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Un aperçu des bibliothèques du futur en Allemagne

Elmar Mittler

Allemagne

Illustration
La bibliothèque publique d’Ulm (Bade-Wurtenberg). Photo : Gastev (Mirko Tobias Schaefer) sur Flickr (licence CC-by 2.0)

L’Allemagne, pays le plus peuplé d’Europe avec ses 82 millions d’habitants, s’étend sur une superficie de 356 854 km². Cette république fédérale, dont la langue officielle, l’allemand, est aussi la plus parlée de l’Union européenne, est constituée de seize Länder auxquels incombent en grande partie les responsabilités en termes de culture, de science, d’art et d’éducation.

En 2010, d’après les statistiques allemandes des bibliothèques (Deutsche Bibliotheksstatistik), l’Allemagne comptait environ 10 700 bibliothèques qui avaient reçu 124 millions de visiteurs et avaient 10,86 millions d’usagers actifs.

Parmi les bibliothèques de lecture publique, on dénombre environ 4 000 bibliothèques municipales ou d’arrondissement, un peu plus de 4 000 bibliothèques confessionnelles (3 382 bibliothèques catholiques et 832 bibliothèques protestantes) et 304 bibliothèques d’hôpital.

Sous la tutelle des Länder se trouvent une quarantaine de bibliothèques de Land et autres bibliothèques régionales à vocation essentiellement encyclopédique, ainsi que les 79 bibliothèques universitaires, 129 bibliothèques des Fachhochschule (instituts spécialisés de l’enseignement supérieur) et de nombreuses bibliothèques spécialisées.

Six bibliothèques à vocation nationale peuvent être évoquées :

  • la Deutsche Nationalbibliothek, chargée de la bibliographie nationale, est issue de la fusion à la réunification de la Deutsche Bücherei fondée en 1912 à Leipzig et de la Deutsche Bibliothek créée à Francfort-sur-le-Main en 1946 ;
  • la Staatsbibliothek zu Berlin - Preußischer Kulturbesitz ;
  • la Bayerische Staatsbibliothek à Munich ;
  • les trois Zentrale Fachbibliothek chargées de fournir la documentation en sciences appliquées, à savoir technique et sciences fondamentales à Hanovre, médecine, santé et environnement à Cologne, et sciences économiques à Kiel.

Le personnel des bibliothèques universitaires et des grandes bibliothèques de lecture publique allemandes se divise en quatre grandes catégories : les bibliothécaires scientifiques détenteurs d’un diplôme universitaire ; les bibliothécaires ou gestionnaires de l’information diplômés de Fachhochschule ; les assistants de bibliothèque qui suivent une formation professionnelle de trois ans dans des établissements spécialisés en information et documentation ; les employés de bibliothèque formés sur le tas. Quant à la formation continue, elle est assurée entre autres par les associations professionnelles, telles la Verein Deutscher Bibliothekare  1, Deutscher Bibliotheksverband  2 et Bibliothek und Information Deutschland  3, pour ne citer que les plus importantes.

Marie-Eugénie Lecouffe

  1.  (retour)↑  http://www.vdb-online.org
  2.  (retour)↑  http://www.bibliotheksverband.de
  3.  (retour)↑  http://www.bideutschland.de

Jamais encore les bibliothèques allemandes n’ont pu se targuer d’un tel avenir. Le slogan du 100e « Jour des bibliothécaires allemands » est sans équivoque : « Les bibliothèques du futur – le futur des bibliothèques ». Une décennie plus tôt, le ton était tout autre ; de grands journaux, à l’instar du Frankfurter Allgemeine Zeitung, faisaient de la mort des bibliothèques leurs gros titres, et étaient relayés en cela par la presse régionale ; le nouveau et très vivant bâtiment de la SLUB (Staats-, Landes- und Universitätsbibliothek) 1 de Dresde était même qualifié de « mausolée du livre » par la critique architecturale.

Aujourd’hui, les bibliothécaires parient sur l’avenir. Et les nouvelles constructions, tels que le IKMZ (Informations-, Kommunikations- und Medienzentrum) 2 à Cottbus ou le Grimm-Zentrum à Berlin  3, sont désormais sur toutes les lèvres. « The renaissance of the library  4 » : la devise du Liber Architecture Group 2004, lors du séminaire de Bozen cette même année, a tenu lieu de prophétie – autant pour les bâtiments, qui continuent à être construits, élargis ou modifiés en nombre conséquent, que pour les stocks de documents numériques et numérisés qui font partie de la « New renaissance » proclamée par le Comité des sages  5. L’attractivité de ces stocks de documents façonnera certainement de manière profonde le nouveau visage des bibliothèques virtuelles du futur, quand bien même y accédera-t-on par Google  6, Europeana  7 et – lentement mais sûrement ! – par la Deutsche Digitale Bibliothek  8.

En Allemagne, on croit à la viabilité des bibliothèques de par leur attractivité comme espaces pour les lecteurs, comme opérateurs virtuels de services numériques et analogiques, mais aussi comme lieux de travail pour des bibliothécaires résolument tournés vers l’avenir. Le nombre d’interventions lors du « Jour des bibliothécaires » portant sur les différents modèles de Change Management et sur les écoles professionnelles, mais aussi l’attention portée aux manières de former montrent à quel point le personnel est au cœur des préoccupations. Et l’on s’accorde à dire que le bibliothécaire doit avoir une longueur d’avance sur les utilisateurs, surtout en matière de nouvelles technologies – et qu’il doit savoir également utiliser les réseaux sociaux, à l’instar de Twitter  9 ou de Facebook  10, pour les services de la bibliothèque. C’est aussi l’attractivité du développement du personnel et l’amélioration de l’efficacité du travail de bibliothécaire qui poussent les bibliothèques dans un élan commun : le futur passant, par exemple, par un projet portant sur « l’assurance de qualité dans le cadre d’un conseil collégial 11 », au cours duquel on analyse et note de part et d’autre les bénéfices médiatiques des concepts technologiques.

Des bibliothèques scientifiques

Face aux champs de développement – et donc également de travail – des bibliothèques scientifiques du futur, la commission « Futur des infrastructures de l’information  12 », en charge des conférences scientifiques communes entre les régions et les Länders (ce qui est loin d’être une sinécure en Allemagne) a dénombré huit domaines principaux d’action. Ainsi, au nombre des disciplines et branches intersectorielles de grande importance en matière de développement d’infrastructures de communication pour la recherche figurent : (1) Les licences, (2) le hosting/l’archivage à long terme, (3) le matériel non textuel, (4) la numérisation rétroactive/l’héritage culturel, (5) l’environnement virtuel de recherche, (6) l’Open Access, (7) les données de recherches, (8) les compétences d’information/la formation.

Le constat principal : le monde entier est désormais converti aux médias numériques. Pour assurer l’accès le plus libre et le plus généralisé possibles aux offres commerciales (pour lesquelles les licences nationales ont déjà développé des modèles très réussis), aux offres d’Open Access pour les réservoirs numériques des universités et des bibliothèques spécialisées, et pour favoriser la mise en place de sauvegardes et d’accès aux données de recherches ainsi que leur archivage à long terme, il faut élaborer des environnements virtuels de recherche pouvant également proposer aux scientifiques un accès et une sauvegarde de leurs données, ainsi que les outils dont ils ont besoin pour travailler et analyser – et ce, dans le cadre d’une coopération internationale s’ils le souhaitent.

Des programmes ambitieux

Ce sont des programmes ambitieux, pour lesquels sont requises plus que jamais des compétences en matière de partage d’information et des formations, notamment dans le domaine des ressources « e-humaines ». Dans certaines bibliothèques et universités, comme à Göttingen, ce développement a déjà commencé avec la fondation du GCDH  13. Pour promouvoir les tâches liées à cet avenir, il faut impérativement réformer une partie importante des infrastructures, et notamment les connexions régionales établies entre les bibliothèques. Plusieurs commissions de haut rang, qui les ont expertisées, leur reprochent en effet l’inefficacité du catalogage, qui doit être rationalisé pour qu’il puisse ensuite être utilisé dans des services innovants de collecte et d’exploitation de données  14. Autrefois, la tâche principale des réseaux régionaux était de libérer les bibliothèques locales du travail de catalogage ; désormais, ils doivent permettre aux bibliothèques d’accéder rapidement et de manière complète aux informations qui se trouvent sur des supports numériques ou imprimés et assurer leur transmission directe afin que des services locaux éloignés puissent les intégrer.

Ce sont les bibliothèques « leader » qui mènent la barque. La bibliothèque universitaire de Bielefeld  15, par exemple, propose une option de recherche simultanée en plusieurs langues sur internet basée sur le concept d’Open Archives Initiative (OAI)  16 et accessible partout dans le monde  17 en recourant à la Bielefeld Academic Search Engine Base. Réciproquement, elle veille à ce que les travaux de recherche des scientifiques de l’université en BiPrints soient compatibles avec l’OAI partout dans le monde. Les services de la bibliothèque sont aussi proposés à titre individuel pour la mise à jour des listes de publication du personnel (PUB), automatiquement réutilisées et actualisées dans les diverses mentions où elles figurent sur les pages web, dans les curriculum vitæ et les offres de projets. De cette politique de connexion des services extérieurs, le « cloud », et des services individuels fournis sur site, découle également le développement de procédures de sauvegarde, de publication, et de diffusion des données de recherches.

Des offres ciblées

Telle qu’elle a été pensée dans les bibliothèques virtuelles spécialisées, la bibliothèque s’intègre dans des services organisés toujours plus fortement spécialisés. Certes, la plateforme commune Vascoda n’existe plus, faute d’avoir pu pérenniser un financement après la phase projet  18, mais le système de service des bibliothèques spécialisées (SSG-Bibliotheken) reste toujours bien présent  19. La tâche des bibliothèques virtuelles spécialisées, financées avec l’aide de la DFG, repose principalement sur une approche ciblée sur internet des divers services de recherche afin de lier les offres traditionnelles et numérisées dans un service d’accès (« One-Stop-Shop ») 20organisé par les bibliothèques SSG  21, gérées pour la plupart au niveau interrégional. Le but essentiel de l’opération est l’accès direct aux documents, avec en particulier la possibilité de commander des documents numériques, des copies, ou, lorsque cela est impossible, d’obtenir facilement l’envoi d’originaux.

Dans de nombreux cas, les catalogues et les collections de nombreuses bibliothèques sont consultés en même temps. La possibilité de commander immédiatement, ou de consulter directement, est naturellement un enjeu crucial pour les journaux et bases de données pour lesquels, très souvent, le contenu est accessible en ligne. La consultation des journaux bénéficie ainsi du service du EZB  22, et notamment du nouveau service « Journals online and print  23 » donnant accès aux collections locales et à celles négociées grâce aux licences nationales, ce qui n’est pas pour l’instant possible pour les monographies.

Les bibliothèques sélectionnent, dans des guides d’information spécialisés, des sites web pour les classer, voire pour les évaluer. Événement à prendre en compte pour l’avenir : ces analyses sont réutilisées par des moteurs de recherche commerciaux et prises en compte dans le « ranking ». De nombreuses bibliothèques virtuelles spécialisées proposent aussi la possibilité de sauvegarder la littérature originellement numérique dans des réservoirs d’archives ouvertes, un élargissement futur des fonctions traditionnelles du bibliothécaire, en particulier celles qui sont liées à l’archivage à long terme de documents enregistrés.

Les offres ciblées pour certains utilisateurs, telles que les listes de nouvelles acquisitions, les fils RSS, l’individualisation de données et de services comme ceux des « Current Contents », permettent une mise à disposition personnalisée des offres. Avec les nouveaux services, les scientifiques sont aussi « courtisés ». Cette évolution devra être largement favorisée, qui s’inscrira dans l’inévitable développement des environnements de recherche virtuels, avec l’appui des « e-sciences » et des ressources « e-humaines » disponibles qui, à l’instar de Textgrid  24, sont déjà fortement développées. Quand on regarde les priorités en matière de subventions de la DFG, elles portent sur la construction d’un environnement virtuel de recherches  25, avec la participation de nombreuses bibliothèques. Dès lors, on comprend mieux l’envergure des missions qui attendent les bibliothèques du futur.

L’objectif est d’aller chercher l’utilisateur là où il se trouve et de ne pas le rebuter avec une recherche en bibliothèque que l’on prévoit « ardue ». C’est pour cela que la technologie des moteurs de recherche s’attaque non seulement aux bases de données suprarégionales mais aussi aux catalogues des bibliothèques individuelles, avec des logiciels comme Primo d’Exlibris  26 et Touchpoint d’OCLC  27. La bibliothèque du futur sera certainement intégrée dans un réseau sémantique pour lequel des structures de métadonnées spécifiques seront développées  28.

En résumé, les services du savoir focalisés sur les utilisateurs supplantent les offres jadis focalisées sur les bibliothèques, et cela dans le cadre d’un travail commun avec la mise en place d’autres dispositifs d’informations par l’université, pour laquelle cela peut également faire office de moteur de développement.

Les bibliothèques doivent aussi naturellement bien « vendre » leurs services. Ici encore, l’exemple de la bibliothèque de Bielefeld est parlant : on y utilise le sigle « Information +  29 » pour marquer la différence. Le grand défi des bibliothèques scientifiques du futur est de réaliser ce but : fournir rapidement toute information à l’utilisateur où qu’il se trouve ; lui offrir la possibilité d’utiliser ces informations selon ses besoins ; rendre les résultats d’un réseau international universitaire d’informations, grâce à la coopération des bibliothèques, accessible à des personnes ou des groupes définis, voire permettre leur sauvegarde à long terme.

Il en va de même pour les études. La connexion avec la plateforme « e-learning » de l’université permet la mise à disposition par la bibliothèque d’éléments, comme par exemple les matériaux d’apprentissage numériques ou numérisés validés. Les méthodes de travail des étudiants et des enseignants favorisent de plus en plus l’usage d’internet, et la bibliothèque prend de l’importance en tant qu’espace d’apprentissage et de travail. Il est surprenant de voir à quel point l’offre d’une ouverture 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, est souhaitée par les étudiants qui, jouant de leur influence sur l’utilisation des frais de scolarité, réclament qu’on investisse au moins dans le prolongement des horaires d’ouverture. Mais l’aménagement ergonomique des salles de lecture joue également un rôle déterminant pour la bibliothèque, lieu d’apprentissage et de communication.

Des bibliothèques publiques

Q-thek

Développer la bibliothèque comme lieu d’apprentissage est aussi l’un des grands objectifs des bibliothèques publiques. L’un des projets les plus représentatifs de ce mouvement, le projet de développement « Q-thek », a été créé avec le soutien du gouvernement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie  30. Le terme quelque peu énigmatique de « Q-thek  31 » a été délibérément choisi pour exciter la curiosité. Il est proposé comme sigle, en général à l’entrée des bibliothèques participantes. Ce concept, qui propose de nombreux ameublements standardisés pouvant être combinés de façon individuelle, est commercialisé à des prix avantageux, grâce à des achats en nombre. De tels aménagements – souvent aisément installables dans de grandes bibliothèques – peuvent contribuer au développement de l’image des bibliothèques s’ils sont utilisés comme une « marque de fabrique », comme le prouve le succès des Idea Stores en Grande-Bretagne.

L’ouverture est un principe primordial, tout comme la colonne de lumière au centre d’un espace illuminé, combinée avec un écran tactile  32. Les standards techniques appliqués à ces espaces sont très élevés. Les techniques d’aménagement les plus modernes sont appliquées, au gré du changement de couleur de l’objet illuminé selon les événements ou la saison.

Présenter, informer, détendre, étudier et communiquer sont au premier plan des fonctions souhaitées de la bibliothèque, et cela se vérifie également pour l’aménagement intérieur. Les différents thèmes sont présentés par des livres et sur écran, par des iPads et des liseuses d’e-books – ce qui illustre la diversité des médias utilisés. Le point d’information central permet, entre autres, de jouer sur un écran tactile, de se renseigner, de recevoir des informations concernant les manifestations actuelles, les horaires de bus ou le guide d’utilisation de la bibliothèque. Cet espace vivant attire l’attention et fait une large place aux innovations. La salle détente invite quant à elle à rester. On peut y lire des journaux, y feuilleter des livres, ou alors engager une conversation intéressante dans une atmosphère agréable. L’espace de travail offre la possibilité de travailler et d’étudier efficacement, seul ou en groupe, grâce aux meubles amovibles. Pour favoriser la communication, « Q-thek » offre un espace aux dialogues et aux manifestations.

La bibliothèque du futur propose également des services spécialisés pour certains groupes d’utilisateurs. Pour ce faire, un système de modules permet, par exemple, d’aménager une petite salle à l’intérieur de l’espace global. L’aménagement intérieur n’est pas l’unique priorité de développement des bibliothèques du futur. La centrale d’achats des bibliothèques publiques EKZ  33 lance aussi régulièrement des concours d’idées autour de la thématique de la bibliothèque du futur comme lieu de travail  34 – l’image que donne à l’extérieur la bibliothèque étant définie essentiellement par son aménagement.

Si la bibliothèque veut pouvoir rester compétitive vis-à-vis des diverses offres commerciales, sa « présentation » est d’une importance stratégique. Dans ce contexte, elle doit réussir à intégrer l’apprentissage et le renseignement/l’information dans un environnement à la fois attractif et créatif dans lequel les lecteurs, toutes générations confondues, se sentent à l’aise. Il va de soi que ces lieux doivent disposer par conséquent d’une offre intéressante, des livres papier aux e-books, et que l’utilisateur puisse y trouver des conseils de grande qualité, quelles que soient ses questions sur des thèmes spécialisés, voire sur l’utilisation d’internet – à cela s’ajoute une présentation professionnelle de la bibliothèque sur le web…

La bibliothèque publique du futur possède également des services spécialisés pour des groupes d’utilisateurs ciblés. Deux domaines qui dans le passé ne pouvaient être suffisamment financés et qui sont désormais particulièrement évoqués : le travail des bibliothèques avec et dans les écoles et les offres qui doivent aussi s’adresser aux populations multiculturelles, un besoin urgent en Allemagne en raison du taux de natalité négatif du pays.

Bibliothèques et écoles

Dans le domaine scolaire, l’Allemagne s’apparente à un pays en voie de développement, car la double compétence des Länder (personnel) et des municipalités (bâtiment et aménagement) conduit souvent à une paralysie mutuelle de leurs activités. Malgré des échecs parfois douloureux dans le passé, les bibliothèques doivent trouver des solutions et élaborer des idées pour surmonter cette situation insatisfaisante. Dans ce contexte, une connaissance plus poussée des médias peut s’avérer utile, ainsi que le fait de reconnaître le caractère indispensable de la promotion de la lecture. Pour commencer, il faudrait donc que les bibliothèques utilisent des stratégies de marketing auprès des plus jeunes utilisateurs potentiels, en offrant par exemple des imagiers aux nouveau-nés ou des livres intéressants aux écoliers apprenant à lire, avec une carte gratuite pour la bibliothèque municipale  35.

En Allemagne, une nouvelle opportunité s’est ouverte avec le développement récent des écoles à plein temps. Dans ce cadre, la création ou la mise en place ciblée et spécialisée de centres des médias et d’informations dans les écoles pourrait non seulement servir à occuper les élèves pendant les pauses, mais pourrait également être intégrée dans le programme scolaire  36. Une autre option – uniquement praticable dans des cas exceptionnels – serait d’installer des succursales de bibliothèques dans et avec les écoles, auxquelles le reste de la population aurait également accès, mais conçues pour les besoins particuliers des enseignants et des élèves. Si la bibliothèque ne peut pas être installée directement dans l’école, elle aurait néanmoins la possibilité de participer à l’aménagement d’espaces de travail pour proposer un service de consultation, mais aussi de proposer ses services pour équiper ces espaces ou aider à la mise en œuvre de campagnes de lecture et d’écriture  37. Il est particulièrement impressionnant de réussir à créer une offre complète d’appréhension des médias pour les élèves grâce au regroupement de toutes petites unités de bibliothèques scolaires, formant ainsi un réseau innovant et utilisant les moyens d’information et les médias numériques  38.

La question de l’intégration d’un grand nombre d’immigrés en Allemagne, surtout les travailleurs immigrés ayant à l’époque aidé à soulager le marché du travail et l’industrie allemande (dès 1961), a été fortement négligée par les gouvernements allemands. Les bibliothèques publiques, en revanche, proposent depuis longtemps des services spécifiques pour les étrangers, même si elles ne reçoivent que dans des cas exceptionnels une aide politique et financière  39. La mission des bibliothèques est de promouvoir la maîtrise de la langue allemande comme facteur principal d’intégration, mais aussi de soutenir le bilinguisme… Dans ce domaine, le champ d’activité de la bibliothèque ne peut pas non plus se cantonner à la mise à disposition de cours de langue et de littérature en langue étrangère. Les documents imprimés doivent être complétés par des programmes de « e-learning » et du matériel audio.

Il faut en outre aider les adultes à surmonter les difficultés liées à l’immigration, en leur fournissant notamment des adresses d’institutions et de personnes susceptibles de les aider. Grâce à la mise à disposition de quotidiens en ligne, on leur donne la possibilité de rester au courant des événements dans leur pays natal ; les textes en deux langues permettent de préserver le vocabulaire de la langue maternelle tout en approfondissant l’allemand. Une coopération étroite avec les écoles maternelles est nécessaire pour fidéliser les plus jeunes le plus tôt possible. Dans ce contexte, la bibliothèque est également responsable de la mise à disposition et de l’utilisation des divers médias et devient un point de communication crucial dans le réseau des institutions qui s’occupent de l’intégration des personnes nouvellement arrivées.

Dans le cadre des relations avec d’autres institutions, on mettra particulièrement l’accent sur la coopération avec les universités populaires, les musées et autres institutions culturelles. Cela peut conduire à une cohabitation dans les mêmes espaces d’institutions partenaires, à l’instar du DASTietz à Chemnitz  40.

La garantie du futur des bibliothèques

Ces dernières années, lorsqu’on parlait ou écrivait sur le futur des bibliothèques, on évoquait également le futur du livre. J’aimerais donc finir sur un commentaire à ce sujet. Nous devons nous résoudre à ce que l’une des créations culturelles européennes les plus importantes, le livre imprimé, soit passé du statut de médium phare d’information à seulement une forme parmi tant d’autres d’édition possible de documents numérisés.

Les bibliothèques préserveront certainement leur rôle majeur de gardiennes de ce patrimoine culturel et ne manqueront pas, en tant qu’institutions porteuses d’un « héritage », de le transmettre, dans le monde entier, à de larges catégories de la population. Elles sont cependant également tenues de le transmettre dans le futur numérisé sous une forme appropriée. La version numérique de la Bible de Gutenberg, le premier livre imprimé en Europe au moyen de caractères amovibles, a été mise sur internet en 2000, juste à temps pour le nouveau siècle, pour ainsi dire . La version dynamique numérisée a été combinée, entre autres, avec le livre modèle qui avait servi de base aux enluminures de l’exemplaire de Göttingen. Les documents numérisés sur le web présentent un avantage essentiel : ils sont non seulement faciles d’accès, mais ils peuvent également être liés des façons les plus diverses à des documents annexes.

Avec le web sémantique, ces connexions peuvent être de mieux en mieux déchiffrées et transmises. Les bibliothèques doivent assumer un rôle prépondérant dans le processus de développement de celui-ci, pour conserver une place centrale dans le réseau de transmission du savoir. Toutefois, les documents numériques sont également volatils. Ils nécessitent des institutions permanentes fiables pour rester accessibles aux générations futures. Les bibliothèques doivent impérativement accepter cette mission. La conservation et la mise à disposition de la culture écrite du passé et du présent est la tâche la plus importante des bibliothèques du futur et la garantie du futur des bibliothèques. •

* Traduit de l’allemand par Barbara Horvath.

Cet article devait figurer à l’origine dans le dossier du BBF n° 6-2011, « L’avenir des bibliothèques : vues d’ailleurs ».

Août 2011