une collection de disques, d'autre part l'écoute réelle en tant qu'exploitation plus ou moins intensive de ces matériels.

80 % des auditeurs ont déclaré pouvoir « disposer personnellement d'une chaîne Hi-Fi, d'un électrophone ou d'un magnétophone ».

Il est intéressant de voir que le taux de non-possession d'un appareil de reproduction sonore est le double de celui de possession chez les auditeurs âgés de plus de 46 ans. En revanche, 10 % des possesseurs de matériel ont moins de 18 ans, ce qui leur laisse autonomie et liberté vis-à-vis de la chaîne Hi-Fi paternelle !

La possession d'un appareil n'est qu'une partie de l'écoute potentielle : il était également demandé au public de chiffrer ses collections de disques. 17 % du public possèdent une collection de plus de 250 disques ou cassettes, et plus de la moitié des collections privées se situe entre 30 et 250 disques ou cassettes.

Le recoupement de ces résultats par tranches d'âges nous montre que la tendance entrevue se confirme : les jeunes sont de relativement gros possesseurs de disques ou de cassettes, tandis que les retraités ne recueillent que de faibles pourcentages. On remarquera enfin que les 26-45 ans représentent les 2/3 des possesseurs des collections les plus importantes (plus de 1 000 disques ou cassettes).

Le taux d'exploitation de ces moyens montre des pourcentages équivalents à ceux qui se sont dégagés de l'écoute de la radio et qui semblent montrer de façon évidente que le public qui vient écouter des disques à la Salle d'actualité est grand amateur et grand consommateur de musique enregistrée : 85,5 % des auditeurs déclarent écouter « souvent » des disques chez eux.

Plus la discothèque privée est importante, plus son taux d'exploitation est élevé et on atteint ainsi la totalité chez le public déclarant posséder plus de 1 000 disques. Le fait que, plus les gens ont de disques, plus ils les écoutent, montre que le public n'utilise pas le fonds de disques de la Salle d'actualité comme une compensation à un manque, mais comme une complémentarité et comme un important élément d'appréciation avant un achat éventuel, car il lui est permis d'écouter les nouveautés intégralement et dans de bonnes conditions techniques, ce que n'offre pas la plupart des disquaires.

Conditions d'approvisionnement

Dans l'étude de l'approvisionnement du public en disques et en cassettes, deux aspects principaux ont été retenus : l'achat et l'emprunt dans une discothèque.

- L'achat

10 % du public achètent plus de 50 disques ou cassettes par an, ce qui équivaut en moyenne à un achat par semaine, et 45 % du public déclarent acheter au moins un disque ou une cassette par mois en moyenne, ce qui, compte tenu du prix actuel des disques, indique l'importance de cette forme de loisir chez le public interrogé.

Les retraités n'achètent pas plus de 20 disques ou cassettes par an. En revanche, il est assez étonnant de constater le nombre des acquisitions des moins de 17 ans mais il est possible qu'il y ait dans ces chiffres de nombreuses copies sur cassettes vierges, considérées comme de nouvelles acquisitions. Logiquement, les plus gros acquéreurs sont âgés de 22 à 45 ans et, parmi ceux-ci, on remarque que les 22-25 ans forment le 1/3 de ceux qui achètent de 50 à 100 disques ou cassettes par an ; mais il est étonnant de constater la baisse des pourcentages d'achat au-delà de 20 acquisitions annuelles chez les 46-59 ans qui, en principe, bénéficient du même pouvoir d'achat que les précédents.

- L'emprunt en discothèque

Seulement 26 % du public fréquentent les discothèques de prêt. Peut-être faut-il chercher la cause du manque d'intérêt manifesté par le public à l'égard des établissements de prêt dans le fait que la Salle d'actualité n'impose aucune formalité d'inscription, est gratuite et, ne prêtant pas ses documents, n'impose pas l'obligation d'apporter sa tête de lecture pour vérification - obligation jugée fastidieuse par certains et toujours sujette à caution pour le discothécaire.

Pratiques actives

Il se dégage deux aspects principaux : d'une part le concert qui exige une démarche plus « volontariste » que l'achat d'un disque (location de la place, déplacement hors du domicile, éventuellement sortie en groupe avec ses multiples aspects) et d'autre part la pratique instrumentale.

- Le concert

Il est bien entendu que le terme de « concert » a été choisi en raison de sa globalité et non en fonction de tel ou tel genre musical ou d'une hiérarchie quelconque. A cette question, 70 % du public interrogé ont déclaré qu'ils avaient assisté à des concerts au cours des douze derniers mois.

On ne peut qu'être étonné si on compare ces résultats à ceux de l'enquête Pratiques culturelles des Français. effectuée en 1981, puisqu'elle indiquait, parmi la population française, 7,5 % d'amateurs de concerts de musique classique et 10 % d'amateurs de concerts de musique pop, rock ou jazz. Mais, une fois encore, cette enquête se voulait nationale tandis que notre échantillon est particulièrement « ciblé ».

Que 70 % du public interrogé assistent à des concerts est un fait qu'il fallait préciser : c'est ainsi que le public se range en trois groupes d'importance relativement comparable : d'une part, ceux qui ne vont jamais au concert (27,5 %), d'autre part, ceux qui vont de une à quatre fois par an au concert (30 %), enfin ceux qui y vont au moins cinq fois (36 %). On remarque également que 15 % du public assistent à un concert en moyenne une fois par mois et que 3 % de l'échantillon pratiquent cette activité avec assiduité puisque la moyenne se rapproche d'un concert par semaine.

Parmi ceux qui ont répondu qu'ils allaient au concert, on se rend compte que 50 % du public s'y rendent de 1 à 5 fois par an et donc que les 50 % restants y assistent au moins 5 fois par an.

On entend souvent dire que le concert est une pratique musicale socialement typée : cette affirmation semble se vérifier car on remarque tout de suite que la classe dominante (90 %) et les classes moyennes (81 % pour les classes moyennes intellectuelles et 84 % pour les classes moyennes techniques) sont les plus assidues à fréquenter les salles de concert. On remarque également la similitude des pourcentages recueillis chez les inactifs et les scolaires (67,5 %). On notera enfin que 60 % des membres de la classe populaire, ce qui est tout de même nettement en dessous de la moyenne recueillie, ont été au concert lors des douze derniers mois.

- La pratique instrumentale

44,5 % des auditeurs déclarent jouer régulièrement d'un instrument ; 11,5 % en jouent peu souvent ; enfin, 43 % des personnes interrogées n'ont jamais touché un instrument.

Une fois encore, ces résultats tranchent avec ceux de l'ensemble de la population si on les compare avec ceux de l'enquête de 1981 Pratiques culturelles des Français, puisqu'on avait obtenu alors :
- souvent : 7,4 %
- quelquefois : 5,9 %
- rarement : 5,4 %

C'est-à-dire 13,3 % pour « souvent » et « quelquefois » et 18,7 % pour l'ensemble.

Près de la moitié du public auditeur de disques à la Salle d'actualité joue au moins « quelquefois » d'un instrument de musique et, parmi les personnes qui déclarent jouer d'un instrument, 79,5 % le pratiquent avec une certaine assiduité.

Il était ensuite demandé au public de préciser l'instrument dont il jouait : on constate ainsi qu'1/3 de ceux qui jouent d'un instrument est guitariste et que les trois premiers instruments cités (la guitare, le piano et la flûte) représentent à eux seuls les 2/3 des effectifs. Pour ce qui est des tendances actuelles, le renouveau des instruments anciens et le développement récent des instruments électroniques rencontrent un certain succès. Quant à la catégorie intitulée « divers », elle recouvre des instruments aussi disparates que l'harmonica, l'accordéon, le peigne musical... et la voix qui n'a été mentionnée que trop rarement en tant qu'instrument de musique.

Si l'on considère l'assiduité de la pratique musicale, on se rend compte qu'elle atteint 100 % chez les joueurs d'instruments anciens ; ceci s'explique par le fait que ces instruments sont joués, en principe, par des gens plus motivés après l'apprentissage d'un autre instrument (le clavecin après le piano, le luth après la guitare, la viole après le violoncelle, etc.). Par ailleurs, on obtient 70 % de pianistes assidus et on remarque que la majorité des joueurs d'instruments électroniques joue « souvent » tandis que la majorité des flûtistes et des percussionnistes joue « quelquefois ».

De manière générale, l'assiduité de la pratique musicale décroît quand l'âge augmente, puisque l'on passe, chez ceux qui jouent d'un instrument « souvent » et « quelquefois » de 57 % chez les 9-17 ans à 29 % chez les 46-59 ans.

Pour vérifier encore une fois si la pratique instrumentale est ou non le fait d'une « élite », nous avons établi un croisement par les catégories socioculturelles, ce qui a permis d'observer que près de la moitié des membres de la classe dominante ne joue pas d'un instrument. A l'inverse, la moitié des scolaires, près de 2/3 des membres de la classe moyenne intellectuelle jouent assez souvent, tandis qu'on constate que 57 % des classes populaires ne jouent jamais.

Les caractéristiques d'appropriation de l'équipement culturel

Un quart du public auditeur vient pour la première fois et près des 2/3 des personnes interrogées sont venues moins de 10 fois. En tout état de cause, on ne rencontre que 17 % de vrais « habitués ».

Par ailleurs, plus le taux de fréquentation augmente, plus la proportion de population féminine diminue : comme il a été vu plus haut, les scolaires et les étudiants d'une part, la classe intellectuelle d'autre part (où se trouve une forte proportion d'enseignantes qui sont, en principe, moins sujettes à un horaire contraignant), sont les seules populations où le pourcentage des femmes dépasse le pourcentage global du public interrogé.

L'enquête révèle également que les 2/3 des moins de 30 ans sont venus de 1 à 10 fois, en revanche les 2/3 des plus de 45 ans sont venus plus de 10 fois, parmi ces derniers, c'est chez les retraités que l'on trouve le plus important pourcentage d'habitués puisque près de la moitié de l'effectif déclare être venue plus de 50 fois. On remarque également les pourcentages élevés rencontrés chez les moins de 21 ans venus pour la première fois.

Un quart de ceux qui visitent la Salle d'actualité pour la première fois est parisien, et ce, cinq ans après son ouverture. Parmi ce même public, on remarque également un tiers de provinciaux et un quart d'étrangers. Au fur et à mesure que la fréquentation augmente, le pourcentage de ceux qui ne résident pas à Paris et dans la région parisienne diminue, jusqu'à atteindre une valeur nulle chez les étrangers venus plus de 50 fois. On notera également les proportions élevées des banlieusards : 1/3 de ceux qui sont venus de 2 à 10 fois, 1/3 des « fidèles » et près de la moitié de ceux qui sont venus de 11 à 50 fois. Enfin, les 2/3 des « habitués » sont logiquement parisiens.

La classe dominante distribue équitablement ses effectifs mais ne compte que peu de ses membres au nombre des habitués, de même que le public des artisans et petits commerçants qui n'en compte aucun. Chez le public scolaire et étudiant, on note une tendance très nette à la baisse des effectifs dès que la fréquentation devient plus forte. Par contre, il est remarquable de noter que plus de 40 % des membres de la classe moyenne technique et des inactifs, que la moitié des membres de la classe moyenne intellectuelle et, surtout, que la moitié des membres de la classe populaire sont venus plus de 10 fois écouter un disque à la Salle d'actualité.

Une pratique d'écoute

Les disques

- Le genre choisi

Lors de l'enquête, il était demandé au public d'indiquer le code-genre figurant sur l'étiquette du disque choisi.

En tête des pourcentages d'écoute, on trouve d'abord dans un premier groupe le rock, le reggae et la pop-music (33,5 %), suivis de près par la musique classique (29,5 %) ; un gros écart nous amène à un second groupe composé du jazz et du blues (10,5 %), de la chanson (8,5 %) et des musiques traditionnelles (6,5 %) ; enfin, un dernier groupe est constitué des musiques de films (3 %), des textes, musiques variées et disques pour enfants (3,5 %) auxquels se joignent les programmes continus et la modulation de fréquence (5 %). On constate ainsi que la musique classique au sens large, (comprenant également la musique ancienne et la musique contemporaine), recueille pratiquement 1/3 des écoutes, un autre tiers est constitué par le rock et la pop music auxquels sont joints le reggae, la musique soul et la salsa. A noter enfin le faible pourcentage des choix d'écoute de disques de chanson et de musiques traditionnelles, ainsi que le pourcentage relativement restreint du jazz et du blues qui ne dépassent que de peu 10 %.

Si on compare ces pourcentages à ceux des genres effectivement proposés (classique : 60 %, jazz-blues : 14 %, pop-rock : 12,5 %, traditionnel : 4,5 %, etc.), on remarque immédiatement la sous-exploitation du fonds de musique classique puisque, représentant les 2/3 du fonds, il ne fait l'objet que d'1/3 des écoutes. A l'inverse, le fonds de pop-rock-reggae est remarquablement surexploité puisque 12 % des collections représentent plus d'un tiers des écoutes, ce qui signifie que, virtuellement, pendant les deux semaines d'enquête, chaque disque de cette catégorie a été écouté trois fois. Le même phénomène se remarque à propos des fonds de chanson et musiques traditionnelles puisque ces disques ont virtuellement été écoutés deux fois. Seuls les fonds de jazz et de blues recueillent un pourcentage d'écoute proportionnel à leur taille ; enfin, les disques pour enfants sont très peu écoutés : destinés à l'origine à servir à l'information des parents, ils ne servent en fait que de complément à la discothèque de la bibliothèque des enfants.

- Le genre préféré

Les résultats obtenus sont la preuve d'un remarquable éclectisme puisque beaucoup ont donné plusieurs réponses ; mais les chiffres donnés ici ont été recalculés sur 100 réponses :
- musique classique : 31 %
- pop-rock : 26,5 %
- jazz-blues : 21 %
- chanson : 11 %
- traditionnel : 7,5 %
- variétés : 3 %

On remarque donc la même proportion de goût et d'écoute en musique classique et en traditionnel. Par contre, on ne constate que 11 % des écoutes en jazz et en blues alors que 21 % des auditeurs déclarent apprécier ces musiques. En revanche, plus d'un quart des amateurs de pop-rock constitue un tiers des auditeurs.

Si la musique classique est appréciée de façon égale par les hommes et les femmes, il existe des différences marquées entre certains genres musicaux : le jazz et le rock sont plutôt préférés par les hommes alors que les musiques traditionnelles et la chanson trouvent plutôt leur public parmi les femmes.

Il apparaît également que les générations sont un facteur déterminant du goût : de la sorte, le goût pour la musique classique s'accentue avec l'âge (on va de 16 % chez les plus jeunes à 67,5 % chez les retraités). En revanche, on note la tendance inverse pour le pop-rock. Enfin, le jazz, le blues et les musiques traditionnelles sont appréciés de façon semblable par les 18-45 ans qui représentent 80 % du public interrogé.

Le jazz et le blues sont de manière égale appréciés par toutes les classes « sociales », alors que la classe dominante et les classes moyennes semblent plutôt attirées par la musique classique (de 39,5 % à 44 %), que les scolaires sont amateurs de pop-rock (35,5 %) et que les goûts des classes populaires se répartissent entre le classique (29 %) et la chanson (16,5 %).

- La stabilité des comportements

Le croisement des deux questions précédentes montre que seuls les amateurs de classique (54,5 %) et de rock (58 %) restent en majorité fidèles à leurs goûts. Il est également intéressant de constater que ceux qui ne trouvent pas un disque dans leur genre de prédilection se « rabattent » le plus souvent sur la musique classique.

Par ailleurs, plus de la moitié du public (55,5 %) est venue à la Salle d'actualité afin d'écouter des nouveautés. Cependant, 47,5 % du public ne prennent pas de risques et évitent de choisir un disque dans un genre qui ne leur est pas familier. C'est pourquoi il a paru intéressant de croiser ces deux attitudes :

Ce tableau nous permet de dresser une « typologie » des auditeurs : tout d'abord, on remarque 24 % de « sédentaires » qui ne prennent aucun risque en écoutant un disque qu'ils connaissent déjà dans le genre qu'ils préfèrent ; ensuite, une proportion plus faible de « voyageurs » (14,5 %) qui écoutent un disque déjà connu dans un genre qui n'est pas celui de prédilection. Nous voyons ensuite 22 % de « découvreurs » qui prennent un certain « risque » en écoutant un disque qu'ils ne connaissent pas mais dans le genre qu'ils préfèrent, et enfin 26,5 % d'« aventuriers » qui se lancent dans l'écoute d'un disque inconnu dans un genre autre que le préféré.

L'utilisation des ressources

38,5 % des auditeurs sont venus dans l'intention d'écouter un disque

27 % pour lire

18,5 % pour voir les nouveautés

13,5 % pour passer le temps

2,5 % pour des raisons diverses (travail personnel, écoute de la radio, concours publicitaires, visite guidée... et même courrier et rendez-vous !).

Les femmes sont, dans l'ensemble, plus intéressées que les hommes par l'aspect « vitrine des nouveautés » de la Salle d'actualité ; en revanche, la lecture est une activité plus spécifiquement masculine (73 %). En outre, les nouveautés attirent beaucoup plus le public âgé de 22 à 45 ans (67,5 %) que les autres.

C'est parmi les membres de la classe dominante (50 %), des classes moyennes (43,5 %) et chez les scolaires (45 %) que l'on trouve le plus de gens venus pour écouter un disque. C'est dans la classe populaire (36 %) et parmi les inactifs (31 %) que se trouve la plus importante proportion de lecteurs potentiels.

Si le fait de venir « passer le temps » à la Salle d'actualité décroît avec la fréquentation, on remarque la stabilité des taux de « lecteurs » venus plus de 10 fois. En ce qui concerne l'écoute des disques en tant que motivation première, on constate qu'un cinquième de ce public est constitué de personnes venant pour la première fois, ce qui signifie donc que ce public est déjà au courant des ressources de la Salle d'actualité.

Les médiations

Le recours au personnel

La taille relativement réduite des fonds et l'accès direct total permettent peut-être au public de trouver seul ce qu'il cherche, puisque 29 % du public n'ont jamais adressé la parole au personnel ; par contre, 33 % se renseignent « souvent » ou « quelquefois » par ce biais, et la médiation par le personnel croît avec l'assiduité des visites sans que cette pratique se révèle courante : le taux d'un tiers environ en indique peut-être les limites.

Ce sont les artisans et petits commerçants (43 %), les inactifs (41,5 %) et les membres de la classe moyenne technique (37 %) qui demandent le plus souvent des renseignements au personnel ; la classe populaire et la classe moyenne intellectuelle utilisent cette ressource pour environ 1/3 de leurs effectifs tandis que les membres de la classe dominante et de la classe scolarisée semblent préférer se débrouiller seuls.

Ce sont les amateurs de musique classique au sens large qui font le plus appel au personnel, et ceci peut s'expliquer par plusieurs raisons : la classification est tout d'abord un peu plus compliquée (où trouver un anonyme du Moyen Age ? où trouver de la musique liturgique ? où trouver un récital par telle cantatrice ? où trouver de la musique du xxe siècle ?) ; en outre, le problème du choix des interprétations n'est pas toujours facile à résoudre, quand ce n'est pas le choix de l'œuvre elle-même qui pousse l'auditeur à poser une question (« Schéhérazade », c'est de Ravel ou de Rimsky-Korsakov ?). Par ailleurs, le personnel est plus sollicité par les amateurs de rock, de reggae et de pop music que par les auditeurs qui préfèrent le jazz, le blues et la chanson.

Le recours aux instruments de recherche

- Les feuilles de nouveautés

La Salle d'actualité établit chaque mois la liste de ses nouvelles acquisitions et la présente au public. Cette ressource est assez mal exploitée par le public puisque les 3/4 des auditeurs ne l'utilisent pas.

Il semblerait que les auditeurs préfèrent compulser les pochettes, plus attrayantes, plutôt que de lire une liste austère dont la longueur peut paraître fastidieuse.

- Les fichiers et les discographies

La Salle d'actualité propose également au public des fichiers de disques : l'un est alphabétique, l'autre est topographique ; ces deux fichiers incluent en outre de nombreux renvois qui permettent de regrouper les différentes oeuvres d'un même musicien, parfois dispersées dans des anthologies ou des récitals. Enfin, des discographies commerciales telles que le catalogue Diapason, les Guides Akaï ou le Dictionnaire des disques sont à la disposition du public, soit dans le fonds de référence, soit à la banque d'écoute.

Il apparaît que ces outils de recherche ne sont pas plus utilisés (21,5 %) que les feuilles de nouveautés. Cela peut être la conséquence du libre accès : tous les documents étant exposés dans la Salle, la recherche par l'intermédiaire du fichier semble moins nécessaire. Par ailleurs, il existe une certaine « sensualité » dans le fait de toucher une pochette de disque, plaisir que l'on ne retrouve pas lors de la consultation d'un fichier.

On remarque que, comme toutes les ressources de ce genre, les fichiers et les discographies sont principalement utilisés par les habitués et par les amateurs de musique classique et de musiques traditionnelles.

Ces questions nous ont permis de dresser deux typologies, l'une concernant le public qui a besoin d'une médiation imprimée, l'autre relative aux auditeurs qui veulent, en plus, un contact avec le personnel.

Nous rencontrons ainsi 6,5 % de « gloutons » qui ont recours à la fois aux feuilles de nouveautés et aux fichiers et discographies, puis deux groupes d'importance comparable (14,5 % et 15,5 %) parmi lesquels se trouvent les « curieux », plus intéressés par les feuilles de nouveautés et les « fouineurs » qui montrent une démarche exactement opposée puisque seuls les fichiers et les discographies attirent leur attention ; enfin, le dernier groupe est constitué de 59 % de « débrouillards » qui n'ont besoin d'aucun intermédiaire imprimé entre eux et le disque qu'ils ont choisi.

Ce tableau nous montre que 11 % des auditeurs sont des « enquêteurs » qui ont recours à la fois au personnel et aux fichiers et discographies avant de choisir certains de leurs disques ; nous voyons également 10 % de « déchiffreurs » qui ne s'adressent pas au personnel mais consultent plus volontiers les instruments imprimés, tandis que 22 % de « relationnels » ont une pratique diamétralement inverse puisque les fichiers et discographies ne les attirent pas alors qu'ils semblent préférer un contact plus direct ; enfin, 47,5 % de « débrouillards » préfèrent se tirer d'affaire eux-mêmes et trouver leur disque en cherchant dans les bacs.

Les pratiques simultanées à l'écoute

Une dernière pratique a été étudiée : celle qui consiste à cumuler simultanément plusieurs ressources de la Salle.

Cette question a été orientée vers la lecture qui a semblé être, parmi les autres ressources de la Salle d'actualité, la plus apte à être pratiquée en même temps que l'écoute d'un disque.

C'est ainsi que 57 % du public ont déclaré avoir l'intention de lire en écoutant de la musique.

L'approfondissement de cette question nous a permis de constater qu'un tiers du public qui a lu en écoutant de la musique était d'abord venu pour lire, et qu'un autre tiers était venu dans l'intention d'écouter de la musique. On remarque ainsi, pour les 2/3 de ce public, un double glissement de la motivation d'origine. A l'inverse, on constate que, parmi ceux qui n'ont pas lu pendant leur audition, près de la moitié était venue tout d'abord pour écouter de la musique et que près d'un quart qui était venu pour lire, a également écouté de la musique.

Pour conclure

Lors de sa création, le but de la Salle d'actualité, à l'intérieur de la BPI, était de présenter les nouveautés du livre et du disque à un public qui ne serait plus privilégié, mais qui proviendrait de toutes les couches de la population.

Nous constatons que le public des auditeurs de disques ne répond que partiellement à cette attente. Ce public est très varié de par son origine géographique ; il l'est aussi apparemment d'un point de vue « social » puisqu'il se révèle appartenir à pratiquement tous les milieux socioculturels, mais cette assertion doit être nuancée : en effet, on ne rencontre aucun agriculteur parmi l'échantillon considéré, alors qu'un visiteur sur cinq vient de province, et on doit reconnaître que ce public est largement « surdiplômé » par rapport à la moyenne nationale. En outre, si l'on compte 11,5 % de membres de la classe populaire parmi les auditeurs de disques, ce pourcentage est tout de même largement inférieur à celui rencontré au sein de la population nationale. Il en est de même pour la répartition par sexe : on compte en effet un tiers de femmes, et ce public est en grande majorité composé d'enseignantes.

Enfin, on constate le même phénomène dans la répartition par âge : 52 % des auditeurs de disques ont moins de 25 ans.

Il existe donc des couches de la population qui ne peuvent pas profiter de la Salle d'actualité pour des raisons dont cette dernière n'est pas responsable mais qui font que, malgré tout, elle ne peut pas remplir totalement sa mission qui consiste à mettre l'outil culturel à la portée du plus grand nombre. En effet, l'étude et la réalisation de cet établissement à caractère encyclopédique s'avèrent ambitieuses, grâce à des horaires d'ouverture importants et un seul jour hebdomadaire de fermeture au public situé, en principe, hors des périodes de repos de la population active. Mais elles se heurtent à des problèmes que l'éloignement ou les conditions de travail difficiles n'expliquent que partiellement : s'y ajoutent des pesanteurs sociales et des « blocages » culturels qu'elles ne peuvent surmonter entièrement ; et pourtant, il est intéressant de constater que la proportion de membres de la classe populaire rencontrée parmi les auditeurs de disques, si elle est inférieure à la moyenne nationale, est cependant supérieure à celle recueillie dans la majorité des établissements culturels.

Malgré ces réserves, nombre d'auditeurs ont la possibilité et la volonté de fréquenter la Salle d'actualité et de profiter de ses ressources, et il est remarquable de constater l'importance du nombre des inactifs, chômeurs et demandeurs d'emploi pour une grande part, dont le pourcentage est le double de celui de la moyenne nationale.

Il est également important de remarquer que le public considéré est essentiellement mélomane : il est en effet composé de personnes qui, non seulement éprouvent un réel penchant pour la musique, leur présence en Salle d'actualité le prouve, mais matérialisent ce goût par l'importance de leurs acquisitions de disques et de cassettes, la qualité de leur matériel, le temps qu'elles consacrent à cette forme de loisir, en incluant l'écoute de la radio, leur fréquentation remarquablement assidue des salles de concert ou leur pratique instrumentale : en effet, plus de la moitié des personnes interrogées déclare jouer d'un instrument.

C'est en ce sens que l'image de la Salle d'actualité dans le public est remarquablement importante : le public qui la fréquente n'est pas « choisi » selon des critères élitistes, mais selon des critères intellectuels qu'il se crée lui-même ; il y vient car cet établissement apporte une réponse positive à la motivation profonde que ses goûts lui suscitent : les auditeurs semblent venir principalement en Salle d'actualité pour élargir leur culture musicale et assouvir leur soif d'enregistrements nouveaux, et non pas seulement pour meubler un temps mort.

L'assiduité du public s'explique également par le fait qu'indéniablement, la Salle d'actualité représente un intéressant moyen d'information sur les nouveautés du disque, même si, de l'avis de quelques auditeurs, certains genres musicaux sont plus représentés que d'autres.

A ce sujet, il ne faut toutefois pas perdre de vue que le fonds de disques de la Salle d'actualité, de par sa conception et sa constitution, est mouvant et suit ainsi les flux de la production du disque et qu'il ne peut donc pas forcément répondre directement à tous les vœux de son public, mais doit d'abord obéir aux exigences et aux caprices de l'actualité éditoriale.

Quoiqu'il en soit, les auditeurs semblent généralement trouver réponse à leur attente en Salle d'actualité, soit parce qu'ils trouvent ce qu'ils préfèrent, soit parce que, ne le trouvant pas, ils acceptent d'écouter d'autres types de musique. Il faut noter à ce sujet que les personnes interrogées semblent particulièrement sensibles au fait que les bacs de la Salle d'actualité ne ressemblent guère aux vitrines des disquaires. Le public a d'ailleurs compris l'utilité des programmes continus qui permettent de découvrir une œuvre inconnue ou un genre ignoré, ou dans une moindre mesure, d'éviter la file d'attente. Mais il est à regretter que les moyens « logistiques », dont dispose la Salle d'actualité, ne soient pas à la mesure de son immense succès : la durée de l'attente pour écouter un disque est en effet beaucoup trop longue malgré le nombre déjà important de platines et de casques d'écoute disponibles.

La Salle d'actualité doit une part de son succès à la variété de ses instruments de recherche et à celle de ses activités, elle le doit en outre à l'originalité de son principe fondamental qui consiste à proposer sur place l'écoute intégrale des nouveautés ; mais sa grande réussite réside surtout dans son manque de formalisme, rassurant pour l'auditeur, et qui lui permet de venir à tout moment écouter de la musique en lisant éventuellement un journal ou un livre.

L'impact d'une réalisation telle que la Salle d'actualité n'a pas manqué de se faire sentir : on réclame des « succursales » à Lyon, Bruxelles, en Angleterre, à Johannesburg et San Francisco. Un nouveau thème est né qui n'attend plus que ses variations.

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La Salle d'actualité

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La pyramide des âges

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« Profil-type » de l'auditeur de disques

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La stabilité des comportements

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La stabilité des comportements

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Les recours aux instruments de recherche (1/2)

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Les recours aux instruments de recherche (2/2)

  1. (retour)↑  Cet article est la reprise partielle d'un mémoire présenté en 1982 dans le cadre de la scolarité à l'ENSB et dont le texte intégral a fait l'objet d'une publication : Pierre-Yves Duchemin, L'Écouteur écouté : les auditeurs de musique à la Salle d'actualité de la BPI, étude sociologique, Paris, BPI, Service des études et de la recherche, 1983, 136-XIII p. Les questionnaires de l'enquête dont il est rendu compte ici ont été proposés aux auditeurs de la Salle d'actualité du 15 au 28 février 1982.
  2. (retour)↑  Cet article est la reprise partielle d'un mémoire présenté en 1982 dans le cadre de la scolarité à l'ENSB et dont le texte intégral a fait l'objet d'une publication : Pierre-Yves Duchemin, L'Écouteur écouté : les auditeurs de musique à la Salle d'actualité de la BPI, étude sociologique, Paris, BPI, Service des études et de la recherche, 1983, 136-XIII p. Les questionnaires de l'enquête dont il est rendu compte ici ont été proposés aux auditeurs de la Salle d'actualité du 15 au 28 février 1982.
  3. (retour)↑  Ces regroupements sont ceux actuellement utilisés pour leurs études par le Service des Études et de la Recherche du Ministère de la Culture et par le Service des Études et de la Recherche de la BPI. Ils ont été adoptés ici afin de faciliter les comparaisons avec les publics des autres équipements culturels.
  4. (retour)↑  Pour la population française, ce pourcentage s'élève aux alentours de 8 %, soit une valeur inférieure de moitié à celle que nous considérons ici.