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La section des bibliothèques métropolitaines de l'Ifla

Un lieu de rencontre et d'échanges pour les bibliothèques publiques des grandes villes du monde

Aline Girard

Une jeune section… de plus de 40 ans

La section des bibliothèques métropolitaines de l’Ifla (section 46) se veut une plateforme d’information et d’échanges pour les bibliothèques des grandes villes du monde, d’une population supérieure à 400 000 habitants. Elle accueille aussi les bibliothèques desservant des territoires de statuts divers, mais peuplés et urbanisés (par exemple les comtés, districts, communautés d’agglomération), tout comme les bibliothèques des capitales de population moindre.

Créée en 2004, la section des bibliothèques métropolitaines était jusque-là – depuis 1968 exactement – une table ronde de l’Ifla, sous le nom d’Intamel (INTernational Association of MEtropolitan Libraries). L’Intamel est née en 1966, lorsque la bibliothèque municipale de Prague organisa une conférence internationale des directeurs des bibliothèques publiques des grandes villes, démontrant ainsi le bénéfice d’une rencontre régulière entre ces professionnels  1.

Depuis lors, l’Intamel, puis la section 46 de l’Ifla, est devenue un cercle de réflexion de haut niveau, dont les membres partagent la forte conviction de l’utilité des bibliothèques publiques et surtout de la nécessité de leur évolution constante et de leur promotion au rang d’acteur culturel et social majeur. Ils échangent en permanence des informations sur des sujets tels que le fonctionnement des réseaux de bibliothèques, les bâtiments, les technologies de l’information, le développement des collections, les services sur place et à distance, l’accueil des publics spécifiques, appréhendés d’un point de vue particulier : la lecture publique dans les grandes villes.

La section compte à ce jour dix-huit membres, pour la plupart les directeurs en personne des grands réseaux. Le bureau est composé de trois « officiers » : Liv Saeteren, directrice des bibliothèques d’Oslo, présidente ; Tay Ai Cheng, au nom du National Library Board de Singapour, secrétaire-trésorière ; Vicki Mac Donald, de Brisbane en Australie, coordinatrice de l’information.

Le congrès annuel de l’Ifla permet aux membres de la section de présenter, dans le cadre d’une séance publique, certaines de leurs expériences et pratiques. Il est fréquent que la section s’associe à un autre groupe pour enrichir le propos : en 2008 à Québec, c’est avec la section « Bâtiments et équipements » que le thème « Rénover et renouveler les bibliothèques » a été traité ; en 2007 à Séoul, le programme « Les bibliothèques : institutions cruciales dans une société complexe » a été conçu avec la section « Management et marketing  2 ».

Confrontation d’idées et analyse de tendances

Les membres de la section ne se contentent pas de se réunir formellement lors des congrès de l’Ifla. On peut même dire que cette rencontre « officielle » est la moins productive de leurs réunions. C’est en effet principalement à l’occasion de leur conférence intermédiaire, vestige de l’ancien congrès annuel de l’Intamel, que leurs travaux sont les plus fructueux et leurs échanges les plus riches. D’anciens fidèles de l’Intamel se joignent alors au noyau des membres, portant le nombre moyen de bibliothèques représentées à près d’une quarantaine.

Chaque année, dans une grande ville différente – en Europe, en Asie, en Amérique du Nord – les directeurs des grandes bibliothèques publiques passent six jours ensemble autour d’un programme chargé et varié : présentation des bibliothèques de la ville hôte et, plus largement, du pays qui reçoit, visites de bibliothèques remarquables, contributions scientifiques des délégués, réceptions et dîners.

Le rendez-vous annuel, synonyme de partage d’expériences, de confrontation et de mise en débat d’idées, est une tradition à laquelle les directeurs se plient avec plaisir et intérêt depuis 1968 et la conférence de Liverpool. Depuis 2000, les villes de Saint-Louis, Missouri (2000)  3, Stockholm (2002)  4, Rotterdam (2003)  5, Singapour (2004)  6, Riga (2005), Seattle (2007) et Prague (2008) ont accueilli le groupe. Amman n’a pas vu arriver les congressistes le 12 septembre 2001…, mais Paris les a reçus à trois reprises, en 1976, 1987 et très récemment en 2006  7, et Toulouse, la seule autre ville française à avoir organisé la conférence, en 1991.

Le bénéfice que les participants retirent de cette semaine de séminaire ne fait aucun doute : leur fidélité en est une preuve suffisante. L’intérêt, triple, réside à la fois dans la découverte d’un système de bibliothèques, dans les présentations faites par les congressistes eux-mêmes sur des sujets d’actualité, mais aussi – et surtout ? – dans l’opportunité d’échanges ininterrompus pendant plusieurs jours passés en commun. En effet, comment pourraient-ils ne pas apprécier à sa pleine mesure, en 2003 par exemple, la rencontre avec l’architecte de la future bibliothèque centrale d’Amsterdam, le célèbre Néerlandais Jo Coenen  8 : invité à présenter son œuvre, il a développé avec passion sa conception des bibliothèques, avant de se prêter pendant plus d’une heure au jeu des questions-réponses. Ou encore dans le même registre, en 2007, la découverte de la bibliothèque de Seattle  9, « la plus importante bibliothèque construite depuis une génération, et la plus exaltante  10 », avec l’architecte américain Joshua Prince Ramus, associé à Rem Koolhaas et à l’agence OMA pour la conception de cette bibliothèque unique, à l’audace, à l’esthétique et à l’inscription urbaine exemplaires  11.

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Bibliothèque de Seattle. Photo : Aline Girard

Les présentations faites au cours des conférences annuelles sont en ligne sur le site de l’Ifla, à partir du congrès de Stockholm en 2002  12. En 2009, du 10 au 15 mai, Brisbane a reçu les directeurs des bibliothèques métropolitaines. En 2010, retour vers l’Europe, à Zagreb.

L’analyse des tendances des bibliothèques publiques est une autre préoccupation des directeurs des grands réseaux. Pour répondre à leurs attentes, la section des bibliothèques métropolitaines a gardé de son passé d’Intamel un deuxième trait original qui la distingue de toutes les autres sections de l’Ifla.

Les directeurs des grandes bibliothèques publiques disposent en effet d’un outil spécifique d’observation des évolutions. L’Intamel a, depuis son origine, développé une activité statistique unique en son genre, puisque chaque année sont collectées et publiées des données relatives aux grandes bibliothèques, membres ou non de l’Ifla : population, nombre de points de desserte au sein du réseau, présence ou non d’une bibliothèque centrale, budget, effectifs (dont part des professionnels), durée d’ouverture, acquisitions, collections, inscrits, prêts, visites, usage d’internet, etc. Les statistiques publiées annuellement permettent ainsi la comparaison des moyens et des performances d’un certain nombre de grandes bibliothèques publiques à travers le monde. Trois villes françaises – Paris, Lyon et Toulouse – communiquent les données relatives à leur système de bibliothèques  13.

Les statistiques 2000-2006 sont consultables en ligne sur la page de la section des bibliothèques métropolitaines du site de l’Ifla et les données 2007 sont en cours de traitement  14.

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Enquête statistique de la section des bibliothèques métropolitaines de l’Ifla 2006. Source : http://archive.ifla.org/VII/s46/news/s46_stat2006.pdf

Les bibliothécaires français ont eu l’occasion de rencontrer, chaque année depuis trois ans, des directeurs membres de la section 46 dans le cadre de la session internationale du congrès de l’ABF, ce qui leur a donné l’opportunité de découvrir les réseaux de Rotterdam, Milan et Helsinki en 2007, Seattle, Prague et Copenhague en 2008, Stockholm, Brême et Amsterdam en 2009.

Mai 2009