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La création de l'Heure Joyeuse et la généralisation d'une belle utopie

Viviane Ezratty

Hélène Valotteau

« Enfants, l’Amérique s’unit à la France pour vous offrir les nuits d’Arabie, les vieilles chansons de France, l’Antiquité, la Chine, le Moyen-Âge et ses tournois, la jungle hindoue, les forêts de l’Afrique où il y a des nègres, les savanes où sont les Peaux-rouges, le ciel où il y a les anges, les étoiles, les aéroplanes, toute la mécanique avec le mécano et les joujoux des grands, l’antenne avec laquelle on entend sans voir, le film avec lequel on voit sans entendre, la voiture aux chevaux imaginaires 1. »

Cette envolée lyrique est le début d’un long discours enflammé prononcé par Eugène Morel lors de l’inauguration de l’Heure Joyeuse le 12 novembre 1924. Le style et le vocabulaire sont bien ancrés dans leur époque, mais la teneur du discours inscrit d’emblée cette naissance du côté de l’innovation. Il s’agit de convaincre de la nécessité de développer partout en France des bibliothèques pour la jeunesse sur le modèle de l’Heure Joyeuse  2.

Parmi les « bonnes fées » qui se penchèrent sur la destinée de la bibliothèque, on compte également les plus ardents promoteurs de la bibliothèque « moderne » – Ernest Coyecque, Charles Schmidt, Henri Lemaître, Julien Cain, Paul Hazard – qui apportèrent immédiatement un soutien indéfectible au développement des bibliothèques pour la jeunesse. Les premières bibliothécaires de l’Heure Joyeuse, Claire Huchet, Marguerite Gruny et Mathilde Leriche, s’exprimeront aussi abondamment dans les revues professionnelles ou dans les congrès  3, afin de bien préciser les objectifs et méthodes mises en œuvre et susciter l’intérêt pour cette institution d’un type nouveau.

En 1994, pour les 70 ans de l’Heure Joyeuse, un certain nombre de ces textes fondateurs ont été rassemblés afin de les rendre accessibles à tous. Accompagné de photographies émouvantes (dont celles d’André Kertesz), préfacé par le poète Claude Roy (ancien lecteur), L’Heure Joyeuse : 70 ans de jeunesse 4 réunit discours et témoignages de bibliothécaires, stagiaires (Geneviève Patte, Isabelle Jan, premières bibliothécaires de la Joie par les livres) et lecteurs, recueillis à cette occasion.

Pouvoir s’appuyer sur une histoire aussi riche est une chance extraordinaire pour interroger et nourrir sa pratique professionnelle, surtout quand on a bénéficié des commentaires directs, parfois contradictoires ou ironiques, des premières bibliothécaires ou d’autres témoins – certains continuent de pousser la porte de l’actuelle Heure Joyeuse  5. À l’heure où l’on s’interroge sur la pérennité ou l’actualité de ces textes, ces réflexions prennent d’autant plus de sens que la notion de « modèle » est largement interrogée avec l’émergence de la « bibliothèque troisième lieu » et du « learning center ».

L’Heure Joyeuse en quelques dates et chiffres

1924 : ouverture rue Boutebrie (Paris 5e), de l’Heure Joyeuse, bibliothèque spécialisée pour la jeunesse, offerte à la Ville de Paris par le Book Committee on Children’s Libraries.

1974 : déménagement rue des Prêtres-Saint-Séverin (Paris 5e). Ouverture de la discothèque, avec la Commission d’écoute de phonogrammes pour enfants, et du Fonds historique.

2014 : ouverture d’une Heure Joyeuse rive droite en plus de l’Heure Joyeuse Saint-Séverin. Intégration du Fonds historique dans la médiathèque qui ouvrira dans la réhabilitation de l’ancien hôpital Saint-Lazare, square Alban Satragne (Paris 10e).

Collections : 35 000 livres pour la jeunesse et 3 000 cd, 60 titres de revues en prêt. 75 000 livres, phonogrammes, dessins originaux du XVIIe siècle à nos jours conservés au Fonds historique.

    L’émergence d’un modèle

    Dès sa naissance, l’Heure Joyeuse a été vécue comme une expérimentation sans précédent, porteuse d’une modernité durable. « On a peine à imaginer aujourd’hui ce que représentait d’originalité, de nouveauté, disons de révolutionnaire, cette bibliothèque pour enfants, éclose entre le Musée de Cluny et l’Église Saint-Séverin […]. 12 novembre 1924. Qu’allait être la destinée de cette bibliothèque pour enfants, une expérience sans lendemain ? Cette liberté de lire, de choisir, n’allait-elle pas déranger les enfants dans leur travail scolaire ? Être source de désordres ? Et puis filles et garçons dans une même salle !… Fleurs, plantes vertes, nombreux invités, discours, une atmosphère de confiance, de joie un peu mystérieuse. Et puis la fête finie, trois jeunes filles attendaient les lecteurs. Et la merveilleuse aventure commença. Ce jour-là, il vint tant d’enfants qu’il fallut organiser un service d’ordre et les faire entrer par petits groupes 6. »

    Il s’agissait, dans l’esprit des fondateurs, de proposer un modèle qui se diffuserait partout en France  7. Force est de constater que les défis et idées généreuses lancés ce 12 novembre 1924 ont largement été adoptés et sont toujours d’actualité, même si, au fil des ans, les bibliothèques se sont transformées avec l’évolution de la société.

    Déjà en 1910, dans La Librairie publique 8, Eugène Morel appelait de ses vœux une mutation radicale des bibliothèques à partir du modèle américain et accordait une importance particulière aux sections « juvéniles  9 ». Il explique dans le chapitre 3, intitulé « la librairie, méthode d’enseignement », qu’« enfants et écoliers ont, non pas une bibliothèque scolaire [cf. en France], mais une salle à eux dans la même librairie que leurs aînés » (p. 125). Parmi les préconisations qu’il donne dans un style engagé et imagé : « Très jeune, l’enfant doit être dressé à manier un catalogue, choisir ses livres » (p. 133) ; pas de vieux livres : « L’hygiène déconseille les vieux livres aux enfants […]. On apprend moins aux enfants à changer de linge que d’idées, et les programmes éphémères qui secouent la frêle éducation font que les livres changent leurs principes plus vite qu’ils n’usent leur papier. » (p. 129) ; un accès direct aux rayons, une dissociation par rapport à l’école, une initiation à l’usage des bibliothèques, tout cela doit aider l’enfant « qui en lisant s’affranchit de son maître et s’enseigne lui-même ». Acquisition de l’autonomie, de la liberté qui doit permettre de trouver sa voie ou sa vocation, tels sont les objectifs à atteindre. L’Heure Joyeuse adopte à son ouverture le fonctionnement déjà en usage dans les pays anglo-saxons de l’accès direct aux rayonnages, l’adoption de la classification Dewey et la mise à disposition des catalogues. À cette époque, cette organisation est encore l’exception dans les bibliothèques françaises.

    Le discours d’inauguration d’Eugène Morel est donc un véritable manifeste : « Voilà une œuvre “communiste”, la mise en commun des livres d’instruction, de référence, d’apprentissage et de plaisir. Pas d’école, pas de punition, pas de devoirs. L’enfant est ici chez lui, il va signer de son nom, prendre sa responsabilité, choisir lui-même ses livres, ne recevoir de conseils que ceux qu’il demande, apprendre le secret de toute liberté : le respect du bien commun, du droit d’autrui […]. Pourquoi, dans quel espoir cette librairie d’enfant ? Parce que nous pensons que la bibliothèque libre, LA BIBLIOTHÈQUE DE TOUS EST L’ORGANE ESSENTIEL DE LA CITÉ MODERNE, parce qu’elle est L’ŒUVRE POST-SCOLAIRE PAR EXCELLENCE, CELLE QUI DOIT NOUS ACCOMPAGNER TOUTE LA VIE. À quoi bon apprendre si tu cesses d’apprendre, à quoi bon savoir lire, si tu n’as rien à lire […]. Nous attendons deux choses de la librairie d’enfants. L’une d’instruire l’enfant, l’autre plus importante : instruire les grands, ceux-là qui n’y entreront pas […]. Beaucoup qui méprisaient s’y sont intéressés et voyant que cela prenait, nous avons dit aux enfants : marchez devant, MONTREZ-LEUR LA BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE, LA BIBLIOTHÈQUE AVEC DES FLEURS, AVEC DE BELLES IMAGES, ET MÊME DES HISTOIRES QU’ON RACONTE […]. Expliquez à ces vieux qui ne veulent pas comprendre ! Vous, ils vous écouteront, et ne leur dites même pas que c’est une bibliothèque, à ce mot les nez s’allongent : dites : c’est l’Heure Joyeuse 10. »

    Les idées qui émergent alors font écho à des préoccupations largement relayées aujourd’hui dans le milieu des bibliothécaires et des élus. La place de la bibliothèque comme institution formatrice des futurs citoyens, destinée à un public plus large, en est un premier exemple.

    L’expertise professionnelle, une nécessité

    « La bibliothèque pour enfants est sociale par nature et scientifique par son organisation. Pour réussir, elle doit avoir l’appui des autorités publiques, être guidée par des experts et jouir de la sympathie constante et de l’attention perpétuelle des citoyens patriotes 11. »

    La mention de l’expertise des bibliothécaires, présentée comme une nécessité dès les origines, reste une dimension importante en bibliothèque jeunesse et relève parfois du militantisme. Aujourd’hui encore, même si l’édition et les bibliothèques jeunesse occupent le paysage culturel comme une évidence, la formation dans ce secteur reste un parent pauvre, au moins dans le tronc commun des cursus professionnels. Cela n’expliquerait-il pas les difficultés actuelles à recruter des collègues qualifiés et volontaires pour travailler en section jeunesse ? En revanche, de nombreux centres de ressources se sont développés, prouvant par là l’existence d’un besoin réel, tant pour conseiller les enfants que les adultes.

    Former des citoyens du monde

    Au-delà même de pratiques bibliothéconomiques neuves, le projet de l’Heure Joyeuse, présent dès l’onomastique, montre l’émergence d’une belle utopie : des bibliothèques et des livres d’enfants pour la paix, au lendemain de la Première Guerre mondiale : « Il y a six ans aujourd’hui, le 12 novembre 1918, les membres du comité se réunissaient à New York […] pour contribuer, si cela leur était possible, à l’œuvre éducative de reconstruction dans les pays alliés. Tous les membres désiraient ardemment présenter aux enfants de France, en mémoire de leur courage pendant la guerre, un don qui les aiderait à s’adapter aux conditions nouvelles de vie, et qui serait pour eux et pour toujours une source de joie. […] Le nom choisi d’Heure Joyeuse traduit l’esprit de ce don et les intentions du donateur […]. La bibliothèque pour enfants éveille le meilleur de la curiosité des enfants envers les auteurs, une littérature mondiale pour la jeunesse se développera qui contribuera à une meilleure compréhension et entente au niveau international 12. »

    Eugène Morel reprend également dans son discours le terme « d’œuvre de paix ». Peut-on imaginer un projet plus ambitieux et plus utopique que celui-là ? L’influence des bibliothèques pour enfants n’a malheureusement pas suffi à garantir un monde en paix, mais l’héritage demeure. Cette volonté initiale d’ouverture sur le monde a durablement imprégné les bibliothèques pour la jeunesse aussi bien dans la constitution de leurs collections que dans leur mise en valeur, préoccupation que l’on retrouve également dans l’édition pour la jeunesse  13.

    Le choix des livres : évolution des politiques d’acquisition

    « Les livres à mettre dans les bibliothèques pour enfants doivent être l’objet d’un choix beaucoup plus sévère que ceux des bibliothèques pour adultes, parce que ce sont les premières impressions qui laissent dans l’esprit des marques profondes 14. »

    La sévérité de choix des premières bibliothécaires et leur refus de retenir des ouvrages jugés faciles ou vulgaires ont souvent été critiqués et moqués sans comprendre leur volonté de défendre une littérature de qualité à une époque où l’édition pour la jeunesse était dans l’ensemble médiocre, limitée et peu accessible aux enfants.

    Le paysage éditorial s’est depuis considérablement élargi et la littérature enfantine est aujourd’hui reconnue pour sa qualité et son dynamisme. Le débat entre politique d’offre et de demande existe pourtant toujours au sein de la profession. Certes, les « séries » demandées par les lecteurs ont généralement droit de cité… mais pas toutes ! Même chose pour les éditions expérimentales : jusqu’où les bibliothécaires acceptent-ils de « tester » des ovnis éditoriaux ?

    Les publics

    « Le jour où votre promenade vous mènera vers le vieux quartier qui entoure Saint-Séverin, allez voir la bibliothèque que des Américains ont organisée pour les petits Français et pour les étrangers qui habitent ces parages, orientaux, Russes, Polonais ; à peu près toutes les nations sont représentées dans ce fouillis de maisons lépreuses, dans ces ruelles qui évoquent le temps où Villon y hantait bouges et cabarets 15. »

    Réunir dans un même lieu les deux sexes (inédit en 1924), les différentes classes sociales et des âges variés est le premier objectif de cette bibliothèque. L’évolution principale a résidé dans le rajeunissement et la féminisation des lecteurs. Si ceux-ci devaient savoir lire pour être inscrits (de 5 à 17 ans) beaucoup d’adolescents – lycéens et apprentis – fréquentaient le lieu, les garçons étant plus nombreux que les filles. Depuis plus de vingt ans, les bébés ont aussi droit de cité, tout comme les adultes, toujours plus nombreux à jouer le rôle de relais ou médiateurs du livre pour la jeunesse. Les sections jeunesse des bibliothèques publiques, de plus en plus décloisonnées, sont ouvertes à tous et pour tous, tant la littérature de jeunesse peut être une porte intergénérationnelle sur le monde de l’écrit, plus facile à ouvrir. Amener des adultes comme des enfants qui ne fréquentent pas la bibliothèque ou n’ont pas de contact avec le livre à venir reste une préoccupation importante.

    De l’Heure du conte dans les jardins publics à la bibliothèque hors les murs

    L’idée est déjà d’attirer les « non-lecteurs » comme on dit aujourd’hui. Avant même l’ouverture de l’Heure Joyeuse, ainsi qu’en témoigne un article paru en juin 1924 dans le Petit Journal illustré, Claire Huchet et Marguerite Gruny se rendent dans les parcs et mairies pour raconter des histoires et inciter le public à se déplacer à la bibliothèque. De même qu’il n’y a qu’un pas à faire pour passer de la cave, éclairée à la bougie, où les bibliothécaires contaient rue Boutebrie, à la salle de l’Heure du conte en sous-sol de la rue des Prêtres-Saint-Séverin, l’utilisation des parcs en 1924 annonce avec beaucoup d’avance la pratique des bibliothèques hors les murs, relancées aux beaux jours dans le réseau parisien depuis le début des années 2000.

    Autre élément de modernité en germe dans les préceptes fondateurs de l’Heure Joyeuse de 1924, la nécessité, toujours réelle, de créer des enfants lecteurs conduit à s’interroger sur ce qu’est le lieu et le rôle de la bibliothèque, espace d’apprentissage hybride entre la maison et l’école certes, mais aussi dédié aux loisirs et à la détente.

    Illustration
    Ex-libris d’origine de l’Heure Joyeuse, créé et collé dans tous les livres dès 1924, légèrement remanié pour adapter l’adresse et la mention « Ville de Paris » par la suite. Ce « logo » est toujours aujourd’hui l’emblème du fonds historique de l’Heure Joyeuse, même s’il n’est plus apposé sur les documents.

    L’enfant autonome et l’incitation à la lecture

    Le côté le plus original du projet est de ne pas s’être contenté d’importer une organisation à l’américaine, mais d’avoir considéré que le plus important était la prise en compte des besoins des enfants. Les trois premières bibliothécaires ont mis en application les théories pédagogiques des méthodes actives.

    Pour Claire Huchet, l’éducation nouvelle est « loin de faire bon marché du livre […] Il nous est apparu qu’il fallait laisser s’épanouir toutes les possibilités contenues dans cet effort de mettre en commun le livre, et l’une des plus immédiates nous a paru être la collaboration des lecteurs à la marche de la bibliothèque 16 ».

    Pour inciter à la lecture, c’est cette même idée qui les amène à proposer, au-delà de l’Heure du conte importée des États-Unis, des activités de théâtre, la rédaction du journal des lecteurs, la création d’expositions, etc. Des lecteurs témoignent : « Vous vous demanderez peut-être à quoi servent les fêtes ? Mais il y a d’abord le plaisir que cause toujours la préparation de la fête, puis les fêtes font connaître l’Heure Joyeuse un peu partout. Et surtout les fêtes développent la culture littéraire et artistique des lecteurs et mettent en valeur les petits talents de chacun 17. »

    Certes, les programmes d’animation d’aujourd’hui sont le fait des bibliothécaires et non plus des lecteurs, quoi que ceux-ci se voient proposer de participer à des blogs ou à des pages Facebook. Néanmoins, perdure l’idée de faire de la bibliothèque un lieu de fête de la lecture, accueillant en permanence une exposition et des animations, où il est possible de faire des dessins et où de nombreux petits lecteurs sont appelés par leur prénom. Et si ce ne sont plus les enfants qui mettent la main à la pâte, les très nombreux stagiaires qui passent par l’Heure Joyeuse ont bien souvent collaboré à ces projets avec bonheur.

    De « more a home than a school » à la notion de 3e lieu

    Offrir un lieu agréable, bien décoré, fleuri, et surtout créer une atmosphère propice à la lecture, éloignée du cadre scolaire, est une des conditions premières recherchées par Mrs Griffiths et les bibliothécaires.

    Tout récemment, Claude Poissenot écrivait en introduction de l’article « Bibliothèques, Rencontres du “troisième lieu” » : « Il y a eu la bibliothèque de l’Heure Joyeuse en 1924, puis la BPI du Centre Georges Pompidou en 1977, quel sera le nouveau modèle de bibliothèque ? 18 » Pourtant, l’idée d’intégrer la bibliothèque à des « Maisons de la Jeunesse », au sens où l’entendait Claire Huchet, qui préconisait de « créer une bibliothèque, centre du groupe auquel seraient joints un terrain de jeu, une salle pour converser, une salle pour jouer, avec une scène pour théâtre et cinéma, un buffet sans alcool 19 » ne s’est pas concrétisée. La création de « diagonales sociales », agrégeant des services du quotidien aux lieux d’étude et de travail que sont l’école et la bibliothèque, ne serait-elle alors que la remise au goût du jour de rêves anciens ?

    Conclusion

    La forte volonté d’innovation qui caractérise l’Heure Joyeuse depuis ses origines n’est pas prêt de s’éteindre : engagée dans les problématiques de conservation partagée au plan national, forte d’une politique d’exposition et d’animation ancrée profondément dans son fonctionnement, elle demeure un fonds de référence. En 2014, pour ses 90 ans, elle devrait connaître une nouvelle étape en intégrant un nouveau lieu… au sein d’une médiathèque tous publics proposant aussi des collections pour les adultes et la famille.

    De même que les bibliothèques de lecture publique désormais bien implantées sur tout le territoire se sont affranchies du modèle de la BPI, l’Heure Joyeuse d’aujourd’hui n’a plus le rôle de pilote de ses débuts : avec 3 500 bibliothèques et sections jeunesse en France, il n’est heureusement plus nécessaire de convaincre de la nécessité de faire venir enfants et bébés en bibliothèque. En revanche, on a encore et toujours besoin de belles plumes qui fassent rêver la profession à de nouvelles utopies. •

    Novembre 2011

    1.  (retour)↑  Mairie de Paris, Direction des affaires culturelles, Bibliothèque de l’Heure Joyeuse, L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse : témoignages réunis par Viviane Ezratty, Françoise Lévèque et Françoise Tenier, Paris, Agence culturelle de Paris, 1994.
    2.  (retour)↑  On retrouvera l’histoire des bibliothèques pour la jeunesse, ponctuée de nombreux extraits, dans le tome 4 de l’Histoire des bibliothèques françaises : Les bibliothèques au XXe siècle, 1914-1990, publié en 1991 au Cercle de la librairie sous la direction de Martine Poulain (et en particulier l’article de Viviane Ezratty, « Les premières heures des bibliothèques pour enfants », p. 205-219) et une nouvelle étude : Viviane Ezratty, « De l’Heure Joyeuse de Paris (1924) à l’Heure Joyeuse de Versailles (1935) : l’époque des pionnières, une histoire d’amitié, la diffusion d’un modèle », in Lectures d’enfances, « L’Heure Joyeuse » de Versailles : une pionnière dans les années 1930, Magellan, 2011.
    3.  (retour)↑  La lecture publique : mémoires et vœux du congrès international d’Alger, Droz, 1931.
    4.  (retour)↑ 
    5.  (retour)↑  Cf. le témoignage de Maurice Cling, L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 37-39.
    6.  (retour)↑  Mathilde Leriche, bibliothécaire de l’Heure Joyeuse de 1924 à 1965. Extrait de 50 ans de littérature de jeunesse, Magnard-L’École, 1979, p. 95-96, repris dans L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 20-21.
    7.  (retour)↑  Hélène Weis, Les bibliothèques pour enfants entre 1945 et 1975 : modèles et modélisation d’une culture pour l’enfance, Éd. du Cercle de la librairie, 2005 (Bibliothèques).
    8.  (retour)↑  Eugène Morel, La Librairie publique, Paris, Armand Colin, 1910.
    9.  (retour)↑  Voir aussi dans ce numéro l’article d’Agnès Simon, « Bibliothécaires : lisez Morel ! » http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-01-0030-005
    10.  (retour)↑  In L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 18-20. Passages mis en majuscules par les auteurs.
    11.  (retour)↑  Carolyn Griffiths, discours d’inauguration, 12 novembre 1924, archives L’Heure Joyeuse.
    12.  (retour)↑  Caroline Griffiths, présidente du Book Committee on Children’s Libraries, discours d’inauguration, 12 novembre 1924. Texte manuscrit, archives L’Heure Joyeuse, repris dans L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 17-18.
    13.  (retour)↑  Viviane Ezratty, « Ce qui est proposé aux enfants français en matière de littérature étrangère. Regards croisés : le point de vue du bibliothécaire », in La traduction en littérature pour la jeunesse : enjeux et spécificités, BnF-Gallimard, 2007. Cf. le développement de collections comme « Enfants du monde » chez Nathan, d’autres plus récentes chez La Martinière jeunesse ou des éditeurs comme Rue du monde.
    14.  (retour)↑  Henri Lemaître (ardent défenseur des bibliothèques et de la lecture publique), « Les bibliothèques pour enfants », Le Mercure de France, 15 décembre 1938, voir aussi L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 55-56.
    15.  (retour)↑  Paul Hazard (professeur au Collège de France), Les livres, les enfants et les hommes, Paris, Flammarion, 1932, p. 113-114. Repris dans L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 31-32.
    16.  (retour)↑  Claire Huchet, Pour l’ère nouvelle, 1927. Repris dans L’Heure Joyeuse, 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 32.
    17.  (retour)↑  « La bibliothèque vue par ses lecteurs », écrit en collaboration par Jacqueline Raymond, Marie-Suzanne Chenot, Jean-Pierre Devigne, Jacqueline Couture, Maurice Lajeunesse, Jean Nessy, Revue du livre, n° 8-9, juin-juillet 1934, in L’Heure Joyeuse : 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 39-40.
    18.  (retour)↑ 
    19.  (retour)↑  L’Heure Joyeuse : 1924-1994 : 70 ans de jeunesse, op. cit., p. 32-33.