Les microéditions à la Bibliothèque nationale

Pierre Pelou

Pour entrer, cataloguer, traiter, communiquer les ouvrages produits en nombre de plus en plus important sous forme de microfilms ou de microfiches, la Bibliothèque nationale a créé un service des nouveaux supports. Sont présentés les problèmes qui se posent à ce service en matière de dépôt légal, catalogage, communication et conservation.

Quelques éditeurs, français et étrangers, ont entrepris d'éditer ou de produire des ouvrages sous forme de microfilm ou de microfiches au même titre que le livre imprimé, objet classique de notre travail. Nous sommes peu à peu amenés, pour varier notre documentation, à acquérir ces microéditions. Elles ont, en effet, l'intérêt de pouvoir fournir, pour nos lecteurs, le texte d'un ouvrage convoité mais inaccessible sous sa forme imprimée. De plus, les éditeurs non seulement rééditent sur un support photographique des ouvrages qui ont antérieurement été imprimés, mais éditent sous forme de microéditions des œuvres inédites. Tout bibliothécaire est appelé, un jour ou l'autre, à acquérir des microéditions et à les manier, s'il veut constituer un fonds homogène.

Par-delà les premières incertitudes, les microéditions sont devenues désormais une réalité. Et, nombreux sont les éditeurs qui maintenant se sont mis à cette forme nouvelle de l'édition et entreprennent de constituer un fonds assez important de titres. Le prix de revient d'une microfiche, par exemple, étant relativement peu élevé par rapport à l'édition normale d'un livre, le processus s'enclenche avec plus de vigueur. Hachette, l'Institut d'ethnologie du Musée de l'homme, les Microéditions universitaires, dépassent le simple fait de la reproduction ou de la réédition pour aborder l'édition réelle et originale. Jusque-là, en effet, les microéditions, par l'intermédiaire surtout du microfilm 35 mm, étaient utilisées à des fins de gestion. Le microfilm remplaçait le livre ou le périodique, mais jamais il n'entrait dans un processus indépendant et original. Il n'était pas pris pour lui-même, mais pour ce qu'il représentait : littéralement, l'image du livre ou l'image imprimée.

Depuis le 21 mars 1973, nos collègues ont certainement constaté que dans la Bibliographie de la France / Biblio, étaient insérées, parmi les notices des livres de la partie officielle, celles des microéditions. Les numéros du 6 décembre 1972 et du 25 avril 1973 ont donné quelques informations que nous croyons bon de rappeler et de préciser brièvement ici.

Dépôt légal.

Conformément à la loi n° 341 du 21 juin 1943 et au décret n° 60-133I du 21 novembre 1960, le dépôt légal des microéditions (microfilms, microfiches, cartes à fenêtre et autres) doit se faire, d'une part au Ministère de l'Intérieur, 3, rue Cambacérès, 75008 Paris, d'autre part à la Bibliothèque nationale, au plus tard 48 heures avant soit la mise en vente, en distribution ou en location, soit la cession pour la reproduction.

La déclaration ci-après spécialement adaptée aux microéditions peut être demandée au Cercle de la Librairie, 117, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris, ou à la Bibliothèque nationale : Service des nouveaux supports, 65, rue de Richelieu 75084 Paris Cedex 02.

Le dépôt à la Bibliothèque nationale peut s'effectuer :
- soit sur place, 65, rue de Richelieu, 75002 Paris, 8e étage. Les bureaux sont ouverts de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h tous les jours sauf le samedi.
- Soit par correspondance en franchise, Régie du dépôt légal, Bibliothèque nationale, Service des nouveaux supports, 65, rue de Richelieu, 75084 Paris Cedex (Tél. 742-02-5I. Poste 562).

Le dépôt au Ministère de l'Intérieur peut s'effectuer :
- soit sur place, Service du dépôt légal, 3 rue Cambacérès, 75008 Paris (rez-de-chaussée). Les bureaux sont ouverts de 9 h à 12 h et de 13 h à 18 h sauf le samedi.
- soit par correspondance, en franchise postale, Régie du dépôt légal, Ministère de l'Intérieur, 3, rue Cambacérès 75008 Paris (Tél. 266-28-30. Poste 24-36).

La description bibliographique.

Elle a été calquée sur celle des livres, conformément aux nouvelles normes en vigueur, pour la Bibliographie de la France/Biblio notamment, depuis le Ier janvier 1973. L'adresse donne l'éditeur et la date de la microédition. L'adresse de l'édition reproduite, dans le cas d'un « reprint », c'est-à-dire d'une reproduction en microédition, figure en note, sous la forme suivante par exemple : Reprod. de l'éd. de Paris, Stock, 1935, 432 p.

S'il s'agit, au contraire, d'une première édition, la distinction sera faite en note sous la forme : Microédition d'un texte dactylogr., 105 p.

La collation donne la description matérielle de la microédition, dont la nature figure en clair dans la cote au Département des imprimés.

Les éléments descriptifs retenus pour la collation, sont les suivants :
- pour les microfilms, le nombre de rouleaux, la longueur en mètres du rouleau si cette longueur excède 30 m, la mention « perforé » ou « non perforé ». Cette indication a paru suffisante pour l'utilisateur, les appareils de lecture les plus courants utilisant des bobines de 30 m.
- Pour les microfiches, on indique le nombre de microfiches, le nombre type d'images par microfiches, et le format de la microfiche en mm (hauteur sur largeur). Exemple : 3 microfiches de 60 images; 105 X 148 mm.

Exemples de notices :

a) Réédition.

COMPAGNON (Alexandre).

- Les Classes laborieuses : leur condition actuelle, leur avenir par la réorganisation du travail / par Al. Compagnon, ... - Paris : Hachette, 197I. - 6 microfiches de 60 images; 105 X 148 mm.

Impr. [Microfiche m. 38.

Reprod. de l'éd. de Paris, M. Lévy, 1858, XXX-324 p. - D.L. Mc. 4I-72. -36 F.

b) Édition.

LEYNAUD (Émile).

- Aspects religieux de la danse dans les civilisations archaïques de l'Afrique du sud-est / Émile Leynaud; [avant-propos par Geneviève Debrégéas-Laurénie]. - Paris : Institut d'ethnologie, 197I. - 3 microfiches de 60 images; 105 X 148 mm. - (Archives et documents; 6.)

Impr. [Microfiche m. 135 (6)].

Micro-édition du texte dactylogr., [9]-143 p. - Diplôme de l'École pratique des hautes études, V° section, Paris, 1953. - Bibliogr. p. 6 à 8. -D.L. Mc. 293-72. - 15 F.

Communication.

La communication des microéditions n'implique pas nécessairement des espaces particuliers. Elle peut avoir lieu dans les aires de lecture, à des endroits capables de recevoir des appareils qui ont besoin d'une énergie électrique minima. Désormais, les appareils sont suffisamment au point pour ne pas nécessiter une obscurité, même partielle. Tout au plus, doivent-ils bénéficier du contre-jour, afin de protéger l'écran d'une luminosité extérieure trop intense.

Dans les nouvelles bibliothèques, il est cependant préférable de créer des cellules ou carrels techniques, qui serviront non seulement aux microéditions, mais à l'ensemble des media documentaires : image et son.

- pour les microfilms :

Nos bibliothèques possèdent déjà, isolément, des appareils de lecture. Mais la difficulté psychologique de lecture et le peu de foi à considérer ces documents comme une forme nouvelle du livre, ont fait que leur utilisation est encore aujour-d'hui, soit partielle soit même abandonnée.

Actuellement, le matériel est très important, et il faut généralement distinguer entre les lecteurs de microfilm 35 mm et ceux de 16 mm. Un seul appareil peut parfois passer les deux, à la condition qu'il ait un double objectif. Mais, dans la plupart des cas, on les distingue.

- pour les microfiches transparentes :

Le phénomène est plus récent 1. Généralement, de format 105 X 148 mm, chaque microfiche a une partition d'images variable, qui détermine des différences dans les rapports de réduction servant à régler les objectifs des appareils de lecture. S'il s'agit, par exemple, de microfiches de 60 images, il faut savoir que le rapport de l'objectif est normalement de 18 x. Cela veut dire qu'on verra sur l'écran une page entière. S'il s'agit, par contre, de microfiches de 98 images, le rapport normal sera de 24 x.

Là aussi, le prix des appareils est très variable. Il y a, cependant, toute une série de petits appareils, souples et portables, dont le prix s'échelonne entre 400 et 750 F.

- pour les microfiches opaques :

Peu nombreuses, elles font l'objet de caractéristiques bien particulières. De format 75 X 125 mm ou 15 X 23 cm, elles constituent une variété de microéditions moins répandue que les deux précédentes.

- pour les cartes à fenêtre :

Le problème est similaire à celui des microfilms, puisque la fenêtre est constituée par un microfilm 35 mm. Certains fabricants de matériel ont prévu un dispositif particulier pour ce type de lecture.

Conservation :

A la Bibliothèque nationale, la conservation des microéditions est assurée par le Département des imprimés, lorsqu'elles concernent les livres et pour les périodiques antérieurs à 1960. Le Département des périodiques conserve, pour sa part, les périodiques vivants, c'est-à-dire depuis 1960, et ceux de grand format même s'ils sont antérieurs à cette date.

Les séries de cotes aux imprimés sont les suivantes :
Microfilm p. Rouleaux de 16 mm de large.
Microfilm m. Rouleaux de 35 mm de large et de 30 m de long.
Microfilm g. Rouleaux de 35 mm de large en long métrage, en chargeurs.
Microfiche transparente p. Jusqu'au format 75 X 125 mm inclus.
Microfiche transparente m. Jusqu'au format 105 X 150 mm inclus.
Microfiche transparente g. Au-delà de 150 mm.
Microfiche opaque p. Jusqu'au format 75 X 125 mm inclus.
Microfiche opaque m. Jusqu'au format 105 X 150 mm inclus.
Microfiche opaque g. Au-delà de 150 mm.

Température et humidité relative :

Il convient de conserver les microéditions, selon des critères précis. Mais, on trouve, en vérité, des chiffres et des indications extrêmement divers si ce n'est contradictoires, qui laissent penser qu'une étude de vieillissement devra être menée en laboratoire afin d'éclaircir le problème.

Deux études ont surtout retenu notre attention. L'une a été réalisée par Jean Cruzet, de l'Institut géographique national, dans un rapport de février 1972 à l'intention de l'Association française de normalisation. Il recommandait qu'à l'exception de courtes périodes, l'humidité relative à l'intérieur du récipient contenant les microcopies archivées ne soit ni supérieure à 40 % ni inférieure à 20 %. Des humidités relatives dépassant 60 % conduisent généralement à la formation de moisissures capables, avec le temps, de détruire complètement l'image. Au-dessus de 15 %, le film tend à s'incurver et à devenir d'autant plus cassant que l'humidité relative est plus faible. Quant à la température d'archivage, elle doit être maintenue entre 15 °C et 25 °C, et de préférence ne pas dépasser 20 °C. L'autre étude a été menée aux Archives nationales. MM. Quetin et de Ferry recommandaient, en 1969 2, se fiant notamment aux travaux réalisés par Herbert Volkmann et Albert Leisinger 3, que la température optima doit être de + 12 °C ± 2 °C, que l'humidité relative doit être comprise entre 40 et 60 % et que la ventilation normale doit être assurée. Quoi qu'il en soit, on peut penser raisonnablement que 4 critères fondamentaux doivent présider à la conservation des microéditions :
I. Humidité relative : autour de 40 %.
2. Température : entre 15 et 20 °C.
3. Une bonne ventilation, pour éviter la poussière qui raye l'acétate de cellulose.
4. Température constante entre le local de conservation et le local de communication, afin d'éviter les phénomènes de condensation, destructeurs par excellence du film.

Équipement de conservation :

On peut conserver convenablement les microéditions dans les fichiers spéciaux ou autres. Si on utilise le bois, on prévoira un traitement d'ignifugation. On peut aussi utiliser des bacs rotatifs, pouvant contenir 160 ooo microfiches ou davantage.

Chaque microfilm, pour être préservé de la poussière et pour être prêt à la communication, doit normalement être enroulé sur une bobine de 30 m elle-même incluse dans une boîte métallique ronde. Enfin, pour faciliter le traitement en bibliothèque, et notamment inscrire la cote et les éléments d'identification classiques, une boîte en carton doit contenir les deux pièces précédentes. Pour les microfiches, et les cartes à fenêtre, des hamacs laissant libre la lecture des titres, sont généralement utilisés.

Ainsi, la Bibliothèque nationale entreprend-elle de constituer peu à peu un fonds particulier de microéditions, qui s'intègre parmi les autres fonds graphiques et les complète. Un Service des nouveaux supports a été créé, qui a notamment pour fonction d'entrer, de cataloguer, de traiter, de communiquer et de conserver ces nouveaux documents, en collaboration avec d'autres services de la Bibliothèque nationale. Pour la conservation, une liaison avec l'annexe de Versailles a été établie, afin de mieux faire la distinction entre les exemplaires de conservation, qui doivent rigoureusement obéir aux normes prévues et décrites plus haut, et les exemplaires de communication qui sont communiqués dans les espaces de consultation établis à cet effet.

Illustration
Régie du dépôt légal

  1. (retour)↑  Voir : Paul Hardy. « Le Boom de la microfiche », in Documentaliste. Revue 'd'information et de techniques documentaires. Vol. 9, N° 4, décembre 1972.
  2. (retour)↑  M. Quetin. « L'Équipement d'un atelier photographique d'archives »; F. de Ferry. « Le Microfilm dans les archives de sécurité. II. Aspects techniques », in : Gazette des archives, Ier trimestre 1969.
  3. (retour)↑  VOLKMANN (Herbert). - La Conservation des films. - Bruxelles, FIAB, 1967. LEISINGER (Alberg). - Microphotography for archives. - Washington, ICA, 1968.