entête
entête

Tout savoir de PNB,  huit heures pour comprendre

Journée PNB – Réseau Carel – 08 mars 2016

Isabelle Dauphin

Le 8 mars 2016, a eu lieu à La Médiathèque de Levallois une journée organisée par Réseau Carel (Coopération pour L’Accès aux Ressources Numériques en bibliothèques) consacrée au Prêt Numérique en Bibliothèque.

Devant une assemblée nombreuse et majoritairement constituée de bibliothécaires, la présidente de Réseau Carel, Sophie Perrusson, annonce les objectifs de cette rencontre : mieux se situer face à l’offre PNB et être à même de faire des choix pour mieux servir les publics des bibliothèques, « celles-ci devant être en phase avec l’évolution de la société ». Propos repris par l’adjoint au Maire délégué à la Culture, Stéphane Decreps, qui explique la volonté qui a présidé à la construction de l’établissement qui accueille cette journée : un espace ouvert, « agora et living room » de la cité. Conscient des enjeux du virage numérique (la Ville de Levallois s’y est engagée depuis 2001), il précise qu’« on ne peut ignorer que cela fait évoluer nos services » et il recentre la mission du bibliothécaire sur son rôle de médiateur culturel.

Le programme de la journée s’annonce chargé. Après un état des lieux, tables rondes et retours d’expériences se succèderont pour évoquer les enjeux de PNB aujourd’hui.

PNB aujourd’hui, comment ça marche ?

Créé en 2013, « PNB est un projet interprofessionnel piloté par Dilicom et soutenu par le Centre national du Livre. Il a été conçu comme un dispositif d'échange d'informations entre éditeurs, libraires et bibliothèques, afin de faciliter le développement d'offres de livres numériques pour les bibliothèques ». (Extrait du site de Réseau Carel).

Dilicom, une structure interprofessionnelle
au centre du dispositif

Insistant sur l’essence de ce projet collectif, Véronique Backert, directrice de Dilicom, parle de PNB comme d’un acte politique, né de la volonté d’un groupe de professionnels des différents secteurs du livre. PNB est, dit-elle, un « écosystème raisonné dans un environnement libéral », où le rôle de Dilicom, grâce à une infrastructure mutualisée, est de faciliter les échanges entre les acteurs de la chaîne en offrant à tous un langage commun, des bases de données bibliographiques, des bases de données partenaires, et une plateforme d’échanges à laquelle librairies et bibliothèques se raccordent.

Pour Dilicom, il s’agit de fournir un dispositif fiable assurant le même niveau de service à tous, de veiller à faire comprendre l’esprit du dispositif, ses impératifs techniques et d’accompagner à l’utilisation de PNB.

PNB est encore en construction, conclut Véronique Backert, et évoluera en fonction des avancées technologiques et des remontées des utilisateurs et des partenaires.

Une question soulève la problématique des données personnelles : « le seul élément conservé est la bibliothèque d’origine du lecteur », rassure Dilicom, permettant ainsi d’établir des statistiques, notamment sur le taux de pénétration du numérique sur les territoires.

Ceci introduit l’intervention suivante, très attendue par certains. Cécile Queffelec, chargée de mission Ressources numériques, Bureau de la lecture publique au Ministère de la Culture et de la Communication, précise le rôle du Ministère auquel la mission d’évaluation du projet a été dévolue dès l’origine.

Le ministère, un acteur neutre en charge de l’évaluation

S’appuyant sur les 12 recommandations pour une diffusion du livre numérique par les bibliothèques publiques signées le 8 décembre 2014, la représentante du Ministère précise que deux intéressent particulièrement PNB : « les bibliothèques doivent avoir accès à l’intégralité de la production numérique offerte aux particuliers » et « la possibilité de suivre et de partager les statistiques sur l’offre et les usages ».

De tête, la représentante du Ministère donne les chiffres de la première évaluation :

37 librairies, 116217 notices (ce qui ne veut pas dire autant de titres), environ 60 % de fiction, 955 éditeurs, 60 bibliothèques utilisatrices de taille différente (France, Suisse et Belgique)

En 2015, ce sont 16 000 acquisitions de licences (12 000 en France) pour 60 000 prêts dont 41 000 en France par 53 bibliothèques (31 sont des réseaux : agglomération, intercommunalité ou BDP), avec une forte augmentation des prêts sur les derniers mois de 2015. Comparés au modèle canadien (2 millions de prêts en 2015) ces chiffres sont modestes, mais le projet québécois, mis en service en 2011, couvre un réseau de taille et de nature différentes.

L’offre actuelle correspond à plus de 50 % de celle proposée aux particuliers. Le Ministère se félicite de la croissance rapide de l’offre, multipliée par 5 en quelques mois, avec l’entrée de nouveaux distributeurs dans le dispositif.

Réseau Carel : quand des bibliothécaires négocient
avec des éditeurs

Les éditeurs fixent le prix PNB du titre et mettent en place leurs conditions. Des bibliothécaires du Réseau Carel, Guillaume de La Taille et Alexandre Lemaire, les ont rencontrés pour un échange constructif, où chaque partie a pu entendre les contraintes, enjeux et besoins de l’autre.

L’exemple de pays montrant que le prêt en bibliothèque peut booster les ventes de livres numériques et lutter contre le piratage, contribue à convaincre les éditeurs que la bibliothèque peut être leur alliée dans le développement de ce marché.

Pour les bibliothèques, un des objectifs à ces négociations est d’obtenir une offre plus souple, notamment en nombre de « jetons », durée de la licence et nombre d’emprunts simultanés, afin que toutes les structures, même les plus petites, puissent bénéficier de PNB. Obtenir une différenciation des conditions entre nouveauté et titre de fond fait aussi l’objet des discussions.

Depuis ces rencontres, certains groupes éditoriaux ont revu favorablement leurs conditions.

Petit lexique PNB

Pour bien comprendre PNB, on ne devrait plus parler de livre mais de droit : un droit d’exploitation (la licence) sur un temps donné. Ainsi un livre numérique est un droit auquel sont attachées des fonctions.

Celles-ci varient selon les groupes d’éditeurs :

Le nombre de jetons = le nombre de téléchargements autorisés sur 1 titre acheté (entre 20 et 50 jetons généralement)

Le prix du titre

La durée de la licence (actuellement de 3 ans à illimité selon les groupes éditoriaux)

Le nombre d’emprunts simultanés autorisé pour un même titre

La durée maximale du prêt (59 jours pour rester en deçà d’une surfacturation des Digital Rights Management d’Adobe).

    Pour aider les bibliothécaires à mieux lire le catalogue PNB, Réseau Carel a construit deux outils d’analyse, qui, par groupe éditorial et par éditeur, comparent les offres avec un système d’indicateurs permettant la comparaison malgré des conditions différentes. Grâce à ces éléments, chaque bibliothèque peut ajuster sa politique d’acquisition.

    PNB pour ma bibliothèque, est-ce possible et à quels coûts ?

    En préambule de cette première table ronde, Marc Maisonneuve (Tosca Consultants) explique qu’il convient de distinguer les coûts d’initialisation des coûts récurrents.

    Dans les premiers, on trouve un coût d’adaptation de l’infrastructure informatique (portail ou SIGB existant) ou un coût de mise en œuvre d’un service en ligne, auquel s’ajoute un coût de formation du personnel. Car dans un métier en évolution, le bibliothécaire d’aujourd’hui doit posséder une culture numérique et des savoir-faire adaptés.

    Dans les coûts récurrents, se trouvent les coûts de maintenance informatique (ou un coût d’abonnement au service en ligne), les coûts d’acquisition des titres et la contribution aux frais de fonctionnement de Dilicom (de 30 euros pour les villes de moins de 20 000 habitants à 350 euros annuels)

    Ouvrant les échanges, Xavier Galaup, président de l’ABF, se réjouit que des concertations interprofessionnelles aient pu faire avancer les choses sur la lecture numérique en bibliothèque, même s’il regrette que d’autres modèles que PNB, notamment un système de bouquet avec facturation à l’usage, n’aient pu être proposés. Il engage les bibliothécaires à continuer à faire progresser cette expérimentation.

    Une expérience de mutualisation

    Caroline Kolb, responsable des services numériques de la BDP du Bas-Rhin, fait part de l’expérimentation PNB au sein d’un réseau de 205 bibliothèques, 180 salariés dont 55 à la BDP et 2200 bénévoles : ici l’offre PNB s’inscrit dans une offre plus large de ressources numériques (presse, VOD) et de prêts de liseuses et tablettes. PNB a démarré en 2014 avec Cantook Station de De Marque et Feedbooks comme libraire après des expériences antérieures avec Numilog et Epagine. Mais ayant groupé dans une même enveloppe l’intégration de la plateforme et l’achat des titres, la partie technique de PNB a exceptionnellement grevé de 55 % le budget acquisitions 2015.

    Fin 2015, ce sont 400 titres, 363 usagers, avec une moyenne de 200 prêts par mois.

    La formation du personnel, et en particulier des bénévoles, est un point déterminant : ainsi le parc de liseuses est destiné aux professionnels afin qu’ils s’approprient le numérique avant de pouvoir en faire la promotion auprès des usagers.

    Une impulsion donnée par les élus

    À Carquefou, 19 000 habitants, Brigitte Noël, chef de projet ressources numériques, a engagé la médiathèque vers le numérique à la suite d’une demande de ses élus en 2013. Après une phase test en 2014 avec prêt de liseuses préchargées, PNB est lancé début 2015 : le choix est fait d’un service en ligne, BiblioOnDemand d’Archimed (2280 euros annuels). Pour la mise en route, le budget livres numériques était de 7500 euros, soit 13,5 % du budget d’acquisitions 2015. Il est de 8,5 % en 2016.

    Fin février 2016 : 600 titres, 300 inscrits sur 3900 et environ 120 prêts par mois. Au sein de l’équipe, formation, polyvalence et redistribution des fonctions ont été nécessaires pour le projet.

    Un service intégré au nouveau site

    À Saint Brieuc agglomération, PNB est tout neuf, annonce Cécile Thierry, directrice adjointe de la bibliothèque municipale : il a été mis en service fin 2015 avec une authentification unique via le nouveau site Internet. La volonté des élus a lancé PNB, ici dans le cadre d’un projet d’intérêt communautaire visant à offrir des ressources physiques et numériques à toutes les communes (14 de tailles diverses) et assurant partout la même qualité de service.

    Ici, pas de coût d’initialisation, l’intégration de PNB faisant partie du logiciel et du site.

    Côté acquisitions, la ville de Saint-Brieuc dispose d’un budget annuel fixe de 10 000 euros pour les livres numériques.

    L’aide publique pour les projets PNB

    David-Georges Picard, conseiller livre à la Direction Régionale des Affaires Culturelles Ile-de-France reprend la notion d’écosystème raisonné, « une bonne description de la politique publique ». Il explique que l’État intervient en fonction de la qualité et de la valeur ajoutée de PNB dans le projet de service de l’établissement. Les DRAC peuvent accompagner les bibliothèques dans l’interface avec les professionnels du livre, la construction des dossiers, la définition des dépenses éligibles ou encore le soutien des dossiers auprès des élus.

    En Ile-de-France, la part de la DRAC peut atteindre 70 % du coût du projet. Cette part peut toutefois varier selon les régions.

    La matinée se termine avec un « osez l’innovation » qui met en appétit.

    L’après-midi est consacrée aux lecteurs :
    que pensent-ils de PNB ?

    La deuxième table ronde de la journée permet de faire un tour d’horizon de différentes expériences d’utilisation.

    À Brumath, une formule grand luxe

    Le premier retour est celui de Habiba El Bakali, bibliothécaire du réseau de la BDP du Bas-Rhin. Ouverte en 2013, la bibliothèque de 3500 abonnés a grandi avec le livre numérique. L’offre numérique est ici fournie par la BDP, « formule grand luxe » où ne restent « que la promotion et la médiation », ce qui suppose de former le personnel, 5 salariés et 51 bénévoles, sinon « il n’y a pas de continuité du service public ». Les profils de lecteurs numériques sont plutôt séniors, plutôt féminins, et plutôt lecteurs en transports en commun.

    À Grenoble, une enquête sur les usagers

    Guillaume Hatt, responsable du service informatique aux bibliothèques, donne quelques résultats extraits d’une enquête menée avec l’ENSSIB en 2014.

    Avec 1000 titres, ce sont ici 1000 à 1200 lecteurs (3 % des inscrits) et 10 000 prêts sur 1 an de fonctionnement du service, offert via la plateforme Bibook, dont plus de 50 % en fiction et avec un rapport de 16 prêts adulte pour 1 jeunesse, (ce qui est corrélé à l’offre). 70 % des utilisateurs lisent via des PC (ce qui inclut les liseuses), 20 % sur tablettes et 7 % sur smartphones. On note une majorité de femmes, un lectorat plutôt âgé et des CSP plus.

    L’enquête a fait ressortir la nécessité de simplifier l’accès au livre numérique.

    Grenoble insiste donc sur la médiation avec des ateliers techniques et la mise en place de communautés de lecteurs numériques (blog).

    À Carquefou, proximité et relations privilégiées

    Ici, le premier contact avec PNB se fait en direct. Pour s’inscrire au service, l’usager vient à la médiathèque. Aujourd’hui, il y a 300 lecteurs sur 3500 inscrits dont 20 % de séniors (contre 11 % de la totalité du lectorat global) et 30 % d’utilisateurs réguliers. Beaucoup d’emprunts se font pour les voyages et les vacances avec un fort sentiment de liberté face à la contrainte des horaires d’ouverture. Ici aussi, la médiation, ne serait-ce qu’une assistance technique, apparaît indispensable.

    Vers une expérience utilisateur simple
    dans un environnement mobile

    Dans un contexte où le Web se déplace vers le mobile, affirme Hadrien Gardeur (Aldiko), les attentes des usagers changent vers un besoin accru de fluidité. Aujourd’hui, il est nécessaire d’avoir au minimum un site responsive design, un espace dédié au livre numérique et une authentification unique.

    Orientée vers un avenir mobile, l’application Aldiko (Feedbooks) a développé récemment plusieurs fonctionnalités simplifiant considérablement l’accès au livre numérique et l’ « expérience utilisateur ».

    Tous ces témoignages montrent que, dans une période encore pionnière de PNB, les freins à l’usage sont d’ordre technique et qu’il faut se concentrer sur la simplification de l’utilisation et sur la médiation via des professionnels formés.

    La journée finit sur une note light
    : la Licensed Content Protection

    Directeur technique de EDRLAB, antenne de la fondation américaine Readium, chargée de promouvoir l’Epub en Europe, Laurent Le Meur rappelle la légitimité des DRM, notamment pour la gestion des droits de prêts en bibliothèque.

    Il présente LCP, une DRM light concentrée sur les droits d’utilisation, avec une expérience utilisateur simple, loin du système contraignant des DRM d’Adobe. À l’horizon 2017, il suffira avec LCP d’un simple mot de passe pour l’utilisateur. Du côté des bibliothèques, la gestion sera simplifiée (coût annuel, possibilité de prolonger les emprunts…)

    En bref, un système visant l’interopérabilité, l’accessibilité et la flexibilité, qui permettrait d’atteindre cette simplification attendue par tous, acteurs et utilisateurs de PNB.

    Alors PNB, prêt à vous lancer maintenant ?

    Pour aller plus loin :

    PNB sur Réseau Carel

    Le schéma complet du système PNB ainsi que sa dynamique de fonctionnement sur Lettresnumériques.be

    Les chiffres clefs présentés lors de la journée et publiés ensuite par le Ministère de la Culture et de la Communication sur son site.

    Le diaporama de la table ronde, PNB pour ma bibliothèque à quels coûts par Marc Maisonnneuve avec tous les chiffres.

    Les billets publiés sur Enssilab (site de l’Enssib) : Pratiques d’emprunts de livres numériques en bibliothèques, la plateforme grenobloise Bibook : épisode 1, épisode 2, et épisode 3.

    Le site d’EDRlab