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Bibliothèque et compétences informationnelles

Un enjeu de formation à l’Université du Québec

Dominique Papin

Ève-Lyne Rondeau

Le BBF s’entretient avec Dominique Papin, analyste en systèmes de documentation, et Ève-Lyne Rondeau, analyste en techniques d’enseignement à l’Université du Québec

BBF • L’Université du Québec a mis en place un groupe de travail responsable d’effectuer un programme de « Promotion du développement des compétences informationnelles (PDCI) ». Quels sont les objectifs visés par cette démarche et quelle est l’implication des bibliothèques ?

Dominique Papin et Ève-Lyne Rondeau • Les dix établissements du réseau de l’Université du Québec ont pour mission de faciliter l’accessibilité à l’enseignement universitaire, de contribuer au développement scientifique du Québec et au développement de ses régions. Afin de conjuguer les efforts des différents établissements, des groupes de travail et des communautés de pratique sont constitués et peuvent porter sur des thématiques variées.

Le groupe de travail responsable de la Promotion du développement des compétences informationnelles (PDCI) est composé de bibliothécaires provenant des différents établissements du réseau. Il a pour mission de mettre en place des moyens permettant aux établissements de l’Université du Québec d’assurer à leurs étudiants la maîtrise des compétences informationnelles (CI) nécessaires dans le cadre de leurs études puis dans l’exercice de leur profession, en offrant du soutien aux bibliothécaires-formateurs et aux enseignants.

Les compétences informationnelles

Les compétences informationnelles (CI) englobent de manière intégrée :

– la recherche éclairée et réflexive d’information ;

– la compréhension des procédés grâce auxquels l’information est produite et mise en valeur ;

– l’utilisation de l’information pour générer de nouveaux savoirs ;

– la participation éthique à des communautés d’apprentissage.

(Voir le Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur, GT-PDCI, 2016.)

    Depuis plus de quinze ans, la PDCI a développé différentes initiatives pour soutenir le développement des CI des étudiants et accompagner les enseignants lors des activités de formation documentaire. Toutefois, il a été observé par différentes expériences de bibliothécaires-formateurs que plusieurs étudiants présentent des lacunes en matière de CI pour réaliser leurs études.

    Déjà en 2000, on stipulait que le développement des CI des étudiants devait s’inscrire tout au long du parcours scolaire par des activités intégrées dans les programmes d’études, cette intégration permettant de favoriser un réel développement de compétences (ALA, 2000). Dans son nouveau Framework for Information Literacy for Higher Education [Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur] publié en 2015, l’Association of College and Research Libraries (ACRL) réitère l’importance d’intégrer les CI dans le cursus en favorisant la collaboration entre les bibliothécaires et les enseignants.

    La PDCI à l’Université du Québec – Enjeux du plan stratégique 2016-2019

    – Reconnaissance de la contribution des compétences informationnelles (CI) dans le parcours universitaire par les membres de la communauté universitaire concernés.

    – Perfectionnement des bibliothécaires-formateurs pour le soutien au développement des CI des étudiants dans les programmes d’études.

    – Sensibilisation des responsables des programmes d’études concernant le développement des CI dans les cursus.

    – La PDCI est une référence auprès des membres de la communauté universitaire concernés.

    Un tableau de synthèse consultable en ligne illustre le plan stratégique de la PDCI. Il permet d’obtenir une vue d’ensemble de la mission, de la vision, des valeurs, ainsi que des enjeux, des orientations et des axes d’intervention : https://tribuneci.files.wordpress.com/2016/10/tableau-planstrat_pdci-2016-2019.pdf

      C’est en s’appuyant sur cette approche que le groupe de travail responsable de la PDCI, en collaboration avec les directions des bibliothèques des établissements du réseau, a développé un plan stratégique 2016-2019 composé de quatre enjeux et de sept axes d’interventions.

      Le groupe de travail propose également plusieurs ressources pour soutenir le développement des CI des étudiants universitaires. Les bibliothécaires impliqués dans la PDCI s’engagent activement dans la réalisation des différentes initiatives, et ce professionnalisme est indispensable au bon fonctionnement du groupe.

      Le développement des compétences informationnelles – Quelques ressources proposées par le groupe de travail de l’Université du Québec

      – Traduction francophone du Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur et infographies illustrant chacun des fondements.

      – Rapport sur les stratégies d’intégration des compétences informationnelles dans les programmes d’études.

      – Répertoire de ressources sur les compétences informationnelles :

      • Carrefour gestion bibliographique

      • Éviter le plagiat : des solutions pour tous

      • Soutien à la réalisation d’une affiche scientifique

      • Blogue Tribune Compétences Informationnelles.

        BBF • Dans le contexte universitaire québécois, comment les bibliothèques s’associent-elles aux transformations pédagogiques qui touchent l’enseignement supérieur ?

        D. P. et E-L. R. • Les bibliothèques des dix établissements du réseau de l’Université du Québec soutiennent et développent différentes initiatives démontrant leur implication face aux innovations pédagogiques.

        • La valorisation de l’approche programme  1 : en adoptant le Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur de l’ACRL, les bibliothécaires-formateurs favorisent une démarche d’intégration des CI tout au long des programmes d’études. Lorsqu’ils présentent leur offre de services auprès des équipes des programmes d’études, ils proposent d’intervenir de manière ponctuelle et continue selon les contenus des cours. L’adhésion à cette approche par les programmes d’études reste toutefois limitée.

        • L’utilisation de la pédagogie active  2 : dans le cadre de leurs formations documentaires, les bibliothécaires-formateurs utilisent de plus en plus des techniques favorisant l’apprentissage actif chez les étudiants. Une série de formations a d’ailleurs été offerte aux bibliothécaires-formateurs québécois en collaboration avec des conseillers pédagogiques du réseau, s’appuyant sur les modules d’autoformation Enseigner à l’université.

        • L’intégration des bibliothèques dans les champs de soutien à la publication scientifique et aux chercheurs : les bibliothèques intègrent progressivement de nouveaux créneaux en lien avec le soutien à la recherche. Elles offrent un accompagnement à la réalisation d’affiches scientifiques, la valorisation et le soutien à la publication au libre accès, à l’identification des éditeurs prédateurs, à la rédaction de thèse, etc. Par exemple, la bibliothèque de l’École de technologie supérieure (ÉTS) participe au Service d’aide à la rédaction d’articles afin de soutenir les étudiants qui publient. Avec l’adoption imminente de la Politique des trois organismes sur la gestion des données de recherche (Gouvernement du Canada, 2018), les bibliothèques développent également une offre de service en soutien à la gestion des données de la recherche. Par l’ajout de ces services, les bibliothèques universitaires s’assurent de continuer à répondre aux besoins de leurs usagers. Il ne s’agit plus uniquement d’offrir de la formation afin de guider les usagers dans nos collections, mais de varier le soutien au développement des compétences informationnelles avec tout ce que cela implique.

        • Le renouvellement des espaces physiques : depuis quelques années, le réaménagement des bibliothèques universitaires du réseau est amorcé. Certaines ont bénéficié de rénovations majeures proposant des espaces ouverts, dynamiques et connectés, alors que d’autres offrent de nouvelles salles de travail collaboratif et ajoutent différents outils technologiques répondants aux besoins de formation des étudiants (imprimante 3D, réalité virtuelle).

        BBF • Comment peut-on mesurer et valoriser l’impact des bibliothèques sur la formation des publics, notamment universitaires ?

        D. P. et E-L. R. • En ce qui a trait à la réussite étudiante, les facteurs qui sont en cause sont tellement variés qu’il est difficile, voire impossible, de démontrer l’impact direct des bibliothèques sur la réussite des étudiants. De nombreuses études ont toutefois identifié une corrélation entre l’utilisation des services de bibliothèque, notamment les formations documentaires, et certains indicateurs de réussite : note moyenne, passation, etc. [Brown & Malenfant, 2017 ; Papin, 2015]. Quant à l’évaluation de l’apprentissage des compétences par les étudiants, l’utilisation de pré et de post test peut être un indicateur, mais ce genre d’outils est moins bien adapté au développement de compétences. Adopter un référentiel de compétences informationnelles et articuler ses formations autour de celui-ci permet d’assurer une cohérence de l’offre de formations.

        Les bibliothécaires sont les experts des compétences informationnelles, mais ce ne sont pas les seules compétences transférables  3 que les étudiants doivent développer dans le cadre de leur parcours universitaire. En s’associant aux autres intervenants dans le développement des compétences transférables, les bibliothécaires peuvent soutenir plus efficacement le développement des CI tout en faisant reconnaître leur expertise dans le domaine. À cet effet, il est intéressant de relever la présence des compétences informationnelles dans les référentiels de compétences disciplinaires ou dans les documents d’agrément des programmes et des ordres professionnels. Pour que notre expertise soit reconnue, il faut que notre rôle et nos compétences soient connus. Travailler avec les autres acteurs de l’institution est une bonne façon de nous faire connaître. Dans le milieu universitaire, cela signifie collaborer avec les enseignants, conseillers pédagogiques, professionnels des services aux étudiants, etc., mais l’équivalent est également vrai dans les autres milieux. La bibliothèque existe dans un cadre institutionnel (universitaire, municipal, etc.), il faut qu’elle s’accorde à celui-ci.

        BBF • Quel serait pour vous le modèle idéal de bibliothèque du XXIe siècle ?

        D. P. et E-L. R. • La bibliothèque idéale est celle qui réussit le mieux à répondre aux besoins de sa communauté, en s’adaptant aux évolutions de la société du savoir. Dans une université où les étudiants manquent d’espace de travail, elle offrira de belles salles de travail collaboratif ou encore des espaces de travail en silence, alors que ses espaces pourraient être utilisés autrement dans une université qui offre déjà des espaces aux étudiants. Pour tendre vers la bibliothèque idéale, il faut d’abord du personnel qualifié et en nombre suffisant, qui saura identifier les besoins de sa communauté et y répondre.

        Sélection bibliographique

        ACRL (2015), Framework for Information Literacy for Higher Education.

        http://www.ala.org/acrl/standards/ilframework

        ALA (2000), Information Literacy Competency Standards for Higher Education.

        http://www.ala.org/Template.cfm?Section=Home&template=/ContentManagement/ContentDisplay.cfm&ContentID=33553

        J. BASQUE, S. DORÉ, D. ROGOZAN, M. BROUSSEAU, S. VIOLA, M. DUBÉ, J. TARDIF et G. DUMONT (2015), Guide de l’approche-programme en enseignement supérieur. http://pedagogie.uquebec.ca/portail/approche-programme/guide-de-lapproche-programme-en-enseignement-superieur

        K. BROWN et K. MALENFANT (2017), Academic Library Impact on Student Learning and Success : Findings from Assessment in Action Team Projects. http://www.ala.org/acrl/files/issues/value/val_report.pdf

        Gouvernement du Canada (2018), Politique des trois organismes sur la gestion des données de recherche : aux fins de consultation, Les sciences et la technologie pour les Canadiens.

        http://www.science.gc.ca/eic/site/063.nsf/fra/h_97610.html

        GT-PDCI (2016), Référentiel de compétences informationnelles en enseignement supérieur : traduction française du Framework for Information Literacy for Higher Education de l’Association of College & Research Libraries (ACRL, 2015).

        http://ptc.uquebec.ca/pdci/referentiel-de-competences-informationnelles-en-enseignement-superieur

        O. MESLY et M. DE GRANDPRÉ (2013), « Rendre les étudiants actifs : c’est possible ! », Le Tableau, vol. 2, n° 5.

        http://pedagogie.uquebec.ca/portail/le-tableau/rendre-les-etudiants-actifs-cest-possible-vol2-no-5

        D. PAPIN (2015), Impact des bibliothèques sur la réussite des étudiants : survol de la littérature récente, Québec (Québec). https://tribuneci.wordpress.com/2016/01/12/impact-des-bibliotheques-sur-la-reussite-des-etudiants-survol-de-la-litterature-recente/

        Université du Québec – Vice-présidence à l’enseignement et à la recherche, (2015), Agir de concert pour soutenir le développement des compétences transférables des étudiants du réseau de l’Université du Québec : proposition d’un argumentaire et d’un scénario de projet, Université du Québec [document interne]

          1.  (retour)↑  L’approche programme est définie comme « une démarche d’ingénierie pédagogique visant à assurer la cohérence et l’harmonisation au sein et entre les différentes composantes d’un programme d’études afin de favoriser l’intégration des apprentissages chez l’étudiant tout au long de son parcours d’étude » [Basque et al., 2015].
          2.  (retour)↑  « La pédagogie active est une approche où l’implication intellectuelle et sociale des étudiants participe au développement de leurs connaissances, de leurs compétences et de leurs attitudes » [Mesly & De Grandpré, 2013].
          3.  (retour)↑  « [Le] terme “compétence transférable” réfère à des domaines de compétences tels que : pensée critique, compétences informationnelles, gestion, méthodes de travail, communication, collaboration, créativité, éthique et responsabilité citoyenne, technologie informatique et numérique. Ces compétences sont dites transférables au sens où elles peuvent être utiles dans de nombreux emplois, dans des fonctions de nature différente et dans des contextes divers (éducatif, personnel, social) » (Université du Québec. Vice-présidence à l’enseignement et à la recherche, 2015).