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1er atelier européen sur BIBFRAME

Francfort – 26-27 septembre 2017

Thierry Clavel

Réunissant des experts venus de 16 pays européens et des États Unis, cet atelier 1 BIBFRAME était organisé par la Deutsche Nationalbibliothek (DNB) et le Nordic Network Group on bibliographic and infrastructure topics (NNG).

Après le discours de bienvenue d’Elisabeth Niggemann (Directrice générale, DNB), le représentant du comité d’organisation Leif Andresen (Royal Danish Library) souligna dans son introduction l’importance d’avoir un standard commun pour l’échange de données bibliographiques, mais aussi la nécessité pour BIBFRAME d’acquérir davantage de visibilité et de s’ouvrir à la communauté internationale. Il précisa les objectifs de l’évènement : être un forum pour dialoguer et partager autour des projets d’implémentation de BIBFRAME en Europe.

Histoire et enjeux de BIBFRAME

La première partie de l’atelier consistait en 4 présentations détaillées. Dans son « Focus for BIBFRAME », Sally McCallum (chef du Network development and Marc standards office, Library of Congress – LoC), expliqua les motivations de la LoC, la volonté d’exposer ses données dans le linked data conjuguée à l’obsolescence de MARC. Elle aborda ensuite les étapes du développement de BIBFRAME 2 – modèles de données 1.0 et 2.0, expériences-pilotes de catalogage – et les enjeux.

Le libraire florentin Casalini Libri, déjà partenaire de la LoC pour le catalogage d’ouvrages italiens, a présenté, par la voix de Tiziana Possemato, « Share Virtual Discovery Environment». Ce projet ambitieux est mené conjointement par les sociétés Casalini et @Cult aux côtés de seize institutions américaines et canadiennes partenaires. Il a pour objectif le traitement de plus de 100 millions de notices bibliographiques – originellement en MARC – en trois phases incluant l’ajout d’URIs 3 aux notices MARC, la conversion en BIBFRAME 2.0, la mise en place d’alignements pour obtenir des « clusters » d’entités, la fourniture de données BIBFRAME en RDF 4 et la publication des données sur un portail dédié.

Ensuite, Philip Schreur (Stanford University) présentait le projet LD4P (Linked Data for Production) auquel participent plusieurs bibliothèques académiques américaines (Columbia, Cornell, Harvard, Princeton, Stanford) ainsi que la Bibliothèque du Congrès. L’objectif est de produire des métadonnées en linked data en utilisant et en développant BIBFRAME. À cet effet, LD4P a réalisé 4 extensions à l’ontologie d’origine, spécialisées sur les thématiques suivantes : musique interprétée, art, livres rares, et a développé l’outil Biblioportal, qui permet d’explorer différents vocabulaires en relation avec BIBFRAME. Parallèlement, LD4P travaille avec différents éditeurs de SGB, dont SirsiDynix et ExLibris, et vise notamment, dans la phase 2 du projet, à faire du catalogage par dérivation en RDF et à développer des partenariats à l’international.

Produire des métadonnées directement en linked data

En clôture de cette matinée de présentations, Jodi Williamschen (LoC) dressait un panorama des lieux des activités récentes et futures concernant BIBFRAME à la Bibliothèque du Congrès. La conversion intégrale du catalogue (17 millions de notices bibliographiques) et des autorités titres uniformes (1.2 millions) montre clairement la volonté réelle de la LoC de passer de MARC21 à BIBFRAME, tant pour la conversion que pour la production de métadonnées. Une nouvelle expérimentation pilote basée sur le modèle BIBFRAME 2.0, mettant à contribution 60 catalogueurs de la LoC, a débuté en juin 2017 et utilise le nouvel éditeur BIBFRAME 5. Bien que des ajustements soient nécessaires, cet éditeur génère des URI’s pour chaque métadonnée et est capable de produire du RDF. Parmi les prochaines étapes du développement de BIBFRAME, citons le chargement des notices créées via l’éditeur dans une base de données BIBFRAME, l’intégration des ontologies spécialisées de LD4P ou encore l’évaluation de l’impact du modèle LRM 6 de l’IFLA.

La suite de l’atelier alternait retours d’expériences (lightning talks) et réunions thématiques en sous-groupes (breakout sessions).

Parmi les nombreux lightning talks, dont le format – imposé par un timing très serré – était parfois un peu trop court (5 mn), citons les interventions de deux francophones : Clément Oury (ISSN international) sur l’utilisation de BIBFRAME pour les périodiques dans le cadre du Registre ISSN, et Julie Toussaint (Université libre de Bruxelles) qui a présenté son mémoire de master portant sur la réception de BIBFRAME dans le monde francophone 7.

Les réunions thématiques, à la fois studieuses et participatives, ont porté sur des sujets tels que « freins à l’implémentation », « BIBFRAME et les fournisseurs de SIGB », « formation », «documentation » et « construction d’une communauté BIBFRAME ».

Que retenir de cet atelier ?

Cette rencontre a permis de dresser un état des lieux de l’utilisation de BIBFRAME, tant en Europe qu’aux États-Unis. Si la LoC et LD4P espèrent produire des notices dans un avenir proche, il faut relever que pour le moment, l’usage de BIBFRAME en Europe se limite à des conversions pour exposer ses données en RDF sur le Web. Mais soyons optimiste : une communauté internationale autour de BIBFRAME est clairement née en septembre 2017. Un 2e atelier européen sera organisé l’an prochain, accueilli par le libraire italien Casalini Libri, en attendant peut-être d’avoir un groupe d’intérêt sur BIBFRAME, à l’image d’EURIG pour RDA.

Reste que des questions se posent encore sur l’avenir de BIBFRAME. Ne doublonne-t-il pas RDA qui, lui-aussi, peut être exprimé en RDF ? Quelle sera sa compatibilité avec le nouveau modèle LRM, « FRBR 2.0 » ? Par ailleurs, la dimension internationale de BIBFRAME est loin d’être acquise : c’est une initiative américaine, complètement indépendante des institutions internationales. Ceci explique sans doute la réserve que manifestent à son égard certains pays traditionnellement proches de l’IFLA, France comprise.

Illustration
BibFrame

Créé en 2012 par la Bibliothèque du Congrès pour remplacer le format MARC21, BIBFRAME (Bibliographic framework), est un modèle de données conçu dans la perspective du linked data et de l’ouverture des données des bibliothèques sur le Web.

Le modèle distingue trois entités primaires, contre quatre dans le modèle FRBR et RDA : Work (FRBR œuvre et expression), instance (FRBR manifestation) et item.

L’ontologie BIBFRAME décrit l’ensemble des éléments et relations du modèle.L’éditeur BIBFRAME, actuellement en phase d’expérimentation, permet de créer des notices directement sous forme de triplets RDF.

Un mapping MARC/BIBFRAME permet de convertir les notices MARC sans perte d’information.

Illustration
Bibframe model 2.0 -http://www.loc.gov/bibframe/docs/bibframe2-model.html

  1.  (retour)↑  Les présentations sont disponibles sur le site Web de l’atelier.
  2.  (retour)↑  Voir l’article complet « Bibframe development » de Sally McCallum.
  3.  (retour)↑  URI : Uniform Ressource Identifier.
  4.  (retour)↑  RDF : Resource description framework, format générique de structuration des données en triplets d’information pour le linked data.
  5.  (retour)↑  Le nouvel éditeur BIBFRAME étant encore en phase de développement, il est seulement disponible en interne à la LoC. Des copies d’écrans sont disponibles dans la présentation de Jodi Williamschen.
  6.  (retour)↑  LRM : Library Reference Model, modèle publié par l’IFLA en 2017, que l’on pourrait qualifier de « FRBR 2.0 » https://www.ifla.org/publications/node/11412
  7.  (retour)↑  Toussaint Julie. Étude de la réception de BIBFRAME dans le monde francophone. Mémoire de Master en Sciences et technologies de l’information - Université Libre de Bruxelles. Faculté de Lettres, Traduction et Communication, 2017.