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Vingt ans au service des bibliothèques et de la formation

Médiadix, 1987-2007

Annie Le Saux

À Nanterre puis à Saint-Cloud, les 28 et 29 juin derniers, a été retracée l’histoire de Médiadix, ces vingt dernières années, « au service des bibliothèques et au service de la formation des bibliothécaires 1 ».

Historique

Tout d’abord, récit fut fait de cette création par, à tout seigneur tout honneur, la première directrice de Médiadix, Annie Béthery. De 1969 à 1975, la lecture publique, au sujet de laquelle le président Georges Pompidou avait fait le peu glorieux constat que tout était à faire, fait un bond en avant. Des bibliothèques sont inaugurées, des postes sont créés et, conséquence logique, des demandes de formation abondent. La formation reposait jusque-là sur de nombreux centres 2, où les formateurs étaient exclusivement des bibliothécaires, uniquement bénévoles, qui, d’une région à l’autre, d’une année à l’autre, changeaient et où le niveau fluctuait au gré de ces changements. C’est dans ce contexte que l’école d’application de Massy vit le jour en 1971 et que, par une volonté ministérielle de réduire le nombre de ces centres et de rationaliser la formation, fut créé Médiadix, en juin 1987, à la suite d’un appel d’offres lancé aux universités à l’initiative de Denis Varloot, directeur des bibliothèques, des musées et de l’information scientifique et technique et Jean Gattegno, directeur du livre et de la lecture. Plusieurs candidats entrèrent en lice, dont l’université de Paris-III, mais c’est Paris-X qui l’emporta, offrant « une bibliothèque de grande taille, des locaux et la possibilité, déjà, de réaliser un enseignement à distance » (Daniel Renoult, ancien directeur de la bibliothèque de l’université Paris-X).

La grande nouveauté fut d’intégrer la formation des bibliothécaires dans l’université – un bémol toutefois, car son déménagement à Saint-Cloud après les sites de Massy et de Nanterre, dans un lieu au demeurant fort beau et entièrement dédié au pôle « Métiers du livre », a éloigné physiquement Médiadix de son université. Finie la formation par les seuls professionnels. Cette idée qu’une université de sciences humaines et sociales puisse proposer une formation professionnalisante, défendue, dès le départ par Annie Béthery et Daniel Renoult, alors acteurs de premier plan, est toujours soutenue par le président de Paris-X, Olivier Audeoud. Et par Michel Bruillon (pôle « Métiers du livre », IUT), qui insiste en outre sur une formation à la connaissance des trois métiers de la chaîne du livre (éditeurs, libraires, bibliothécaires). Martine Poulain, lorsqu’elle était responsable de Médiadix et de l’IUP, s’est, à son tour, appliquée à croiser les deux approches, professionnelle et universitaire, consciente cependant que l’équilibre entre « les exigences de formation technique et les exigences intellectuelles » n’était pas si simple à établir.

Les missions

Actuellement le nombre de centres de formation aux carrières des bibliothèques est de douze, au sein desquels Médiadix occupe une place particulière. Son rôle structurant dans le réseau, ses capacités à mettre en œuvre les évolutions technologiques, son potentiel en expertises, notamment dans le domaine de l’international ont été rappelés par Michel Marian (sous-directeur des bibliothèques et de l’information scientifique). La formation professionnelle est amenée à évoluer dans un contexte en pleine transformation : départs massifs en retraite, Lolf, mobilité accrue entre les fonctions publiques, recrutements européens, LMD, etc. et se doit d’être toujours plus en adéquation avec les besoins des bibliothèques (Yves Moret, Direction du livre et de la lecture).

C’est pourquoi de nouvelles missions viennent s’ajouter aux classiques du genre : préparer aux concours des bibliothèques, assurer une formation continue, accompagner les évolutions du terrain, déceler les problématiques émergentes… Ces dernières années, Médiadix s’est vu confier la mission nationale d’assurer la formation post-recrutement des assistants de bibliothèques lauréats des concours d’État, avec la difficulté de répondre à une forte diversité de profils et à une large disparité entre les établissements d’affectation (Sandrine Lagore, Médiadix).

Un des atouts de Médiadix réside et a résidé dès ses débuts dans la formation à distance qu’elle offre, entre autres, aux personnels d’outre-mer. Son rôle dans l’international se manifeste notamment par une coopération avec le ministère des Affaires étrangères, qui lui a confié la formation des bibliothécaires des 400 médiathèques des centres culturels à l’étranger 3 (Laurence Eme, chef du bureau des médiathèques et centres d’information du ministère des Affaires étrangères).

Considérées – bien à tort – comme marginales dans la formation continue, des journées d’étude sur des thèmes touchant à l’actualité professionnelle sont organisées régulièrement. Avec un humour décapant, Yves Desrichard a mis en scène ces journées d’étude, analysant avec brio et réalisme leurs composantes, leurs acteurs (organisateurs, intervenants, public…), leurs réussites et leurs échecs 4.

Encore moins reconnu par certains, le rôle des voyages d’étude dans la formation, or, comme l’a souligné Martine Poulain, dans une comparaison qu’elle a faite entre la formation continue aux États-Unis et en France – moins défavorable à la France que l’on ne pourrait le supposer 5 –, « ce qui est très formateur, c’est d’aller voir ce qui se fait ailleurs ».

En conclusion de cette première journée, on peut reprendre quelques axes qui devraient constituer les points forts de la formation : le développement de la dimension internationale, fondamentale dans le développement de notre métier ; l’échange permanent à maintenir entre la pratique et la recherche ; l’adaptation à la diversité de métiers soumis à des contradictions – exigence de polyvalence et de spécialisation par exemple…

Le lendemain, sur le site du pôle « Métiers du livre » à Saint-Cloud, sept ateliers thématiques ont permis de décliner ces points et d’approfondir quelques-unes des questions non résolues liées aux évolutions de la formation : comment transposer à la lecture publique (territoriale pour l’essentiel) le schéma de formation de l’enseignement supérieur ? Quelle pédagogie pour les préparations aux concours ? Le traitement du document est-il le cœur immuable du métier ? etc. Les réponses varient et ne doivent jamais être figées. Pour les passerelles entre les fonctions publiques, les financements sur projets semblent offrir des possibilités prometteuses. Pour les concours, allier formation à distance et formation sur place permet de mieux répondre à l’éventail des demandes. Enfin, l’adaptation à l’évolution des profils des personnels est une des conditions essentielles de la réussite, comme l’a montré l’échange sur le diplôme universitaire « Techniques documentaires et médiation culturelle », sorte de rejeton du CAFB, dans l’atelier animé par Yves Desrichard et Sandrine Lagore. À tous égards, la richesse des débats témoignait aussi, dans ce second temps du colloque, de l’ampleur des défis à relever pour les vingt ans à venir.

  1.  (retour)↑  Voir, dans ce numéro, l’article du directeur de Médiadix, Christophe Pavlidès, « Comment les CFCB sont devenus indispensables à la profession ».
  2.  (retour)↑  Il fut bien évidemment question du CAFB auquel préparaient ces centres et qui fut supprimé en 1994.
  3.  (retour)↑  La formation des recrutés locaux dure environ neuf mois, est sanctionnée par un examen final et comprend deux semaines de stages à Paris.
  4.  (retour)↑  L’intervention d’Yves Desrichard sera publiée dans un prochain BBF.
  5.  (retour)↑  Il n’y a aucun dispositif réglementaire aux États-Unis concernant la formation continue, qui dépend donc du bon vouloir des bibliothèques, des associations professionnelles et de certaines entreprises de service telles OCLC, moyennant finance bien entendu. À noter également que beaucoup de professionnels se forment tout seuls.