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L’Europe des bibliothèques de santé

Benoit Thirion

En 1986 s’est tenue à Bruxelles la première Conférence européenne des bibliothèques médicales, avec le soutien financier de la Communauté européenne et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS, Regional Office for Europe) pour encourager la participation des bibliothécaires venant des pays de l’Europe de l’Est. À l’issue de cette conférence, les trois cents bibliothécaires participants ont décidé de créer EAHIL : European Association for Health Information and Libraries, ce qui fut fait officiellement le 8 août 1987, à Brighton (Royaume-Uni). Les langues officielles furent l’anglais et le français, puis l’anglais seul.

Les objectifs d’EAHIL sont de renforcer la coopération entre bibliothécaires médicaux à travers l’Europe ; de resserrer les liens avec les bibliothèques de santé d’Europe de l’Est et d’Europe centrale ; d’améliorer les normes dans le domaine de la délivrance et la pratique des soins ; d’aider les bibliothécaires médicaux à rester informés dans leur domaine ; d’encourager la mobilité et la formation continue, particulièrement dans le domaine des nouvelles technologies ; de représenter les bibliothécaires médicaux au niveau européen, en particulier auprès des institutions européennes et de l’OMS.

EAHIL est composée aujourd’hui de plus de mille membres venant de plus de trente pays d’Europe. La structure administrative se compose du bureau exécutif, composé d’une dizaine de membres environ, élus pour quatre ans, et du conseil, composé d’une quarantaine de membres élus pour quatre ans également. Les présidents sont élus pour une durée de deux ans renouvelable. L’actuelle présidente est la Hollandaise Suzanne Baker.

Les précédents présidents furent allemand, anglais (à deux reprises), belge, italien (à deux reprises) et norvégien (à deux reprises).

Les membres du bureau exécutif se réunissent deux fois par an et réfléchissent sur les orientations à donner à EAHIL. Les membres du conseil sont chargés de la promotion d’EAHIL dans leur pays et de la diffusion des informations concernant EAHIL auprès des adhérents de leur pays. Le conseil se réunit à chaque conférence et atelier (workshop), soit une fois par an.

Trois sous-groupes coexistent au sein de EAHIL : industrie pharmaceutique, médecine vétérinaire et santé publique (ex-OMS). La MLA (US Medical Library Association) a un représentant délégué auprès d’EAHIL, et réciproquement.

EAHIL publie quatre fois par an le JEAHIL : Journal of the European Association for Health Information and Libraries. On y trouve des nouvelles de l’association, des conférences et des ateliers, différentes rubriques concernant la profession et des articles correspondant souvent au thème particulier d’un numéro. Il est envisagé de publier à terme des articles revus par un comité de lecture.

Une conférence et un atelier ont lieu chaque année alternativement. Ils réunissent de 300 à 400 personnes. Les villes ayant accueilli ces manifestations depuis 2000 sont Londres (Royaume-Uni), Alghero (Sardaigne), Cologne (Allemagne), Oslo (Norvège), Santander (Espagne), Palerme (Sicile), Cluj (Roumanie) et Cracovie (Pologne). Les prochaines réunions auront lieu à Helsinki (Finlande, 2008), Dublin (Irlande, 2009), et Lisbonne (Portugal, 2010). Ces réunions, outre leur intérêt touristique et culturel, sont une occasion unique de se tenir informé des pratiques dans les autres pays, construire des projets avec des collègues d’autres pays, assister à des cours de formation continue, et last but non least, pouvoir mettre un visage sur une signature électronique.

Les actes sont ensuite mis en ligne sur le site web de EAHIL 1. On y trouve également en accès libre le dernier numéro du JEAHIL, ainsi que les archives depuis sa création, la liste des membres du bureau exécutif, du conseil et des sponsors, les statuts et un bref historique d’EAHIL, les URL des différentes listes de discussion se rapportant à EAHIL, la base de données des membres adhérents 2. Cette base de données sert également d’outil pour le vote électronique lors des différentes élections (bureau, conseil, président) et la soumission de résumés pour les conférences et ateliers.

La France a été très bien représentée durant les premières années. L’abandon du français comme langue officielle est sans doute pour beaucoup dans la désaffection progressive des Français pour EAHIL et le nombre d’adhérents s’est considérablement réduit, tombant à une vingtaine en 2006.

Le passage à la gratuité pour l’adhésion (en 2006) et un certain -lobbying des membres français du conseil ont créé un effet d’entraînement et permettent aujourd’hui de revendiquer quelque 68 membres français. À titre de comparaison, on dénombre dans les pays voisins : Allemagne (39), Italie (62), Espagne (40), Royaume-Uni (246). Par ailleurs, il est à signaler que les pays nordiques, très anglophones, ont toujours été fortement représentés au regard de leur taille : Danemark (42), Finlande (52), Norvège (93), Pays-Bas (73). La Suisse (31) et la Belgique (49) ne sont pas en reste. Les nouveaux entrants dans l’Union européenne, la Bulgarie (1) et la Roumanie (17) vont probablement prendre une place plus importante dans les années qui viennent. La conférence de Cluj (2006) fut en tout cas, de l’avis de tous, particulièrement réussie.

Les Français présentent en général peu de travaux aux conférences et ateliers d’EAHIL et les grands organismes brillent malheureusement très fréquemment par leur absence (Inserm, CNRS, grandes universités, Banque de données santé publique…).

Il est certain que la venue à une conférence représente un coût non négligeable (environ 1 000 à 1 500 € tout compris) et que la préparation d’une communication orale ou écrite de qualité demande un investissement personnel important. Il faut dire aussi que la profession ne dispose pas d’une association nationale, les bibliothécaires médicaux se répartissant de manière très dispersée entre l’ADBS (Association des professionnels de l’information et de la documentation, groupe sectoriel santé), le RNDH (Réseau national des documentalistes hospitaliers), le réseau documentaire en santé mentale Ascodocpsy, etc. Les bibliothécaires des facultés de médecine et de pharmacie n’ont pas de représentation nationale autonome ni de cursus de formation dédié à la santé.

Internet oblige pourtant les professionnels que nous sommes à nous investir davantage qu’auparavant dans la formation continue et l’appropriation de nouveau outils. Ceux-ci prolifèrent et nous obligent à prendre connaissance de ce qui se fait ici et là, car il n’est plus possible, faute de temps, de les explorer nous-mêmes en totalité. Les revues professionnelles ne diffusent qu’une partie de ces informations, les autres transitant par les listes de discussion et les conférences, les bases de données bibliographiques, d’où l’importance de se rencontrer pour partager, apprendre autant qu’enseigner.

Vu de Sofia (Bulgarie)

La Bibliothèque centrale médicale bulgare a été fondée en 1918. Elle est depuis 1968 bibliothèque médicale de dépôt légal. C’est une institution indépendante, faisant partie des structures de l’université de médecine de Sofia (UMS), avec une expérience de 90 ans au service de la documentation médicale et de soutien à la recherche et à l’éducation dans ce domaine.

La bibliothèque universitaire est au service des étudiants, des doctorants, de toutes les catégories de personnel des facultés et des collèges de l’UMS, ainsi que des médecins travaillant dans les hôpitaux universitaires de l’UMS.

En 2006, elle a recensé 26 943 utilisateurs ; 33 314 ont bénéficié des services de la bibliothèque, 2 987 lecteurs se sont inscrits.

Les fonds de la bibliothèque sont composés de 478 652 volumes, comprenant 364 801 livres, 112 811 volumes de périodiques et plus de 5 000 thèses. La bibliothèque dispose de 3 salles de lectures, soit 112 places : la salle de lecture scientifique, la salle de lecture pour étudiants et une salle informatique avec 20 ordinateurs et connexion internet, imprimantes, scanner et DVD. Les salles de lecture proposent l’accès gratuit aux périodiques courants, bulgares et étrangers, aux manuels, traités et monographies. Les usagers ont aussi accès aux bases de données sur abonnement (Medline ; Springer Link ; Ebsco Publishing ; Ovid ; Hinari), aux produits multimédias, vidéos, revues électroniques et à d’autres ressources.

La bibliothèque dispose d’un personnel qualifié de bibliothécaires, ingénieurs en informatique et médecins, prêts à assister les lecteurs dans leurs recherches.

En tant qu’organisme académique, nous sommes chargés de la coordination et de la coopération, par exemple en utilisant le même logiciel de bibliothèque pour toutes les bibliothèques médicales universitaires du pays : Plovdiv, Varna, Pleven et Stara Zagora.Nous entretenons des relations de collaboration et d’échange avec 52 pays du monde entier.

Nos difficultés concernent surtout le financement pour l’accès aux ressources – périodiques, traités, bases de données. Comme on ne le sait que trop bien, les budgets ne sont jamais suffisants. Cette année, nous avons réussi à augmenter le budget grâce à deux projets, le premier concernant la création d’une bibliothèque virtuelle permettant l’échange des ressources électroniques médicales, et le second la mise à jour des collections.

Lydia Tacheva

Directrice de la BCM

lydia.tacheva@gmail.com

Galya Venkova

Bibliothécaire en chef

gvenkova@gmail.com

    Les bibliothèques de santé et la documentation médicale en Roumanie

    En Roumanie, la colonne vertébrale de la documentation dans le domaine de la santé est représentée par les bibliothèques des universités de médecine. Ces universités, au contraire du système des pays occidentaux, sont des universités spécialisées indépendantes et séparées des « grandes universités », qui comprennent de façon plus hétérogène les autres domaines : langues, histoire, géographie, économie, sciences fondamentales etc.

    Bref historique

    Cette organisation est une réminiscence de l’ancien système soviétique des instituts supérieurs spécialisés. En fait, avant 1990, toutes les universités de médecine étaient appelées « instituts ». Elles se trouvent dans les villes importantes du pays, couvrant bien toutes les régions : Bucarest (la capitale), Cluj, Iasi, Timisoara, Târgu-Mures et Craiova. Il y a également des facultés de médecine, constituées après 1990, et qui font partie des universités de ces villes respectives : Brasov, Constanta, Oradea, Arad. Les fonds documentaires dans le domaine médical de ces dernières ont été aussi récemment constitués, mais le décalage par rapport aux bibliothèques médicales traditionnelles est à présent en train d’être rattrapé grâce à l’électronique et à internet.

    Les bibliothèques des universités de médecine couvrent tous les domaines de la santé, répondant aux besoins des facultés et des collèges : médecine générale, stomatologie, pharmacie, santé publique, gestion sanitaire, infirmiers, sages-femmes, kinésithérapie, etc.

    Leurs fonds comprennent entre 70 000 (Craiova) et 1 million (Bucarest) de livres et de périodiques. Une moitié de ces fonds environ sont des polycopiés de cours pour les étudiants. Cette pratique d’assurer une copie pour chaque étudiant est en train de disparaître à cause du prix élevé de ces polycopiés ; par exemple, si en 1988 la bibliothèque de Cluj achetait 300 exemplaires d’un cours, ce chiffre est passé à un maximum de 30 en 2007 !

    Changements

    Il y a eu beaucoup de changements depuis 1990, qui se concrétisent dans une réforme profonde des bibliothèques et par conséquent de leurs services. En 1990, pour la première fois depuis quinze ans, les bibliothèques ont reçu un budget pour l’achat de livres et périodiques étrangers ! Et d’autres mesures ont suivi : l’accès libre aux rayonnages, impliquant aussi le remplacement de la classification CDU par celle de la National Library of Medicine (NLM) * mieux adaptée au domaine médical, à la gestion automatique des fonds, des prêts, des inventaires, des statistiques (toutes les bibliothèques des universités de médecine travaillent avec le logiciel Alice/Liberty de Softlink) et, comme partout, à l’introduction d’internet et des documents électroniques, notamment des périodiques en ligne. À titre d’exemple, en 2007, la bibliothèque médicale de Cluj est abonnée aux revues en ligne de Science Direct (Elsevier), SpringerLink, Blackwell-Synergy, Ovid Core Collection, et aux bases de données Ebsco (avec texte intégral), Cochrane et Embase, ce qui signifie un accès dans tous les départements et hôpitaux à plus de 2 500 périodiques spécialisés. Un consortium des bibliothèques médicales roumaines est en train de se constituer, et, à partir de 2008, les abonnements se feront selon ce système.

    Ces bibliothèques universitaires servent aussi les besoins documentaires des professionnels de santé de leurs villes et régions respectives, qui peuvent s’y inscrire et ensuite bénéficier de tous les services documentaires offerts. Cela augmente le nombre des usagers actifs d’environ 500 par an.

    Cette situation est due au fait que les bibliothèques appartenant au système sanitaire (sous la tutelle et le financement du ministère de la Santé) n’ont pas connu le même développement, la cause principale étant de nature budgétaire, la réforme sanitaire nécessitant un effort financier considérable. Il y a bien sûr des bibliothèques auprès des hôpitaux situés dans d’autres villes que celles mentionnées ci-dessus ; et il y a aussi des bibliothèques spécialisées appartenant à de grands instituts, comme l’Institut Fundeni à Bucarest, ou l’Institut du cancer à Cluj.

    Les bibliothécaires médicaux roumains sont actifs dans le cadre de la section Médecine de l’ABR (Association des bibliothécaires roumains). Après 1990, ils ont bénéficié de stages et d’échanges professionnels, notamment en France, organisés par la Cidmef (Conférence internationale des doyens des facultés de médecine d’expression francophone) en 1990, 1992, 2000 et 2006, ainsi qu’en Grande-Bretagne, en Italie et aux États-Unis. Ils sont également très actifs à l’intérieur de l’EAHIL, au point que l’organisation de la Conférence 2006 a été confiée à Cluj et a remporté un grand succès.

    Parmi les projets en cours, les plus importants sont la création d’une base de données contenant les articles des périodiques médicaux roumains, indexés et accompagnés de résumés en roumain et anglais, et la traduction en roumain du MeSH (Medical Subject Headings), le thésaurus spécialisé développé par la NLM.

    Ioana Robu

    Directrice de la bibliothèque de l’université de Médecine et de Pharmacie

    Cluj-Napoca, Roumanie

    irobu@umfcluj.ro

    1.  (retour)↑  United States National Library of Medicine, située sur le campus des National Institutes of Health (NIH), à Bethesda, Maryland, est la plus importante bibliothèque médicale dans le monde.

    Novembre 2007

    1.  (retour)↑  www.eahil.net
    2.  (retour)↑  www.eahil.uio.no
    3.  (retour)↑  United States National Library of Medicine, située sur le campus des National Institutes of Health (NIH), à Bethesda, Maryland, est la plus importante bibliothèque médicale dans le monde.