Le centre de documentation théâtrale et cinématographique de la Bibliothèque interuniversitaire de Lyon

Alain Gleyze

Marie-Claude Billard

Plusieurs raisons expliquent la présence, depuis 1968, au sein de la Bibliothèque interuniversitaire de Lyon, d'un Centre de documentation théâtrale et cinématographique. L'une de ces raisons est, sans doute, la richesse de la vie théâtrale locale. Outre deux théâtres municipaux, le Théâtre des Célestins et l'Opéra de Lyon, on dénombre deux grandes troupes de la décentralisation : le Théâtre national populaire et le Centre dramatique national de Lyon, ainsi que six à huit jeunes compagnies, pour la plupart non subventionnées, sans tenir compte du théâtre amateur. Plusieurs de ces compagnies théâtrales ont atteint une renommée qui a dépassé les frontières nationales. Les noms de Louis Erlo, Roger Planchon, Patrice Chereau et Marcel-Noël Maréchal sont bien connus de tous ceux qui s'intéressent à l'évolution actuelle des arts du spectacle. En conjonction avec cette richesse de la vie théâtrale, il faut noter l'intérêt porté par des universitaires lyonnais au monde du théâtre. Ce mouvement d'intérêt, qui a, certes, toujours existé, s'est affirmé récemment de façon plus nette, et s'est porté davantage sur les formes actuelles de l'expression dramatique. Il faut, sans doute, y voir l'une des manifestations du mouvement d'ouverture des universités sur le monde contemporain.

L'Université Lyon II abrite ainsi un Centre d'études et de recherches théâtrales, et dispense des enseignements de théâtre et de cinéma au niveau du DEUG. Il est indéniable, enfin qu'à ces raisons profondes se sont ajoutées des causes plus circonstancielles, tenant à des relations personnelles ou à des rencontres favorables. Hébergé dans un premier temps dans les locaux de la section de la Doua, le Centre de documentation théâtrale et cinématographique dispose, depuis octobre 1973, de locaux spécifiques dans la section Sciences humaines de Bron-Parilly 1.

L'environnement universitaire lui est favorable : on trouve, en effet, sur le même domaine universitaire, le Centre d'études et de recherches théâtrales et les enseignements de théâtre et de cinéma déjà mentionnés, une salle de théâtre de cinq cents places, à la disposition du Théâtre universitaire, un service d'animation enfin, avec lequel des relations existent pour l'information sur les spectacles et l'organisation d'activités culturelles. Les locaux particuliers au Centre de documentation théâtrale couvrent une superficie de 500 m2, se décomposant en une salle de lecture (292 m2) et un étage dit « Mezzanine », accessible de la salle de lecture par un escalier, utilisé comme magasin (207 m2). La salle de lecture a été divisée en trois zones : une zone rayonnages, avec livres en libre accès et périodiques; une zone travail, offrant 30 places assises; une zone exposition où sont présentés certains documents tels que maquettes de décors ou de costumes, ainsi que des affiches informant les lecteurs de l'actualité théâtrale de la région. Inclus dans les projets architecturaux dès le début de la conception de la bibliothèque, les locaux du Centre de documentation théâtrale ont été situés à proximité immédiate d'autres salles à vocation culturelle : deux salles d'exposition de 362 m2, et un auditorium de 45 m2. Signalons enfin l'existence, dans la section, d'un atelier de photographie dont l'activité est orientée, pour une part importante, vers le Centre de documentation théâtrale.

Il est certes, regrettable que ces locaux par ailleurs spacieux et agréables, aient été pourvus, en façade Ouest, d'une cloison entièrement vitrée de six mètres de haut, sans possibilité de ventilation naturelle; les protections solaires (stores vénitiens extérieurs) étant dramatiquement insuffisants, les locaux, les documents, les lecteurs et le personnel subissent pendant la saison chaude les conséquences de cette conception défectueuse. Le mobilier de la salle a été fourni par les établissements Reska : rayonnages simple face et double face et présentoirs de périodiques Sigma; tables, fichiers et bureau de surveillance plaqués en teck; chaises en contre-plaqué moulé blanc.

Pour remplir sa fonction de bibliothèque spécialisée dans les arts du spectacle, le Centre de documentation théâtrale acquiert et traite des documents qui relèvent de trois catégories distinctes : documents écrits, iconographiques et audio-visuels.

Les documents écrits sont constitués par les livres, les périodiques et les dossiers de presse. En libre accès dans la salle de lecture, les livres (environ 4 500)concernent plus particulièrement le théâtre et le cinéma; mais l'opéra, le ballet et la télévision sont également représentés. Après une période de démarrage, dans les premières années, où les lignes directrices d'une politique d'acquisition n'apparaissaient pas nettement, un certain nombre de priorités ont été formulés. Elles concernent les ouvrages de référence : encyclopédies spécialisées, annuaires, bibliographies et catalogues, grandes études; la technique des arts du spectacle, scénographie, décoration, etc...; enfin le répertoire contemporain. Il est clair, néanmoins, que la nature même de la spécialisation du centre le conduit parfois à aborder des domaines tels que l'histoire du costume, ou les arts décoratifs, mais toujours dans la perspective de l'utilisation dramatique. Enfin, la frontière avec l'histoire littéraire est quelquefois malaisée à déterminer. Les cas les plus incertains font l'objet d'une concertation systématique avec les conservateurs chargés des acquisitions de la section Sciences humaines.

Les périodiques français et étrangers en cours sont au nombre de cent quinze. Ils se répartissent assez nettement en deux groupes : d'une part, les publications émanant des compagnies théâtrales ou suivant l'actualité du spectacle (l'Avant-scène, Positif, ...) ; d'autre part, des revues dont le point de vue théorique ou historique est plus affirmé : Travail théâtral, Cahiers du cinéma, Musique en jeu...

Des dossiers de presse sont enfin constitués à partir des articles publiés dans les périodiques d'information générale. La sélection n'est pas faite d'une façon systématique (il faudrait pour cela disposer d'un nombre considérable d'abonnements) et repose, surtout, sur la perception qu'on peut avoir de l'importance d'un événement, sur le plan national ou local. Les documents iconographiques comprennent les affiches et programmes; les photographies; les maquettes de décors et de costumes. Les affiches et les programmes sont systématiquement recueillis auprès des théâtres locaux et classés par titres de spectacles.

Des reportages photographiques (environ 18 par saison) sont effectués par le photographe de la bibliothèque de manière à «couvrir» les spectacles les plus marquants de la saison. Dans d'autres cas, le Centre de documentation théâtrale se procure auprès des compagnies les photographies disponibles. Ces documents servent à constituer des dossiers iconographiques classés par titres de spectacles de même que les dossiers de presse. Il faut signaler le don, par le Théâtre des Célestins, de ses archives photographiques de 1900 à 1935; ce fonds est intéressant pour la connaissance du répertoire, des décors et des costumes d'un théâtre de province de cette époque. Les maquettes de décors et de costumes nous font remonter plus loin dans le temps, puisque la partie la plus ancienne de ce fonds est constituée par un dépôt du Musée des arts décoratifs de Lyon : une centaine de maquettes issues du fonds Bardet qui illustrent la vie théâtrale lyonnaise de 1630 à 1927.

Le reste du fonds, de 1840 à nos jours, se compose de dépôts et de dons de l'Opéra de Lyon, du Théâtre des Célestins et d'autres théâtres lyonnais ou régionaux. Cependant, les méthodes de travail changent, et il devient difficile de se procurer des maquettes suffisamment élaborées pour être intéressantes. Un accord a pu être passé avec des élèves de l'École des Beaux-Arts de Lyon, qui reconstituent, sous la direction de responsables techniques du Théâtre national populaire, des maquettes de spectacles présentés à Lyon. Actuellement, est en cours de réalisation la maquette de Tartuffe dans la nouvelle mise en scène de Roger Planchon. Moyennant la prise en charge, par la bibliothèque, des frais de fournitures, la maquette sera versée aux collections du Centre de documentation théâtrale. Elle a été retenue pour figurer à l'exposition de décoration théâtrale de la Quadriennale de Prague en 1976.

Les documents audio-visuels, enfin, représentent un fonds encore restreint mais appelé à se développer. Ils comprennent :
- des diapositives illustrant des problèmes de scénographie et de décoration, ou présentant une partie de l'oeuvre de certains cinéastes : c'est le cas de coffrets édités par la Revue l'Avant-scène;
- des documents sonores : disques d'opéra, de théâtre et de musique (environ 140 titres); bandes magnétiques et audio-cassettes résultant d'interviews d'auteurs dramatiques, metteurs en scène ou acteurs;
- des microéditions de textes de pièces et de travaux universitaires sur le théâtre. Il faut signaler, dans ce domaine, la publication sur microfiches de la Revue Internationale d'histoire du Cinéma, à laquelle le Centre de documentation théâtrale a souscrit un abonnement.

Les acquisitions du centre de documentation théâtrale sont répertoriées dans la section Théâtre-Cinéma des listes d'acquisitions sur fiches diffusées auprès des Unités d'enseignement et de recherche des Universités lyonnaises par la Section Sciences humaines de Bron-Parilly.

Pour l'année 1974, les chiffres d'accroissement des diverses catégories de documents ont été :
- livres : 768 volumes,
- dossiers de presse : 10,
- dossiers iconographiques : 25,
- diapositives : 206.

Selon leur catégorie, les documents sont soumis à des dispositions différentes en ce qui concerne leur accessibilité. Si les livres sont en libre accès, il est apparu nécessaire d'apporter, récemment, des restrictions à l'accès des périodiques. Quant aux documents iconographiques et audio-visuels, ils sont classés hors de portée des lecteurs et communiqués sur demande. Tous les documents, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, sont en consultation sur place. Des exceptions sont néanmoins consenties au titre du prêt inter-bibliothèques.

Une équipe de trois personnes « et demie » assure le fonctionnement du Centre de documentation théâtrale : un conservateur, deux sous-bibliothécaires, un agent de bureau à mi-temps. Certaines opérations sont gérées en commun avec les opérations similaires de la section Sciences humaines : ainsi en est-il, notamment, des commandes de livres et de la gestion des abonnements de périodiques. Les opérations de traitement des documents sont assurées par l'équipe propre au Centre de documentation théâtrale. Certaines phases de ce traitement se différencient assez nettement des pratiques en usage dans la Section Sciences humaines. En premier lieu, le traitement des documents iconographiques et la constitution des dossiers de presse. Les périodiques, en outre, sont systématiquement dépouillés et les fiches résultant de ce travail sont intercalées dans des catalogues formant un ensemble assez complexe. Aux catalogues auteurs et matières classiques, s'ajoutent un catalogue dit « biographique », recensant les études sur une personne, et un catalogue par titres d'œuvres dramatiques, cinématographiques ou chorégraphiques. Ces deux classements ne représentent, en fait, que des spécialisations du classique catalogue de matières. Enfin, un catalogue particulier aux documents iconographiques est en cours de constitution. Des fichiers intérieurs existent également pour le dépouillement des collections ou le catalogue topographique. Signalons, à ce propos, une particularité : les livres en libre accès dans la salle de lecture sont indexés selon un schéma inspiré de la « Bibliographic classification » de Bliss.

Le service du public représente un aspect important du fonctionnement. C'est pourquoi il a paru nécessaire de faire assurer la surveillance de la salle et les renseignements aux lecteurs qui découlent de cette présence par des personnes ayant acquis une certaine spécialisation sur place. Le public comprend des lecteurs de deux origines : étudiants et enseignants forment le groupe principal; des professionnels du spectacle, des animateurs socio-culturels ont également recours à la documentation du Centre. Ces derniers sont plus particulièrement intéressés par les documents iconographiques, et les réponses à leurs demandes nécessitent l'intervention de personnes connaissant bien le fonds.

Pour la période du Ier novembre 1974 au 30 juin 1975, la moyenne quotidienne des entrées en salle de lecture s'est établie à 32 lecteurs, soit un nombre global de 4 784 entrées.

L'activité du Centre de documentation théâtrale et cinématographique ne se borne pas à acquérir et traiter des documents de nature variée et à assurer leur diffusion auprès du public. Il est, en effet, dans la nature de cet organisme, conçu comme point de contact entre l'Université et le monde du spectacle, d'être en permanence ouvert sur l'extérieur et de représenter l'un des pôles des activités d'animation du domaine universitaire de Bron-Parilly.

Avant d'aborder cet aspect, un mot doit être dit de la publication de la revue Organon : éditée du numéro o au numéro 4 (de 1969 à 1972) par le Centre de documentation théâtrale, elle est actuellement publiée par le Centre d'études et de recherches théâtrales de l'Université Lyon II. De ce fait, la formule a été modifiée et au titre Organon correspondent des cahiers sans périodicité définie, centrés sur un thème précis. Depuis le transfert des charges de publication, la Bibliothèque interuniversitaire de Lyon n'assure plus l'envoi de la revue à titre d'échange.

Plusieurs expositions ont été réalisées par le Centre de documentation théâtrale et cinématographique ou avec sa participation. En 197I, « Théâtre et écriture dramatique dans la région Rhône-Alpes », présentée en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Lyon, a permis de faire connaître au public les documents rassemblés durant la première phase de l'existence du Centre. Des exemplaires du catalogue illustré publié à cette occasion sont encore disponibles et peuvent être adressés aux bibliothèques qui en feront la demande. L'année 1975 a été marquée par la présentation à Bron-Parilly de deux expositions importantes : l'une sur Arthur Adamov, réalisée par le Centre de documentation théâtrale en collaboration avec le Théâtre national populaire, à l'occasion de la présentation de la pièce de Roger Planchon : A. A. : Théâtres d'Arthur Adamov 2.

Il s'agit d'un montage photographique d'illustrations et de textes sur la vie et la carrière dramatique d'Adamov; certains des documents reproduits ont été prêtés par des familiers d'Adamov et présentent de ce fait un intérêt biographique non négligeable. Cette exposition a été présentée dans plusieurs villes en même temps que le spectacle du TNP. Elle peut être prêtée aux bibliothèques intéressées par le théâtre contemporain.

La seconde exposition revêtait un aspect plus didactique; résultat d'une collaboration entre le Théâtre national populaire, des enseignants et des élèves du Lycée Lumière de Lyon, Une entreprise théâtrale aujourd'hui : le TNP s'attachait à montrer les divers aspects du travail d'une compagnie théâtrale, et constituait ainsi une initiation intéressante à la vie du théâtre. Elle a été présentée dans la Salle d'exposition de la Section de Bron-Parilly.

Dans un domaine plus proche de l'animation proprement dite, mais en accord avec son orientation propre, le Centre de documentation théâtrale a participé à l'organisation, sur le domaine universitaire de Bron-Parilly, de rencontres avec des auteurs dramatiques (Arrabal, Dario Fo), des metteurs en scène ou des acteurs.

Le peu d'années que compte l'existence du Centre de documentation théâtrale et cinématographique ne permet sans doute pas d'établir un bilan définitif. Il nous paraît cependant nécessaire de souligner une caractéristique : la conception du Centre comme trait d'union entre l'Université et le monde du spectacle nous semble s'inscrire dans l'une des préoccupations majeures de nombre d'universitaires et être ainsi porteuse de possibilités dont beaucoup sont encore à développer. D'ores et déjà, l'intérêt suscité dans le public universitaire et extra-universitaire a montré que l'organisation d'un Centre de documentation sur les arts du spectacle répondait à une demande. Nous nous garderons de comparer notre modeste fonds aux prestigieuses collections existant en France et à l'étranger sur les arts dramatiques ; de croire, aussi, que nous avons résolu au mieux les problèmes que posait la création de toutes pièces d'une bibliothèque spécialisée. Cette conscience de nos limites ne nous empêchera pas, cependant, d'apprécier les résultats déjà obtenus et de continuer à les développer.

  1. (retour)↑  Adresse du centre de documentation théâtrale et cinématographique : Bibliothèque interuniversitaire de Lyon. Droit-lettres (Bron-Parilly). Avenue de l'Université, 69500 Bron.
  2. (retour)↑  Voir « Bull. Bibl. France », vol. 20, n° 7, juillet 1975, p. 321-322.