Activités des bibliothèques dans le cadre de l'année du patrimoine

Le patrimoine, « c'est une sorte de fil d'Ariane qui unit le présent, le passé et l'avenir de notre société et qui lui permet d'échapper à l'angoisse et à la stérilité » 1.

Depuis toujours, les bibliothèques participent à la création et à l'enrichissement du patrimoine national. Soucieuses de sa conservation, elles ne se lassent pas de faire découvrir au public des richesses trop souvent méconnues, délaissées ou ignorées.

Si le patrimoine est multiforme, les activités menées au cours de l'année 1980 ont été marquées du signe de la multiplicité et de la diversité. Celles entreprises par les bibliothèques ont reflété ce double caractère. La tentative de retracer les manifestations importantes qui ont pris place dans la vie des bibliothèques à l'occasion de l'année du patrimoine, n'a nullement l'ambition de l'exhaustivité 2. Elle se veut simple rappel du nombre, de la variété et de la densité des actions conduites par les personnels de bibliothèques pour témoigner de la place occupée par celles-ci dans le patrimoine national.

Notre fil d'Ariane pour présenter cette rétrospective, passera par les expositions, les activités d'animation et les entreprises de publication, d'inventaire et de restauration et d'enrichissement des collections.

Expositions

Si la presse parisienne a relaté les grandes expositions de la Bibliothèque Nationale présentées sous le label « Année du Patrimoine », telles que celles consacrées au 3e centenaire de la Comédie Française, aux musiques anciennes, instruments et partitions du 16e au 18e siècle et à Gustave Flaubert, ainsi que celles de la Bibliothèque publique d'information sur la Résistance, « la République en fête » et « Stravinsky, ses interprètes, ses critiques », elle s'est montrée plus discrète et plus avare d'informations au sujet d'expositions organisées avec talent et succès par nombre de bibliothèques de province.

Celles-ci pourtant, fortement ancrées dans la vie locale, apportent une contribution constante au développement culturel de la société...

Dans cette vaste galerie d'expositions qui ont jalonné toute l'année, on peut relever différents thèmes : les écrivains, l'histoire locale liée très souvent au patrimoine artistique et ethnologique de la région, le livre, les trésors des bibliothèques.

A la série « Écrivains et terre natale » lancée dans les 22 régions de France en collaboration avec la Direction du livre et le Centre national des lettres pour célébrer les écrivains français et de langue française en leur lieu de naissance, sont venues s'ajouter de nombreuses expositions vouées à la mémoire d'écrivains comme Apollinaire à la Bibliothèque publique d'information, Barrès à Nancy, Flaubert à Rouen, Montaigne à Bordeaux, Rimbaud à Charleville-Mézières, Salacrou au Havre... « Mille ans de littérature occitane » à Bergerac, « Aspects de la poésie française et francophone contemporaine » à Vichy, « Poètes et versificateurs champenois de la Renaissance » à Troyes, « La Renaissance à travers les livres à Bourges et à Tours, « Vie intellectuelle à Toulouse au temps de Godolin, 1580-1650 », « La Presse régionale et la création littéraire » à la Bibliothèque de l'Université de Metz, de telles expositions ont contribué à développer les connaissances sur la vie littéraire au cours des différentes époques ; des lectures de Francis Ponge et Malherbe permirent d'écouter à Caen le poète classique par la voix d'un poète contemporain.

L'histoire locale constitue une mine inépuisable de thème d'exposition. Sensibles à l'enracinement des français dans leur terroir et à l'attachement qu'ils portent à leurs origines et à leur cadre de vie, les bibliothèques satisfont leur curiosité en leur ouvrant les pages de l'histoire de leur pays et de leur cité. Telles furent les expositions d' « Abbeville et son histoire », « L'Architecture en Labourd » à Bayonne, « La Vie urbaine à Dôle au Moyen âge », « Douai de 1914 à nos jours », « Notre Dame de Santé » à Carpentras », « Dix siècles d'histoire d'Auvergne » à Clermont-Ferrand, « Histoire et industrie » à Chambon-Feugerolles, « Statues bretonnes » à Lanester, « Aspects de la vie lyonnaise au temps de Soufflot », celle consacrée au quartier « Préfecture, 1886-1906 » à Lyon, « Montauban, jadis et naguère », « Melun romantique, 1825-1850 », « L'Allier à Moulins », « Impressions paloises et béarnaises, 1541-1789 », à Pau, « Cartes anciennes de l'Anjou» à à Saumur, « Saint-Gilles-Croix-de-Vie, 1900 », « Sète, aujourd'hui et demain », « Tarbes jadis », « Normandie pittoresque et romantique » à Vannes, « Vichy, pays de sources, de la préhistoire à 1935 », « Versailles, images de la vie quotidienne, 1880-1910 »...  3 Cette énumération de titres est significative de la richesse du patrimoine entretenu par les bibliothèques.

Les expositions itinérantes des bibliothèques centrales de prêt ont invité villes et villages à la redécouverte de leur environnement. « A livre ouvert : le Patrimoine » dans la Haute-Garonne », « Lieux de rencontre en milieu rural » en Indre-et-Loire, « Pour mieux connaître le Loiret », « La Normandie et la Manche », « Les Traditions populaires et la vie d'autrefois », dans la Manche, « Maisons paysannes de France » dans le Lot-et-Garonne, « L'Habitat rural » dans le Morbihan sont des exemples parmi d'autres de la participation de la bibliothèque centrale de prêt à l'animation locale.

Le livre et son décor, l'imprimé, les métiers du livre sont autant de thèmes toujours repris avec la même passion pour faire connaître la complexité de l'objet livre, sa valeur et son témoignage. Dans cette moisson, on peut citer les expositions suivantes : « Incunables illustrés » à Reims, « L'Écriture et le le livre » à Jurançon, « Panorama de l'histoire du livre » à Vernon, « Le Livre ancien illustré » à la Bibliothèque interuniversitaire de Rennes, « Barbat, un atelier lithographique à Châlons-sur-Marne au XIXe siècle », « Bernard Naudin » à Châteauroux, « L'Imprimerie dans le Douaisis, des origines à l'Imprimerie Nationale » à Douai, « L'Imprimerie à Coutances », « 500e anniversaire de l'introduction de l'imprimerie » à Poitiers, « Témoins de l'art du livre : XII-XIXe siècles » à Évreux, « Le Premier siècle de l'imprimerie à Caen et en Europe » dans le cadre de la célébration du « Ve Centenaire de l'introduction de l'imprimerie » à Caen, « Gravures romantiques » à Mulhouse, « Atlas et cartes d'autrefois » à Vannes, « Reliures du XVIIe siècle » à Troyes. Ces expositions viennent s'ajouter à celles qui ont eu pour objet de faire découvrir, une nouvelle fois, les trésors des bibliothèques municipales tels ceux d'Autun, Blois, Chalon-sur-Saône, Dijon, Laon, Libourne, Meaux, Montpellier, La Rochelle, Valenciennes, de la Bibliothèque historique de la ville de Paris et de la Bibliothèque Forney.

Certaines de ces expositions mirent principalement l'accent sur le cheminement qui, au cours des siècles, a abouti à la constitution des fonds de la bibliothèque. C'était donc à un itinéraire littéraire et artistique qu'étaient conviés les visiteurs. « Livre-Parcours » a ainsi retracé l'histoire de la communication du livre par les bibliothèques.

Une mention spéciale peut être faite des expositions de Bourgogne accompagnées d'un diaporama sur les manuscrits bourguignons à peinture, réalisée par l'Institut de recherche et d'histoire des textes, et de celle des « Musiques du Roy à Versailles » présentée avec des instruments anciens, des tableaux et des estampes destinés à évoquer cette époque musicale et à mettre en valeur le fonds de partitions manuscrites et gravées qui, par la volonté de Louis XIV et grâce au labeur du copiste Philidor, ont sauvé de l'oubli l'œuvre musicale de l'École de Versailles : Lully, Delalande, Couperin, Rameau et bien d'autres.

Une exposition réalisée à Compiègne sur les « Instruments et outils du XIXe siècle d'après les manuscrits de Léré » participe au mouvement actuel de la revivance de l'artisanat et du travail manuel.

Certaines expositions comme celles réalisées dans le Val-d'Oise avec pour titre « A la recherche de notre patrimoine » et à la Bibliothèque municipale de Lyon avec pour intitulé « De la chanson de Roland à la mémoire de demain, un patrimoine régional » ont délibérément choisi de sensibiliser le public au travail accompli par les institutions et les associations pour découvrir et conserver le patrimoine, et de mettre en évidence le rôle propre de la bibliothèque dans la constitution et la préservation du patrimoine à la fois national et régional.

Tout au long de l'année, les bibliothèques ont apporté leur concours par des prêts d'ouvrages à de nombreuses expositions. La participation la plus importante fut celle de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris à l'exposition « L'Image médicale et scientifique » et celle, bien évidemment, de la Bibliothèque Nationale à l'exposition « La Vie mystérieuse des chefs-d'œuvre » (Papyrus Prisse, Bible latine palimpseste, Évangiles de Sinope, rouleaux chinois et aztèques, Manuscrits de Diderot, Heine et Zola), et à l'exposition « Cinq ans d'enrichissement du Patrimoine » notamment : un trésor médiéval de 58 monnaies d'or, le Missel d'Aix-en-Provence avec peintures d'Enguerrand Carton, le Chansonnier de Nivelle de la Chaussée avec une chanson de François Villon, une gravure unique de Lucas de Leyde, un incunable français, une mappemonde du XVIe siècle et une carte du XVIIe, une reliure pour Marie-Antoinette, des autographes de Couperin et de Bach, la partition originale du Faust de Gounod, les autographes de Benjamin Constant, George Sand, Gérard de Nerval, Gustave Flaubert, Barbey d'Aurevilly, Maurice Barrès, Paul Claudel, Henri de Montherland, Romain Rolland, Jules Romains, Jean Giraudoux, Colette, Jean-Paul Sartre.

L'année du patrimoine fut aussi celle de la célébration du XVe centenaire de la naissance de Saint-Benoît. Les manifestations les plus marquantes furent celles de Bourges, de Colmar, d'Orléans avec « Les Manuscrits de Fleury » et de Reims avec pour titre « La Vie monastique selon la règle de Saint-Benoît ». Cette célébration se poursuit d'ailleurs cette année avec notamment une exposition à Tarbes sur « Les Abbayes bénédictines des Hautes-Pyrénées ».

Animations

Les animations sont devenues monnaie courante dans la vie des bibliothèques. Il est superflu de rappeler ici les opérations « Portes ouvertes », les multiples conférences, rencontres littéraires, heures musicales, cercles poétiques, clubs artistiques qui ont foisonné tout au long de l'année. Il sera cependant mentionné le thème de lecture « Écrivains de chez nous » réalisé à Lille et les « Rencontres littéraires d'automne » à la Bibliothèque municipale de Strasbourg qui ont eu pour sujets : « Arts et traditions populaires », « Romans et récits », « Poésie d'expression française », « Poésie dialectale », « Défense de l'environnement », « Histoire régionale », « Science fiction », « Littérature d'expression allemande », « Littérature religieuse et la Nef des Fous de S. Brant ». Un tel panorama de la littérature a créé un courant d'échanges entre lecteurs et auteurs régionaux qui ont trouvé leur pleine expression dans certaines conférences liées au thème « Écrivains et terre natale ».

Les bibliothèques centrales de prêt se sont associées aux initiatives d'animation pour la mise en valeur du patrimoine, en particulier celle des Alpes-Maritimes qui a mis l'accent sur les activités traditionnelles et celle du Bas-Rhin qui a apporté sa contribution au programme des manifestations du Parc naturel des Vosges du Nord.

Publications

Il ne suffit pas d'acquérir et de conserver. Il faut aussi publier pour faire connaître au-delà des limites d'un catalogue sur fiches les ressources possédées. Ainsi la Bibliothèque municipale de Toulouse a réalisé un Catalogue des récits de voyages antérieurs à 1815, a achevé le Catalogue des incunables de la région Midi-Pyrénées et a mis en chantier une série de catalogues spécialisés consacrés aux fonds hispanique, anglais, aux brochures révolutionnaires, aux ouvrages médicaux... Les bibliothèques du Nord ont publié un catalogue des collections d'incunables préparant ainsi l'édition du catalogue régional Nord-Pas-de-Calais. La Rochelle a lancé le projet d'un catalogue collectif de 150 à 200 plans anciens de la ville, a ébauché celui d'un catalogue des monnaies. Antony a pris l'initiative de publier un ouvrage historique sur la ville qui a reçu la première mention du concours national de l'année du patrimoine, section « Histoire de votre ville ». Une initiative semblable a été prise par Draveil. Un diaporama a été réalisé par la Bibliothèque municipale d'Aix-en-Provence invitant les visiteurs et les lecteurs à mieux connaître ses fonds.

Plusieurs bibliothèques centrales de prêt ont publié des catalogues de leur fonds local, en particulier les bibliothèques centrales de prêt du Cher, de la Corrèze, de la Haute-Garonne, des Hautes-Pyrénées. Pareille initiative a été prise par la Bibliothèque du centre universitaire de Saint-Denis-de-la-Réunion.

La Bibliothèque centrale de prêt des Vosges a choisi de publier le catalogue de son fonds d'ouvrages sur la musique et les musiciens - Ricochet, bulletin de liaison de l'Association des amis de la Bibliothèque centrale de prêt du Tarn-et-Garonne a publié un numéro « spécial patrimoine ».

C'est dans ce secteur des publications que les bibliothèques d'étude et de recherche ont le plus manifesté d'activités. Des catalogues thématiques ont été diffusés par la Bibliothèque de l'Université d'Orléans afin de mieux informer son public et notamment lors d'expositions organisées sur les divers aspects de la période 1870-1900. Reims s'est consacré à Guillaume de Machaut et a réalisé des plaquettes bibliographiques sur la région destinées aux enseignants du secondaire.

Toulouse a pris une part active à la célébration du 750e anniversaire de la création de l'université et a publié La Vie universitaire toulousaine au cours des âges, catalogue des documents et livres relatifs à l'histoire de l'Université de Toulouse et a participé à l'édition de l'ouvrage Toulouse universitaire.

La Bibliothèque du centre universitaire des Antilles-Guyane s'est attachée à obtenir une réédition bilingue (créole-français) des Œuvres Créoles de Paul Bodot.

La Bibliothèque centrale du Museum national d'histoire naturelle a publié deux recueils de peintures sur vélin choisies dans sa célèbre collection, le 1er volume est consacré au peintre Nicolas Robert (1614-1685), le 2e à Pierre-Joseph Redouté (1759-1840).

La Bibliothèque de la Sorbonne a inauguré sa collection Mélanges de la Bibliothèque de la Sorbonne et a poursuivi sa politique de mise en valeur des fonds anciens en préparant la publication de deux catalogues, les travaux intéressant le Supplément au Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de la Sorbonne et le 1er tome du Répertoire des livres du XVIe siècle de la Bibliothèque de la Sorbonne.

La Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (section des Alsatiques) a été partie prenante à plusieurs publications. (Présence à Strasbourg en particulier).

Inventaire et restauration

Des inventaires de fonds anciens ont été repris afin de permettre une meilleure exploitation de ces collections : ainsi la Bibliothèque interuniversitaire d'Aix-Marseille (Section Médecine) a réuni un riche fonds ancien jusque là dispersé et inexploré ; la Bibliothèque interuniversitaire de Lyon (Section Sciences) a revu l'inventaire des ouvrages des XVIe et XVIIe siècles ; la Bibliothèque de l'Université de Poitiers s'est employé à mettre en valeur les archives de la famille d'Argenson ; la Bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris a poursuivi l'inventaire du fonds du XVIe siècle qui est en voie d'achèvement ; la Bibliothèque de la Sorbonne a achevé l'inventaire et la restauration des collections anciennes qui comptent plus de 2 000 manuscrits, archives de l'ancienne Université de Paris, incunables et livres du XVIe siècle.

Certaines bibliothèques ont pu mener à bien des opérations de rénovation des bâtiments, de désinfection des fonds et de restauration des collections.

Sous cette rubrique, on peut signaler une entreprise d'envergure menée par Cherbourg pour désinfecter la totalité de ses collections anciennes et d'étude et installer ces collections dans de nouveaux locaux où sont désormais réalisées de bonnes conditions de conservation par la surveillance et la régulation de la température et du degré hygrométrique.

Les ateliers de restauration de Toulouse et de Strasbourg ont été sollicités et ont réalisé des restaurations à l'occasion d'expositions notamment celles de Bordeaux et de La Rochelle. La Bibliothèque d'art et d'archéologie a bénéficié de restaurations importantes du fonds précieux Jacques Doucet.

A la Bibliothèque Nationale, l'année du patrimoine a coïncidé avec la première année d'exécution du plan de sauvegarde des collections.

En effet, au cours de 1979, une commission, instituée par Mme Alice Saunier-Seïté, ministre des Universités, et présidée par M. Maurice Caillet, Inspecteur général honoraire des bibliothèques, avait recensé, dans tous les départements de la Bibliothèque Nationale, les documents que la mauvaise qualité de leur papier conduisait plus ou moins rapidement à devenir incommunicables ; puis la commission avait proposé un double programme : de reproduction afin de substituer pour la communication une micro-forme au document original, de « restauration de masse » pour assurer la permanence du document comme gage d'authenticité et recours pour une nouvelle reproduction. Le Gouvernement ayant bien voulu approuver ce programme et accorder à la Bibliothèque Nationale un supplément extraordinaire de subvention de fonctionnement pour la réalisation du plan, celle-ci a débuté dès le début de 1980.

Cette première année devait nécessairement être en majeure partie consacrée à des opérations d'équipement en locaux et matériel. Mais des résultats concrets ont pu être enregistrés dès les premiers mois, pour se confirmer et se diversifier ensuite.

Le 15 janvier, le Centre de conservation du livre imprimé et manuscrit de Sablé a accueilli ses premiers « apprentis » relieurs (il s'agissait en réalité d'adultes en formation accélérée sous les auspices de la Société d'encouragement aux métiers d'art, de la Direction de la main-d'œuvre et du GRETA de Sablé).

Son atelier de reliure a commencé de fonctionner (encore un peu expérimentalement) le 1er septembre et l'équipement des ateliers de restauration et de reproduction se met en place.

Le 15 février a été ouvert un nouvel atelier de reproduction d'estampes et de photographies, exclusivement consacré au programme de sauvegarde (alors que, jusqu'à ce jour, les « clichés de sécurité » n'avaient jamais été réalisés qu'à l'occasion des commandes de la clientèle). Le 30 novembre 1980 cet atelier avait exécuté 117 000 prises de vue en noir, 10 000 prises de vue en couleur, et dupliqué les films correspondants (ou microfilms de « première génération », à conserver intacts comme ultime recours) en un film de deuxième génération, destiné à fournir des copies de travail, et trois films de troisième génération, pour la communication et les tirages courants. Les travaux ont porté sur les photographies de presse Meurisse (1909-1930), la Topographie de la France (Paris, 1er et 2e arrondissements), les Images d'Épinal, les Graveurs des Écoles du Nord (XVe et XVIe siècles), la Collection de Vinck (1830-1848) : ces documents peuvent donc, dès maintenant, être facilement communiqués en film et des agrandissements au lecteur-reproducteur immédiatement tirés.

En juin, une partie des restaurateurs spécialistes et des restaurateurs du grand atelier central situé en sous-sol des Galeries Mansart et Mazarine, a fait mouvement vers le comble du même bâtiment où un atelier de mêmes dimensions, mais mieux éclairé et pourvu de laboratoires de désacidification et de blanchiment séparés, a pu être aménagé. Le service de conservation (un conservateur en chef, un délégué dans les fonctions de conservateur, deux sous-bibliothécaires) a installé ses bureaux et sa documentation entre les ateliers de restauration des documents précieux et celui qui est plus particulièrement destiné au sauvetage des documents courants sur lesquels le plan de sauvegarde a attiré l'attention : cet atelier est doté d'une thermocolleuse en continu pour le renforcement des papiers affaiblis (livres imprimés et même manuscrits, périodiques et surtout journaux, affiches imprimées ou de très grand format, affiches illustrées, cartes géographiques, certaines estampes). La colle de polyamide se présente sous la forme d'une fine résille, et est donc maniable à sec. La matière de renforcement proprement dite peut être une autre résille, un peu plus épaisse, mais toujours transparente, du même polyamide, un papier Japon, une toile.

En décembre, l'atelier de microfiches de livres imprimés, créé il a quelques années à l'annexe de Versailles, a pris place au-dessous de ce nouvel atelier de restauration, en liaison directe avec le service de la conservation du département des Livres imprimés qui dirigera sur lui les reproductions urgentes (« incommunicables » demandés en communication) ou les livres les plus précieux, la plus grande partie des reproductions de livres imprimés devant, à partir de 1981, être réalisée à Sablé.

Le Centre de restauration et de reproduction de la presse de Provins ne devant ouvrir qu'au printemps de 1981, l'Association pour la conservation et la reproduction de la presse périodique (ACRPP), une entreprise privée et plusieurs organes de presse eux-mêmes se sont partagé les commandes de la Bibliothèque Nationale pour la microreproduction de la presse courante, après constitution de « numéros globaux », regroupant, à la suite de toutes les pages de l' « édition principale » de chaque journal régional à éditions multiples, les « pages propres à chaque édition locale. Se trouvent ainsi reproduits : pour les journaux parisiens, l'Aurore, France-Soir, le Figaro, l'Humanité, Libération, Le Matin de Paris ; pour les journaux régionaux, l'Alsace (Mulhouse), Le Bien public (Dijon), Le Dauphiné-Libéré (Grenoble), La Dépêche du Midi (Toulouse), L'Écho du Centre (Limoges), L'Éclair (Nantes), L'Indépendant (Perpignan), Le Journal Rhône-Alpes (Lyon), La Marseillaise du Berry (Limoges), La Montagne (Clermont-Ferrand), Nord-Éclair (Roubaix), Nord-Matin (Lille), La Nouvelle République du Centre-Ouest (Tours), Ouest-France (Rennes), Paris-Normandie (Rouen), Presse Océan (Nantes), Le Progrès (Lyon), La République du Centre (Orléans), Sud-Ouest (Bordeaux), L'Union (Reims), Var-Matin (Toulon), L'Yonne républicaine (Auxerre) 4.

En outre, l'ACRPP a complété ou dupliqué de nombreux films de collections rétrospectives, afin qu'elles soient aisément consultables par le public.

Il faut enfin ajouter qu'au titre des mesures préventives recommandées par la Commission Caillet, des tablettes supplémentaires ont été commandées pour le département des Estampes afin de conserver horizontalement des portefeuilles naguère placés verticalement. Une opération qui consiste à redresser les feuillets et à déplier les journaux, auparavant pliés et empaquetés, est actuellement en cours.

Enfin, le début de l'année 1981 a vu l'inauguration du Musée des Médailles rénové dont les collections de l'ancien Cabinet du Roi plongent aux sources du patrimoine européen : l'Orient et Rome, la Grèce et la Celtique.

Enrichissements

Quelques bibliothèques 5 ont pu enrichir leurs collections. Ainsi des acquisitions remarquables ont été faites notamment par la Bibliothèque municipale de Dôle : Marcel Aymé, La Vouivre, ill. de lithographies de J.P. Stholl, Grenoble, éd. du Grésivaudan, 1978 ; Marcel Aymé, La Table-aux-Crevés, ill. de gravures sur bois de Bouchet d'après Vlaminck, Paris, Éd. Flammarion ; Jean Boyvin, Le Siège de Dôle, Anvers, Balthazar Moretus, 1638, Frontispice gravé par Galle d'après le dessin de Rubens ; Jean Richepin, La Chanson des Gueux, Éd. Pierre de Tartas, ill. de Mme Montserrat-Gudjol ; la Bibliothèque municipale de Toulouse : manuscrit musical du XVIIIe s. (Idylle chantée en l'honneur de Mgr Dillon, de Dupuy) ; Histoire des Comtes de Toulouse de Catel, (1623, exemplaire de l'auteur, richement illustré) ; Cortège de Pierre Lecuire, illustré par Lanskoy, 1959, ... la Bibliothèque d'art et d'archéologie : collections du peintre Gabriel Ferbier.

Les bibliothèques ont conscience de rassembler le maximum de témoignages du passé et de compléter leurs collections afin de fournir aux générations à venir les sources de leur histoire. Ainsi, la Bibliothèque de La Rochelle, s'intéressant au patrimoine ethnomusicologique, vient de créer un fonds audiovisuel à partir d'acquisitions de récits de culture régionale enregistrés sur cassettes, se lançant ainsi dans une opération de sauvegarde de la mémoire orale.

En guise de conclusion, on pourrait écrire que si de nombreuses actions ont pris la forme prestigieuse mais éphémère de l'exposition (qui donne cependant lieu à des catalogues, ouvrages de référence pour l'avenir), d'autres ont revêtu le caractère de la continuité, démontrant la part prise tous les jours par les bibliothèques à la constitution de la mémoire des hommes et du temps. « Dans le domaine du patrimoine, accepter la diversité française, en mesurer la richesse comme héritage et la fécondité comme source de création, est une révolution mentale 6 » non seulement acceptée mais vécue par les bibliothèques.

  1. (retour)↑  Entretien avec Jean-Philippe Lecat, in Culture et communication, n° 23, janvier 1980, page 10.
  2. (retour)↑  Cette synthèse a été réalisée par la rédaction du Bulletin des Bibliothèques de France à partir des informations fournies par les bibliothèques. Le lecteur pourra constater que certaines manifestations, rappelées ici, ont déjà fait l'objet d'une chronique dans le Bulletin.
  3. (retour)↑  Voir : Bull. Bibl. France, janvier 1981, n° 163.
  4. (retour)↑  Une entreprise de microfilmage de la presse alsacienne (1870-1918) est également menée par la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, avec le concours financier de l'établissement public régional.
  5. (retour)↑  Les enrichissements de la Bibliothèque Nationale sont publiés dans le Bulletin de la Bibliothèque Nationale.
  6. (retour)↑  In : Lettre d'information bimensuelle, Ministère de la culture et de la communication, spécial « Année du Patrimoine », juin 1980, p. 8.