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Congrès Liber 2017

« Lier les données de recherche, identifier des entités » – Mini topo session Linking Data – 5, 6 et 7 juillet 2007, Patras (Grèce)

Jean-Marie Feurtet

La session « Linking Data » du congrès LIBER 2017, modérée par Liisi Lembinen (université de Tartu), était consacrée à la production et à la mise en réseau de données structurées. Trois interventions venaient illustrer cet aspect devenu incontournable dans les stratégies de la science ouverte.

Le développement des identifiants pérennes ou PIDs (« persistent identifiers ») constituent un enjeu à double titre : identifier les productions scientifiques pour favoriser leur partage et leur accès à long terme (DOI, ARK…), et identifier de manière univoque auteurs et institutions pour améliorer la visibilité académique (ORCID pour les personnes non décédées, ISNI pour personnes et organisations…). C’est par le prisme des services de « Research Information Management » / RIM 1, souvent considérés comme d’ordre administratif par les professionnels de l’information, que l’équipe d’OCLC Research se propose d’analyser les développements de l’usage des PIDs. Rebecca Bryant, qui fut chargée de l’animation de la communauté ORCID, et Annette Dortmund ont présenté une première esquisse de cette étude, menée en partenariat avec LIBER, et dressant une analyse comparative de trois contextes européens en matière de RIM. Les attentes des organismes financeurs et l’existence de missions nationales clairement identifiées pour l’évaluation de la recherche et l’accès ouvert sont les principaux leviers actuels de convergence des PIDs. Cependant, le large éventail des points de vue sur les responsabilités des chercheurs vis-à-vis de la gestion de leurs productions (posant la question du repositionnement des bibliothécaires dans des rôles de support ou d’« advocacy ») ou les craintes de perte de contrôle des fonctions d’identification au sein des institutions contribuent à complexifier le paysage.

Les infrastructures nationales de recherche allemande, finlandaise et néerlandaise fournissent des cas d’études éclairants sur la pertinence des niveaux de mutualisation et sur les pratiques et enjeux soulevés par les PIDs ; à ce titre, gageons que le rapport OCLC/LIBER, attendu pour fin 2017 2, sera riche d’enseignements pour d’autres situations nationales – ainsi dans le cas de l’initiative ScanR en France. Des portails centraux de gestion des informations de recherche ont été mis en place aux Pays-Bas avec NARCIS 3, attribuant à tout auteur universitaire un identifiant DAI suivant les standards ISNI, et en Finlande avec la base VIRTA 4 (qui n’assigne toutefois pas d’identifiant à valeur internationale, en parallèle d’un consortium national ORCID et d’un projet de hub de l’IST porté par le CSC-IT). Ces dispositifs unifiés contrastent avec la situation allemande où, en l’absence d’infrastructure nationale RIM, l’adoption d’ORCID concerne d’autres initiatives telles que le moteur de recherche académique BASE ou le fichier national d’autorités GND.

Dans ce dernier exemple, le monde de la recherche n’est qu’une des communautés ciblées par la feuille de route « GND 2017-2021 » 5 présentée par Sarah Hartmann (Deutsche National Bibliothek). GND (« Gemeinsame NormDatei »), l’une des principales initiatives actuelles en matière de production mutualisée et d’identification d’entités à usages métier, a été constitué en 2012 par la fusion de quatre bases nationales thématiques d’autorités, et est notamment le référentiel pivot de la bibliothèque numérique allemande DDB 6. L’administration de données rendues plus modulaires, mieux sourcées et exposées, figure parmi les priorités affichées pour gagner en fiabilité, et partant en pérennité. GND est déjà alimenté par une diversité d’acteurs culturels de trois pays germanophones tels que musées et services d’archives, bientôt Wikidata, éditeurs, projets de recherche…, et va dorénavant recourir au crowdsourcing ainsi qu’à des « curateurs » de données. Vues de France, ces perspectives font de nombreux échos au projet de fichier national d’entités envisagé par la BnF et l’ABES 7.

La plateforme de vidéos scientifiques AV-TIB (Technische Informationsbibliothek de Hanovre, représenté par Félix Saurbier) offre l’exemple d’un terrain d’utilisation de ces entités de plus en plus indépendantes des contextes d’emploi possibles. En aval des tâches de transcriptions des discours, des textes et des images effectuées automatiquement lors du dépôt d’une vidéo, GND fournit en effet la base de connaissance de mots matières indispensable à l’automatisation du processus de Named Entity Linking (NEL, liage d’entités nommées) – le mapping bilingue provenant de DBpedia et LCSH. Malgré leur qualité, ces annotations automatiques comportent des erreurs qui, lorsqu’elles sont trop peu récurrentes pour être blacklistées, vont faire l’objet d’une analyse humaine guidée, via un plugin web (Refer) pour l’édition des transcriptions, capable de suggérer des entités candidates. Afin de garantir une réversibilité complète des liages et actions effectuées, toutes les versions de l’entrepôt RDF sont sauvegardées (solution TailR, développée par le Hasso Plattner Institute).

Chacune de ces interventions jette un éclairage propre sur l’évolution de tout un pan des métiers des bibliothèques qui, de la production de données, tend de plus en plus vers le soutien logistique à la recherche et vers la promotion de solutions pour répondre au mieux aux besoins des institutions.

Rencontre avec Astrid Verheusen, nouvelle directrice exécutive de LIBER. Entretien de Cécile Swiatek

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Astrid Verheusen (2e sur la droite) entourée de son équipe lors du congrès LIBER 2017 à Patras, Grèce https://www.flickr.com/photos/libereurope/36303047796/in/photostream/

La Ligue des bibliothèques européennes de Recherche (LIBER) s’est dotée en Juin 2017 d’une nouvelle directrice exécutive, Mme Astrid Verheusen. Lors d’un entretien, elle a confié sa vision, sa méthode et ses projets pour mener à bien la stratégie 2018-2022 de LIBER.

La stratégie 2018-2022 est foisonnante. Quelles actions et quelle méthode employez-vous pour dégager une feuille de route ?

Le lancement officiel de la stratégie LIBER 2018-2022 est prévu pour novembre 2017, mais sa préparation a pris un temps conséquent. Au cours du World Café organisé à Helsinki en 2016 pendant le congrès, les participants et membres de LIBER avaient largement contribué à définir les principaux axes de travail et leur contenu. Ils sont aujourd’hui au nombre de trois :

1. Libraries as a Platform for Innovative Scholarly Communication

2. Libraries as a Hub for Digital Skills and Services

3. Libraries as Partners in Research Infrastructure

Lors du Knowledge Café du congrès 2017 de Patras, ces axes sont présentés, précisés, discutés. Les participants ont établi les priorités dans les aspects à traiter, indiqué et argumenté quelles sont les actions les plus urgentes à mener.

C’est ensuite aux Chairs (Présidents) des Steering Committees et à moi-même de définir, à partir de cette matière et de ces indications, une feuille de route pour chacun des trois axes stratégiques. Ce document indique les activités rattachées et évalue l’impact prévisionnel que vont avoir ces activités dans le cadre de la stratégie 2018-2022 de LIBER. J’espère que l’analyse des résultats du Knowledge Café 2017 me permettra de dégager de nettes lignes clivantes et de faire ressortir certains éléments : l’idéal, pour moi, serait que se dessine déjà une vision très claire des priorités jugées essentielles par les participants. LIBER compte 428 membres. Nous accueillons à Patras plus de 300 congressistes, dont plus d’une centaine sont actifs au Knowledge Café.

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Visuel Helsinki – discussion sur les axes de la nouvelle stratégie au World Café : https://www.flickr.com/photos/libereurope/27917828111/in/album-72157669371466380/

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Visuel Patras 2017 – définition des priorités dans les axes stratégiques 2018-2022 lors du Knowledge Café : https://www.flickr.com/photos/libereurope/36347185355/in/photostream/

Comment la stratégie va-t-elle prendre forme ?

À partir de maintenant, les Chairs des Steering Committees et les Project Officers du siège de LIBER vont travailler avec moi à l’établissement de la feuille de route en reprenant ce que je viens d’indiquer. Elle sera adressée aux membres de LIBER par voie électronique avant l'automne pour information. Cela permettra de prévenir les gens, de les tenir informés, mais aussi de pouvoir prendre en compte les retours éventuels que cet envoi aura pu générer.

Dès l’automne 2017, et surtout dès janvier 2018, des groupes de travail vont se réunir pour transformer cette stratégie en action, et vont entamer leurs travaux.

Ensuite, chaque année, un plan annuel d’action sera défini – ceci, pendant les cinq années de la stratégie. C’est l’épine dorsale qui va guider l’action de LIBER, ses Steering Committees et les Working groups, ses Projects Officers et ses membres actifs. Concernant les projets LIBER : nous avons actuellement plusieurs projets, qui impliquent une vingtaine de partenaires. Nous travaillons en bonne intelligence grâce à l’établissement systématique de protocoles appelés Memoranda of Understanding.

Mon rôle, en tant que directrice exécutive, est de traduire la stratégie en plan opérationnel, en prenant en compte l’ensemble des acteurs et des partenaires : je suis en charge de la planification, du suivi, de la coordination des actions. Je m’assure du lien (ou je l’établis) entre les divers groupes actifs, et je réalise les évaluations.

Quel regard portez-vous sur les cinq années de stratégie à venir ?

Je souhaite établir de claires priorités, car tout n'est pas faisable en même temps. Ce que je veux avant tout, c’est que cela fonctionne. Je me suis déjà attelée à ce que j’estime être la première des tâches : trouver la manière de faire travailler tout le monde sur les mêmes objectifs.

À mon sens, LIBER doit se doter d'une série de dix objectifs essentiels. Tout le reste (Working groups, etc.) doit venir en support pour permettre d’atteindre ces objectifs. Tous les canaux, tous les moyens sont à mettre en place dans une seule perspective, celle d’atteindre les objectifs définis par la stratégie. Mon regard, c’est la stratégie avant tout. Mon rôle, c’est de tenir la barre, d’évaluer les actions, et de faire le lien.

Notre profession surveille attentivement les axes de travail de LIBER, qui sont inspirants et motivants. En tant que Directrice exécutive, qu’allez-vous mettre en œuvre pour conserver cette dynamique ?

Les bibliothèques académiques et de recherche évoluent en permanence : LIBER doit faire de même. Je trouve fondamental de nous accorder sur une nécessité : celle de rester évolutifs. C’est pour servir cette vision de LIBER qu’il me semble intéressant d’avoir des groupes flexibles qui se fixent des objectifs simples et clairs à atteindre. Cela laisse la porte ouverte à la possibilité de réajuster certaines actions de manière rapide, tout en conservant quelques piliers essentiels qui structurent et marquent fortement l’action de LIBER, comme par exemple les programmes de Leadership. Dans tous les cas, l’essentiel est de conserver et de nourrir un dialogue permanent entre les bibliothèques et LIBER.

L’une de mes priorités de travail va en ce sens : je souhaite poursuivre l’effort engagé pour « désiloter » LIBER et davantage favoriser un travail en intelligence collaborative. Dans son organisation même, LIBER va gagner à introduire davantage d’interaction, cela lui permettra d’aller d’autant mieux de l’avant. Un aspect à ne pas négliger ici est l’interaction de LIBER avec les chercheurs et le milieu de la Recherche.

La stratégie LIBER est une chose, la programmation des congrès en est une autre : on constate parfois une absence de lien fort entre stratégie et congrès, pourtant ceci permettrait de motiver les professionnels à s’engager dans les actions de LIBER.

Absolument, et c’est un écart que je veux m’efforcer de combler : il y a très clairement une storyline à mettre en place – nous devrions davantage scénariser les programmes des congrès. Je pense bien entendu à chaque congrès en lui-même, mais également à tisser des liens d’un congrès à l’autre. Ainsi, nous pourrions terminer un congrès sur une conclusion et faire le lien avec la thématique qui sera programmée pour l'année suivante. L’idée principale est, bien entendu, d’établir cela en lien avec la stratégie.

C’est en ce sens que je considère ma mission comme permanente : en tant que Directrice exécutive, je ne travaille pas sur l’instant, mais j’inscris mon action dans la durée. On ne peut modifier et faire évoluer de manière riche et cohérente une organisation comme celle de LIBER que si on y reste assez longtemps. C’est un travail de longue haleine que j’entame dès à présent, et non un travail ponctuel de consulting.