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Carrefour de l’IST 2017

20 et 21 mars 2017 – Nancy

Nathalie Berriau

L’édition 2017 du Carrefour de l’IST avait pour thématique « Innovations de rupture : quelles missions & compétences à réinventer pour les professionnels de l'IST ? » et s’est déroulée les 20 et 21 mars 2017 à Nancy. Le programme très alléchant a permis d’interroger les missions et compétences à réinventer dans les rôles d’accompagnement et de conseil auprès du chercheur face aux changements des principaux paradigmes informationnels. Des conférences plénières, tables rondes et ateliers thématiques ont apporté des pistes de réflexion et d’action sur le plan national et international (cf les vidéos en ligne 1).

Samuel Nowakowski (université de Lorraine) a dans son propos liminaire mentionné les enjeux qui se posent aux professionnels pris dans la transition numérique avec cette citation de Jean Tinguely : « Le rêve, c’est tout, la technique ça s’apprend. » Dans ce contexte d’infobésité tant décrit par ailleurs, Internet est à la fois un remède et un poison, avec le risque d’être gouverné par des algorithmes et d’oublier que « la technique [doit être] au service de l’intelligence et non l’inverse », comme nous le rappelle Philippe Meirieu. C’est ensuite à Jean-Claude Guédon de faire un exposé passionnant sous l’intitulé « Libre accès et innovations de rupture en IST : Quelle révolution ? Et pour qui ? Pour lui, c’est une « occasion de nous rappeler comment sont apparus les grands éditeurs scientifiques qui aujourd’hui paraissent des interlocuteurs incontournables, alors que cela n’était pas le cas au sortir de la deuxième guerre mondiale ».

La table ronde sur le thème du « collectif de communautés innovantes » a permis de croiser les regards d’un chercheur et de professionnels de l’information dont la collaboration rend plus visible le travail des doctorants et de la recherche. « Inside-out library », gestion de plan de données, promotion de l’open access, apport du web sémantique qui décloisonnent les référentiels scientifiques, autant de moyens d’actions pour que les documentalistes et les bibliothécaires trouvent leur place dans le processus de production de la recherche et de la science.

Le lendemain huit ateliers avaient lieu sur des thèmes très variés. Celui intitulé « Be visible or vanish : réseaux sociaux ou accompagnement des chercheurs » était co-animé par Aline Bouchard (conservatrice des bibliothèques de l’Urfist de Paris), et un juriste chercheur en droit de l’université de Lorraine. L’atelier s’articulait autour de trois axes : état des lieux des relations chercheurs / réseaux sociaux, les services pour les chercheurs et les compétences à posséder ou acquérir pour les professionnels de l’information. L’échange faisait une grande part aux retours d’expérience des deux intervenants. Les compétences qui ont été identifiées sont du domaine des « soft skills », compétences dites sociales comme la communication et la capacité à travailler en collaboration. Les attentes des chercheurs sont des accompagnements autour de la construction de l’identité numérique, dans la mesure où un chercheur se doit impérativement, de nos jours, d’être présent sur les médias sociaux. Chris Keene (responsable du Jisc), explore les développements de l’Open Science au Royaume-Uni et en Europe, et examine les initiatives et les développements novateurs qui viennent perturber les processus et les modèles traditionnels dans le but de produire des recherches meilleures et plus ouvertes. La table ronde finale repose la question essentielle des modèles économiques de l’édition scientifique en France et présente des initiatives permettant de penser l’avenir des publications autrement. La conclusion a été le moment de rappeler la nécessité de repositionner la fonction IST au plus haut niveau stratégique et qu’elle soit portée par la direction si l’on veut qu’elle ait un rôle important.

Très belle édition 2017 de ce carrefour de l’IST qui a su montrer des retours de terrain innovants et les opportunités à saisir, au travers des ateliers, pour les professionnels de l’information qui gardent tout à fait leur place dans cet univers traversé par la transition numérique. Rappelons que les invariants de nos métiers font de nous des professionnels qui pouvons jouer un rôle transversal important dans la gouvernance de l’information dans les organisations. Exploiter une information sélectionnée, structurée, validée, utiliser des données adaptées à un environnement numérique et profiter d’une aide à la conception documentaire, voilà ce dont continueront à avoir besoin les organisations et les entreprises.