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Chronique des bibliothèques

Visite de la Bibliothèque nationale par le Général de Gaulle.

Au début de cette année, le général de Gaulle avait manifesté à Mr Julien Cain son intention de visiter la Bibliothèque nationale. Cette visite devait avoir le caractère d'une visite privée. Les salles de travail furent exceptionnellement fermées au public à 17 heures. Le Président de la République, accompagné par Mr Burin des Roziers, secrétaire général, Mr Galichon, directeur du Cabinet, et plusieurs membres du secrétariat général, fut reçu à son arrivée par Mr Christian Fouchet, ministre de l'Éducation nationale, et par Mr Julien Cain.

Avant que ne commencât la visite des départements, l'Administrateur général présenta au chef de l'État les conservateurs en chef réunis autour de lui dans le hall d'entrée.

L'itinéraire à l'intérieur des locaux avait été préparé comme suit : Département des imprimés (salle de travail, salle des catalogues, hémicycle, magasin central); Département des périodiques; exposition Alfred de Vigny (aménagée dans la salle Mortreuil); Département des manuscrits; Cabinet des médailles; Galerie Mazarine; Département des estampes; Département des cartes et plans. Les membres du personnel, rassemblés dans chacun des départements, furent présentés au Président.

Les conservateurs en chef donnèrent à tour de rôle les explications nécessaires sur l'organisation des services et aussi l'importance des collections de leur département. Un très petit nombre de livres, de manuscrits, de médailles, d'estampes, constituant autant de chefs-d'œuvre insignes, avaient été groupés, le Président prit un plaisir particulier à les examiner et exprima son admiration pour cette présentation.

La visite prévue pour une heure se prolongea pendant une heure et demie. Après avoir signé le Livre d'or, le Président tint à adresser ses félicitations aux conservateurs en chef qui s'étaient de nouveau réunis. Il marqua combien sa promenade à travers les départements de ce grand établissement, que constitue la Bibliothèque nationale, dont il souligna l'unité, l'avait intéressé. Il tint également à rendre personnellement hommage à Mr Julien Cain et à l'œuvre réalisée sous son impulsion depuis plus de trente ans.

Après le départ du Président, Mr Christian Fouchet tint à remercier à son tour l'Administrateur général et les conservateurs en chef. Il les assura de tout son appui pour le maintien de l'unité de l'établissement, comme pour tout ce qui permettrait de recruter et de retenir le personnel de qualité nécessaire à son fonctionnement.

Bibliothèque nationale.

Exposition Goerg (rectificatif).

Rendant compte dans le Bulletin des bibliothèques, n° 1, janvier 1964, p. 32, de l'exposition Goerg, nous avions omis de mentionner l'étude que Mr Jacques Lethève, conservateur au Département des estampes, a consacrée à l'artiste dans le catalogue de l'exposition dont la notice doit être corrigée comme suit : [Préf. par Julien Cain. Notes sur la gravure par Edouard Goerg. Edouard Goerg par Jacques Lethève...]

Bibliothèques universitaires.

Bibliothèque universitaire centrale des étudiants malades (B.U.C.E.M.).

Le 21 février dernier, s'est tenue au Centre Edouard Rist, 14 rue Boileau, la séance annuelle du Comité de gestion de la B. U. C. E. M. sous la présidence de Mr André Marie, Mr Poindron représentait la Direction des bibliothèques, et Mlle Labbé avait été déléguée par Mr Piquard pour représenter les bibliothèques de l'université de Paris, tandis que des représentants des diverses associations d'étudiants usagers de la bibliothèque étaient également présents.

Le rapport annuel, outre l'activité de la bibliothèque pour 1963, faisait ressortir également les résultats acquis depuis huit ans, la B. U. C. E. M. fondée en 1954, ayant commencé à fonctionner en octobre 1955 1.

Le nombre de volumes est ainsi passé de 1 427 en 1954, à 19 359 au 3I décembre 1963 (volumes perdus déduits).

Le prêt qui a été de 282 volumes en 1955 a atteint 16 309 volumes en 1963. Prêt à la B. U. C. E. M. de 1955 à 1963 :

Enfin, depuis avril 1959, la B. U. C. E. M. a entrepris un catalogue collectif des livres des principaux sanatoriums universitaires, ce qui favorise une coordination dans les achats des diverses bibliothèques de sanatoriums et permet le fonctionnement d'un prêt intersana depuis cette date. Les livres qui ont circulé ainsi par l'intermédiaire de la B. U. C. E. M. ont passé de 20 en 1959 à 320 en 1963.

Depuis sa fondation la B. U. C. E. M. a servi 836 étudiants isolés en dehors des étudiants des maisons de cure universitaires.

Depuis quatre ans, un des 13 fichiers de la bibliothèque a été déposé au Plateau d'Assy où, sous la surveillance d'un professeur de l'enseignement secondaire affecté à ce poste par le Ministère de l'Éducation nationale, tous les étudiants résidant dans les châlets du Plateau peuvent avoir recours au prêt de la B. U. C. E. M. Enfin, depuis deux ans un autre fichier a été déposé dans le Centre des paralysés étudiants, 38 rue Brillat Savarin, dans une salle du rez-de-chaussée, afin de permettre aux autres handicapés, isolés, ou résidant dans la maison de l'avenue Mozart, d'avoir accès à ce fichier. De même le Groupement des intellectuels aveugles a parfois recours aux ouvrages de la B. U. C. E. M. en vue d'enregistrements sur magnétophone.

Il n'est pas nécessaire de rappeler que ces prêts sont le plus souvent des prêts de longue durée, parfois certains livres restent entre les mains des étudiants durant toute l'année universitaire.

Dans les premières années de prêt et jusqu'en 1960, les lettres, le droit et la médecine venaient en tête des disciplines dont les ouvrages étaient demandés. La reconversion de nombreux malades littéraires en scientifiques et surtout l'installation officielle d'une post-cure électronique à Bouffémont a provoqué un accroissement des demandes de livres de mathématiques et de physique. Cependant, le « Droit et sciences sociales » reste encore une discipline de choix pour des alités, ainsi que le fait ressortir le tableau ci-dessus.

Au cours de cette réunion a été examiné le plan de la future bibliothèque. Elle sera installée au premier étage d'un pavillon du Centre Edouard Rist, toujours situé 12 rue Boileau. La B. U. C. E. M. qui dispose actuellement de 540 m de rayonnages utiles est à l'étroit, malgré les 3 500 à 4000 volumes sortis en permanence. Les nouveaux locaux permettraient de réserver des magasins d'une contenance de 2 000 m environ de rayonnages utiles.

Bibliothèques municipales.

Bordeaux (Gironde)

Exposition de livres scientifiques allemands. - Une exposition de livres scientifiques allemands s'est tenue dans la salle d'exposition de la Bibliothèque municipale du 16 au 20 mars 1964.

Organisée par l'Office allemand d'échanges universitaires, cette manifestation a été inaugurée le 16 mars en présence de Mr le Consul d'Allemagne et de nombreuses personnalités de l'Université et de la ville.

Carpentras (Vaucluse)

A l'occasion de la visite à Carpentras, le 14 mars dernier, du Congrès des inspecteurs primaires du Sud-Est, a été inaugurée à la Bibliothèque Inguimbertine une exposition de documents d'archives, de manuscrits, d'incunables et de reliures anciennes tirées de nos réserves. Parmi les pièces exposées figuraient la charte armoriée de 1526 sur les foires de la Saint-Siffrein et de la Saint-Matthieu, l'État-Civil juif de 1763 à 1792, la traduction de Végèce par Jean de Meung, XIVe siècle, les poésies d'Alain Chartier, xve siècle, Le Roman de Mélusine, xve siècle, une grammaire du XIVe siècle, un Froissart du xve siècle, La Concorde des deux langages de Jean Lemaire de Belges, 15II, quelques livres d'heures du xve siècle, cinq incunables, dont un Ptolémée, de 1490, des reliures allant du XVIe au XVIIIe siècle. Cette exposition était ouverte au public pour une durée d'un mois.

Peu avant le vernissage, les congressistes ont été reçus à la bibliothèque par les autorités municipales, l'Association Jacques Sadolet et le Conservateur.

Lyon (Rhône)

Exposition : Le Théâtre de la Renaissance. La Bibliothèque municipale de Lyon a accueilli, du 20 février au 3 mars, une exposition sur le Théâtre de la Renaissance, organisée sur la demande de l'Université de Lyon, à l'occasion de la Quinzaine Shakespeare.

Cette exposition groupait :
I° Une exposition itinérante organisée par les soins du Musée pédagogique de Paris sous la direction de Mr Jacquot, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique. Cette exposition groupait des panneaux avec reproductions de documents et de nombreuses maquettes de théâtres du XVIe et du XVIIe siècles.
2° Des estampes et des ouvrages groupant certaines éditions de pièces du théâtre élizabéthain (certaines empruntées à la Bibliothèque nationale) et du théâtre espagnol, et surtout des séries de livres et de livrets illustrés lyonnais et italiens, relatifs aux entrées, aux tournois, aux fêtes de cour et aux représentations théâtrales du XVIe et du XVIIe siècles.

Organisée, avec l'aide de professeurs de l'Université, par le Centre régional de documentation pédagogique qui en a assuré la publicité, cette exposition a attiré en onze jours 2 435 personnes, dont 1 022 lycéens et 1 413 personnes isolées. 350 visiteurs sont en particulier venus le dernier jour.

Orléans (Loiret).

Exposition Max Jacob : L'homme, le poéte et le pénitent (7 mars-II mai 1964). - Depuis vingt ans, fidèles à sa mémoire, les amis de Max Jacob retrouvent chaque année le chemin de Saint-Benoît-sur-Loire. A l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort, la Bibliothèque et le Musée d'Orléans se sont associés à cette commémoration par une double exposition, l'une consacrée à l'homme et l'écrivain, l'autre à son œuvre graphique.

Le concours de nombreux amis de Max Jacob et de leur Association, présidée par Mr Jean Denoël, ainsi que celui de plusieurs établissements - Bibliothèque nationale, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Bibliothèque et Musée de Quimper, Archives du Loiret - ont permis à la Bibliothèque municipale d'Orléans d'offrir au public un ensemble assez complet et représentatif.

L'œuvre de Max Jacob, sous ses divers aspects, reste encore mal connue; plusieurs écrits demeurent dispersés et inédits. C'est d'ailleurs la chance de la Bibliothèque d'Orléans d'avoir pu acquérir d'eux d'entre eux : la comédie composée sur le thème du Terrain Bouchaballe et la correspondance de Max Jacob avec Maurice Sachs.

L'exposition a donc permis un rassemblement' dont le catalogue, édité à cette occasion, permettra de conserver la trace. Mme René Guy Cadou, bibliothécaire, s'est consacrée à cette tâche. Ce regroupement a été effectué dans le cadre des grandes périodes de la vie de Max Jacob. Décrire l'exposition, c'est donc retracer sa vie d'écrivain.

Parmi les premières pièces remarquées, on peut citer ses diplômes de licence en droit, dont l'authenticité a suscité une controverse dans le Figaro littéraire. Vint ensuite la période montmartroise, au cours de laquelle Max Jacob participa à la naissance du cubisme et se lia avec Picasso, Braque, Modigliani, Reverdy, Apollinaire, Mac-Orlan, Salmon. C'est l'époque de ses premières œuvres. C'est aussi celle où la vision du Christ provoque sa conversion au catholicisme, au sérieux de laquelle ses amis ne voudront pas croire et qui pourtant marquera désormais toute sa vie. Il est baptisé en 1915, avec Picasso comme parrain.

En 1917 parut Le Cornet à dés, préparé de longue date avec ses préfaces de 1906 et 1916, dont l'exposition a présenté les manuscrits, et qui venait renouveler le poème en prose en introduisant le cubisme en littérature. Et en 1919 ce fut La Défense de Tartuffe dont le recul du temps fait apparaître la valeur profondément significative pour la connaissance de cet homme si divers et si difficile, à saisir. Cinématoma illustre précisément un autre aspect : l'incomparable analyste de caractères.

En 192I, Max Jacob se retire à Saint-Benoît. « Trouvez votre cœur et changez-le en encrier, » a-t-il écrit un jour. Effectivement sont publiés à cette époque : Le Dos d'Arlequin, Le Laboratoire central, Matorel en province, Art poétique, Le Terrain Bouchaballe, Le Cabinet noir. Avec les poèmes de Morven le Gaëlique, c'est le Breton qui nous apparaît; et il collabore avec Julien Lanoë qui, à Nantes, publie La Ligne de cœur.

De 1928 à 1936, Max Jacob retourne à Paris. Il écrit Sacrifice impérial, Rivage et travaille avec les musiciens : Poulenc, Sauguet, Auric,... Mais il revient, cette fois définitivement, à Saint-Benoît. Le pénitent prend la première place, sans cependant cesser d'exercer son influence sur toute une génération de jeunes poètes et peintres. Il reçoit d'incessantes visites, car l'amitié tient un rôle essentiel chez Max Jacob, et entretient une correspondance assidue. Chaque matin, il s'astreint à écrire une méditation.

Et c'est la guerre, l'occupation. Les Allemands lui rappellent ses origines juives : un Max Jacob à l'étoile jaune n'est pas un des documents les moins saisissants. Et enfin survient l'arrestation et, quelques jours plus tard, le 5 mars 1944, la mort à Drancy. En 1949, ses amis ramènent son corps à Saint-Benoît, ce que rappellent six photographies émouvantes.

De nombreux dessins de Max Jacob sont venus illustrer les manuscrits, comme des photographies et des portraits par Picasso, de Belay, Dépaquit, Cadou. Diverses pièces ont aussi trouvé place : tel le registre des visiteurs de Saint-Benoît, où Max Jacob, qui ne le signait jamais, écrivit, quelques jours avant son arrestation : Max Jacob 192I-1944.

Dans une conférence donnée le soir de l'inauguration à la Bibliothèque, Mr Secrétain, Maire d'Orléans, mais ici avant tout ami de Max Jacob, devait souligner, en attirant l'attention sur la réédition de la Défense de Tartuffe et la remarquable préface que lui a consacrée le père Blanchet, qu'avec ce vingtième anniversaire, se terminait le temps des commentaires de poètes et commençait celui des exégètes.

Versailles (Seine-et-Oise).

Exposition : Les grands livres du demi-siècle. - Les Amis de la Bibliothèque de Versailles se sont réunis, le samedi 7 décembre, dans la Galerie des Affaires étrangères.

A l'issue de l'Assemblée générale, Mr Pierre-André Weill, un des grands serviteurs de la bibliophilie actuelle, traça au cours d'un exposé simple, émouvant et lumineux, l'historique et les tendances du livre illustré de ce demi-siècle.

Une présentation d'œuvres illustrées par les maîtres contemporains occupait une quinzaine de vitrines. Les artistes versaillais du livre, René Aubert, René-Jean Clot, Brechenmacher ou Lemagny, y figuraient avec honneur, sans oublier les éditeurs d'art qui aident les talents à se découvrir et à se faire connaître.

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Bibliothèque universitaire centrale des étudiants malades (B.U.C.E.M.). (1/4)

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Bibliothèque universitaire centrale des étudiants malades (B.U.C.E.M.). (2/4)

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Bibliothèque universitaire centrale des étudiants malades (B.U.C.E.M.). (3/4)

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Bibliothèque universitaire centrale des étudiants malades (B.U.C.E.M.). (4/4)

  1.  (retour)↑  Voir : B. Bibl. France, n° 1, 1957.