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Open Access et nouvelles formes de publication scientifique

Université Paris Nanterre – 8 décembre 2016

Nicolas Garrec

A l’occasion de l’inauguration du portail Hal (Hyper Articles en Ligne) de l’Université Paris Nanterre, s’est tenue une journée d’étude dédiée à l’Open Access et aux nouvelles formes de publications scientifiques. Alors que l’Open Access connaît un essor international, cette journée d’étude a été l’occasion d’analyser le paysage de l’édition numérique tout en échangeant sur différentes expériences. Comment s’organise actuellement l’édition en Open Access, quelles initiatives sont prises et quelles sont ses perspectives ? Toutes ces interrogations permettent de nourrir le débat sur l’avenir de l’édition scientifique.

La journée d’étude a été introduite par la présentation du portail Hal par Isabelle Rivoal (vice-présidente en charge des politiques documentaires, diffusion et valorisation scientifiques à l’Université Paris Nanterre). Ouvert en juillet 2016, le portail Hal Paris Nanterre a déjà accueilli près de 4500 dépôts depuis son lancement ; d’ici 2018, plus de 30 000 notices supplémentaires devraient être signalées. Le dépôt n’étant pas obligatoire, il est crucial de sensibiliser les chercheurs à la nécessité de déposer en Open Access et de les accompagner dans leur démarche. La question de l’information auprès des chercheurs a suscité des réactions des acteurs de l’Open Access qui sont régulièrement confrontés aux craintes des chercheurs d’être plagiés. C’est pourquoi un dispositif d’accompagnement au dépôt a été mis en place à l’Université Paris Nanterre.

Lionel Maurel a présenté la loi pour une République numérique, adoptée le 7 octobre 2016. Elle accorde à tout chercheur un droit d’exploitation secondaire tout en préservant les intérêts des éditeurs commerciaux. Dorénavant, un auteur peut diffuser librement ses travaux après un délai de six mois à un an si son activité de recherche a été financée au moins pour moitié par des fonds publics. Cette table ronde a suscité de nombreuses réactions concernant les éditeurs étrangers, qui par leurs pratiques ont suscité le mouvement Open Access. Selon Lionel Maurel, la nouvelle législation est étendue à ces éditeurs.

Les échanges se sont poursuivis au cours d’une seconde table ronde relative aux deux voies de l’Open Access. Isabelle Autran (directrice des presses universitaires de Paris Ouest) a présenté son choix de valorisation en Gold Open Access qui est selon elle compatible avec l’édition commerciale et valorise davantage les publications. Christine Berthaud (directrice du Centre pour la Communication Scientifique Directe –CCSD–), a présenté la voie verte à partir de l’exemple d’Hal. Les intervenants ont été unanimes pour souligner que les réseaux sociaux de la recherche, présentés par Odile Contat, ne constituent pas une véritable offre en Open Access car la pérennité et la ré-exploitation à but uniquement non lucratif ne sont pas garantis.

Certains établissements rendent obligatoire le dépôt des travaux scientifiques en Open Access. Paul Thirion (directeur du réseau des bibliothèques de l’université de Liège), a présenté l’expérience de leur archive ouverte institutionnelle Orbi. Depuis 2007, seules les publications déposées sur cette plate-forme sont prises en compte dans toutes les procédures d’évaluation ou d’attribution de crédits. Le rôle de Google dans le référencement de la recherche a fait débat au cours de la table ronde. Pour Paul Thirion, la recherche des publications en Open Access se fait très souvent directement via Google ou Google Scholar au lieu d’utiliser les plates-formes institutionnelles. Il s’est montré inquiet de la place prise par Google dans le développement de la recherche. Cette prise de conscience est liée à un événement survenu à l’été 2014 lorsqu’il a constaté une chute dramatique des téléchargements sur Orbi intervenue suite au changement des méthodes de fouilles des répertoires institutionnels par Google. Certains participants semblaient craindre une intrusion du géant du web dans l’édition scientifique tandis que d’autres l’envisageaient davantage comme un outil supplémentaire.

Une troisième table ronde s’est intéressée aux nouvelles formes d’éditions scientifiques mieux adaptées au travail des chercheurs. Episciences, gérée par le CCSD, propose une plate-forme d’examen par les pairs par l’intermédiaire d’épi-revues, revues électroniques bâties à partir d’articles déposés nativement en libre accès. Sorte de « surcouche » aux archives ouvertes, elles sont une alternative aux modèles économiques existants mais ne concurrencent pas les éditeurs. Les articles acceptés par les comités d’édition sont labellisés puis publiés sur Episciences ; ceux refusés restent disponibles en pré-print sur la plate-forme. A partir de la revue VertigO, le sociologue Julien Bordier a mené une étude sociologique sur le Peer reviewing via les plateformes Revues.org et Hypotheses. Les articles d’auteurs volontaires étaient publiés et leur évaluation était disponible en ligne tandis qu’ils étaient également soumis à une évaluation classique par les pairs. Les articles présentant des problèmes formels étaient publiés et pouvaient être commentés afin d’être améliorés. Son étude a démontré que les chercheurs sont plutôt favorables au Peer Reviewing ; cependant, il semble nécessaire que l’évaluation par les pairs associe l’accessibilité aux commentaires et l’identification de leurs auteurs.

En ce sens, The Self-journal of science est né de la volonté d’évaluer un article en fonction de sa valeur scientifique plutôt que selon le prestige de la revue qui le publie. Michaël Bon dénonce la politique du « publier ou périr » qui émane de la toute-puissance des comités de publication. Il en découle une absence de communication entre chercheurs, un conservatisme et des effets de mode. Michaël Bon prône un retour à la symétrie entre chercheurs pour que l’évaluation et le débat renaissent. En effet, le Peer rewieving est conçu comme un processus communautaire dans lequel l’évaluation se fait par émulation. L’objectif est de convaincre un maximum de ses pairs au lieu de lutter pour la notoriété. Dans cette optique, The self-journal of science propose des articles interactifs qui peuvent être commentés et discutés dans des forums ouverts pour chaque article. Il fonctionne comme un blog par inscription avec une adresse institutionnelle pour éviter tout problème de modération. Les articles publiés sont annotés et commentés de manière transparente par la communauté des chercheurs pour les améliorer. Michaël Bon a été interrogé sur le modèle économique de son initiative. Selon lui, puisque la science est autogérée, il n’y a plus besoin d’intermédiaire entre les scientifiques, et le système ne dépend plus que du seul coût du stockage.

La présentation de Sarah Gensburger a permis d’évoquer les carnets de recherche qui s’apparentent aux blogs mais visent les communications de la recherche. Ils sont un état de la recherche en cours, à la manière des carnets de notes qu’utilisent les chercheurs au cours de leurs travaux.

Sarah Gensburger a constaté que de plus en plus de chercheurs ouvrent des blogs personnels sur des plates-formes grand public au milieu d’autres blogs personnels, sans garantie de pérennisation ou de visibilité professionnelle. Les carnets de l’Institut d’histoire du temps présent ont été fondés pour échanger dans le temps court et informer les citoyens. Ces carnets de recherche fonctionnent à la manière d’un blog afin d’avancer dans la recherche à un rythme différent. Cette démarche s’est montrée particulièrement pertinente pour l’étude à court terme des événements qui ont suivi l’attentat de 2015 au Bataclan. Les remarques des intervenants ont permis de dresser le constat d’une complémentarité des approches de l’Open Access malgré leurs différences.

Une dernière table ronde a permis de partager diverses expériences sur la diffusion des matériaux et des données de la recherche scientifique. Aurore Cartier (SCD Paris-Descartes), a expliqué les modalités des nouvelles mesures européennes qui tracent une nouvelle voie pour l’Open Access. La Commission européenne incite en effet depuis 2006 les chercheurs à déposer leurs travaux lorsqu’ils sont financés par le public. Le dépôt est même obligatoire pour les chercheurs participant au projet européen Horizon 2020, qui doivent produire un plan de gestion des données. Ces mesures concernent également les données de recherche pour les projets du pilote Open Research Data. Aurore Cartier a expliqué comment l’université Paris Descartes aide les chercheurs dans leurs démarches.

Hans Ijzerman (sociologue à l’Université d’Amsterdam), a partagé son expérience de l’utilisation de l’Open science framework (OSF), logiciel open source qui facilite la collaboration dans la recherche. En plus d’être un outil de diffusion, l’open science framework permet un partage des données de la recherche et une meilleure collaboration entre chercheurs via un accès privé, en lien avec d’autres services d’échange de données comme Dropbox. L’utilisation de plateformes privées a fait réagir Aurore Cartier qui a fait remarquer que les bibliothécaires sont très attentifs à la protection des données et alertent régulièrement les chercheurs sur cette question. Hans Ijzerman s’est au contraire montré rassurant, avançant que la sécurité de ces plateformes s’était améliorée et qu’il n’avait jamais constaté de failles.

Autre option pour mettre en commun les matériaux de la recherche, la plateforme Nakala permet aux chercheurs de stocker et rendre accessibles leurs données. Ce service d’exposition de données est né du constat que de nombreux projets de recherche ne disposaient pas d’infrastructures numériques nécessaires permettant un accès persistant et une interopérabilité de leurs données numériques. Nakala propose des services d’accès aux données, de présentation de métadonnées et d’éditorialisation. Ghislaine Glasson Deschaumes (chef du projet labex Les passés dans le présent) a exposé comment le choix de cette plateforme permet de participer à de grands chantiers de la recherche à travers la mise en commun des données.