entête
entête

Lectures d’enfances

L’Heure joyeuse de Versailles

Sous la direction d’Élisabeth Maisonnier
Préface de François de Mazières
Introduction de Sophie Danis
Magellan & Cie / Bibliothèques municipales de Versailles / Association versaillaise des amis de l’Heure joyeuse, 2012, 132 p., 23 cm
ISBN : 978-2-35074-215-1 : 20 €

par François Rouyer-Gayette

L’histoire de l’Heure joyeuse nous est bien connue dans sa « version » parisienne et elle nous a été contée à de maintes reprises, notamment dernièrement, dans l’article du Bulletin des bibliothèques de France 1 qui a été consacré par Viviane Ezratty et Hélène Valotteau à cette « belle utopie ».

Créée en 1935, après celle de Bruxelles (1920) et de Paris (1924), et avant d’autres créations similaires en province, l’Heure joyeuse de Versailles a été portée sur les fonts baptismaux par Antoinette Kont, qui connaissait l’Heure joyeuse parisienne et qui souhaitait, après son déménagement à Versailles, que sa fille puisse disposer d’une bibliothèque enfantine comparable. Mais Lectures d’enfances n’est pas un énième ouvrage d’histoire nostalgique comme les sociétés d’études savantes savent en proposer. Il est bien plus que cela. Il est d’abord le catalogue (réussi) de la belle exposition « Lectures d’enfances et trésors d’autrefois : 1800-1920  2 » présentée à la bibliothèque centrale de Versailles, la trace surannée de ces livres d’images qui ont façonné nos rêves d’enfants, œuvre scientifique qui s’interroge sur la modernité de la littérature de jeunesse et sur ses enjeux patrimoniaux.

Sortir de la brune

À la source, toujours au plus près de ceux qui ont fait l’histoire, Lectures d’enfances est un ensemble composite d’articles (mais d’une grande cohérence) qui donne la part belle aux témoignages, aux textes originaux, à la matière « brute » pour proposer des pistes d’interprétation, pour donner à voir, à s’émouvoir, à comprendre.

Il s’en dégage, à la lecture, la certitude que, sans l’engagement fort des éditeurs et la volonté des bibliothécaires, des pédagogues, la littérature de jeunesse n’aurait pas acquis le statut qu’elle a actuellement.

Partir d’un « genre », analyser son évolution en la resituant dans un contexte de renouveau (l’éducation nouvelle, les apports de Freinet, Montessori, etc.) qui trouve dans les créations de Paul Faucher (mais pas uniquement) une expression juste, c’est envisager l’enfant comme une personne et sa formation comme un acte fondamental de son devenir. Françoise Lévèque  3 l’évoque admirablement dans l’échange qu’elle a avec Sophie Danis, directrice des bibliothèques municipales de Versailles.

Un nouveau monde

Ainsi, ce renouveau éditorial, véritable changement de paradigme, coïncide avec une attention toute particulière, portée par des femmes d’exception, à la transmission d’un plaisir, d’un savoir, d’un espoir des jours meilleurs qui se traduira par une succession d’engagements sans faille pour que les enfants de demain rencontrent des œuvres contemporaines, créées pour eux, exigeantes, émouvantes, ouvertes au monde et aux autres. Le modèle alors prend corps, il se propage (lentement). L’adhésion à des valeurs, des principes communs est réaffirmée. Elle essaimera pour que le « goût de lire » basé le plus souvent sur des méthodes actives crée un lien durable entre l’œuvre et son jeune lecteur. Viviane Ezratty nous le décrit avec précision et ses propos, en contrepoint de ceux d’Antoinette Kont et de Gilberte Mantoux  4, traduisent ce souhait que « les hommes [traitent] d’égal à égal » pour que naisse une universalité garante d’une société juste comme on avait pu l’espérer le 28 juin 1919 à Versailles…

Pour demain

C’est dans cet entrelacs que se situe Lectures d’enfances, permettant ainsi de mieux comprendre l’évolution d’un genre littéraire et de sa diffusion. Il est le point d’équilibre entre un ouvrage grand public et un ouvrage spécialisé offrant de nombreuses illustrations remarquablement sélectionnées et présentées.

Plus qu’un simple ouvrage de réminiscence (ce qu’il peut être aussi au vu de son format, de sa composition typographique comme du choix des couleurs de fond de pages), ce catalogue est œuvre scientifique (pertinence et composition des articles, bibliographie sélective, notices des pièces remarquables et présentées à l’exposition, etc.) qui doit beaucoup à l’attention que tous les concepteurs du projet ont de l’idée de la transmission et qu’Élisabeth Maisonnier  5, directrice éditoriale de l’ouvrage, a su rendre avec une grande délicatesse, signant aussi une belle contribution : « L’Heure joyeuse depuis 1945, héritage et évolutions ».