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Les Sections des bibliothèques universitaires

histoire d'un choix

Denis Pallier

Les bibliothèques universitaires françaises sont généralement organisées en sections, qui se définissent par référence à une discipline ou à un ensemble de disciplines, et disposent en majorité de locaux distincts. Cependant, une section peut avoir plusieurs implantations. A l’inverse, un même bâtiment peut abriter plusieurs sections. Unités fonctionnelles qui s’adressent à un public défini, les sections disposent d’une équipe chargée à la fois du service du public et de toutes les fonctions internes (acquisitions, catalogage, etc.).

Cette répartition dominante en sections est un phénomène propre à la France. Par là, les bibliothèques universitaires françaises diffèrent de leurs homologues étrangères, où prévaut, sans uniformité, un schéma encyclopédique et centralisé : une bibliothèque centrale organisée par fonctions techniques (acquisitions, catalogage, service public), avec quelques annexes spécialisées. Au moment où la géographie des bibliothèques universitaires change à nouveau, il a paru utile de retracer l’histoire administrative des sections et de récapituler les principales études qui leur ont été consacrées, des origines jusqu’aux décrets de 1985-1991.

Histoire administrative

Dans le cadre de l’Histoire des bibliothèques françaises 1, l’histoire des bibliothèques universitaires a été retracée. Pour la plupart d’entre elles, c’est une histoire brève. Les universités ont été supprimées en 1793. Sous le nom d’université, l’Empire a institué une structure administrative centralisée, divisée en académies. Pour l’enseignement supérieur, cette université s’appuyait sur le réseau des lycées, héritiers des facultés des arts de l’Ancien Régime, ainsi que sur les écoles et facultés professionnelles (médecine et droit). Celles-ci avaient été rapidement réorganisées, alors que les facultés « académiques », faiblement autonomes vis-à-vis des lycées, connaissaient une histoire chaotique, au long du XIXe siècle. L’organisation des universités modernes, par réunion des facultés, a été réalisée entre 1885 et 1896. Mais la constitution de bibliothèques universitaires par regroupement des bibliothèques des facultés avait été esquissée dès 1855. L’arrêté du 18 mars 1855 n’avait guère eu de suites, faute de locaux, de crédits et de personnel.

La bibliothèque universitaire unique

C’est la IIIe République qui a réalisé cette fusion des bibliothèques de facultés, de 1878 à 1886, avec pour objectif de préparer la création des universités, en dotant l’enseignement supérieur d’un outil de travail adapté et en créant au sein des facultés des habitudes de coopération ainsi que des responsabilités de cogestion 2. Le principe administratif retenu par le ministère était donc celui d’une bibliothèque universitaire unique, dotée d’un budget propre. D’un point de vue matériel, dès 1855, avait été demandée la réunion des bibliothèques spéciales des facultés « dans un même local qui puisse se prêter à quelques agrandissements ultérieurs » (circulaire du 20 mars 1855).

La lettre d’envoi de l’instruction générale relative au service des bibliothèques universitaires, en date du 4 mai 1878, reprend ce principe. Elle insiste sur « la double nécessité d’assurer à tous les élèves soumis au droit de bibliothèque l’usage permanent de nos collections, et de former, autant que possible, de ces collections, un seul et même dépôt... Le système des bibliothèques distinctes est onéreux pour l’État... il présente en outre le grave inconvénient d’accuser une séparation inacceptable entre des établissements qui ne doivent avoir entre eux qu’un même intérêt et un même esprit ».

L’apparition des sections

Dès l’arrêté de 1855 (art. 5), le terme de section apparaît. Mais il s’applique aux services d’une bibliothèque fonctionnant dans un local unique, après regroupement de collections. Vingt-cinq à trente ans plus tard, la notion de section prend un autre contenu. Le 23 août 1879, Jules Ferry avait adressé aux recteurs un nouvel arrêté, « considérant que, dans plusieurs académies, les facultés ne sont pas toutes établies au chef-lieu et que, dans certaines villes, l’isolement des facultés placées dans des bâtiments séparés fait actuellement obstacle à la réunion des bibliothèques, considérant qu’il importe d’assurer le service par un règlement applicable à toutes les bibliothèques, qu’elles soient ou non centralisées ». Dès lors pouvaient apparaître, dans quelques universités, une, ou très exceptionnellement, plusieurs sections de la bibliothèque universitaire, unités fonctionnelles constituées auprès de certaines facultés, notamment celles de médecine et de pharmacie 3. Ces services décentralisés ont été les précurseurs des sections actuelles.

En application du décret du 28 décembre 1885, relatif à l’organisation des facultés et des écoles d’enseignement supérieur (art. 7), les conseils généraux des facultés, nouvellement créés, eurent à proposer au ministre « les règlements de la bibliothèque universitaire et, s’il y a lieu, des différentes sections de la bibliothèque ». Ces règlements particuliers, élaborés sur un même modèle en 1886, se substituaient au règlement général du 23 août 1879.

La circulaire d’exécution du 20 novembre 1886 précisait que « la bibliothèque universitaire, même quand elle a des sections différentes, est une, sauf certains cas tout à fait exceptionnels ». Dans les « dispositions spéciales corrélatives de la constitution particulière de certaines universités », n’est apparue de clause particulière que pour Bordeaux (art. 32 et 33 du règlement), Lyon (art. 27, avec l’addition : médecine et sciences), et Montpellier (art. 35). Elle est exprimée ainsi : « Tant qu’il n’en aura point été autrement disposé, le bibliothécaire de la section de médecine jouira des droits et prérogatives conférés au bibliothécaire de la bibliothèque universitaire par le présent règlement. Il aura la même responsabilité. Le service des échanges universitaires incombe au bibliothécaire de la section centrale (Bordeaux seulement) ». Ce sont les seules indications relatives aux sections, dans ces textes, qui demeureront la base de la bibliothéconomie universitaire jusqu’aux années 1950 4. Après la création des universités en 1896, la bibliothèque constitue un service commun, toujours caractérisé par son unicité et rattaché au recteur.

À Paris, des statuts fluctuants

En province, les bibliothèques universitaires avaient été créées le plus souvent de toutes pièces. A Paris, les facultés s’appuyaient sur des bibliothèques importantes, maintenues pendant la période révolutionnaire (Sorbonne, Médecine, Pharmacie). L’arrêté de 1855 (art. 6) et le règlement général du 23 août 1879 portant réorganisation des bibliothèques universitaires (art. 40) avaient exclu les bibliothèques parisiennes de leur champ d’application.

On constate ensuite plusieurs changements dans le statut de ces bibliothèques, qui ne semblent guère influer sur leur fonctionnement réel. L’arrêté du 28 juin 1910 avait fait de la Sorbonne la section lettres et sciences de la bibliothèque de l’université de Paris, aux côtés des sections médecine, pharmacie et droit. Le décret du 30 mars 1930, qui incorpore la Bibliothèque Sainte-Geneviève à l’université, avait réaffirmé cette organisation. Sur le modèle provincial, la bibliothèque de l’université était placée directement sous l’autorité du recteur. Sainte-Geneviève était la bibliothèque centrale et les bibliothèques des facultés constituaient des sections. Mais, dès le décret du 9 novembre 1946, complété par le décret du 28 février 1947, ces sections retrouvent leur appellation traditionnelle de bibliothèques de facultés (encore que l’administration emploie le terme de « section de la bibliothèque de l’université de Paris » dans de nombreux textes postérieurs) 5.

Suivant le décret de 1947, l’ensemble des bibliothèques de l’université de Paris, auquel se sont ajoutées la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine et la Bibliothèque d’art et d’archéologie, coopère sous la présidence du recteur et dans le cadre d’un comité commun6. Une commission permanente de ce comité est prévue, sous la présidence du conservateur chargé de la direction de l’ensemble des bibliothèques de l’université de Paris. Dans la pratique, selon Germain Calmette, la gestion commune est le fait de la commission, restreinte aux directeurs des différentes bibliothèques et à un inspecteur général. Son activité consiste à préparer les demandes budgétaires et la répartition des crédits entre les diverses bibliothèques. Après 1953, c’est un service administratif commun qui coordonne leur gestion.

La dominante, à Paris et en province, a donc été la bibliothèque, encyclopédique ou spécialisée. Cette situation ne s’est pas modifiée pendant de longues années, tant pour des raisons matérielles que pour des raisons de doctrine. Si les bibliothèques universitaires ont reçu une impulsion à la fin du XIXe siècle, en bénéficiant d’une vingtaine de constructions, de quelques créations d’emplois et, jusqu’en 1905, de subventions ministérielles, leur croissance ne fut pas considérable. Rapidement, elles ont conjugué les handicaps : l’indifférence des universités, un personnel très peu nombreux, des ressources limitées aux droits d’étudiants. La population universitaire a évolué progressivement : 16 500 étudiants en 1890, 53 000 en 1925, 97 000 en 1945. Cependant, de 1900 à 1950, huit bâtiments de bibliothèque universitaire seulement ont été construits. Pour 17 universités (une par académie), on comptait en 1955 environ trente bâtiments ou sites de bibliothèques. Dans le cadre de la relance des bibliothèques universitaires opérée par la Direction des bibliothèques et de la lecture publique (DBLP), le financement de nouveaux équipements fut engagé, après relèvement des moyens de fonctionnement. En 1959, sept bibliothèques étaient déjà construites.

La situation des sections à la fin des années 50

La contribution donnée par Paul Poindron à l’Encyclopédie pratique de l’éducation en France (1960), retrace leur histoire et les décrit à cette date 6. Pour Paris, la notion de section n’est utilisée dans ce texte que de manière informelle, à propos de la Sorbonne et des bibliothèques des facultés de droit, de pharmacie et de médecine, « sections traditionnelles ». La création d’une nouvelle « bibliothèque » de la faculté des sciences vient d’être décidée à Orsay. Des « salles de travail » pour les étudiants sont prévues dans les bâtiments construits sur les terrains de la Halle aux vins. La bibliothèque de la faculté de médecine a, depuis 1954, une « annexe » dans les bâtiments de la nouvelle faculté, rue des Saints-Pères.

Parmi les bibliothèques universitaires des seize autres académies d’alors, dix comportent une, ou exceptionnellement deux sections, et des créations s’annoncent (voir encadré page précédente).

En résumé, on ne compte alors que douze sections en activité : une section droit, une section sciences, huit sections médecine, plus une section médecine-pharmacie et une section médecine-sciences. Quatre des sections médicales ont été créées dans les années cinquante. Six sections sciences sont en projet. Ce tableau traduit bien la première expansion des bibliothèques universitaires. En médecine, la transformation en facultés des écoles de Clermont-Ferrand, Nantes et Rennes, en 1954, s’est accompagnée de la création de sections. La même année étaient « nationalisées » les autres écoles de médecine et de pharmacie, dont les bibliothèques sont placées sous le contrôle de la Direction des bibliothèques. Celle-ci ne dispose pas de crédits de subvention à déléguer aux écoles, mais elle doit former et nommer le personnel scientifique et technique chargé du fonctionnement de ces bibliothèques. Dans ce domaine, les mesures se succèdent en 1957-1958 : instructions, stages, constitution d’un fonds national de prêt. En sciences, la croissance du nombre d’étudiants est remarquable, de 25 000 en 1948 à 55 000 en 1958, d’où la construction de facultés et de bibliothèques.

Ce mouvement de création de sections demeure limité. Il accompagne le développement de deux groupes de facultés ou écoles. S’il y a décentralisation de la documentation au sein des universités, elle est due aux bibliothèques des laboratoires et des instituts (créés à partir de 1920, pour le développement des recherches scientifiques dans les universités). En effet, quoique la concentration des moyens documentaires soit le principe affirmé par les textes du XIXe siècle, des bibliothèques de spécialité et de proximité se sont recréées, sur les crédits des facultés. Une enquête demandée aux directeurs de bibliothèques universitaires en 1955 fait apparaître déjà quelques dizaines de ces bibliothèques dans chaque université 7.

L’expansion des sections

Au cours des années 1960, l’enseignement supérieur se transforme. La croissance du nombre d’étudiants est spectaculaire, de 194 000 en 1959-1960 à 625 000 en 1969-1970. En 1975-1976, les universités françaises accueillent déjà 811 000 étudiants. Le nombre des enseignants passe de 7 900 en 1960 à 40 500 en 1975.

Dans de grandes villes universitaires, comme Paris et Marseille, fonctionnent plusieurs facultés dans la même discipline. Au sein d’une même ville universitaire, les facultés se dispersent. Dans les anciennes universités provinciales, le campus suburbain devient la règle.

La Ve République crée de nouvelles universités à Nantes, Orléans et Reims en 1962, à Rouen et Amiens en 1964, à Limoges et Nice en 1965. Des villes d’importance moyenne obtiennent l’installation de « centres d’enseignement supérieur ».

L’État implante, à sa charge, des annexes délocalisées des facultés, les collèges universitaires, en sciences (1957), en lettres (1960), puis en droit (1963). En médecine et pharmacie, les écoles sont peu à peu transformées en facultés. L’organisation des centres hospitaliers et universitaires, suivant la réforme Debré, accroît les charges des sections médicales de province et conduit à ouvrir de nouveaux équipements à Paris. En 1966, une nouvelle voie est ouverte par la création des instituts universitaires de technologie (IUT), préparant à l’exercice d’un métier par un cycle court.

De 1945 à 1959, la Direction des bibliothèques avait consolidé les bibliothèques universitaires. Elle obtient en 1961 qu’un programme de construction soit inscrit dans le IVe Plan national. Jusqu’au milieu des années 1970, la Direction accompagne la mise en place de nouveaux enseignements par la création de bibliothèques. A l’occasion de cette expansion, l’organisation des bibliothèques a été repensée.

La réflexion française se situe dans un contexte international, illustré en 1965 par deux colloques, tenus à Genève (AUPELF-Association des universités partiellement ou entièrement de langue française) et à Liège (Université de Liège et FIAB-Fédération internationale des associations de bibliothécaires). Au cours de leurs débats est posé le problème de l’évolution des structures documentaires, devant l’augmentation du nombre des étudiants et la spécialisation des enseignements. Le principe de décentralisation des bibliothèques, évoqué surtout à propos des bibliothèques d’instituts, est jugé conforme à l’intérêt des utilisateurs, sous réserve d’une coordination. L’accès libre aux rayons est préconisé. Proche des réflexions françaises, le projet de l’Université de Liège prévoit, d’une part, une certaine décentralisation de la bibliothèque générale et, d’autre part, un regroupement des bibliothèques spécialisées. La bibliothèque générale et de philosophie et lettres jouerait un rôle culturel autant qu’universitaire 8.

Pour la Direction des bibliothèques, la décentralisation des composantes des bibliothèques universitaires est la réponse à une situation de fait. Elle prend acte de la politique d’implantations multiples dans laquelle s’est engagée la Direction des enseignements supérieurs, et de sa conséquence, l’abandon de la bibliothèque universitaire unique et encyclopédique. La majorité des nouvelles bibliothèques devront être constituées de sections correspondant aux facultés (lettres, droit, sciences, médecine, pharmacie). Les inconvénients du « surdécoupage » universitaire, du mouvement continu des disciplines n’apparaîtront que plus tard.

La modernisation des bibliothèques

Placée devant des perspectives de constructions considérables, la Direction des bibliothèques constate l’inadaptation des structures existantes. Malgré l’augmentation des moyens, le pourcentage d’étudiants qui fréquentent les bibliothèques universitaires n’augmente pas. En liaison avec la spécialisation des enseignants, les bibliothèques d’instituts, en accès direct, prolifèrent. La réflexion sur la modernisation des bibliothèques se traduit par une succession de textes : instructions du 8 avril 1957 destinées aux bibliothèques des écoles de médecine, instructions adressées en novembre 1959 aux bibliothécaires chargés des dépôts d’ouvrages destinés aux collèges scientifiques universitaires, instructions du 7 juillet 1961 pour la création de nouvelles sections scientifiques. Une réforme plus vaste est examinée lors de la cinquième journée plénière des directeurs de bibliothèques universitaires (30 novembre-1er décembre 1961).

Les objectifs sont de répondre aux besoins spécifiques des étudiants d’une part, des professeurs, chercheurs, étudiants avancés d’autre part. Pour les premiers, des salles de travail sont nécessaires. Pour aller au devant des besoins des seconds, le plus grand nombre de documents doit sortir des magasins, être disponible et présenté en ensembles organisés intellectuellement. Cette organisation semblait de nature à relancer la coopération avec les bibliothèques d’instituts, dès lors qu’était offert un cadre analogue (salles spécialisées et ensembles documentaires riches), mais également une juxtaposition des secteurs spécialisés d’un même cadre facultaire. Au niveau étudiant, l’interdisciplinarité est proposée sous forme de bibliothèque de culture générale auprès des sections scientifiques.

Les instructions de 1962

Suivant ces orientations, une commission a élaboré les instructions du 20 juin 1962 9, qui abrogent les textes précédents. Ces instructions fixent le cadre du service public en distinguant les espaces ouverts aux étudiants et ceux destinés aux étudiants avancés et aux enseignants. Aux deux niveaux, le traitement des documents prépare le libre accès, avec adoption d’un classement systématique (CDU). Étaient prévues en outre les modalités de transfert des fonds, lorsqu’une bibliothèque se scindait en plusieurs sections, et l’organisation de collections pour le prêt à domicile, service en expansion. Les instructions de 1962 ont déterminé les structures de l’ensemble des nouvelles sections et des sections transférées, à l’exclusion des sections de médecine. Après diverses réunions de travail, sur la classification décimale (juin 1962), la construction et l’équipement des bibliothèques universitaires (mars 1963), ces principes ont été appliqués. L’augmentation des budgets et des effectifs a conduit parallèlement la Direction des bibliothèques à diffuser des instructions préconisant un programme d’acquisition pour les 2e et 3e cycles et la recherche, ainsi qu’un rythme rapide de traitement des ouvrages 10.

De 1964 à 1970, 250 000 m2 furent construits, représentant 68 bibliothèques ou sections. De 1971 à 1975 ont été ouverts 160 000 m2 nouveaux, plus 34 600 m2 de 1976 à 1980 et seulement 25 400 m2 de 1981 à 1991. A la fin des années 1960, on comptait à Paris 18 bibliothèques, dont trois bibliothèques de centres hospitaliers universitaires (CHU) ; en province 22 bibliothèques comportant 96 sections, y compris les sections de collèges ou centres universitaires 11. La loi Faure a transformé ensuite le paysage institutionnel, en multipliant les universités (57 dès 1970, dont 13 à Paris).

Vingt ans plus tard, l’Annuaire des bibliothèques universitaires de 1991 a fait un point sur les sections. Pour 74 bibliothèques d’université ou interuniversitaires (49 en province, 25 à Paris), il a dénombré 248 implantations différentes, essentiellement des sections, dans quelques cas des sous-sections ou annexes. Leur répartition était la suivante : 36 sections en droit-sciences économiques, 54 en lettres et sciences humaines, 11 en droit-lettres, 5 en droit-sciences, 41 en médecine, 5 en pharmacie, 22 en médecine-pharmacie, 56 en sciences, 16 sections pluridisciplinaires, 2 bibliothèques d’IUT intégrées à la bibliothèque universitaire.

L’histoire de ces sections est naturellement diverse. Certaines ont été créées lors de l’expansion géographique d’anciennes universités ou lors de la constitution de nouvelles. Quelques-unes sont issues de bibliothèques d’écoles de médecine. La majorité d’entre elles ont vu le jour avec la mise en place de bibliothèques sectionnées après 1962. Les bibliothèques des collèges universitaires sont devenues des bibliothèques d’université, comportant généralement à leur tour des sections...

La définition fonctionnelle des sections

Les textes de 1855, 1878, 1879, 1885-1886 avaient couvert systématiquement un champ large : organisation des bibliothèques et de leur personnel, structures administratives. Les instructions de 1962 modifiaient le cadre du service public ainsi que le traitement des documents. Mais, à l’évidence, l’impact de la mise en place des sections allait bien au-delà. En complément des instructions de 1962, d’autres textes ont donc contribué à définir le cadre de fonctionnement des bibliothèques universitaires et de leurs sections.

L’unité du service commun avait été réaffirmée par une circulaire aux recteurs en date du 12 février 1962. Celle-ci rappelait les principes généraux et les dispositions réglementaires de 1885-1886, en soulignant que la création de nouvelles bibliothèques auprès d’une faculté ou d’un collège universitaire ne rompait pas l’unité de gestion de la bibliothèque universitaire. Ces bibliothèques sont « rattachées à la section centrale de la bibliothèque universitaire, tant en ce qui concerne la subordination du personnel que sur le plan de l’organisation ou de la gestion du service ». Une circulaire du 30 octobre 1962 confirma que les bibliothèques des écoles de médecine et de pharmacie, comme celles des collèges universitaires, constituaient des sections de la bibliothèque universitaire dans le ressort d’une académie 12. Dans les départements, une commission de la bibliothèque fonctionnait depuis 1879 auprès de chaque bibliothèque universitaire. Le 1er août 1962, un arrêté redéfinit cette commission sur le modèle parisien. Symbole de l’unité du service, présidée par le recteur, cette commission est composée désormais de responsables universitaires et non d’élus des facultés. Elle donne avis sur le programme général d’acquisition et les problèmes qui concernent l’ensemble des services de la bibliothèque universitaire 13.

Bibliothèque centrale et sections

Les relations entre bibliothèque centrale et sections, la nature de la bibliothèque ou section centrale ont été examinées sous une forme qui paraît assez empirique, au cours de réunions de travail sur l’application des instructions de 1962 dans les sections droit et lettres des bibliothèques universitaires (15 et 16 février 1965). « Le transfert des fonds de droit ou de lettres laissant des locaux libres parfois très vastes, comme à Nancy, il fallait en déterminer l’utilisation. A la bibliothèque centrale siégera le conservateur en chef ou le conservateur chargé d’administrer l’ensemble de la bibliothèque universitaire. S’y trouveront également les services techniques communs (service de multigraphie, laboratoire photographique). Enfin elle pourra conserver certains instruments bibliographiques de caractère général » 14.

Dans les faits, l’administration de la bibliothèque universitaire est généralement rattachée à une des sections, le plus souvent la section lettres ou lettres-droit, suivant un regroupement favorisé par la DBLP, quand la proximité des facultés permettait cette synergie 15. Cet ensemble conserve les fonds anciens dans certains sites. Cependant, par comparaison avec les autres sections, la « section centrale » stricto sensu se réduit à un petit nombre de fonctions spécifiques, essentiellement administratives et techniques.

Ainsi que le décrit Alban Daumas en 1973, dans chaque section de bibliothèque universitaire « type », on trouve des services intérieurs (commandes, entrées, catalogage, reliure, service des thèses et des échanges de publications) et des services publics (bureau d’inscription et de renseignement, salles de lecture, salle de bibliographie, service du prêt à domicile, prêt interbibliothèques, photocopie) 16. L’ensemble des fonctions bibliothéconomiques a été généralement découpé, suivant l’initiative locale.

La réflexion commune semble avoir d’abord porté sur la répartition des fonds de livres entre sections. Les directeurs de bibliothèques en firent le bilan, dix ans après les instructions de 1962, avec les constats suivants 17 :

– fin de la bibliothèque encyclopédique, maintien dans de nombreux sites de bibliothèques semi-encyclopédiques, groupant un ensemble de disciplines allant du droit aux lettres, en passant par toutes les sciences sociales et humaines ;

– généralisation du niveau des sections, avec des cas particuliers. Création, le cas échéant, de sous-sections, pour assurer la diffusion des documents sans casser une structure par ensemble de disciplines. Développement des fonds de culture générale ;

– application incomplète des instructions de 1962 : réserves sur la CDU, inutilité du catalogue systématique, non-application des deux niveaux en lettres, limitation du libre accès en raison des vols... ;

– problèmes pratiques : retard des secondes tranches de construction, intérêt de salles plus petites, manque de catalogues communs, prêt entre sections, interférences entre médecine, pharmacie et sciences...

Cette réflexion sera prolongée par des études sur le mode de structuration possible des bibliothèques dans l’université, autour de la section (« bibliothèque facultaire »). A cette occasion apparaîtront des hypothèses de développement des services centraux (coordination des achats, conservation).

Alors que les sections devenaient des cellules essentielles, le statut administratif de la section, son rôle et le rôle du chef de section n’ont été fixés que tardivement. Le rôle du chef de section, dans le cadre de la bibliothèque universitaire, sera précisé plus tôt que celui de la section dans l’organisation de la documentation universitaire. Trois étapes peuvent être distinguées.

Les lacunes du décret de 1970

Dans l’université, suivant les cadres unitaires élaborés au XIXe siècle et inchangés en 1962, le directeur d’une bibliothèque universitaire avait la direction de ce service sous l’autorité du recteur. Ce bibliothécaire était responsable des acquisitions. Un petit effectif de personnel lui était subordonné et il nommait des chefs de section, s’il y avait lieu. Le directeur seul était membre, avec voix délibérative, de la commission de la bibliothèque.

La critique fonctionnelle, pédagogique et sociale des universités a conduit, après la crise de 1968, à des réformes de structures. La loi Faure a créé alors en France des universités assez largement autonomes et dirigées par un président élu. Pour supprimer le cloisonnement facultaire, chaque université est composée d’unités d’enseignement et de recherche (UER), plus petites et susceptibles de travailler ensemble dans un objectif de pluridisciplinarité. Les universités regroupent également des instituts et écoles internes, ainsi que des établissements rattachés, tels les IUT.

D’établissement universitaire affecté aux besoins communs des facultés, la bibliothèque universitaire devint un service commun aux composantes d’une université, ou bien, lorsque l’agglomération comportait plusieurs universités, un service interuniversitaire. Les instances universitaires ont été alors substituées au recteur. Un conseil de la bibliothèque a remplacé la commission consultative, avec une représentativité étendue et un président élu. Le rôle de ce conseil en matière d’acquisition pouvait être démultiplié par la création, à son initiative, de commissions consultatives spécialisées par domaine. On a vu que le nombre des sections était déjà important à la fin des années 60. En termes d’emplois et de crédits, ce fut leur âge d’or. Cependant, le décret du 23 décembre 1970, précisant le statut des bibliothèques universitaires et interuniversitaires en application de la loi de 1968, n’a pas traduit la réflexion antérieure sur la décentralisation documentaire, ni la séparation effective de la majorité des bibliothèques en sections 18. Ce texte ne dit mot des sections.

En ce qui concerne Paris et l’Ile-de-France, la disparition des facultés et la création, par arrêté du 21 mars 1970, de treize universités pluridisciplinaires et de taille plus modeste, a conduit à modifier profondément l’organisation des bibliothèques. Un décret et deux arrêtés se sont efforcés de les réorganiser en 1972, en créant quatre bibliothèques interuniversitaires, A, B, C et D (cette dernière, provisoire, regroupe les services communs aux universités de Paris XII et XIII jusqu’au 16 mai 1972) et quatre bibliothèques universitaires, celles des universités de Paris VIII, IX, X et XI.

La notion de section ne réapparaît pas, même au sens où elle avait été utilisée à Paris en 1910 et 1930. Suivant l’arrêté du 10 février 1972, les bibliothèques interuniversitaires ne sont elles-mêmes composées que de bibliothèques. De même, les bibliothèques des universités de Paris VIII, IX, X, XI, comme les bibliothèques de Paris XII et Paris XIII dans le cadre de l’arrêté du 16 mai 1972, sont composées de bibliothèques et non de sections 19. Après constat de l’inadaptation des structures interuniversitaires ainsi définies, une nouvelle organisation a été fixée par le décret du 16 novembre 1978. Celui-ci a créé les neuf bibliothèques interuniversitaires parisiennes actuelles et réparti entre les universités les bibliothèques universitaires (art. 9 et annexe 2 du décret). A cette date, les bibliothèques des universités de Paris I à XIII n’apparaissent composées que de bibliothèques 20.

Le rôle du chef de section

A défaut d’être une unité statutaire, la section apparaîtra dans la nouvelle répartition des tâches du personnel scientifique. Dès 1953, Paule Salvan estimait que la structure des bibliothèques universitaires « se prêtait assez aisément à une certaine décentralisation des responsabilités » 21. En 1965, Jean-Louis Rocher avait annoncé, dans une contribution au colloque de l’AUPELF à Genève, l’évolution du travail du personnel qu’entraînait l’application des instructions de 1962 22 :

« La répartition des services par tâches matérielles (service des achats, des thèses, des collections, etc.) fait place au travail d’équipes spécialisées dans un secteur ou un groupe de secteurs, qui « traitent » entièrement toutes les publications ressortissant à leur secteur. Le conservateur... qui est placé à la tête d’une équipe exerce une quadruple fonction : scientifique, pédagogique, technique, administrative.

Sa tâche essentielle est de suivre le mouvement scientifique qui intéresse son domaine, notamment à l’aide des revues spécialisées et des bibliographies. Il tient compte, dans sa politique d’achats, de la liaison nécessaire avec les autres secteurs de la bibliothèque. Ce travail s’accomplit de concert avec les professeurs et les spécialistes appelés à fréquenter la bibliothèque. Le développement d’une coopération fondée sur la participation des « usagers » au fonctionnement efficace de la bibliothèque et sur l’association des bibliothécaires au travail de la recherche et de l’enseignement ne peut que faciliter l’établissement de relations harmonieuses, d’un profit mutuel.

Sur le plan pédagogique, le bibliothécaire doit pouvoir initier le jeune chercheur au travail en bibliothèque et assumer un enseignement bibliographique.

Sur le plan technique, il est responsable de l’organisation et du fonctionnement de son secteur, où il applique les règles d’une saine bibliothéconomie ; il participe à l’enseignement professionnel.

Enfin son rôle administratif varie avec les responsabilités qu’il assume ou bien auxquelles il est associé. A l’échelon du secteur, il faut organiser et diriger l’équipe des sous-bibliothécaires et dactylographes. A l’échelon de la section, il faut assurer la coordination des différentes équipes, y compris celle des gardiens. A l’échelon de l’ensemble de la bibliothèque universitaire, il faut définir les programmes de travail des différentes sections, mettre au point l’organisation des services en élaborant la « stratégie » qui combine l’emploi du personnel et des finances. En outre, depuis quelques années s’est ajoutée, pour la plupart des bibliothèques universitaires, la responsabilité des nouvelles constructions : établissement du programme, étude et discussion des plans, visites de chantiers, aménagement et équipement des locaux ».

Sur l’exemple de Lyon, une bibliothécaire canadienne notait, en 1968, l’effet de la nouvelle organisation : « L’avantage des équipes est d’offrir aux employés professionnels et non professionnels une grande variété dans le travail, tout en favorisant une spécialisation de matière. Le travail devient alors plus humain, plus humain certainement que dans nos grandes bibliothèques nord-américaines organisées uniquement en fonction d’un travail à réaliser... Les tâches sont plus variées et les bibliothécaires ont plus de responsabilité. Même dans les bibliothèques où les équipes de travail ne prévalent pas, la décentralisation des tâches au niveau de chaque bibliothèque de section, contribue à varier le travail et à l’humaniser » 23.

La circulaire d’application du décret de 1970 avait annoncé que serait précisé « le rôle des conservateurs responsables des sections existant au sein de la bibliothèque... Dès maintenant, le directeur est invité à les associer aux mesures de mise en place de la nouvelle bibliothèque et à les faire participer, avec voix consultative, aux séances du conseil, s’ils n’y siègent pas comme représentants du personnel » 24. En 1971, l’Amicale des directeurs de bibliothèques universitaires, nouvellement créée, s’est préoccupée, après enquête, de la création des sections, du degré d’initiative accordé à chaque section dans le cadre du service commun et de l’absence de procédure de désignation des chefs de section, auparavant nommés par le chef d’établissement 25.

La circulaire du 29 avril 1974, relative aux attributions respectives du directeur de la bibliothèque universitaire, du conseil de la bibliothèque et de son président, a précisé que c’est le directeur de la bibliothèque qui procède à la désignation des conservateurs chargés de section, avec l’accord de l’inspection générale et après consultation éventuelle des autres chargés de section.

La circulaire du 15 mars 1976

Mais les principales réponses ont été fournies par la circulaire du 15 mars 1976, dont l’intitulé, « rôle des conservateurs chargés de section », ne traduit pas complètement la teneur. En effet, ce texte fondamental donne :

– l’énonciation du rôle du chef de section, en ce qui concerne les locaux (sécurité, maintenance, participation à la programmation), les fonds documentaires (acquisitions, reliure, gestion, coopération avec d’autres bibliothèques), et le personnel (direction, horaires, congés, participation à la gestion des carrières) ;

– une définition des sections, par référence à une discipline ou à un ensemble de disciplines et à l’organisation des bâtiments. C’est la définition la plus complète donnée par un texte officiel ;

– le mode de création des sections, par le directeur en accord avec l’inspection générale des bibliothèques, garantie de la création effective des sections ;

– des orientations pour une collaboration étroite et régulière entre les conservateurs chargés de section et le directeur, esquissant un système de type fédéral.Cependant, la responsabilité du directeur reste entière, les chefs de section ne peuvent l’exercer que par délégation 26.

Les sections dans l’organisation documentaire de l’université

D’autres lacunes de la construction documentaire de 1970 ont conduit à préciser le rôle des sections. Dès les années 1950, la Direction des bibliothèques avait posé le problème de l’organisation et de la coopération documentaires dans l’université. En 1965, Paul Poindron soulignait devant l’AUPELF qu’il s’agissait de problèmes essentiels : « Nous nous trouvons actuellement en présence d’une dispersion anarchique de la documentation où règne un déséquilibre injustifié et qui comporte des lacunes regrettables. Les liens entre les bibliothèques et notamment entre la bibliothèque centrale et les autres bibliothèques sont généralement trop lâches – quand ils existent – pour que l’université tout entière, où les secteurs interdisciplinaires sont de plus en plus nombreux, tire le profit maximum de l’ensemble de ses ressources documentaires » 27.

Si le décret de 1970 n’évoquait qu’en filigrane les bibliothèques de spécialité ou de proximité des UER et des instituts, des coopérations étaient proposées. Diverses réflexions se sont engagées au sein de l’Amicale des directeurs de bibliothèques universitaires sur la « réorganisation » ou la « restructuration » de ces bibliothèques. Ces projets, qui concernent tant le niveau national, interrégional, que local, incluent à ce niveau les centres de documentation des UER 28. La dégradation des moyens des bibliothèques centrales, le développement des bibliothèques d’UER ont appelé l’attention sur des causes structurelles. D’une part, la maîtrise de l’ensemble des dépenses documentaires n’appartenait ni à l’exécutif de l’université ni au service commun, perçu comme un organe étranger, mais à un grand nombre de décideurs dans les UER, les instituts et les laboratoires, sans vision d’ensemble. D’autre part, on constatait un décalage entre l’organisation facultaire des bibliothèques universitaires et le découpage disciplinaire des UER. Les réflexions des associations professionnelles, les conclusions du colloque de Gif-sur-Yvette (1975), celle du rapport établi en 1980 par l’inspection générale de l’administration et l’inspection générale des bibliothèques, puis les conclusions du rapport Vandevoorde, ont proposé de créer dans chaque université un service de la documentation, qui combine direction unique, budget global et décentralisation organisée.

En application de la loi sur l’enseignement supérieur de 1984, et dans le prolongement des réflexions précédentes, le décret du 4 juillet 1985, complété par les décrets du 27 mars 1991, a demandé de réunir dans le service commun toutes les bibliothèques de l’université, par intégration ou association. Parallèlement, les textes donnent la maîtrise de la politique documentaire à l’université. Celle-ci statue sur l’ensemble des bibliothèques et son président mène la négociation des crédits documentaires dans le cadre du contrat d’université. Le président a autorité directe sur le service commun et préside le conseil de documentation.

Les sections documentaires sont appelées à jouer un rôle central pour la mise en œuvre de la politique documentaire d’université. Sauf rare exception, l’université n’a plus de bibliothèque centrale et encyclopédique. Les sections offrent des fonds qui couvrent de grands secteurs disciplinaires, généralistes par rapport aux bibliothèques de recherche. Sans être les interlocuteurs obligés de l’ensemble des usagers, elles constituent l’unité de base du service commun de documentation et le point de coopération avec les bibliothèques associées 29. Les textes explicitent ce rôle (voir encadré ci-dessous).

L’évaluation des sections

Le modèle dominant dans les bibliothèques françaises est doublement décentralisé. A la décentralisation géographique des sections, créées auprès des UER, s’est ajoutée la décentralisation de l’essentiel des fonctions bibliothéconomiques, mouvement que ne prévoyaient pas explicitement les instructions de 1962. Paradoxalement, faute de sources statistiques et d’études sur les années 1962-1974, la période de mise en place des sections « en grandeur » est une des plus mal connues 30.

Ce modèle décentralisé a t-il été évalué ? Si l’on examine les statistiques publiées, on constate que, de 1953 à 1960 et depuis 1974-1975, l’exploitation des données a concerné épisodiquement les disciplines et les sections. Les synthèses des Enquêtes statistiques générales auprès des bibliothèques universitaires (ESGBU) pour 1974, 1975 et 1976 ont comporté des tableaux récapitulatifs par ensembles de disciplines, concernant le public, les locaux, les emplois, les acquisitions. Le nombre de ces tableaux a diminué de 1977 à 1980. Depuis 1981 sont publiés seulement des tableaux listant, bibliothèque par bibliothèque, les activités, les moyens d’acquisition, les dépenses documentaires...

Les Statistiques du prêt entre bibliothèques ont fait l’objet d’une présentation et d’une analyse par section ou groupe de sections d’une même discipline, pour les bibliothèques universitaires et interuniversitaires de province, mais de 1975 à 1987 seulement. Sauf étude particulière, les évaluations d’encadrement en personnel ont été menées globalement, par bibliothèque 31. Une évolution est apparue récemment. L’Annuaire des bibliothèques universitaires 1991 a fourni des « portraits médians » des sections. Cette typologie a été développée dans un chapitre des Bibliothèques dans l’Université, qui montre des différences accusées 32. En 1993, Yves Laissus a achevé une étude sur l’accessibilité de la documentation (environnement, collections, exploitation des collections) concernant spécifiquement un ensemble de bibliothèques et sections scientifiques 33.

Les sections semblent avoir été examinées essentiellement sous deux angles. Le premier, ce sont les bilans de l’application des instructions de 1962. L’enquête de l’Amicale des directeurs de bibliothèques universitaires sur la répartition des fonds de livres et de périodiques (1972) a été citée. En 1978 et 1980, Jean Bleton a examiné la fonctionnalité de constructions réalisées en application des principes de 1962 (accès libre, séparation en deux niveaux), ainsi que l’intérêt des bâtiments communs au droit et aux lettres 34. Un groupe de travail a été réuni en 1987 pour la révision des instructions après vingt-cinq années d’application 35.

En second lieu, les sections sont naturellement évoquées lorsqu’on traite de la structuration des unités documentaires existant dans l’université. Depuis les années 50, ce thème demeure d’actualité. Une enquête sur la mise en place des services de documentation dans le cadre du décret de 1985 a été menée par l’Association des directeurs de bibliothèques universitaires (ADBU) en 1989. L’inspection générale des bibliothèques a fait un nouveau point sur la fonction documentaire dans les universités en 1992. Ces travaux devront sans doute être répétés pour évaluer la capacité des sections à être un noyau fédérateur : intégration ou association des bibliothèques d’UFR (unités de formation et de recherche) et de laboratoires, modes de coopération, évolution du nombre et de l’organisation des sections...

Le modèle décentralisé français, appliqué rapidement à de multiples exemplaires, semble avoir suscité une complète adhésion. On n’a trouvé de comparaison critique avec le modèle nord-américain que dans une seule étude, faite en 1968 par une bibliothécaire canadienne. Dans un tableau très pondéré des bibliothèques universitaires françaises sont évoquées les failles prévisibles : l’accroissement des besoins en personnel, le fractionnement des services sans économie d’échelle, le morcellement documentaire 36.

A presque trente années de distance, ces questions de fond ne sont pas sans actualité. L’ouverture de nouvelles surfaces de bibliothèque rappelle les limites des effectifs. Dans les services interétablissements, ensembles documentaires les plus importants en région, un noyau de services centraux s’est reconstitué non sans difficulté, dès lors que la formation continue, l’informatique et les réseaux, le suivi du patrimoine ou la communication, devenaient des fonctions à part entière. Les catalogues collectifs ont permis de remédier au morcellement documentaire. Mais on a constaté que le morcellement des bibliothèques n’avait d’intérêt que si la géographie documentaire pouvait évoluer en cohérence avec l’évolution des sites d’enseignement et de recherche. Et, tant que les bibliothèques ne sont pas immatérielles, mouvement qu’on peut difficilement anticiper, la multiplication des sites est un choix qui entraîne des surcoûts documentaires.

Mars 1995

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Sections des bibliothèques universitaires de province à la fin des années 50

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Textes statuant le rôle des sections documentaires

  1.  (retour)↑  Histoire des bibliothèques françaises, t. 1 à 4, Paris, Promodis-Ed. du Cercle de la Librairie, 1988-1992.
  2.  (retour)↑  John CAMP, « Bibliothèques et universités en France, 1789-1881 », Bulletin des bibliothèques de France, 1983, t. 28, n° 2, p. 159.
  3.  (retour)↑  Les textes de 1855, 1878, et 1879 ont été consultés dans le Bulletin administratif du ministère de l’Instruction publique : arrêté du 18 mars et circulaire du 20 mars 1855, t. 6-7, 1855-1856, p. 68-71 ; instruction du 4 mai 1878, t. 23 (1), 1880, p. 286-325 ; arrêtés du 23 août 1879 et circulaire d’envoi, t. 22, 1879, p. 617-628. La notion de section, composante d’une bibliothèque centralisée, se rencontre encore plus tard, cf. la création, le 26 novembre 1901, d’une « section de prêts à long terme » à la bibliothèque Sainte-Geneviève et dans huit bibliothèques universitaires (Ernest COYECQUE, Code administratif des bibliothèques d’étude, t. 1, Paris, Droz, 1929, p. 244-246).
  4.  (retour)↑  Ernest COYECQUE, op. cit., t. 1, p. 468-469, 502, et 503.
  5.  (retour)↑  Le terme de sections de la bibliothèque universitaire de Paris apparaît dans les mémentos publiés par la Direction des bibliothèques, par exemple : Thérèse Kleindienst, Yvonne Labbé, Yvonne Ruyssen, Administration des bibliothèques, 7e éd., Paris, Bibliothèque nationale, 1965, v-8. Germain Calmette emploie le terme de sections ou de bibliothèque « sectionnée », lorsqu’il décrit la situation à Paris et en province dans sa contribution « Centralisation et décentralisation de la bibliothèque universitaire. L’exemple de Paris », à la journée d’étude Les problèmes de la documentation dans les bibliothèques universitaires, organisée par la bibliothèque de l’Université de Liège (24-27 octobre 1949), Liège, 1950, p. 83-89.
  6.  (retour)↑  Paul POINDRON, « La Lecture et les bibliothèques », Encyclopédie pratique de l’éducation en France, Paris, Ministère de l’Education nationale, 1960, p. 1051-1052.
  7.  (retour)↑  Yvonne RUYSSEN, « Les Bibliothèques d’instituts et de laboratoires, », Cahiers des bibliothèques de France, III, 1957, p. 61-100, points sur la situation à Paris et Strasbourg, p. 225-243.
  8.  (retour)↑  Cf. « Deux colloques internationaux : quelques problèmes actuels des bibliothèques universitaires », Bulletin des bibliothèques de France, 1966, n° 6, p. 201-221.
  9.  (retour)↑  « Instructions concernant les nouvelles sections et les sections transférées des bibliothèques des universités (à l’exclusion des sections médecine), 20 juin 1962 », Ibid., 1962, n° 8, p. 401-410.
  10.  (retour)↑  « Instructions sur les acquisitions et le traitement des ouvrages, en particulier pour les publications étrangères », Bulletin des bibliothèques de France, 1963, n° 6, p. 263-264.
  11.  (retour)↑  Les Bibliothèques de France au service du public, Paris, Direction des bibliothèques et de la lecture publique, 1969, comportant un répertoire des bibliothèques et sections.
  12.  (retour)↑  Circulaire du 12 février 1962, Bulletin des bibliothèques de France, 1962, n° 4, p. 224-225. Circulaire du 30 octobre 1962, ibid., n° 12, p. 591-592.
  13.  (retour)↑  Arrêté du 1er août 1962, ibid., n° 11, p. 544-545. Le directeur de la bibliothèque faisait partie de cette commission depuis 1886.
  14.  (retour)↑  « Transfert des sections droit et lettres des bibliothèques universitaires », ibid., 1965, n° 6, p. 234-235.
  15.  (retour)↑  Paul POINDRON, « Les bibliothèques universitaires françaises et la politique de la Direction des bibliothèques », Les bibliothèques universitaires devant l’explosion démographique et l’accroissement de l’édition, colloque international tenu à l’université de Liège, octobre 1965, Liège, 1967, p. 53.
  16.  (retour)↑  Alban DAUMAS, « Les Bibliothèques universitaires », Bulletin des bibliothèques de France, 1973, n° 7, p. 326-327.
  17.  (retour)↑  Compte rendu de l’enquête... portant sur 25 bibliothèques universitaires de province, diffusé en novembre 1972 et juin 1973, 25 p. multigr.
  18.  (retour)↑  « Statut des bibliothèques des universités et des bibliothèques interuniversitaires. Décret du 23 décembre 1970 », Bulletin des bibliothèques de France, 1971, n° 2, p. 93-98.
  19.  (retour)↑  « Organisation des bibliothèques des académies de Paris, Créteil et de Versailles. Décret du 10 février 1972 », ibid., 1972, n° 4, p. 191-195.
  20.  (retour)↑  « Organisation des bibliothèques universitaires des académies de Paris, de Créteil et de Versailles. Décret n 78-1122 du 16 novembre 1978 », ibid., n° 1, 1979, p. 14-16.
  21.  (retour)↑  Paule SALVAN, « Le Personnel des bibliothèques universitaires », Cahiers des bibliothèques de France, I, 1954, p. 43.
  22.  (retour)↑  Jean-Louis ROCHER, communication sur l’évolution des structures en France, Les bibliothèques dans l’université. Problèmes d’aujourd’hui et de demain, colloque de l’AUPELF, Genève, 27 septembre-1er octobre 1965, Montréal, AUPELF, s.d., p. 37-38.
  23.  (retour)↑  Michèle Claire AUDET, « Les bibliothèques universitaires de France », Bulletin de l’Association canadienne des bibliothécaires de langue française, vol. XV, n 1, mars 1969, p. 37-38.
  24.  (retour)↑  « Application du décret 70-1267 aux bibliothèques d’université et aux bibliothèques interuniversitaires », Bulletin des bibliothèques de France, 1971, n° 4, p. 224, 226.
  25.  (retour)↑  Comptes rendus des réunions de l’Amicale des directeurs de bibliothèques universitaires des 3-4 mai 1971 à Reims (p. 12-14) et d’octobre 1971 à Bordeaux (p. 4).
  26.  (retour)↑  « Circulaire du 29 avril 1974 relative aux attributions respectives du directeur de la bibliothèque universitaire, du conseil de la bibliothèque et de son président », Bulletin des bibliothèques de France, 1974, n 5, p. 269-270. « Circulaire du 15 mars 1976 relative au rôle des conservateurs chargés de section », ibid., 1976, n 5, p. 242-244.
  27.  (retour)↑  Paul POINDRON, « Evolution des structures des bibliothèques. Rapport de synthèse », Les bibliothèques dans l’université. Problèmes d’aujourd’hui et de demain, colloque AUPELF, Genève 27 septembre-1er octobre 1965, Montréal, AUPELF, s.d., p. 28.
  28.  (retour)↑  L’aboutissement de ces réflexions est donné par Gérard THIRION, « Etude sur les BU et les bibliothèques d’UER. Propositions de restructuration », actes de la journée d’étude du 22 février 1975 de l’Association de l’Ecole nationale supérieure de bibliothécaires, Les bibliothèques universitaires et les autres organismes de documentation au sein de l’université, Lyon, AENSB, 1975, p. 21-25.
  29.  (retour)↑  Cf. Textes relatifs à la documentation universitaire, Paris, DPDU, 1992. Henri COMTE, « La réforme du système documentaire des universités », Bulletin des bibliothèques de France, 1985, t. 30, n° 5, p. 382, 385.
  30.  (retour)↑  La recherche en cours d’Alain GLEYZE, Déconcentration et organisation documentaire. Les BU françaises de province de 1955 à 1985 comblera une considérable lacune.
  31.  (retour)↑  Au titre des exceptions, on peut citer le travail réalisé par la bibliothèque universitaire de Provence : Enquête sur le personnel des bibliothèques universitaires : sections sciences, juillet 1993, portant sur un peu plus de trente sections.
  32.  (retour)↑  Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Annuaire des bibliothèques universitaires 1991, Paris, La Documentation française, 1993, p. 12, 26.Les Bibliothèques dans l’université, sous la dir. de Daniel RENOULT, Paris, Ed. du Cercle de la librairie, 1994, p. 55-61.
  33.  (retour)↑  Yves LAISSUS, L’accessibilité de la documentation dans les bibliothèques scientifiques du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, Paris, Inspection générale des bibliothèques, 1993, 117 p.
  34.  (retour)↑  Jean BLETON, « Réflexions sur quelques bibliothèques universitaires françaises construites entre 1967 et 1975 » (Vom Bauen neuerer Bibliotheken. Mélanges G. Liebers, Wiesbaden, L. Reichert Verlag, 1979, p. 56-67) ; « Quelques réflexions sur les nouvelles bibliothèques universitaires françaises de sciences et de médecine », Bulletin des bibliothèques de France, 1982, t. 27, n° 5, p. 255-261.
  35.  (retour)↑  La réflexion de ce groupe a abouti, en 1988, à des « Recommandations sur le traitement des documents acquis et leur mise à disposition des lecteurs », applicables à toutes les bibliothèques fonctionnant dans l’université, sans distinction par disciplines, Bulletin des bibliothèques de France, 1988, p. 461-466, recommandations précédées d’un article de Jean-Raoul SANSEN, « L’accès aux documents dans les bibliothèques universitaires », p. 456-460.
  36.  (retour)↑  Michèle Claire AUDET, art. cit., Bulletin de l’Association canadienne des bibliothécaires de langue française, vol. XIV, n° 3, septembre 1968, p. 93-107 ; vol. XV, n° 1, mars 1969, p. 31-48, notamment p. 46-48.