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Bibliothèques et handicap à l'heure du numérique

Abdelwahed Allouche

Le 29 mai 2009 s’est tenue une journée d’étude coorganisée par Médiadix et la Bibliothèque publique d’information sur le thème : « Bibliothèques et handicap à l’heure du numérique ». L’objectif d’une telle journée est de découvrir – à travers certains exemples – les apports technologiques, les collections et les politiques d’offre de services en direction des personnes handicapées dans les bibliothèques et sur les sites qui leur sont réservés. Dans un domaine comme celui du handicap où l’expression de la demande paraît parfois difficile, il est important d’œuvrer pour une réponse aux besoins.

Dans ce domaine, le numérique présente des avantages indéniables par rapport au papier. Ramatoulaye Fofana-Sevestre, de la mission Lecture et handicap de la BPI, évoque la facilité du transfert de l’information et la rapidité de son traitement : pour un seul support numérique, il faut compter sept volumes de livres en braille. Vocale Presse permet aux malvoyants d’écouter le contenu des journaux dès le jour de leur parution. Il faut souligner enfin la grande adaptabilité du support numérique pour les personnes sourdes qui peuvent retrouver en ligne le contenu d’un journal communiqué en langue des signes et bénéficier d’une lecture personnalisée à l’écran, sur différents formats.

Cependant, plusieurs obstacles se dressent contre l’utilisation optimale du numérique. La faible connaissance des interfaces techniques (matériel et logiciel) par les personnes handicapées nécessite un dispositif de formation important. En outre, certains éditeurs rallongent volontairement les délais des sorties numériques dans la mesure où les synthèses vocales pour déficients visuels, par exemple, peuvent nuire aux ventes. D’ailleurs, le récent décret du 16 mai 2009 sur le référentiel d’accessibilité fixe à deux ans pour les services de l’État et à trois ans pour ceux des collectivités territoriales les délais pour rendre accessible le numérique aux personnes handicapées.

Exemples de prise en compte des besoins des personnes handicapées

Afin de faciliter l’accès des livres aux personnes aveugles ou malvoyantes, la bibliothèque Hélène de l’association BrailleNet a mis en place un serveur internet sécurisé qui rend accessibles 4 000 titres de livres électroniques téléchargeables  *. Certaines bibliothèques municipales, comme celle d’Antony qui dispose d’un fonds en braille, déposent dans le serveur Hélène des adaptations régularisées par celui-ci. Cependant, le paiement des fichiers limite l’extension du fonds de la bibliothèque Hélène ; un quart des 4 000 titres dont elle dispose relève du domaine public et tous ne sont pas traduits en XML. Une sérieuse question d’alimentation du fonds se pose : les déficients visuels ne trouvent pas facilement ou accèdent tardivement aux titres adaptés et transcrits (faible réactivité des organismes transcripteurs, délai d’agrément, passage des fichiers à la BnF…). D’autre part, l’accès est compliqué par les usages de prudence qui exigent deux identifications pour tout lecteur : un mot de passe et une clé USB dont une partie (15 euros) est payée par ce dernier.

Accéder à la lecture en situation de handicap en utilisant le numérique, tel est le projet initié et conduit par la ville de Boulogne-Billancourt depuis 2005. La BNH est une plateforme nationale de prêt de livres numériques et de livres audio accessibles à toutes les personnes handicapées à partir d’un ordinateur, d’un téléphone mobile ou d’un smartphone. L’emprunteur peut télécharger 5 documents pour une durée de 4 semaines pour un tarif de 8 euros par an. Le catalogue est composé de 5 000 titres et couvre tous les thèmes sur le handicap et la santé. On trouve aussi des livres sonores lus par des comédiens ou accompagnés d’une synthèse vocale, des revues électroniques.

Le site Websourd, créé en 2005, vise, selon sa responsable Marylène Charrière, la traduction en langue des signes française du son, de l’image et du texte accessible gratuitement sur le web, le travail de traduction se faisant dans les deux sens. Le pôle Websourd a développé la communication à distance grâce à 50 interprètes accessibles via la plateforme. La transcription des livres se fait en vidéo, car la langue des signes ne s’écrit pas. Depuis février 2009, le nombre de visiteurs de Websourd a dépassé les 47 000.

Une réflexion sur l’accueil des personnes sourdes est menée dans certaines bibliothèques, comme à Toulouse, à la BPI, à la bibliothèque départementale de prêt de l’Essonne ou à Chaptal à Paris. Dans certaines d’entre elles, on forme le personnel à la langue des signes. Websourd permet de faire appel à un interprète à distance et de contribuer à la création de vidéos fiables grâce à des personnes dont la langue maternelle est la langue des signes.

Selon Marie-Noëlle Andissac, le souci de « L’œil à la lettre » de la médiathèque José-Cabanis de Toulouse est de faciliter l’accès des personnes handicapées aux ressources numériques en proposant un service complet (signalement, communication, catalogue).

Ce service spécifique comprend un matériel adapté (vidéo-agrandisseur, afficheur braille avec trois cabines, scanner et imprimante), ainsi qu’une collection adaptée. Cette collection est composée de 2 200 titres en braille avec possibilité de prêt par correspondance, 1 000 livres audio (MP3), 150 documents en langue des signes et des livres en gros caractères. Une presse adaptée, des films en audio-description et un catalogue (Portail Handicap) permettent de mieux s’informer et de faire des recherches sur les DVD ou les livres en braille.

La mixité des publics et la sensibilisation au handicap sont favorisées par des livres en relief ou livres tactiles – comme ceux des collections « Sensitinéraires » et « Un autre regard », ou des Éditions Les Doigts qui rêvent – et par des animations : contes bilingues (langue des signes/français), expositions tactiles, projections avec interprétariat en langue des signes ou contes dans le noir. À Toulouse, les deux bibliothèques numériques les plus connues, Hélène et Sésame, sont accessibles aux déficients visuels. L’intérêt de Sésame est de proposer un catalogue de 7 000 livres en format texte, dont 2 000 livres audio en téléchargement transférable sur MP3 (dont des nouveautés). Malgré cette diversité de l’offre et l’investissement coûteux de la médiathèque, le nombre de lecteurs inscrit à ce service adapté aux personnes handicapées reste faible.

Juin 2009

  1.  (retour)↑   Voir, dans ce numéro, l’article de Catherine Desbuquois, « BrailleNet : un serveur pour les handicapés visuels ».