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Pour un cinquième anniversaire

Jacqueline Gascuel

La Bibliothèque publique de Massy 1 a accueilli ses premiers lecteurs en décembre 1970 et a été officiellement inaugurée à Pâques 1971. Si nous n'avons pas ressenti le besoin de fêter son cinquième anniversaire, il nous est, par contre, apparu intéressant de faire un bilan. Les statistiques nous permettaient d'avoir une certaine idée quantitative de la vie de notre établissement : après un démarrage très rapide (150 000 documents prêtés en 197I et en 1972, près de 180 000 en 1973, pour une ville de 45 ooo habitants), nous assistions à un recul de prêts. En fait ce recul s'était d'abord manifesté de façon brutale au niveau de la section enfantine et les responsables de cette section avaient pu analyser sérieusement cette situation, en rechercher les causes et proposer des solutions qui se sont montrées efficaces 2 : le nombre des prêts de cette section semble maintenant stabilisé autour de 50 000 ouvrages, auxquels s'ajoutent bien sûr les prêts faits par le bibliobus mis en service en janvier 1975.

Pour la section adultes, la progression a peut-être été moins rapide mais a continué régulièrement pendant quatre ans, pour atteindre 95 000 prêts en 1974. Par contre, 1975 avec 87 000 prêts accusait un recul de 9,2 %.

Plusieurs explications immédiates pouvaient être données à cette situation :
- le développement de la lecture sur place, la salle de lecture disposant enfin de collections assez riches,
- la création de plusieurs bibliothèques municipales dans les environs de Massy,
- la grève qui a paralysé la bibliothèque pendant une dizaine de jours, en février 1975, parce qu'une partie du personnel avait dû attendre plusieurs mois avant de toucher son salaire.

Enfin, de nombreux collègues de la banlieue parisienne ayant constaté une même baisse du nombre des prêts, l'on pouvait penser qu'il y avait des facteurs généraux à cette situation : contexte culturel, politique ou économique.

Sans nier que ces divers éléments aient pu jouer un rôle dans le ralentissement de nos activités, il nous a paru intéressant de rechercher si nous ne pouvions pas aussi trouver des explications plus directement liées au fonctionnement de la section de prêt. Pour cela il convenait de faire auprès des lecteurs une enquête qui permette de mieux connaître leurs goûts et leurs besoins, de mesurer leur degré de satisfaction ou d'insatisfaction; c'était aussi l'occasion de les faire participer à nos préoccupations et de recueillir leurs suggestions.

L'idée d'une enquête étant lancée, toute l'équipe de la section de prêt, sous la direction de Martine Fixot, conservateur à la bibliothèque, se chargea de l'organiser : il fallait choisir une méthode de travail, élaborer un questionnaire, avoir des entretiens individuels avec un nombre assez important de lecteurs. Malheureusement, faute de temps, le dépouillement et le compte rendu de cette enquête ne purent pas être réalisés par la même équipe. Ce travail a donc été confié à une de nos stagiaires, Mme Linden, qui sortait de l'ENSB. Le regard neuf, bienveillant certes, mais critique aussi, qu'elle a su poser sur nos problèmes nous a apporté beaucoup. Nous aurions aimé lui confier la rédaction de ce bilan. Hélas son séjour chez nous fut trop court pour mener à bien une telle entreprise. Ajoutons que, si elle connaissait mieux que nous les méthodes de l'enquête et pouvait apparaître comme un témoin neutre et impartial, elle manquait de pratique de la lecture publique et connaissait mal le fonctionnement particulier de notre établissement... et de ce fait n'avait pas toujours saisi la signification de certaines réponses.

Nous avons donc retenu l'essentiel de ses conclusions, tout en les accompagnant d'éclaircissements ou de commentaires issus de notre propre expérience.

Nous verrons donc successivement, la méthode employée et les problèmes étudiés : nature des collections, fonctionnement de la salle de prêt, environnement de cette salle.

I. LA MÉTHODE EMPLOYÉE

Il s'agissait de permettre aux usagers de la salle de prêt d'exprimer leur opinion sur ce service, mais aussi de pouvoir, à partir de réponses diversifiées, établir un certain bilan. La méthode retenue fut celle de l'interview individuel à partir d'un questionnaire standard 1.

Cette méthode de l'interview est une technique sociographique fréquemment employée à l'heure actuelle et connue du public. Il s'agit de travailler dans un climat de confiance et de poser des questions adéquates dans un langage compris de tous.

Ce sont les interviewers et non les interviewés qui notent les réponses et cela rend ce mode d'enquête très directif. De petites variations dans la formulation des questions, dans le temps laissé libre pour les commentaires ou les demandes d'explication, suffisent à modifier considérablement les réponses et comme tout le personnel de la section de prêt a participé à l'enquête (un conservateur, trois sous-bibliothécaires, un magasinier) on remarque certaines différences liées à la personnalité de l'interviewer, en particulier dans la façon dont les commentaires des lecteurs ont été enregistrés.

Le questionnaire avait été établi avec la préoccupation de faciliter le dépouillement, c'est-à-dire qu'il était le même pour tous jusque dans ses plus petits détails et présentait des questions « fermées » auxquelles il convenait de répondre par « oui » ou « non ».

Une maladresse dans la rédaction de ce questionnaire a gêné les lecteurs : alors que dans sa majeure partie le « oui » était, en gros, signe de satisfaction, pour les points 25 et 26 (quelles sont vos critiques ? désirez-vous un cahier de réclamations ?) le « oui » devenait signe d'insatisfaction. Nous nous sommes donc aperçus, en cours d'enquête, qu'il aurait mieux valu rédiger autrement ces points 25/26. Mais il était trop tard. Nous reviendrons sur cette question lorsque nous analyserons les réponses obtenues.

Ces questions fermées conviennent bien à un public peu cultivé, qui ne manie pas aisément la langue; mais l'interviewé a tendance, consciemment ou non, à éviter les réponses désagréables pour l'interviewer et à souhaiter donner une image favorable de sa culture, de son comportement.

L'échantillonnage permet de résoudre les problèmes de généralisation à partir d'un nombre limité de cas analysés dans la mesure où ceux-ci reflètent bien la structure de l'ensemble. 232 personnes ont été interrogées sur 9 ooo lecteurs adultes inscrits. Cet échantillon 3 a été sélectionné, parmi les personnes disposées à consacrer un quart d'heure, voire une demi-heure, à répondre aux questions. Il s'agissait de lecteurs que le personnel connaissait bien, c'est-à-dire, le plus souvent, de lecteurs anciens et fidèles : 98 s'étaient inscrits entre novembre 1970 et décembre 197I, 38 en 1972, 27 en 1973, 15 en 1974, 30 en 1975 et 3 au début de 1976 (21 n'ont pas répondu à cette question). Enfin, parmi les 93 personnes qui avaient moins de 20 ans, une cinquantaine avait fréquenté la section enfantine avant de s'inscrire en section adultes.

Malgré l'absence de critères bien définis, l'échantillon des lecteurs interrogés peut être considéré comme représentatif du public de la bibliothèque. En effet, en ce qui concerne les catégories socio-professionnelles, on ne constate qu'une légère surreprésentation des cadres moyens et enseignants au détriment des employés et ouvriers. Pour les tranches d'âge, il y a également une seule différence notable : le nombre assez important de personnes âgées interrogées. On peut donc considérer les résultats comme significatifs, et ceci d'autant plus que le bon contact, de longue date, des lecteurs avec leur bibliothèque a permis de rectifier plusieurs distorsions : les réponses trop rigides du « oui » - « non » ont été corrigées par des remarques qui ont aidé à orienter l'interprétation tout en rendant le dépouillement plus difficile.

L'objectif de cette enquête était très modeste et du domaine de l'application immédiate : elle devait contribuer à une analyse qualitative du fonctionnement des divers services mis à la disposition des adultes et mettre en évidence un certain nombre de constantes et de tendances. Elle devait, en outre, permettre d'adapter la politique d'acquisition à la demande latente du public et d'établir une hiérarchie des besoins et des urgences.

Enfin, il est toujours difficile de se mettre à la place de l'usager quand on est bibliothécaire : il est certain que cette enquête a le mérite d'avoir favoriser le dialogue et d'avoir sensibilisé le personnel à la représentation que se fait un lecteur de sa bibliothèque.

II. NATURE DES COLLECTIONS

Toute politique d'acquisitions tient compte de la demande des lecteurs : demandes particulières formulées par écrit ou demandes que les bibliothécaires peuvent prévoir, c'est-à-dire celles qui concernent les livres dont la qualité, la publicité ou les mass-média ont assuré la promotion. Mais peut-on introduire dans une politique d'acquisition des critères de sélection rigoureux qui permettraient d'adapter le fonds de la bibliothèque aux besoins des lecteurs ? Remarquons tout d'abord que notre liberté en ce domaine se heurte à deux obstacles : les lacunes de l'édition et les limites d'un budget. Nous avons tenté de comparer ce que souhaitent les lecteurs à ce qu'offre la bibliothèque et, à travers les réponses au questionnaire, nous avons pu percevoir un certain nombre de critiques faites à nos choix ou de besoins qui n'étaient pas satisfaits.

Le tableau de l'annexe 4 permet de comparer la demande des lecteurs telle qu'elle se manifeste dans le questionnaire, avec le fonds existant et avec les acquisitions de l'année précédente (octobre 1975 à septembre 1976). En ce qui concerne les acquisitions, il a été facile de compter le nombre de volumes acquis dans chaque classe DEWEY (1707 achats au total). Pour le fonds, nous avons procédé par estimation à partir du fichier topographique.

Nous examinerons d'abord, pour chaque discipline, les principaux problèmes soulevés; les pourcentages seuls seront pris en compte car ils permettent d'appréhender la réalité plus rapidement et plus précisément que les chiffres absolus.

- La classe ooo. Généralités. - Elle n'apparaît pas dans le questionnaire : il était difficile d'expliquer aux lecteurs à quels ouvrages elle correspondait et, en outre, la quantité d'ouvrages en prêt figurant dans cette classe est assez négligeable (environ 1 % du fonds).

- La classe 100. Philosophie et disciplines connexes. - La demande et le prêt d'ouvrages sont presque deux fois supérieur au fonds existant; en outre, les achats récents, dans ce secteur, sont très peu nombreux. Il semble qu'il faille faire un effort important d'acquisitions, bien qu'il y ait une réelle difficulté à connaître exactement quels types d'ouvrages souhaitent les usagers : problèmes de niveaux et d'actualité des ouvrages à acquérir. Certains domaines comme la psychanalyse, connaissent une grande vogue... et nos achats demeurent toujours inférieurs à la demande.

- La classe 200. Religion. - Quelque temps négligée, la religion avait fait en 1975-76 l'objet d'un effort d'acquisitions assez important. Nous avions alors découvert non seulement qu'il y avait un public pour ce type d'ouvrages, mais encore que notre négligence antérieure avait été interprétée comme une volonté délibérée : nous aurions cédé à la pression de la mairie de Massy (socialiste) qui nous aurait interdit ce type d'achats 4! Bien que nous ayons enregistré un certain regain d'intérêt pour notre rayon d'ouvrages de religion, ceux-ci arrivent en avant-dernière position dans les demandes des lecteurs, et nous n'avons pas pu obtenir de propositions d'achat précises.

- La classe 300. - Nous avons tendance à valoriser les sciences sociales qui tiennent le premier rang dans les acquisitions alors qu'elles n'arrivent qu'en quatrième position dans les souhaits des lecteurs; mais sans doute certains, les plus jeunes en particulier, ignorent-ils que nous rangeons dans cette classe la politique, l'économie, la pédagogie etc...

- La classe 400. Langage. - Le fonds paraît insuffisant par rapport à la demande : celle-ci se limite le plus souvent à des grammaires et des ouvrages de base nécessaires pour l'acquisition d'une langue étrangère, ou une meilleure connaissance du français. Il faudrait donc multiplier les exemplaires d'un certain nombre de manuels ou de guides accessibles à un large public.

- La classe 500. Sciences pures. - Les demandes comme les acquisitions dans ce secteur, sont assez faibles, et en tout cas, en retard sur le fonds existant. Il semble que les lecteurs ne soient pas très satisfaits de ce qu'ils trouvent à la bibliothèque ; ils souhaiteraient que nous renouvelions un fonds qui a déjà vieilli, et que nous trouvions de bons ouvrages de vulgarisation.

- La classe 600. Technique (Sciences appliquées). - Dans cette classe, l'effort d'acquisitions est très important... mais il s'agit d'une classe qui recouvre des disciplines très diverses et les lecteurs formulent des demandes bien précises : guides de la nature, agriculture (ou jardinage du dimanche ?), dépannage radio-T.V. Mais en consultant ce catalogue de demandes, et en le comparant à notre fonds, nous avons parfois l'impression que lorsqu'on enrichit un secteur, on provoque un regain de curiosité et des exigences accrues. Si nous prenons l'exemple de la radio-T.V. nous avons, pour les besoins du club électronique du Lycée, acheté plus de 100 ouvrages pour les radio-amateurs et abonné la bibliothèque à 2 ou 3 revues spécialisées; or, la demande, loin de se tarir, va toujours croissant...

- La classe 700. Arts. - Ce secteur a été considéré comme prioritaire dans la politique d'acquisitions récentes, et les ouvrages sont généralement bien adaptés à la demande. On note toutefois un intérêt pas toujours satisfait pour les techniques artistiques (photographie, dessin, cinéma) ou les techniques sportives (judo, voile etc.). Si l'aventure sportive a son public... il n'est pas sûr que l'histoire de l'art ait le sien.

- La classe 800. Littérature. - Il s'agit d'un secteur très important représentant dans notre collection plus de 14 % des documentaires et qui arrive en première position dans les demandes des lecteurs. Pourtant la politique d'achats l'a un peu négligé ces dernières années : il est certain que les œuvres littéraires apparaissent comme des valeurs stables, peu susceptibles de vieillir, et donc n'exigeant pas un renouvellement régulier. Cependant qu'il existe, dans notre fonds de réelles lacunes, touchant surtout des œuvres peu rééditées (Chateaubriand) ou des auteurs jugés secondaires (Feydeau, Courteline, Genêt).

- La classe 900. Géographie et Histoire. - Le fonds de prêt dépasse la demande et l'on peut envisager de diminuer un peu le pourcentage des achats faits pour cette discipline malgré une forte pression de l'édition qui sort de très nombreux ouvrages historiques, biographiques ou autobiographiques, de multiples récits de voyage bien adaptés à un large public. On note d'ailleurs que la demande en « biographie » est forte, très sensiblement plus forte que le nombre d'ouvrages classés en « B », mais un certain nombre, non négligeable, des écrits biographiques se trouvent répartis dans les autres secteurs : vie de musiciens en musique, etc.

- Romans. - Certains collègues habitués à penser que la lecture publique c'est le prêt de romans faciles à un public peu exigeant, seront surpris à la lecture du tableau de l'annexe 4 : les romans ne représentent que 26 % de notre fonds 1 et les lecteurs qui affirment ne lire que des documentaires (44) sont plus nombreux que ceux qui ne lisent que des romans (14)  5. Les trois quarts des lecteurs empruntent et des romans et des documentaires. Malheureusement le questionnaire ne nous permet pas de déterminer l'importance relative de ces deux catégories d'emprunts.

- Ouvrages en langues étrangères. - Malgré un effort d'acquisitions d'ouvrages destinés aux travailleurs immigrés (portugais, arabes) le poids du public scolaire dans ce domaine est très important et l'on constate la prédominance écrasante de l'anglais... ainsi qu'une demande précise pour des ouvrages anglais faciles et d'actualité. L'allemand, même lorsqu'il est choisi comme Langue 1 du lycéen, demeure trop difficile pour être lu avant la classe terminale ou même l'université. Quelques demandes spécifiques sont dues à la nationalité de l'interviewé (néerlandais) ou à des langues étudiées au lycée mais qui ne figurent pas encore dans notre fonds (russe).

Le tableau 4 permet de remarquer que d'une façon générale notre politique d'acquisition ne va pas à l'encontre des choix des lecteurs mais a, au contraire, tendance à accentuer l'importance relative des disciplines. En effet, lorsqu'il y a une faible demande du public (par exemple dans les classes 200, 400 ou même 500) nous sommes conduits à être moins sensibles à la nécessité de renouveler ou d'enrichir les fonds concernés. La pauvreté de nos rayons explique peut-être à son tour le désintérêt du public.

III. LE FONCTIONNEMENT DE LA SALLE DE PRÊT

Cette partie du questionnaire tendait à déterminer tout d'abord, quels étaient les services offerts par la bibliothèque que les lecteurs connaissaient et utilisaient et ceux qu'ils ignoraient, et ensuite quelles étaient leurs critiques sur le fonctionnement général de la salle de prêt.

Les moyens d'information du public

La mise en valeur de certains ouvrages sur des présentoirs situés à l'entrée de la salle ne semble pas avoir été bien comprise des lecteurs. Ces présentoirs sont consacrés respectivement : aux programmes de la télévision, à l'actualité générale, aux thèmes des animations de la bibliothèque ou des autres établissements culturels de Massy. Sur chacun de ces présentoirs sont réunis 20 ou 30 volumes que nous jugeons utiles à l'information du public et qui, naturellement, peuvent être empruntés. Nous constatons que dans leur très grande majorité ils « sortent » assez vite, et nous serions tentés d'avoir une grande confiance dans l'impact de cette présentation. Or, les résultats de l'enquête contredisent tout à fait cette impression : à la question « empruntez-vous les ouvrages exposés ? », on obtient les réponses suivantes (cf. tableau 1)

. Certains avaient remarqué ces « coins », mais n'osaient pas emprunter les volumes exposés, malgré une petite étiquette invitant à le faire. En outre, la différence entre les trois zones était mal perçue; peut-être vaudrait-il mieux ne pas les regrouper à l'entrée mais les répartir dans toute la salle.

De toutes façons, il semble qu'une majorité de nos lecteurs souhaitent assez peu qu'on leur suggère des lectures, ils savent déjà ce qu'ils viennent chercher ou préfèrent parcourir les rayons pour y faire leur choix.

Ceci nous amène à insister sur l'importance des éléments qui permettent au public de s'orienter seul dans le fonds : signalisation, fichiers, présentation des nouvelles acquisitions.

Voici comment sont perçus ces divers éléments par les lecteurs interrogés (cf; tableau 2)

A la lecture de ce tableau, on constate que la signalisation est assez bien perçue et que les fichiers sont utilisés par 70 % des lecteurs. Mais les commentaires de ceux qui se déclarent satisfaits font apparaître beaucoup de restrictions à cette satisfaction : la signalisation n'est pas assez détaillée, les étiquettes sont peu visibles, souvent placées trop haut ou bien trop bas, la classification des ouvrages n'est pas expliquée...

Le fichier alphabétique des matières qui n'est pas doublé d'un fichier systématique, paraît parfois illogique aux usagers, qui s'attendent plutôt à trouver des sous-classements alphabétiques à l'intérieur de grandes divisions par disciplines. Notre classement des romans, des biographies, des œuvres philosophiques (19I-199) ou littéraires (84I-847 par exemple) les y invite.

C'est peut-être pourquoi le fichier auteurs est de beaucoup le plus utilisé. Le fichier titres (pour les œuvres littéraires) demanderait à être doublé d'un fichier thématique.

En ce qui concerne la présentation des nouvelles acquisitions, les critiques sont plus nombreuses : beaucoup se plaignent qu'il n'y ait pas assez d'exemplaires des ouvrages les plus demandés, que les ouvrages proposés soient trop difficiles : en fait, nous avons délibérément pris le parti de multiplier les titres plutôt que les exemplaires et les titres les plus connus sont très vite empruntés, parfois le jour même de leur mise en rayons, si bien que le présentoir des nouvelles acquisitions n'offre souvent que les ouvrages les moins susceptibles de séduire un large public.

A la suite de cette enquête, et pour corriger l'image faussée que nos lecteurs avaient des achats que nous faisions, nous avons décidé d'en publier régulièrement la liste.

Les lecteurs ont la possibilité de faire réserver les ouvrages qu'ils ne trouvent pas en rayons, ou de faire des demandes d'achats. Mais tous ne profitent pas de ces facilités (cf. tableau 3)

En ce qui concerne les réservations, 42 lecteurs en ignoraient l'existence, 7 les trouvaient trop longues ou trop onéreuses (ils doivent timbrer eux-mêmes la carte les informant que le livre est rentré et mis à leur disposition à la bibliothèque). Certains lecteurs, irrités de voir des livres qu'ils souhaitent emprunter, mis de côté pour d'autres usagers de la bibliothèque, et ceci pendant une dizaine de jours, sont hostiles, par principe, au système des réservations.

Quant aux demandes d'achats, qui théoriquement devraient rencontrer une très large audience, elles ne sont utilisées que par une petite partie du public, (17 %) - toujours la même.

Les autres redoutent soit d'attendre trop longtemps un ouvrage dont ils ont un besoin immédiat, soit d'essuyer un refus. Là encore, apparaît la nécessité d'améliorer l'information du public : les refus réels sont exceptionnels (ouvrage trop spécialisé ou faisant double emploi avec un autre ouvrage du fonds); par contre, certains souhaits ne peuvent être satisfaits en raison de l'imprécision de la demande ou des lacunes de l'édition.

Enfin, le bureau de renseignements est assez largement utilisé; les lecteurs se partagent en deux groupes presque égaux : ceux qui hésitent à questionner et préfèrent fouiner (96) et ceux qui utilisent volontiers le bureau de renseignements (114). Les questions concernent par ordre d'importance :

- les recherches sur un sujet précis, trop limité parfois : ils ne savent pas ou ne souhaitent pas remonter du particulier au plus général

- les recherches dans les fichiers

- les recherches dans la salle.

Les critiques concernant la salle de prêt

Comme nous l'avons signalé plus haut, cette partie de l'enquête est la moins significative. Tout d'abord les lecteurs commençaient à être lassés par l'interview, et cette lassitude se fait jour précisément lorsqu'ils abordent la deuxième page et qu'ils découvrent qu'ils n'en sont encore qu'à mi-parcours. Ensuite, le « oui » qui jusque là était signe de satisfaction devient expression d'insatisfaction, et cela semble désorienter certains (interviewers comme interviewés!) Enfin les questions sont trop techniques : le vocabulaire professionnel n'est pas compris, le circuit du livre l'est encore moins! Nous trouvons donc beaucoup de non réponses aux questions posées.

Nous regrouperons les critiques sous deux rubriques : celles qui ont trait aux collections et celles qui s'adressent aux conditions matérielles.

I° Les Collections (cf. tableau)

Les lecteurs qui dénoncent la pauvreté des collections sont aussi ceux qui réclament le plus grand nombre d'exemplaires sans percevoir le choix que nous imposent les limites d'un budget étriqué. La lenteur du circuit des acquisitions n'est perçue que par la partie du public particulièrement friande de nouveauté.

2° Les conditions matérielles

58 lecteurs critiquent les horaires d'ouverture 1 : 21 souhaiteraient plus de nocturnes, 5 une ouverture le lundi, 4 une ouverture tous les matins, 1 seul une ouverture à l'heure du déjeuner. 27 n'expriment pas de vœux précis.

61 lecteurs formulent d'autres critiques concernant la température (jugée tantôt trop élevée, tantôt trop basse), l'austérité, voire la laideur des salles ou du mobilier, l'absence de décoration; certains se plaignent que la bibliothèque soit un lieu froid et dépersonnalisé, d'autres redoutent le bruit et la cohue du samedi après-midi. Enfin les vols suscitent généralement l'indignation : nous avions affiché la liste des ouvrages dont nous avions constaté la disparition lors des vérifications d'inventaire (près de 1 200 volumes soit 5,7 % du fonds en un an).

Le cahier de réclamations ou de suggestions est demandé par 100 lecteurs, c'est-à-dire par près de la moitié.

IV. L'ENVIRONNEMENT DE LA SALLE DE PRÊT

Cette troisième partie du questionnaire tendait à déterminer quels étaient les autres services de la bibliothèque que les lecteurs utilisaient ou quelles autres bibliothèques ils fréquentaient (cf. tableaux).

La bibliothèque de Massy dispose en effet d'une salle des revues mitoyenne de la salle de prêt et d'une salle de lecture qui, comme la discothèque, est située du Ier étage.

Comme toujours, le fort pourcentage des non réponses correspond aux services inconnus du public : les dossiers de presse et, à un moindre degré, le service de prêt des périodiques.

La salle des périodiques (cf. tableau) est souvent perçue comme une salle de consultation sur place ou même comme une salle d'attente et de détente : les sièges y sont confortables, le silence respecté.

Les critiques concernant le choix des périodiques sont moins nombreuses que celles concernant le nombre de périodiques : beaucoup de lecteurs font des suggestions pour de nouveaux abonnements et proposent des titres précis; l'éventail de ces propositions est très ouvert : il s'agit aussi bien de quotidiens que d'hebdomadaires ou de revues spécialisées dans des domaines très divers : pédagogie, sociologie, philologie classique, etc. On note aussi une demande pour des journaux en langues étrangères (nous ne recevons que deux mensuels en anglais). Très souvent, est exprimé le désir de retrouver certains titres dont nous avons interrompu l'abonnement.

Quant aux dossiers de presse qui sont pour l'actualité un complément indispensable aux collections de la salle de prêt, ils demeurent méconnus de la majeure partie du public, mais ils ont leurs fidèles qui en réclament l'extension, la diversification et la mise à jour régulière.

Une petite moitié des habitués de la salle de prêt utilisent aussi la salle de lecture. Ils lui reprochent toutefois d'avoir des lacunes dans ses collections... et le fait qu'elle ne prête pas les ouvrages.

La discothèque a son public, qui n'est pas toujours celui de la salle de prêt. Ce dernier reproche parfois à la discothèque d'être payante, de ne pas prêter de cassettes, de ne pas développer l'écoute sur place.

On enregistre 115 fois la fréquentation d'autres bibliothèques. Mais cela ne concerne que 93 lecteurs; en effet, 82 d'entre eux sont inscrits dans une autre bibliothèque, 7 dans deux autres, 2 dans trois, 1 dans quatre et 1 dernier dans cinq. Dans le cas de fréquentation de plus de deux bibliothèques, il s'agit toujours d'étudiants.

En ce qui concerne les bibliothèques de quartier, nous constatons que les plus souvent citées sont aussi les plus proches : Antony a une annexe à moins d'un kilomètre de chez nous; la bibliothèque Fustel doit être à deux kilomètres. En ce qui concerne les établissements scolaires, Massy possède un très important lycée technique (2 160 élèves) et un petit lycée classique et moderne (930 élèves); or aucun des lecteurs interrogés ne venait du premier alors que 7 fréquentaient le second. Faut-il en conclure que les élèves du technique ne lisent pas ? ou qu'ils hésitent à avouer leur appartenance à l'enseignement technique ? Ils figureraient alors dans la rubrique « sans précision ».

L'importance de la fréquentation d'autres bibliothèques ne doit pas surprendre. Pour certains, il s'agit d'une fidélité à d'anciennes habitudes, voire à d'anciennes amitiés, même lorsqu'ils souhaitent utiliser les services d'une bibliothèque plus importante. Pour d'autres joueront la diversité des fonds et les facilités d'accès. Pour tous les lycéens, et encore plus pour les étudiants, il est normal d'utiliser tout à la fois les ressources de la bibliothèque de leur établissement et celles, plus diversifiées parfois, d'une bibliothèque publique. Nous retrouvons là un phénomène qui a souvent été signalé pour les librairies : les usagers des bibliothèques sont aussi des acheteurs de livres, et ceux qui fréquentent régulièrement une bibliothèque n'hésitent pas à s'inscrire dans une autre. Loin d'être concurrentes, les diverses bibliothèques se complètent et créent une certaine dynamique de la lecture.

CONCLUSION

Faut-il nous excuser auprès de tous ceux qui nous ont lu jusqu'ici, de la longueur de ce compte-rendu ? Ceux qu'intéresse la sociologie de la lecture trouveront que notre échantillon a été trop empiriquement sélectionné, que notre analyse manque de finesse et que les réponses obtenues ne permettent pas d'avoir une image bien définie du lecteur de Massy. Les spécialistes de l'automatisation des bibliothèques remarqueront qu'à Massy, l'informatique est sous-utilisée puisqu'elle nous permet de gérer les prêts mais qu'elle ne nous donne pas de statistiques détaillées sur les lectures des diverses catégories d'usagers et ceci faute d'avoir mis en mémoire le catalogue de nos livres. Enfin, tous ceux qui ont une certaine pratique des bibliothèques publiques pourront penser, à juste titre, que nous enfonçons quelques portes ouvertes...

Pourtant cette étude, dont nous avons précisé quelles étaient les ambitions, n'a pas été vaine, et nous voudrions, pour conclure, examiner quels en ont été les résultats. En effet, elle a permis de mieux connaître le public et de sélectionner un certain nombre de points sur lesquels il convenait de modifier nos habitudes ou nos choix.

En ce qui concerne le public, nous avons tout d'abord découvert combien il était mal informé, ou plus exactement combien il était difficile de faire passer l'information. Le guide du lecteur, que nous distribuons à tous les nouveaux inscrits, n'est visiblement pas lu, ou tout au moins les renseignements qui y figurent ne sont ni compris ni retenus. En aucun cas ce guide ne peut remplacer la visite de l'établissement et les explications orales. En outre, il est difficile aux lecteurs de s'orienter dans un établissement aussi cloisonné que le nôtre, et de se sentir à l'aise dans des espaces un peu austères où chacun demeure généralement anonyme (il y a 13 000 lecteurs inscrits dont 9 ooo adultes).

Le guide du lecteur, en outre, ne permet pas de connaître toutes les ressources de l'établissement : quelle est la liste des abonnements souscrits ? comment trouver tel renseignement précis ? etc. Ceux qui sont venus enfants à la Bibliothèque, semblent avoir fait à la section enfantine un apprentissage qui leur facilite l'accès à la section adultes. Pour les autres, il faut assurer une certaine progression dans la diffusion des renseignements pratiques. Pour tous, il convient de multiplier et surtout de diversifier les moyens d'information.

Enfin, la masse des lecteurs, face à un personnel notoirement insuffisant, crée un certain nombre de difficultés voire de nuisances dont pâtissent les uns comme les autres. Il serait dangereux d'ignorer que les usagers rendent parfois le personnel responsable des difficultés de fonctionnement du service public, alors que celui-ci en rejette volontiers la faute sur le « lecteur », être anonyme et insaisissable.

Mais heureusement, cette enquête nous a aussi fourni des données qui ont permis de trouver des solutions pratiques et concrètes pour améliorer le fonctionnement de la bibliothèque.

Tout d'abord, nous avons fait passer en priorité la réfection de la peinture de la salle de prêt, de façon à y introduire plus de gaieté et de diversité. Nous avons dégagé un certain nombre de murs afin de disposer de surfaces où placer des éléments de décoration : affiches, posters, gravures, etc. Nous avons modifié l'implantation du mobilier pour rompre la monotonie et créer des zones mieux définies. Nous avons refait la signalisation et mis dans chaque zone des explications sur la classification adoptée.

En ce qui concerne les acquisitions, nous nous sommes efforcés de tenir mieux compte des suggestions faites et, en particulier, de rééquilibrer les fonds, d'éviter le vieillissement des collections dans certaines disciplines, de rechercher les livres susceptibles de plaire à un large public. Grâce au Crédit du Centre National des Lettres, nous avons pu revenir en 1977 au volume d'acquisitions de 1974, alors que 1975 et 1976 avaient marqué un recul sensible (17 % en moins). Il est certain qu'il nous faut maintenir un niveau d'acquisitions élevé si nous voulons que les demandes du public puissent être satisfaites. Mais pour y arriver, nous avons dû sacrifier d'autres secteurs sur lesquels nous aurions aimé faire porter notre effort : création d'une artothèque, développement de l'audio-visuel.

Il est encore trop tôt pour évaluer l'impact exact des mesures adoptées, mais nous pouvons déjà affirmer qu'il n'est pas nul puisque la progression des prêts a repris (+ 7 % en 1976, + 4 % en 1977).

Le prêt n'est d'ailleurs qu'une activité des bibliothèques publiques, celle qui permet le mieux une mesure quantitative et qui par conséquent prend valeur de test. Pourtant, nous constatons parallèlement une très grande augmentation du nombre des lecteurs qui viennent à la salle de lecture pour la consultation sur place. Nous aimerions réaliser une étude sur la fonction de ce service au sein de la bibliothèque : quels en sont les usagers, quelles sont leurs motivations, quelles sont leurs méthodes ou leurs habitudes de travail.

Nous aurions alors une meilleure connaissance et de notre public, et du rôle que nous avons à jouer.

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Tableau 1 - « empruntez-vous les ouvrages exposés ? »

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Tableau 2

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Tableau 3

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Les collections

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Salle des périodiques

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Fréquentation des autres services

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Fréquentation des autres bibliothèques

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Annexes 1

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Annexes 2

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Annexes 3

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Annexes 4

  1.  (retour)↑  Bibliothèque d'application de l'École nationale supérieure des bibliothèques.
  2.  (retour)↑  Voir l'article de Mlle Marinet, Bull. Bibl. France, n° 11, novembre 1974.
  3.  (retour)↑  Voir Annexe 2.
  4.  (retour)↑  La plupart des lecteurs assimile la Bibliothèque de Massy à une bibliothèque municipale.
  5.  (retour)↑  Ce qui représente 6 % des lecteurs interrogés.