Travaux du / Arbeiten aus dem Master of Advanced Studies in Archival, Library and Information Science, 2016-2018

Jean-Philippe Accart

Gaby Knoch-Mund, Barbara Roth-Lochner, Ulrich Reimer (éditeurs scientifiques)
Travaux du / Arbeiten aus dem Master of Advanced Studies in Archival, Library and Information Science, 2016-2018. Vol. 6, 2020.
Universités de Berne et de Lausanne
Collection « Sciences de l’information : théorie, méthode et pratique / Informationswissenschaft : Theorie, Methode und Praxis ».
Accès numérique : https://bop.unibe.ch/index.php/iw

Voici le sixième volume des travaux du MAS ALIS (Master of Advanced Studies in Archival, Library and Information Science) proposé et édité par les universités de Berne et de Lausanne en Suisse. Les travaux choisis sont ceux de dix-sept étudiants, sélectionnés parmi les meilleurs (ou ayant obtenu les notes les plus élevées), la particularité étant que les écrits sont en allemand et en français à l’instar de l’ensemble de cette formation. Les travaux sont publiés sous forme papier (443 pages) et sous forme numérique. C’est donc un travail conséquent qu’a demandé cette publication, quasiment unique dans le monde documentaire actuel, car peu sont publiées in extenso sous cette forme : l’intérêt principal est d’avoir à un instant t un état des lieux des préoccupations documentaires et archivistiques, vues par des yeux d’étudiants ou par des professionnels en cours d’études.

La direction scientifique du volume est assurée par Gaby Knoch-Mund, Ulrich Reimer et Barbara Roth-Lochner, respectivement directrice des études puis enseignants dans ce programme. Le premier texte introductif (p. 6-9) est rédigé par André Hollenstein, brillant historien et président du Programme MAS ALIS qui revient sur les fondements des sciences de l'information. Le second par Barbara Roth-Lochner (p. 182-185), de la Bibliothèque de Genève, qui mentionne que l’ensemble des travaux réalisés permet « d’analyser méthodiquement les défis et de faire profiter la communauté professionnelle du travail réalisé ».

Avant d’explorer plus avant les différents textes en français, revenons sur ce programme MAS ALIS. J'ai participé en tant que co-directeur des études à l'expérience passionnante du Master of Advanced Studies in Library Sciences (MAS ALIS) 1

créé par les universités de Berne et de Lausanne dans les années 2000. Ce MAS, qui en est à sa 8promotion 2
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En Suisse, on parle de « volée ».

, accueille deux années durant une trentaine de professionnels qui souhaitent trouver un poste de cadre dans le domaine des archives, bibliothèques et documentation (ce qui est le cas à plus de 90 %). C'est l’une des rares formations helvétiques proposant cette possibilité d'évolution professionnelle au sein même des institutions documentaires. Celles-ci peuvent ainsi promouvoir leur personnel en finançant leur formation si elle est réussie au final. L'enseignement est bilingue en français et en allemand 3
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Il peut être également donné en anglais.

, il est assuré par des experts et des spécialistes dans nos domaines venant de Suisse, d'Allemagne, de France, du Canada ou d'Australie, et comporte des périodes de stage et de travaux divers (un travail court d’une vingtaine de pages s’appuyant sur un des modules de formation, et un travail de master plus conséquent. C’est de ce dernier dont nous rendons compte ici). Chaque travail de master comporte une partie théorique avec le développement de la problématique, puis une partie pratique. Généralement, une solide bibliographie complète utilement le travail.

Voici donc les thèmes abordés dans les travaux rédigés en français : Chiara Gizzi approfondit la question de « Open Licensing et patrimoine. Enjeux, contraintes légales et opportunités de l’accès numérique dans le contexte des archives et collections spéciales en bibliothèque. » (p. 150-181). Ce texte, très détaillé et précis, expose l’état des questions légales et des pratiques de mise à disposition sous l’angle des droits d’utilisation et de réutilisation. Ces questions préoccupent au premier chef bibliothèques et services d’archives : il s’agit du droit d’auteur, des biens communs, ce qui relève du domaine public et des droits d’utilisation, du droit à l’image et de la protection des données personnelles. Un des intérêts de ce texte repose sur l’étude de la situation en Europe, avec une comparaison helvétique, mais également sur les projets internationaux en cours concernant l’approche dite « open ». C’est le cas des institutions qui versent leurs données ouvertes (open data) grâce à Wikimedia 4

ou de l’enquête de l’Observatoire Enumerate d’Europeana 5 dont les résultats publiés en 2017 montrent que sur 1 000 institutions, 42 % n’ont pas de stratégie de numérisation. Raphaël Berthoud détaille ensuite « Vers une politique publique de l’archivage audiovisuel ? Le cas vaudois » (p. 224-244) : je précise que « vaudois » signifie « du canton de Vaud » qui a pour capitale Lausanne, un des vingt-six cantons helvétiques. Raphaël Berthoud définit brièvement le concept de l’audiovisuel et de ses acceptions, ainsi que les problèmes liés aux formats et aux supports. Il décrit ensuite la production audiovisuelle vaudoise dans le cadre des institutions cantonales. Le cas des Archives cantonales vaudoises est passé en revue. Le chapitre conclusif donne des pistes, solutions et scénarios possibles pour la prise en charge de ce patrimoine.

Puis, Florian Vionnet expose « Évaluation d’une politique de records management. Fondements théoriques et approche pratique aux Archives de l’État du Valais » (p. 261-293). Son travail porte, à l’image du précédent travail dans sa conception, sur la définition et la mise en œuvre d’une politique de records management par les Archives de l’État du Valais au sein de l’administration valaisanne. Un état des lieux de cette politique est proposé après une quinzaine d’années de développement. Trois parties structurent le texte : une analyse de la littérature sur le records management en vue de dresser une « politique idéale » en la matière ; une analyse de la politique existante de l’État du Valais ; des propositions concrètes pour l’avenir. Avec Michael Hertig, « L’enrichissement automatique de l’indexation dans le réseau Renouvaud » (p. 298-311) 6

, nous entrons dans un univers mieux connu des bibliothécaires, celui de l’indexation, et plus précisément de l’enrichissement automatique de l’indexation : cela consiste à ajouter de manière automatique des informations à une ressource documentaire. Il existe plusieurs projets de ce type en France, en Allemagne et en Suisse. Différentes variantes de l’indexation automatique sont étudiées, et Michael Hertig se propose d’évaluer la plus adaptée au réseau Renouvaud qui regroupe 131 bibliothèques du canton de Vaud (universitaires, publiques et scolaires).

Les autres travaux proposés en allemand ont des thématiques approchantes de celles qui viennent d’être exposées, et reflètent principalement les préoccupations du monde des archives. Cette formation MAS ALIS comporte en effet un grand nombre d’archivistes dans ses rangs, ainsi que des bibliothécaires et quelques documentalistes. Les cours délivrés s’équilibrent entre les trois branches du domaine, avec cependant une emphase sur l’archivistique. Le stage qui doit être effectué pendant ces études peut l’être indifféremment dans une des trois branches. Si l’on regarde plus attentivement les autres textes proposés dans ces Travaux, les thématiques étudiées sont celles de l’édition électronique, de l’audiovisuel dans le monde de la culture en Suisse, la sécurité numérique pour les archives, les collections historiques au temps de l’innovation.

Il paraît intéressant de parler ici des archives familiales privées qui constituent un sujet d’études de plus en plus prisé, notamment avec « Les archives de la famille Brown au Musée Langmatt de Baden » 7

(par Kiki Lutz, p. 186-208) : défaire l’écheveau juridique et légal, comprendre les règles qui s’appliquent sont des enjeux essentiels. « Quid de la numérisation des archives privées ? Quelle stratégie adopter ? » (par Elke Hulwiler, p. 209-223) : s’appuyant sur les exemples des Archives littéraires suisses et du Deutsches Literaturarchiv de Marburg, il est démontré que la numérisation de tels fonds répond à une véritable stratégie à mettre en place. Les droits d’auteur, ceux de la personnalité, sont à identifier clairement ; la numérisation implique d’étudier les standards et les normes en vigueur, notamment la norme RiC (Records in Context) du Conseil international des archives.

Il apparaît donc, à la lecture de ces travaux de master, que les préoccupations formulées sont celles du monde professionnel actuel, avec une importance de plus en plus grande accordée aux aspects juridiques et légaux, hormis la numérisation qui est bien intégrée maintenant. Pour les collègues français ou francophones, ils trouveront certainement matière à comparaison avec leur propre situation.