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Librarianship and information work worldwide 1994

[an annual survey]

General ed. Maurice B. Line ; ed. Graham Mackenzie, John Feather. London ; Melbourne ; Munich : Bowker-Saur, 1994. - XIII-278 p. ; 24 cm. ISBN 1-85739-059-8

par Marc Chauveinc

Depuis plusieurs années, Maurice B. Line préside à la publication d'un bilan annuel de la bibliothéconomie mondiale, essentiellement anglo-saxonne, qui résume en quelques pages les grandes tendances de la littérature mondiale (d'où une importante bibliographie de 100 à 150 références par article) *. En 1994, les thèmes retenus sont la technologie de l'information, les bibliothèques publiques, les bibliothèques universitaires, la bibliothèque virtuelle, la gestion, les bibliothèques du tiers monde, les collections, la préservation et la formation. Dans son épilogue, John Feather donne le résumé de l'ouvrage : « Le pouvoir de l'information, et par-dessus tout le développement d'Internet, est le thème le plus frappant qui émerge des essais contenus dans ce volume ».

Technologie de l'information

Dans un premier article, Pat Molholt montre que la technologie de l'information n'est pas une simple automatisation des procédures, mais aussi une restructuration des bibliothèques par les possibilités d'intégration qu'elle procure - suppression des distances, des frontières, intégration et décentralisation en même temps, transformation des relations hiérarchiques. Les rapports entre bibliothécaires et éditeurs vont évoluer avec Internet, les bibliothèques vont modifier leur notion de l'accès aux collections et faire face aux problèmes complexes des nouvelles technologies.

Jean Plaister souligne l'importance du Manifeste de l'Unesco pour les bibliothèques publiques, mais regrette la baisse générale des crédits dans la plupart des pays. La France semble, d'après l'analyse de la littérature (Marie-Thérèse Pouillias, Thierry Giappiconi, Christiane Pollin, Marie-Joëlle Tarin, Danielle Taesch), en partie à l'abri de cette récession. Mais celle-ci n'empêche pas les nouvelles technologies de modifier profondément les bibliothèques publiques, notamment dans les services qu'elles offrent au lecteur.

L'article de Kari Christensen sur les bibliothèques universitaires est plus dispersé entre différents sujets, en fonction sans doute des articles recensés dans la bibliographie : accroissement du nombre des étudiants, concurrence entre bibliothèques liée à celle entre les universités, réseaux, gestion, évaluation, etc. L'auteur y analyse le Comité Follett mis en place en Grande-Bretagne (équivalent de la Commission Miquel en France). Le dilemme entre collections et accès semble le plus difficile à résoudre puisque la transformation d'un système fondé sur l'imprimé en un système électronique semble inévitable. Signalons que, parmi les 109 articles analysés, aucun n'est français.

Comment gérer l'information ?

La technologie revient dans le chapitre consacré par Ray Prytherch à la gestion de l'information, gestion évidemment influencée par la nature de l'information et par les technologies qui la transportent (micro-ordinateurs, réseaux, etc.). Les progrès de celles-ci ont été tels qu'il n'est pas sûr que les bibliothèques aient pu suivre le mouvement. La gestion de l'information est composée de nombreux éléments : bibliothéconomie, informatique, télécommunications, courrier, analyse, stockage et recherche avec notamment contrôle de la qualité, qui doivent se retrouver chez le professionnel de l'information. Il est reproché à l'Europe de s'intéresser plus à la technique qu'à la gestion de l'information, bien que celle-ci soit intégrée à la gestion de l'entreprise en général.

La gestion de l'information débouche inévitablement sur la bibliothèque virtuelle, sujet de l'article de M. E. L. Jacob, bibliothèque qui peut être assimilée à la bibliothèque électronique et à tous les services qui donnent accès au document à distance. Mais, pendant encore quelque temps, la bibliothèque reposera sur deux supports : papier et électronique. De nombreux organismes de par le monde poussent les feux sur la fourniture électronique de documents (OCLC, CARL-Colorado Alliance for Research Libraries, Faxon, Elsevier, British Library, etc.). Tous ces efforts n'existent que pour la satisfaction du lecteur, but ultime de la bibliothèque. Se pose de façon permanente le problème de la gratuité ou non de ces services.

Ellen Hoffmann décrit ensuite la gestion du changement, sous l'effet de quatre forces : globalisation des marchés, développement des techniques, mouvements hiérarchiques et économie de l'information. Changement profond, et redouté par beaucoup, car les organismes sont lents à modifier leur culture, en particulier dans le tiers monde et en Europe de l'Est. Alliances et partenariat sont vus comme un bon moyen de gérer ce changement.

Les collections

Le bon et long article de Birgitta Bergdahl résume la situation des bibliothèques du tiers monde, suivi de celui de Michael Cotta-Schønberg sur les collections. Il résume aussi les termes du débat, très actuel dans les pays anglo-saxons, sur la question de l'accès ou de la possession, de la porte ou du magasin (gatehouse or warehouse). En caricaturant un peu, la question est : service sans collection ou collection sans service. Le bon sens, répond l'auteur, veut les deux, car un bon service repose, en partie, sur une bonne collection, celle-ci devant être complétée par un accès à distance de plus en plus performant. Pour la gestion des collections, il est fait mention d'une « formule Dousset-Larbre », développée en France, mais inconnue de l'auteur. Le livre se conclut par deux chapitres, l'un sur la conservation, qui a la même importance dans un monde électronique, l'autre sur la formation.

Comme d'habitude, cet ouvrage est d'une grande richesse et sa lecture est nécessaire à tout professionnel désirant être au courant et connaître les sujets de réflexion de nos collègues et les problèmes qu'ils se posent. Collecte, stockage, analyse et dissémination de l'information sont profondément modifiés par les technologies de l'information.