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Mobilisation livre et lecture

Pilotage, animation en territoire, espaces dédiés – Paris, 26 mars 2019

Marie Roumane

Sophie Courtel

Cette journée a été organisée conjointement par la Bpi (Bibliothèque publique d’information), les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale.

Après une introduction par Christine Carrier, directrice de la Bpi, Ghislaine Desbuissons, chef de la mission de l’accompagnement et de la formation au sein du ministère de l’Éducation nationale, a rappelé les objectifs du ministère pour les années à venir, en soulignant que 2 millions d’euros seront débloqués pour le développement des bibliothèques scolaires :

Cette action est formalisée sous forme d’un vade-mecum détaillé sur le site du ministère.

Après cet état des lieux, Nicolas Georges, directeur adjoint de la DGMIC (direction générale des médias et des industries culturelles), a rappelé l’importance des partenariats entre les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale. Les contrats territoire-lecture (CTL) en sont l’élément cadre : ils incluent les conventions avec les associations comme « Lire et faire lire » ou le « Labo des histoires » ; ou encore l’opération « Premières pages » (créée en 2009), pilotée par les bibliothèques, qui a pour but de sensibiliser les familles, notamment les plus fragiles et les plus éloignées du livre, à l’importance de la lecture, et ce, dès le plus jeune âge.

Ces contrats sont d’autant plus importants que les enquêtes décennales des pratiques culturelles des Français montrent une baisse régulière de la lecture, et plus particulièrement chez les jeunes. C’est à ce constat qu’a voulu répondre cette journée riche en projets locaux ou nationaux.

Mobiliser en faveur du livre et de la lecture : leviers, réalisations, perspectives dans le premier degré

Pour inaugurer la première partie de journée, le maître de conférences honoraire en littérature et langage Max Butlen est revenu sur l’histoire des Bibliothèques Centres de documentation (BCD), qui ont été longtemps délaissées ou réduites à de simples dépôts de livres, peu ou pas entretenus. D’une dizaine en 1976, on en recense près de 5 000 en 1987. À la fin du XXe siècle, 70 % des écoles en sont équipées. Aujourd’hui, le ministère souhaite relancer l’action des BCD, en les utilisant comme outils de développement de l’éducation aux médias. Elles sont aussi le relais des listes de référence, élaborées en vue de la construction d’une première culture littéraire partagée (une sélection de 300 titres pour chaque cycle, est accessible sur le site Eduscol). Ces listes sont cependant insuffisamment connues et exploitées.

La lecture à l’école est un enjeu de démocratisation culturelle et une aide essentielle pour la maîtrise de la langue et du langage, comme le montre le guide Pour enseigner la lecture et l’écriture au CP ; mais aussi une introduction indispensable aux plaisirs diversifiés de la lecture (lecture à haute voix, mise en scène, silencieuse), importants dans les modes d’apprentissage de la lecture.

À titre d’exemple, Manuel Bock et Alexandre Quet, inspecteurs de l’académie de Rennes, reviennent sur les aspects concrets (formation, accompagnement au changement, fiches projet) du plan de développement des bibliothèques d’école en Bretagne, qui fait écho au plan de la lutte contre l’illettrisme.

Autre exemple, l’agence Quand les livres relient, association loi 1901, dirigée par Léo Campagne-Alavoine, met en place des projets de lectures partagées dès le plus jeune âge. Elle anime un réseau national qui rassemble des professionnels de la culture ainsi que des institutions dans le domaine du livre, de l’éducation et de la santé. Elle intervient dans les écoles pour créer du lien entre l’institution scolaire et les familles, en dehors des cours.

Enfin, Jean-Rémi François, directeur de la bibliothèque départementale de prêt des Ardennes, a clos cette première partie en soulignant l’aspect essentiel des conventions signées entre les bibliothèques et les écoles, qui permettent de travailler ensemble avec les partenaires du territoire.

Ainsi, lors d’une journée de rencontres, les équipes scolaires sont sensibilisées à l’importance de la formation en littérature jeunesse : les enseignants ont ensuite l’opportunité d’assister à une formation complète dans ce domaine chaque année. Pour la BDP, cette formation a pour objectif d’éviter des pratiques contre-productives en termes de lecture plaisir pour l’enfant. Elle s’inscrit d’ailleurs dans l’opération « Premières pages » avec l’agence Quand les livres relient.

Mobiliser en faveur du livre et de la lecture : leviers, réalisations, perspectives dans le second degré

Au cours de cette deuxième table ronde, de nombreux projets en faveur de la lecture ont été présentés.

À Grenoble, l’académie a mis en place un plan lecture, exposé par Pierre-Yves Pépin (IA-IPR EVS), dans le but de développer une vision stratégique d’actions inscrites dans la durée. Il a pour objectif de mobiliser la communauté éducative et les partenaires, de conjuguer des logiques d’apprentissage et des dispositions d’ordre général (comme l’inscription systématique des élèves à la bibliothèque municipale) et de rationaliser les interventions en termes de lieux, d’activités et de publics.

Au lycée des métiers Porte des Alpes de Rumilly, la professeur documentaliste Alexandra Bois a lancé un grand plan d’action de développement de la lecture : achat de liseuses, lectures du soir pour les élèves internes, rencontre avec des auteurs, mise à disposition de magazines et de lectures rapides dans divers lieux (salle des personnels, infirmerie, hall d’entrée), travail autour de la presse. La lecture doit être partout, dans tous les lieux et à tous moments de la journée.

Elle a également exposé son projet de Give Box, où les élèves ont pu construire une étagère de livres en carton, mise à disposition dans le hall d’accueil de l’hôpital de Rumilly.

Le « libre quart d’heure de lecture » de l’académie de Nancy-Metz s’inscrit dans la même logique. Jean-Michel Wavelet (IA-IPR EVS – Inspecteur d’académie-inspecteur pédagogique régional – Établissements et vie scolaire –, académie de Nancy-Metz) rappelle les objectifs de cette opération ui instaure un quart d’heure de lecture obligatoire dans les établissements (300 projets développés) : transformer une inquiétude en habitude, favoriser le vivre-ensemble par cette expérience du « lire-ensemble », lutter contre l’ennui de lire, diviser la difficulté de lire en quarts d’heure. Le silence libère la réflexion et fait découvrir l’intériorité. Les résultats se sont rapidement montrés satisfaisants : une meilleure concentration des élèves, des classes plus calmes, une émulation entre lecteurs, un accueil plus favorable aux œuvres proposées en cours de français, une augmentation des emprunts à la bibliothèque, un regain d’intérêt pour l’objet livre ainsi que pour d’autres formats (BD, romans, livres audio).

La question des espaces a ensuite été abordée.

Frédéric Kerbèche, directeur Éducation du département du Val-d’Oise, a montré que tous ces projets devaient s’accompagner d’un remodelage des espaces des CDI : comme les bibliothèques, ils peuvent devenir des « troisième lieux » où l’élève a envie de passer du temps et découvre la lecture dans d’autres conditions.

Laurent Jeannin, maître de conférences (université Cergy-Pontoise), a souligné l’importance de la nécessaire adaptation et réorganisation des espaces pour mobiliser la communauté éducative, en prenant en compte que 60 % des collèges ont été construits dans les années 1980.

Enfin, François Épinard, directeur de la lecture publique Savoie-Biblio, a présenté le prix alTerre ado, qui a fêté ses 10 ans en 2018. Six romans sélectionnés par un comité constitué de bibliothécaires et de professeurs documentalistes sont proposés dans le cadre de clubs de lecture. Les adolescents votent pour leur livre préféré. De nombreuses animations sont proposées (concours, énigmes, jeux) pour faire vivre la sélection et impliquer les jeunes lecteurs.

La lecture dans les pratiques culturelles des jeunes

Pour ouvrir l’après-midi, la sociologue Sylvie Octobre (ministère de la Culture) est revenue sur les grandes évolutions des pratiques culturelles des jeunes, en particulier dans leur relation à la lecture.

Les cultures juvéniles se caractérisent par la prédominance des technologies, l’accroissement de la place des médias et le règne de la pop culture qui remettent en question la définition même de la culture légitime. Elles s’inscrivent dans un rapport d’hybridation de la culture, à mi-chemin entre le virtuel et le réel.

Il est difficile de savoir si la baisse de la lecture chez les jeunes est inéluctable ou si elle sera à un moment freinée par une volonté de déconnexion. Cependant, on ne peut nier la mutation de leurs valeurs culturelles : d’après Sylvie Octobre, la société se dirige vers de nouvelles générations de l’image et du son, où la lecture littéraire occupe une position marginale, y compris chez les élites.

Elle incite cependant à prendre garde aux « paniques morales » engendrées par ces mutations, et à intégrer ces changements inéluctables. La lecture prend désormais des formes différentes, hybrides (par exemple, le webtoon, bande dessinée asiatique augmentée).

Enfin, elle conclut sur le défi autour de la trans-littératie, qui implique différentes manières de voir le monde : comment lit-on un film ? Comment peut-il nous aider à lire un livre ? Les rapports entre réalité et fiction en sont altérés, ce que montre le développement des infox, de l’alterscience et de certaines théories du complot auxquelles les jeunes sont particulièrement réceptifs.

Mobiliser en faveur du livre et de la lecture
dans tous les territoires

Après cette mise en perspective sociologique, la suite de l’après-midi a été dédiée à divers partenariats développés sur les territoires.

Agnès Defrance, chargée de mission Partenariats et relations extérieures à la médiathèque départementale de l’Hérault, a ainsi présenté le partenariat entre la médiathèque départementale Pierresvives et les CDI : une expérimentation est en cours autour d’un projet de CDI « troisième lieu », rendu possible par la mise à disposition d’un mobilier chaleureux et convivial, de collections loisir, de jeux de société, d’iPad et de liseuses. Le constat immédiat a été une hausse de la fréquentation, à confirmer sur le long terme. La BDP a également mis en place le serious game « Chut ! » sur la liberté d’expression, qui renforce les actions éducatives territoriales (AET) comme « Le temps presse », avec des journalistes et des dessinateurs dans des collèges, et « À vous de choisir », où les collégiens sélectionnent des documents qu’ils devront défendre ensuite devant leur classe.

Du côté de la région PACA, Amandine Tmayo (Agence régionale du livre) a relaté l’opération « Un livre pour les vacances », consacrée aux Fables de La Fontaine, qui a rencontré un franc succès : des centaines de livres ont été distribués à des élèves de CM2, dans les quartiers prioritaires de la ville, et de nombreux ateliers ont été organisés autour de ces textes, avant et après les vacances d’été.

Pour terminer cette table ronde, Bérengère Clément (IA-IPR – inspecterice d’académie-inspectrice pédagogique régionale de Lettres –, déléguée académique aux arts et à la culture à Lille), Laetitia Opigez (professeure de lettres-histoire-géographie au lycée des métiers Jacques Le Caron d’Arras, et chargée de mission DAAC – délégation académique aux arts et à la culture) et Mustapha Indhammou (bibliothécaire à la médiathèque Verlaine d’Arras) nous ont fait un retour d’expérience sur le prix « Les apprentis littéraires d’Artois ». Dédié aux élèves des lycées professionnels, ce prix de littérature associe une librairie, la médiathèque Verlaine et deux lycées.

En conclusion, Françoise Legendre, inspectrice générale des bibliothèques, a livré une synthèse efficace et précise de la journée.

En parallèle des conférences et tables rondes, de nombreux éditeurs et acteurs du livre ont été présents sur des stands d’information : les participants à la journée d’étude ont pu ainsi découvrir et interagir avec Turfu éditions, Belin éditions, Short éditions, Bookeen, le réseau Canopé, la BNF-CNLJ, le SNE, Lecture jeunesse, le Salon du livre et de la presse jeunesse, ainsi que les associations « Lire et faire lire », « Silence on lit », « L’Agence quand les livres relient ».