Nécrologie

Ernest Wickersheimer, Paul Blanchart

André Veinstein

Ernest Wickersheimer

Le Dr Ernest Wickersheimer, administrateur honoraire de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, est décédé le 6 août dernier.

Issu d'une famille alsacienne, il naquit le 12 juillet 1880 à Bar-le-Duc où son père était médecin militaire. Il fit à Paris ses études médicales et soutint en 1905 une thèse de doctorat sur La Médecine et les médecins en France à l'époque de la Renaissance 1, ouvrage devenu classique et qui lui valut une médaille d'argent de la Faculté de médecine de Paris.

Après un stage à la Bibliothèque de cette Faculté du Ier février 1906 au 19 février 1908, interrompu par un séjour de 6 mois à Iéna pour étudier les méthodes allemandes d'organisation des bibliothèques, il obtint le certificat d'aptitude aux fonctions de bibliothécaire universitaire, Ier de la promotion où figuraient notamment Jean Bonnerot et Léon Bultingaire. Du Ier décembre 1909 au 31 octobre 1910 il est bibliothécaire à la Sorbonne. Le Ier novembre 1910 il succède au Dr Laloy comme bibliothécaire de l'Académie de médecine. Il y prépare le Catalogue alphabétique des ouvrages imprimés depuis 1872 existant dans cette bibliothèque, dont les deux volumes, en raison de la guerre, paraîtront seulement en 1919. A signaler aussi, d'intérêt à la fois bibliographique et médical, son Index chronologique des périodiques médicaux de France de 1679 à 1856 2 et ses Notes sur quelques bibliothèques américaines 3.

Mobilisé, le 2 août 1914, comme médecin aide-major de 2e puis de Ire classe, le Dr Wickersheimer termine la guerre comme médecin-major et reçoit la Croix de la Légion d'honneur et la Croix de guerre 1914-1918.

Envoyé en mission à Strasbourg le 19 février 1919, pour réorganiser l'ancienne bibliothèque universitaire et régionale « Universitäts und Landesbibliothek », il en est nommé administrateur le 24 mars 1920. Il devait demeurer 30 années en fonctions, jusqu'au 3° avril 1950, date de sa retraite. Il doit pendant ces années d'après-guerre, assumer la charge délicate d'adapter l'ancienne structure de l'établissement aux méthodes françaises de bibliothéconomie. Avec l'appui de M. Henry Omont, inspecteur général des Bibliothèques et des Archives, il s'efforça de trouver pour cette difficile entreprise des solutions rapides et pratiques.

Parallèlement à ces travaux de réorganisation, il mène à bien la rédaction du catalogue des manuscrits de la bibliothèque 4.

Sous sa direction furent publiés : le Répertoire des périodiques médicaux existant dans les diverses bibliothèques de Strasbourg 5, le 3e tome du Catalogue de la section alsacienne et lorraine 6 et l'Inventaire des périodiques des bibliothèques de Strasbourg 7.

Tout en incorporant la bibliothèque dans le cadre des bibliothèques universitaires françaises, il a su lui conserver, malgré bien des'obstacles, l'autonomie administrative et financière que justifiait l'importance exceptionnelle de ses collections. Le décret du 23 juillet 1926 8 consacra le statut spécial de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

La deuxième guerre mondiale allait bouleverser la Bibliothèque. M. Wickersheimer eut à prévoir et à organiser en 1939-1940 l'évacuation de son fonds de 3 millions de volumes, mis à l'abri dans les environs de Clermont-Ferrand. Malgré tous ses efforts, il ne peut empêcher en 1941 le retour à Strasbourg des collections réclamées par les Allemands. Après la guerre, les dommages causés au bâtiment par le bombardement de 1944 et la perte de 300 000 volumes, du fait de ce bombardement et de l'incendie de l'un des dépôts constitués dans les environs par l'occupant, posèrent de nouveaux et graves problèmes. Le Dr Wickersheimer sut faire face à des situations souvent complexes tant pour l'organisation matérielle que pour les questions de personnel, avec bon sens et une grande largeur de vue. Ses états de service lui valurent la promotion au grade d'officier de la Légion d'honneur en 1948.

L'activité au service de la Bibliothèque n'empêche pas le Dr Wickersheimer d'entreprendre des travaux de haute érudition, surtout dans le domaine de l'histoire de la médecine. Le catalogue de ses œuvres, établi en 1960 9, comporte 235 numéros auxquels on doit ajouter une quinzaine d'articles jusqu'en 1965.

Il faut signaler les Commentaires de la Faculté de médecine de l'Université de Paris (1395-1516) 10, honoré d'un prix de l'Académie de médecine et d'un prix de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, les Anatomies de Mondino dei Luzzi et de Guido de Vigevano 11, le Recueil des plus célèbres astrologues et quelques hommes doctes, faict par Symon de Phares 12. Son Dictionnaire biographique des médecins de France au Moyen âge, fruit de longues et patientes recherches, paraît en 1936 13. Atteint par la maladie, M. Wickersheimer n'a pu terminer la correction des épreuves et la table de son dernier grand ouvrage : Les Manuscrits latins de médecine du Haut-Moyen âge dans les bibliothèques de France 14.

Son souvenir demeurera celui d'un homme d'une grande probité et d'une simplicité à laquelle sa valeur donnait tout son prix. Ceux qui ont eu recours à lui savent avec quelle générosité il mettait à leur service son érudition remarquable.

Paul Blanchart

Bibliothécaire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, lui-même auteur dramatique, vice-président de la Section des bibliothèques-musées des arts du spectacle au sein de l'Association des bibliothécaires français, membre du Comité de la Société d'histoire du théâtre, professeur au Centre d'art dramatique de la rue Blanche, Paul Blanchart vient de mourir. Il ne cessa d'être l'un des meilleurs historiens du théâtre contemporain en même temps que l'un des amis les plus vigilants du théâtre vivant. Au cours des dix années qu'il passa à la tête de la Bibliothèque de la Société des auteurs, il sut donner à ce fonds de plus de 40 ooo ouvrages le rayonnement que son lien organique avec la production littéraire dramatique de notre pays devait lui conférer.

Auteur de nombreuses biographies sur des metteurs en scène, des directeurs de théâtre et des dramaturges qui souvent étaient ses amis, notamment Firmin Gémier et Gaston Baty, il tint en outre dans le Bulletin de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, une chronique qu'il consacra, en grande partie, aux principales collections françaises de Théâtre.

Appelé, à la fin de sa carrière, à envisager à nos côtés les problèmes de la documentation théâtrale, il ne cessa de nous apporter, en dépit des obligations multiples qui l'accablaient, une aide soutenue par une inlassable amitié.

Quelques jours avant son décès, il décida de confier ses notes et ses manuscrits à la collection théâtrale de la Bibliothèque de l'Arsenal où il se plut à travailler toute sa vie.

  1. (retour)↑  Paris, Maloine, 1905, 575 p.
  2. (retour)↑  Bibliographe moderne, 12, 1908, pp. 58-96.
  3. (retour)↑  Revue des bibliothèques, 20, 1910, pp. 337-349.
  4. (retour)↑  Catalogue général des manuscrits des Bibliothèques de France, t. 47, 1923, 936 p. Supplément, t. 50, 1954.
  5. (retour)↑  Strasbourg, Strasbourg médical, 1923. In-4°, 56 p.
  6. (retour)↑  Strasbourg, 1926. In-8°, 1032 p.
  7. (retour)↑  Strasbourg, 1937. In-4°, 1096 p.
  8. (retour)↑  Bulletin officiel d'Alsace et de Lorraine, 1926, p. 42I-433. J. O. du 25 juillet.
  9. (retour)↑  Histoire de la médecine, II, 1961, pp. 89-109 : Jubilé scientifique du Docteur Ernest Wickersheimer, le 28 octobre 1960.
  10. (retour)↑  Paris, Impr. nationale, 1915. In-4°, 9I-XCVII-56I p.
  11. (retour)↑  Paris, E. Droz. In-4°, 9I p., 16 pl.
  12. (retour)↑  Paris, H. Champion, 1929. In-8°, XII-305 p.
  13. (retour)↑  Paris, E. Droz, 1936. In-8°, VII-867 p.
  14. (retour)↑  Publications de l'Institut de recherche et d'histoire des textes. Éd. du C.N.R.S.