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Bibliothécaire, est-ce encore un métier aujourd’hui ?

Rennes, 10 avril 2014

Agnès Colnot

La journée d’étude qui s’est déroulée le 10 avril à Rennes a été co-organisée par Livre et lecture en Bretagne, l’ABF Bretagne et l’ABF Pays de la Loire, le Centre de formation aux carrières des bibliothèques Bretagne – Pays de la Loire. Le thème de la journée portait sur l’évolution du métier et des compétences des bibliothécaires, en avant-première du prochain congrès de l’ABF.

Avec ce titre volontairement provocateur, les organisateurs ont attiré 125 professionnels de la lecture publique et de l’enseignement supérieur de la région Bretagne et Pays de la Loire.

La journée était organisée en deux conférences le matin suivies de quatre ateliers l’après-midi. Yves Alix, inspecteur général des bibliothèques, a d’abord dressé un état des lieux de la profession (emplois, profils, compétences) puis a offert des pistes de réflexion et de prospective ; Pascal Desfarges, de l’agence Retiss, a complété ce panorama en décrivant l’impact des technologies numériques et de la culture collaborative sur le métier.

Les deux intervenants ont posé la question de l’identité professionnelle confrontée à l’évolution des pratiques culturelles dans la société numérique.

Existe-t-il un socle commun de compétences et de valeurs ?

La formation et les compétences sont-elles adaptées aux attentes et aux usages du public des médiathèques et des BU, aux besoins des décideurs et des élus ?

Est-ce un même métier selon les postes et les tutelles ? La notion de polyvalence est-elle compatible avec le besoin de spécialisation nécessaire sur le marché de l’emploi ?

Peut-on parler de métier de bibliothécaire ?

Chacun a tenté une définition.

À partir d’une analyse quantitative (près de 55 000 titulaires) et qualitative, Y. Alix a identifié à la fois des profils très variés et des points de convergence : outils communs, culture humaniste, sens du service public, militantisme de la lecture. Mais il est difficile aujourd’hui de limiter l’identité professionnelle à une seule famille de métiers aussi divers que le patrimoine, le service public culturel et la documentation universitaire.

Pour cerner le métier de bibliothécaire, P. Desfarges est parti de la définition de la bibliothèque comme espace collaboratif garantissant le lien social, comme lieu de création et d’innovation sociale par les usages numériques, et comme centre de ressources hybrides. Le bibliothécaire est donc à la fois médiateur, animateur, gestionnaire de communautés sociales, documentaliste, commissaire d’exposition, formateur, ingénieur, web journaliste.

Pourtant, le métier repose sur un socle commun qui regroupe, d’une part, le spécialiste des sciences de l’information où la fonction de documentaliste et la compétence de veille documentaire sont fondamentales pour traiter l’abondance de l’information, et, d’autre part, le gestionnaire et le médiateur de contenus hybrides dans un espace physique.

Loin des référentiels, le métier de bibliothécaire est donc à redéfinir.

Forces et faiblesses

De l’informatique à la culture collaborative du web, la profession s’est adaptée aux évolutions technologiques malgré des compétences techniques souvent déficientes. Il est vrai que les bibliothécaires recourent massivement à la formation continue.

Grâce au dynamisme des constructions, les bibliothèques recrutent encore. Toutefois, le recrutement par concours est un élément de formatage et un frein aux besoins rapides de changement.

La polyvalence est une caractéristique commune mais le profil généraliste n’est pas compatible avec la spécialisation nécessaire pour s’adapter à la diversification des publics, des services et des ressources. Les compétences managériales sont peu développées.

Les bibliothécaires appartiennent souvent à plusieurs réseaux qui construisent leur identité professionnelle et constituent une richesse. Mais l’atomisation de la communauté professionnelle, comme le montre le nombre important d’associations professionnelles, est le signe d’une diminution d’identité qui, vue de l’extérieur, ne lui permet pas toujours d’être visible.

Prospective

La réflexion sur le métier est indissociable de deux éléments constitutifs de notre société, la société collaborative qui vient des technologies numériques et l’émergence des tiers lieux et des learning centers. Les médiathèques proposent des collections mais aussi des tablettes, des jeux vidéos, des Fablabs  1, des imprimantes 3D… Aux services de consultation et de prêt s’ajoutent des lieux de création et de participation.

L’extension du numérique impacte tous les profils. La diversité des tâches implique une spécialisation accrue (chef de projet, webmestre, spécialiste de métadonnées), des profils et des compétences nouvelles (culture numérique, capacités relationnelles et pédagogiques, travail en partenariat, fonctions d’accueil et d’accompagnement).

En conclusion, les bibliothèques sont des lieux où travaillent des professionnels exerçant plusieurs métiers très différents. La logique de la filière bibliothèque qui repose sur une vision commune du métier devra évoluer vers une logique de compétences. Se pose alors la question des cursus et des formations pour faire face à cette nécessaire évolution.

Cette matinée a suscité dans la salle de nombreuses interventions qui démontrent que l’identité professionnelle est une question qui suscite le débat. Les supports et les médias évoluent avec les innovations, mais la profession reste fondée sur les valeurs communes qui demeurent l’information, la connaissance, l’apprentissage pour lesquels les bibliothèquess trouvent leur utilité sociale.

  1.  (retour)↑  Contraction de l’anglais : fabrication laboratory. Atelier de fabrication numérique.