Private presses and publishing in England since 1945

par Jean Watelet

B.E. Bellamy

L'édition des livres de haute bibliophilie, que nous appelons parfois en France « aux dépens d'un amateur », est en Angleterre une tradition des plus anciennes puisqu'elle remonterait à Caxton, membre de la maison de la duchesse de Bourgogne soeur du roi Édouard IV, qui avait publié à Bruges une traduction du Recueil des histoires de Troyes et en avait fait hommage à sa protectrice.

Elle a continué au XVIIIe siècle grâce à ce grand bibliophile que fut Horace Walpole, « un des hommes les plus civilisés de son temps », et s'est développée à l'ère victorienne, permettant de magnifiques impressions, telles celles qui furent entreprises par le Révérend Daniel, tantôt à Oxford et tantôt à Londres, et à d'autres encore, notamment William Morris et Emery Walker, qui réalisèrent en 1898 une magnifique édition des œuvres de Chaucer, et publièrent cinquante-trois ouvrages sous le nom de Kelmscott press.

La crise des années 1930 porta à l'édition de luxe un coup qui aurait pu être fatal si Christopher Sandford, Owen Rutter et Francis Newbury n'avaient maintenu le goût des beaux livres. Après la guerre, James Guthrie, travaillant seul dans son cottage du Sussex, publia les Songs of innocence de William Blake, qu'il coloria lui-même à la main à dix-sept exemplaires, en même temps qu'il éditait, toujours à des tirages des plus limités, ses propres poèmes. Mais ce n'est qu'à partir des années 1955 que les éditions Phoenix en vinrent à populariser les éditions de luxe avec la publication de Printing for pleasure, une sorte de manuel résumant tout ce que l'on devait connaître si l'on voulait se lancer dans l'édition de haut luxe. John Ryder, l'auteur, était un typographe et, en plus de son travail aux éditions Phoenix, il passait son temps à encourager les imprimeurs-amateurs à améliorer leur propre typographie. Ses activités débouchèrent, en 1958, sur la publication de The Book of private press, une sorte d'annuaire international de l'édition privée, qui recensait 240 « amateurs » regroupés depuis 1944 en une « Amateur printers association », devenue en 1965 la « British printing society », comprenant actuellement non moins de 800 membres.

En même temps paraissaient des périodiques consacrés à l'art typographique : The Private library, The Book design and production et surtout The Black art. En 1961, ces impressions privées, jusqu'alors mentionnées irrégulièrement dans la British national bibliography, furent révélées au grand public dans une exposition sur les presses privées en Angleterre (1757-1961) présentée avec un vif succès à la librairie du Times.

Actuellement, les presses privées publient de plus en plus d'ouvrages, surtout des poésies et des périodiques de bibliophilie. En 1977, « The Basilisk press bookshop » s'est spécialisé à la fois dans la création d'œuvres originales et dans la réimpression des plus beaux livres parus en Grande-Bretagne.

Le succès remporté par des livres dont les prix de vente s'échelonnent de 250 à 500 £ est d'un excellent augure pour l'avenir des publications de luxe et pour l'édition britannique.