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Pour publics avertis…

Journée d’étude Médiadix – 21 janvier 2016

Cécile Banizet

Marjorie Philippot

La journée d’étude sur l’érotisme Pour adultes avertis... a été organisée par Mediadix en partenariat avec l’ABF, faisant écho à la parution du numéro 81/82 de la revue Bibliothèque(s) consacrée à l’érotisme et aux littératures sentimentales. La journée d’étude s’est tenue le 21 Janvier 2016 à l’IUT de Saint-Cloud (Pôle métiers du livre), elle a été dédiée à Bertrand Calenge en soulignant son rôle important dans la compréhension des mauvais genres dans les collections. La journée s’est déroulée en deux temps : durant la matinée, des spécialistes du domaine ont proposé un vaste panorama de la production érotique, à commencer par un rappel historique et juridique concernant la littérature érotique en France, de la répression à la légitimation. Ensuite a été mis en perspective la production foisonnante actuelle, en rappelant les maisons d’éditions spécialisées en la matière (La Musardine, pour n’en citer qu’une, véritable lieu ressource notamment pour les bibliothécaires). Une enquête sociologique du phénomène 50 nuances de Grey est venue compléter ce panorama de la production contemporaine, analysant cet engouement qui propulse la littérature érotique en tête d’affiche ces dernières années. La matinée a été relayée dans Le Monde des Livres avec un article sur Les dessous d’un sex-seller 1.

Durant l’après midi, la parole a été donnée à des professionnels des bibliothèques qui se sont interrogés sur la place du genre érotique en bibliothèque et sur la constitution d’un tel fonds. L’érotisme est un mauvais genre spécifique en bibliothèque, les classiques existent et figurent dans les fonds mais le suivi de l’actualité provoque souvent une gêne ou un désintérêt. L’initiative d’en constituer un fonds doit ainsi reposer sur une politique documentaire claire concernant les documents à acquérir pour les justifier face aux collègues et à la hiérarchie. Dans le cas de la bibliothèque parisienne Charlotte Delbo, le responsable du fonds érotique, intervenant à la journée d’étude, fait le choix de documents exclusivement littéraires et au contenu fort explicite. Cela soulève la question de l’accessibilité du fonds : à Charlotte Delbo il a été convenu d’une section Eros en marge des autres collections, tandis qu’aux bibliothèques de Boulogne-Billancourt et de Strasbourg, le fonds érotique est dispatché et intégré aux collections, identifiable par des pastilles de couleur. La localisation du fonds dépend de son contenu, il n’y a pas de norme pré-établie. Il en est de même concernant la visibilité par le public jeunesse, qui a été un point largement débattu durant la journée. Les fonds spécifiques constitués jusqu’à présent sont à destination d’un public adulte. Les bibliothécaires choisissent alors de surveiller et de contrôler les emprunts individuellement, voire de bloquer informatiquement l’emprunt aux mineurs, mais l’installation de bornes automatiques remet en cause ce système. Ainsi, chaque fonds a ses spécificités, en accord avec le contenu qu’il propose. La journée d’étude ouvre ainsi le champ des possibles en matière d’érotisme, le tout étant de clarifier sa politique d’acquisition afin de mettre en oeuvre les modalités adéquates 2. La discussion est loin d’être close et s’est poursuivie sur le forum Agorabib 3 de l’Association des Bibliothécaires de France.