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Les éditions lyonnaises entre 1554 et 1559 du Trésor des remèdes secrets de Conrad Gessner

Daniel Régnier-Roux

Avec douze éditions publiées de 1554 à 1559 1, le Thesaurus de remediis secretis ou Trésor des remèdes secrets 2 de l’érudit zurichois Conrad Gessner fut à l’origine d’une activité éditoriale à Lyon tout aussi importante que fut « foudroyant » 3 le succès du livre.

Si l’ouvrage est annonciateur du renouveau paracelsien qui devait gagner la France dans la seconde moitié du XVIe siècle, comme le montre Didier Kahn4, il est aussi révélateur de l’engouement pour les arts de la distillation qui accompagne la passion pour les espèces végétales et la quête de leurs vertus cachées auxquelles nombre de curieux, d’érudits et de savants s’adonnèrent à cette période.

Mais le Trésor des remèdes secrets est aussi, par son titre même, la promesse d’un savoir caché qui ne pouvait que fasciner les hommes à la recherche de nouvelles connaissances. D’où cette « fièvre d’expériences qui a saisi la France dans ces années-là » pour reprendre les propos de M.-M. Fontaine 5. Au même moment, le Livre des secrets d’Alessio Piémontais 6, publié pour la première fois en 1555, connaît un succès tout aussi important – il fut édité dix-sept fois jusqu’à la fin du siècle 7 – ; contrairement au livre de Gessner, ce n’est qu’un ouvrage de recettes populaires.

Description de l’exemplaire de l’INRP

L’exemplaire du Trésor des remèdes secrets de Conrad Gessner, présenté à l’exposition « De peu assez », provient de la bibliothèque de l’Institut national de recherche pédagogique (INRP, aujourd’hui Institut français de l’éducation, IFE) où il est conservé sous la cote 1R 365878. Cet in-octavo daté de 1559, à reliure de parchemin dont le coin supérieur droit est déchiré, est en fait la dernière édition lyonnaise en français de l’ouvrage de Conrad Gessner, initialement paru en latin à Zurich, en 1552 sous le titre de Thesaurus Euonymi Philiatri de remediis secretis. L’édition de l’INRP, imprimée sur les presses de la veuve de Balthazar Arnoullet, est le fait de l’éditeur lyonnais Antoine Vincent. La page de titre  9, venant après deux folios vierges non signés, indique :

  • tresor || des remedes secretz, par || evonyme || philiatre. || Livre Physic, Medical, Alchimic, &Dispensatif de || toutes substantiales liqueurs, &appareil de vins de || diverses saveurs, necessaire à toutes gens, Principale- || ment à Medicins, Chirurgiens, &Apothicaires. || [Marque d’Antoine Vincent : avant-bras et main sortant d’un nuage, entourés d’un serpent se mordant la queue. La main tient un sceptre fleuri et deux rameaux en rinceaux, mention à gauche du sceptre « Vin || cin || ti. »] || a lyon || Chez Antoine Vincent. || M. D. LIX. || Avec Privilege du sa majesté Royalle  10.(fig. 1)

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Fig. 1.Trésor des remèdes secrets, par Evonyme Philiatre [...], Lyon, Antoine Vincent &Veuve Arnoullet, 1559, BDL, 1R 36587, page de titre. © Bibliothèque Diderot de Lyon

Au verso du titre est imprimée la Raison du tiltre, selon la matiere de ce Livre, par l’Autheur Evonyme ; puis sur les quatre feuillets suivants, signés a2 à a5, est retranscrite La teneur du Privilege. Le privilège est obtenu par l’imprimeur Balthazar Arnoullet le 27 octobre 1554. Au verso du dernier feuillet du privilège est donnée une pièce de Barthélemy Aneau qu’il adresse à son ami le chirurgien Simon Guy, A tresfidel et Excellent chirurgien M Maistre Simon Guy. B. Aneau S. (a5v). Puis s’ensuit un index de treize feuillets, (f. a6 à g4), L’indice des choses notables desquelles traicte ce present Livre ainsi qu’une Table des aydes, par lesqvelles on peut embellir, amender, &fortifier Nature, &autres choses (f. g3-g6) et un Epistre Luminaire de deux folios 11.

Après ces pièces sont donnés le Sommaire de la preface et la Preface sur des feuillets paginés de 1 à 14, suivi d’une liste constituée par Les Auteurs alleguez en ce Livre, occupant les pages 15 à 17.

L’ouvrage proprement dit est composé de quatre-vingt-quatre chapitres, soit quatre cent vingt-trois pages numérotées de 18 à 440. Aucune grande partie n’est distinctement annoncée dans l’Indice des chapitres donné en fin de l’ouvrage sur trois folios non chiffrés. Cependant, nous pouvons distinguer une composition en deux parties inégales. La première regroupe les dix-sept chapitres initiaux. Elle contient un ensemble de considérations générales sur la « destillation » [chap. I-V], sur les Excellentes eaux simples destillées au Bain Marie… nombrées par ordre Alphabétique. Premièrement les plantes [chap. VI] &conséquemment les Animaux [Chap. VII] et enfin sur les Divers Vaisseaux, &Instrumens appartenans à la destillation [chap. VIII], les fourneaux[chap. X], la Quinte essence des remèdes [Chap. XVII] ou de l’Extraction de la Quinte essence de l’antimoine du plomb, &de la Ceruse [chap. XVII].

La deuxième partie, comptant les soixante-seize autres chapitres, peut se découper en trois sections. Les deux premières exposent successivement la manière de distiller des eaux [chap. XXX-LV] puis des huyles [chap. LV-LXXV]. Ces distillations permettent de composer des médicaments à partir d’éléments divers : des végétaux (plantes, bois), des métaux comme le plomb, l’or ou l’antimoine, ou encore des substances organiques tels les animaux, les excréments ou le sang de pourceaux.

La troisième section s’intéresse au sujet Des fomentations, &Parfums [chap. LXXVI- LXXXVIIII p. 389-440] ; y est décrite la fabrication de sirops tels les Sucs de Iris ou Glayeuls (p. 406), de vins comme De vins aromatiques (p. 420) ou de parfums.

L’ouvrage s’achève, après l’Indice des chapitres du premier livre donné sur trois feuillets signés E 5-7, par une seconde adresse : « a lyon, Chez la Veuve de Balthazar Arnoullet » marquant que cette édition est partagée.

L’exemplaire de l’INRP porte sur son dernier feuillet, précédé de trois folios vierges, un ex-libris manuscrit, écrit à la plume et encre brune, difficilement lisible : « Ex libris [psamis] [bertus]. || pour 1579 (signature :) Be[rtini] || Labor omnia uincit Improbus || et durcit urgens in rebus aegestas || Valerius maximus || Lento enim ad uindictam ira diuina procedit || Tarditatemque supplicii grauitate [ill.] ». On y reconnaît deux vers de Virgile, « labor omnia uincit Improbus || et duris urgens in rebus egestas. » 12 et deux autres vers de Valère Maxime : « Lento enim gradu ad sui vindictam diuina procedit ira ; tarditatemque supplicii grauitate compensat » 13.

Quelques jalons chronologiques pour les éditions lyonnaises et les premières éditions vernaculaires du Thesaurus de remediis secretis de Conrad Gessner

C’est à Zurich en 1552 chez son parent Andreas Gessner et Rodolph Wyssenbach, l’associé de ce dernier, que Conrad Gessner publie, sous le pseudonyme d’Evonymus Philiater 14, un ouvrage intitulé :

  • Thesaurus Euonymi Philiatri de remediis secretis. Liber physicus, medicus, et partim etiam chymicus et œconomicus in uinorum diuersi saporis apparatu, medicis et pharmacopolis omnibus præcipuè necessarius, nunc primu[m] in lucè[m] editus. argumentum copiosius seuens pagella co[n]tinet Tiguri per Andream Gessner .F. &Rodolphum Vuyssenbachium. Anno Domini, M.D. L II.15 (fig. 2)

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Fig. 2. Thesaurus Evonymi Philiatri de remediis secretis, Zurich, Andreas Gessner, 1552, Médiathèque du Mans, SA 8*2779, page de titre. © Médiathèque du Mans

Deux ans plus tard, une seconde édition latine est donnée au seul nom d’Andreas Gessner 16. En cette même année 1554, une édition lyonnaise paraît en latin chez Balthazar Arnoullet 17. Elle est suivie en 1555 par deux éditions, toujours en latin, l’une chez Antoine Vincent 18 et l’autre chez Balthazar Arnoullet 19 que Baudrier 20 qualifie d’« édition de 1554 rajeunie et partagée [...]. Les exemplaires à ce dernier nom [Antoine Vincent] sont en plus grand nombre qu’en celui d’Arnoullet » 21. Ces trois premières éditions latines lyonnaises sont imprimées sur les presses de Balthazar Arnoullet.

La première édition française de l’ouvrage de Gessner est l’œuvre de Balthazar Arnoullet et date de 1555. Cette traduction est le fait de l’érudit Barthélemy Aneau, régent du collège de la Trinité, dont Marie-Madeleine Fontaine a analysé à plusieurs reprises la participation à cette entreprise éditoriale 22. Le titre de cette première traduction française est :

  • Tresor de Evonime Philiatre des Remedes secretz. livre Physic, Medical, Alchimic, &Dispensatif de toutes substà[n]tiales liqueurs, &appareil de vins de diverses saveurs, necessaire à toutes gens, Principallement à Medecins, Chirugiens, &Apothicaires. [Marque d’Arnoullet dessinée par Pierre Vase 23] A LYON, Chez Balthazar Arnoullet. M.D.LV. Avec Privelege de la Majesté Royalle pour six ans 24. (fig. 3)

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Fig. 3. Trésor de Evonime Philiatre [...] des remèdes secrets, Lyon, B. Arnoullet, 1555, BM Lyon, Rés 317734, page de titre. © Bibliothèque municipale de Lyon

Cette édition de 1555, la seule in-quarto de toutes les éditions lyonnaises 25, est certainement la plus soignée et la plus prestigieuse. Elle présente des bandeaux, de grandes lettres ornées (30 x 30 mm) et une composition typographique claire et aérée. En regard, l’édition de 1559 étudiée est beaucoup moins belle et comporte des erreurs ; c’est malencontreusement le cas pour la première phrase du premier chapitre. En effet, on peut y lire « Destillation (comme escrivent les plus savans non Destillation) … » au lieu de « Destillation (comme escrivent les plus savans non Distillation)… » qui est le texte correct de la version française de 1555 mettant l’accent sur une fine remarque lexicologique de l’auteur qui différentie « destillation » et « distillation ».

C’est aussi en 1555 qu’Andreas Gessner donne, à Zurich, une édition vernaculaire de l’ouvrage de son parent :

  • Schatz. Ein kostlicher theürer Schatz Euonymi Philiatri, darinn behalten sind vil heymlicher gütter Stuck der Artzny, fürnemmlich aber die Art und Eygenschafft der gebranntnen Wasseren und Olen, wie man dieselbigen bereiten sölle: deszgleychen yeder Wasseren und Olen Art und Eigenschafft, Nutz und Brauch. Item wie man mancherley Weyn bereiten sölle / Erstlich in Latin beschriben durch Euonymum Philiatrum, und neüwlich verteütscht durch Joannem Rüdolphum Landenberger zü Zürych: vormals in teütscher Spraach nie gesähen  26.(fig. 4)

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Fig. 4. Ein köstlicher teürer Schatz Evonymi Philiatri [...], Zurich, A. et J. Gessner, 1555, Universität Zürich, Sign. 6 G392 TH1 © Bibliothek des Medizinhistorische Instituts und Museums, Universität Zürich

Cette traduction allemande est due à Johann Rudolph Landenberger. L’année suivante, en 1556, paraît à Venise une édition latine 27 sans nom d’éditeur ainsi que la première traduction en italien, toujours à Venise, dans l’officine des frères Gioan Battista et Marchion Sessa :

  • Tesauro di Euonomo Filatro de rimedii secreti. Lib. fisico et medicinale, et in parte chimico et economico, cerca’ l preparare i rimedij, &sapori diuersi, sommamente necessario a tutti i medici, &speciali. Aggiontoui molte, et diuerse figure de fornaci  28. (fig. 5)

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Fig. 5. Tesauro di Evonomo Filatro De rimedii secreti [...], Venise, Giovanni Battista e Marchion Sessa fratelli, 1556, Glasgow University Library, Sp Coll Ferguson Ag-c.65, page de titre. © Glasgow University Library

C’est Pietro Lauro qui en est le traducteur en italien 29. La traduction anglaise est, quant à elle, plus tardive, elle ne voit le jour qu’en 1559, à Londres pour John Daie :

  • The treasure of Euonymus : conteyninge the vvonderfull hid secretes of nature, touchinge the most apte formes to prepare and destyl medicines, for the conseruation of helth : as quintesse[n]ce, aurum potabile, hippocras, aromatical wynes, balmes, oyles perfumes, garnishyng waters, and other manifold excellent confections. Wherunto are ioyned the formes of sondry apt fornaces, and vessels, required in this art. / Translated (with great diligence, [et] laboure) out of Latin, by Peter Morvvying felow of Magdaline Colleadge in Oxford 30. (fig. 6)

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Fig. 6. The treasure of Evonymus [...], Londres, John Day, 1559, Glasgow University Library, Sp Coll Ferguson Ak-a.11, page de titre. © Glasgow University Library

Fig. 3, 4, 5, 6. Les quatre pages de titre des traductions française (1555), allemande (1555), italienne (1556) et anglaise (1559) de l’ouvrage de C. Gessner, le Thesaurus de 1552.

L’ouvrage n’a pas été traduit en espagnol 31 ni dans aucune autre langue à notre connaissance.

En France, les éditions latines et françaises du De remediis secretis de C. Gessner sont une affaire purement lyonnaise. L’ouvrage et sa traduction sont de vrais succès commerciaux puisque l’on dénombre, après les trois éditions latines et françaises parues entre 1554 et 1555, sept éditions entre 1557 et 1559. Soit un total de douze éditions, huit latines et quatre françaises pour cette période de 1554 à 1559. C’est une affaire qui a été partagée et négociée entre l’éditeur spécialisé dans les livres illustrés souvent à caractère « scientifique et technique » qu’est Barthazar Arnoullet ou sa veuve et l’éditeur libraire Antoine Vincent qui, à cette époque, est l’un des plus riches marchands libraires de la place lyonnaise.

1556 est la seule année de cette période d’intense activité où l’ouvrage de Gessner ne paraît pas à Lyon 32. C’est aussi l’année de la mort de Balthazar Arnoullet 33. Les trois années suivantes connaissent, en revanche, une activité éditoriale fébrile autour de l’ouvrage de Gessner. En effet, ce n’est pas moins de huit éditions latines et françaises que se partagent Antoine Vincent et la Veuve Arnoullet 34.

En 1557, paraissent deux éditions latines 35 et deux françaises 36 partagées entre Antoine Vincent et la veuve Arnoullet suivies en 1558 de deux autres éditions en latin 37 que se partagent encore ces deux mêmes protagonistes. En 1559, une nouvelle édition française 38 et une autre latine 39 sont l’œuvre d’Antoine Vincent sur les presses de la Veuve Arnoullet.

Après 1559, De secretis remediis de Conrad Gessner n’est plus édité à Lyon. 1560 correspond à la fin du privilège obtenu par B. Arnoullet, car celui-ci avait été délivré en 1554 pour seulement six ans. 1560 est surtout la date à laquelle prend fin la raison sociale Veuve de Bathalsar Arnoullet comme nous l’avons déjà signalé. Le frère de la veuve Arnoullet, Hugues Barbou, a atteint l’âge de reprendre les commandes de l’affaire que son père, Jean Barbou, avait laissée entre les mains de son gendre Balthazar Arnoullet 40.

1559 est aussi l’année où Andreas Gessner donne une nouvelle édition, en latin, de l’ouvrage de Conrad Gessner. C’est une de ses dernières opérations puisqu’il meurt cette année-là. Peu avant, il vient d’éditer un ouvrage sur l’art de la distillation de l’ingénieur protestant, originaire du Dauphiné, Jacques Besson : De absoluta ratione extrahendi olea, &aquas è medicamentis simplicibus [...] liber 41. C’est certainement Conrad Gessner qui a recommandé l’ingénieur à Andreas Gessner. Le savant zurichois est un proche de Jacques Besson pour le livre duquel il rédige, d’ailleurs, l’Avis au lecteur. L’amitié entre Jacques Besson et Conrad Gessner se lit dans le Liber amicorum 42 de ce dernier que le Français signe à son passage à Zurich. Andreas Gessner profite de cette publication de l’ouvrage de Besson pour lancer une nouvelle édition du De remediis secretis. C’est une édition souvent décrite, par erreur, de 1554 43. En effet, la nouvelle page de titre, composée à cette occasion, ne mentionne pas de date :

  • De secretis remediis liber aut potius thesaurus, Euonymo Gesnero Philiatro authore. Hic liber non solum medicis &pharmacopœis, apprime necessarius : sed omnibus reru[m] naturalium, alchemiæ atq ; œconomiæ studiosis, in uariis tum stillatitiis liquoribus, tum uinis medicatis apparandis, ac singuloru[m] cognoscendis uiribus, utilis atque iucundus fuerit. Accedit iam recens Iacobi Bessoni Galli de absoluta ratione olea &aquas è medicamentis simplicibus extrahendi Liber doctißimus, nunquam ante hac in lucem æditus. In utroque icones ad rerum declarationem passim adiiciuntur. (fig. 7)

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Fig. 7. C. Gessner &J. Besson, De secretis remediis [...] Accedit jam recens Jacobi Bessoni..., Zurich, A. Gessner, 1559, Médiathèque de Poitiers, D 6983, 1re page de titre. © Médiathèque de Poitiers

C’est le colophon, précédant le texte de Jacques Besson, qui porte la date de 1554 : « Tiguri per Andream Gessnerum F. Anno Domini M. D. LIIII. » L’ajout de l’opuscule de Besson à cette nouvelle édition de C. Gessner comprend sa propre page de titre, similaire à celle qu’Andreas Gessner vient d’éditer séparément :

  • Iacobi Bessoni de absoluta ratione extrahendi olea, &aquas è medicamentis simplicibus : accepta olim à quodam Empirico, postea uero ab eodem Bessono locupletata, &rationibus experimè[n]tis confirmata, Liber. [Marque de l’imprimeur Andreas Gessner] Tiguri apud Andream Gesnerum Iuniorem Anno Do. 1559. (fig.8)

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Fig. 8. Jacobi bessoni de absoluta ratione..., Zurich, A. Gessner, 1559, Médiathèque de Poitiers, D 6983, 2e page de titre. © Médiathèque de Poitiers

L’opuscule de Jacques Besson débute par une préface de Conrad Gessner. Un exemplaire de cette édition du De remediis secretis comportant l’ajout du texte de Besson est conservé au fonds ancien de la médiathèque de Poitiers 44. Cet exemplaire est, à notre connaissance, le seul de cette édition en France, mais surtout le seul qui soit resté complet 45. L’édition de l’ouvrage de distillation de Besson fut certainement une aubaine pour écouler un stock d’invendus de l’édition latine de 1554, toujours en possession d’Andreas Gessner. Le succès de l’édition de Zurich en 1554 dut être moins important que ce que le libraire espérait. La traduction allemande parue en 1555 ayant, peut-être, éclipsé l’édition latine de 1554. En 1559, Andreas Gessner compose donc une nouvelle page de titre pour un ouvrage qui rassemble le De remediis secretis de Conrad Gessner, en date de 1554, et le De absoluta ratione de Jacques Besson paru dans son officine cette même année 1559.

Le livre de C. Gessner Trésor des remèdes secrets est suivi d’un deuxième tome, De remediis secretis, liber secundus, qui paraît en 1569 à Zurich chez Froschauer. On doit cette édition posthume aux soins du médecin antiparacelsien Karl Wolf 46 qui récupère, à la mort de Conrad Gessner, une partie de ses livres et de ses manuscrits qu’il publie pour certains d’entre eux 47. Ce second tome du Thesaurus est traduit en français, en 1573, sous le titre de Quatre livres des secrets et de la philosophie chimique 48 par le docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, Jean Liébault (1534-1596), gendre de Charles Estienne 49.

Le monde de l’édition lyonnaise autour du Trésor des remèdes secrets de Conrad Gessner

En France, l’édition du Thesaurus de remediis secretis de Conrad Gessner est une entreprise éditoriale qui est aux mains de Balthazar Arnoullet puisque l’ouvrage est publié, à son nom, Avec Privilege de sa majesté Royalle. Ce privilège lui est « donné à Paris le vingtseptiéme jour de Octobre, L’an de grace, Mil cinq cens cinquante quatre » pour six ans :

  • […] Pource est il que nous inclinant liberallement à la supplication dudict Arnoullet, &en cest endroict luy survenir à ce qu’il se puisse aucunement relever des frais qu’il luy ha ja convenu &conviendra faire, tant à luy que à ceux qui auront charge de luy, pour mettre en lumiere lesdicts livres, pourtraictz, &figures, à iceluy Arnoullet, &celuy qui aura charge pour luy : Avons de nostre grace special, pleine puissance, &auctorité Royal, donné, &donnons, privilege, congé, licence, &permission d’imprimer &faire imprimer en telle marge, &telz caracteres que bon luy semblera. Et mettre &distribuer en vente tous &chacuns lesdictz livres, tant en François, Latin, Espagnol, que Italien, avec inhibitions &deffences à tous de quelque qualité qu’ilz soyent de ne les imprimer, traduire, en faire extraictz, ou epitomes, &les vendre, debiter, ou distribuer autres que ceux qui seront imprimez par ledict Arnoullet, ou celuy qui aura charge de luy jusques au temps &terme de six ans, à compter du iour &datte que la premiere impression desdictz livres sera parachevee d’imprimer…

Ce privilège protège toutes les éditions que Balthazar Arnoullet peut produire quels qu’en soient « le caractère », la « marge » ou la forme choisis. Plus encore, il lui réserve, dans tout le Royaume de France, les droits de distribuer et de faire traduire l’ouvrage en latin, espagnol, italien ou autres langues. Ce privilège est important et il atteste, nous semble-t-il, un grand investissement de l’éditeur dans cette publication. En effet, une demande expresse du roi est faite aux parlements de Paris, de Toulouse, de Rouen, de Bordeaux, d’Aix, de Grenoble et de Dijon 50, de même qu’aux sénéchaux, baillis et prévôts de Lyon, du Poitou, du Berry, de Champagne et aux juges pour l’Anjou, de la Touraine et du Maine, à ce qu’ils veillent à l’application et au respect des termes de ce privilège.

Ce livre entre dans une ligne éditoriale qu’Arnoullet avait adoptée et qui est constituée d’ouvrages d’histoire, de botanique, de médecine ou de géographie pour la plupart bien illustrés. Il est probable que ses déboires en date de 1553 qui le menèrent momentanément en prison, à cause de l’édition à Vienne par son beau-frère, Guillaume Guéroult, de la Christianissimi restitutio de Michel Servet 51, le confortèrent dans ce type d’éditions « à caractère technique » qui présentaient peu de risques de lui attirer de nouveaux ennuis avec les autorités religieuses qu’elles soient protestantes ou catholiques.

Cet ouvrage est caractéristique des pratiques de l’édition lyonnaise du milieu du XVIe siècle. D’une part, cette édition appartient au domaine de la médecine qui occupe de nombreux imprimeurs et éditeurs de Lyon. Brigitte Biot parle de Lyon comme « capitale du livre médical » 52. Parmi les plus actifs dans ce domaine, l’officine des Arnoullet occupe une bonne place avec une part notable de sa production dévolue à ce type de livres 53. D’autre part, la traduction est l’une des activités éditoriales où s’illustre et s’est illustrée depuis ses origines l’édition lyonnaise 54.

C’est donc dans cette double tradition d’édition médicale et de traduction que s’inscrit le Trésor des remèdes secrets de Conrad Gessner. Cet ouvrage présente aussi la particularité d’offrir de nombreuses gravures sur bois qui le placent, de ce fait, parmi les livres illustrés, autre spécificité lyonnaise. On ne compte pas moins de cent vingt et un bois 55, quand, par exemple, dans la version de 1554, donnée à Zurich, on ne trouve que neuf vignettes. C’est là un véritable enrichissement de l’ouvrage de Gessner qu’offre Arnoullet et que le titre latin de la première édition lyonnaise souligne : Quem praeter haec quae antea prelo commissa fuere, quam plurimis fornacum figuris &auximus &illustrauimus 56.

Ces bois proviennent de l’officine de Balthazar Arnoullet. Les quarante-huit bois représentant les plantes sont attribués à Clément Boussy. Ils ont été utilisés précédemment dans de nombreuses autres éditions d’Arnoullet 57, en revanche les soixante-treize bois figurant les instruments nécessaires à la distillation sont spécialement taillés, vraisemblablement par le même artiste, pour cette édition (fig. 9, 10, 11, 12). À propos de Clément Boussy, Baudrier précise : « Le 24 février 1547 il [B. Arnoullet] traite avec Clément Boussy, tailleur d’histoires de Paris, demeurant à Lyon, pour la gravure de bois destinée à orner l’Herbier de Fuchs […] en possession de l’œuvre de Clément Boussy, dès 1549, il en abusera en le reproduisant à satiété » 58.

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Fig. 9. Vaisseau distillatoire dit Pélican, Trésor…, Lyon, Vincent A. Vincent &Veuve Arnoullet, 1559, BDL, 1R 36587, p. 76. © Bibliothèque Diderot de Lyon

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Fig. 10. Vaisseau et instrument, Trésor…, Lyon, A. &Veuve Arnoullet, 1559, BDL, 1R 36587, p. 34. © Bibliothèque Diderot de Lyon

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Fig. 11. Instrument de protection du visage, Trésor…,Veuve Lyon, A. Vincent &Veuve Arnoullet, 1559, BDL, 1R 36587, p. 83. © Bibliothèque Diderot de Lyon

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Fig. 12. Orchis Satyrium, Trésor…, Lyon, A. Vincent &Arnoullet, 1559, BDL, 1R 36587, p. 52. © Bibliothèque Diderot de Lyon

Fig. 9, 10, 11, 12. Les bois des appareils à distiller de Cl. Boussy dans le Trésor des remèdes secrets, par Evonyme Philiatre [...], Lyon, Antoine Vincent &Veuve Arnoullet, 1559, BDL, 1R 36587. © Bibliothèque Diderot de Lyon

On voit ainsi paraître, dans l’officine d’Arnoullet, en 1549, De historia stirpium commentarii…, un volume de botanique de Léonard Fuchs dont les illustrations sont l’œuvre de Clément Boussy. En 1550, ces mêmes bois sont utilisés pour le Pedanii Dioscoridis de medicinali materia libri sex puis, en 1551, ils sont repris pour une nouvelle édition du De historia stirpium (fig. 13 et 14) et du Plantarum effigie de Fuchs (fig. 15 et 16).

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Fig. 13. L. Fuchs, De historia Stirpium…, Lyon, B. Arnoullet, 1551, BM Lyon, Rés 809356, p. 538, détail Orchis. © Bibliothèque municipale de Lyon

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Fig. 14. L. Fuchs, De historia Stirpium…, Lyon, B. Arnoullet, 1551, BM Lyon, Rés 809356, page de titre © Bibliothèque municipale de Lyon

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Fig. 15. L. Fuchs, Plantarum effigies…, Lyon, B. Arnoullet, 1551, BM Lyon, Rés 808195, p. 316, détail Orchis, © Bibliothèque municipale de Lyon

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Fig. 16. L. Fuchs, Plantarum effigies…, Lyon, B. Arnoullet, 1551, BM Lyon, Rés 808195, page de titre. © Bibliothèque municipale de Lyon

Fig. 13, 14, 15, 16. Les bois de plantes par Cl. Boussy dans divers ouvrages de B. Arnoullet

En 1552, c’est une réédition à Vienne du Pedanii Dioscoridi… avec les vignettes des éditions de 1550 et 1551. En 1553, une traduction française de Dioscoride par Martin Mathée, Six livres de Pedacion Dioscoride, est aussi éditée par B. Arnoullet. Macé Bonhomme sur les presses de la Veuve Arnoullet en redonne une édition en 1559 : ces éditions comportent toujours cette suite de bois de Clément Boussy qui a donc été largement amortie.

Baudrier pense que c’est ce même Clément Boussy qui, en 1549, illustre de cinquante-sept vignettes d’animaux les Decades de la description […] des animaulx de B. Aneau.

Les illustrations, tout autant que le privilège, indiquent le rôle majeur de Balthazar Arnoullet dans ce projet. Cet éditeur est l’un des plus entreprenants dans le domaine du livre illustré.

À l’instar d’un Jean de Tournes ou d’un Guillaume Roville, Balthazar Arnoullet a édité de nombreux ouvrages riches en illustrations et qui pour certains étaient de vraies expérimentations techniques. En particulier, il fut le premier, en 1546, à donner un ouvrage, l’Epitome des rois de France en Latin &Francoys avec leurs vrayes Figures qui, sur une même page, associe texte et illustrations en tailles-douces. Ce procédé relève d’un « projet audacieux » et revêt un « caractère exceptionnel » pour reprendre les termes d’Estelle Leutrat 59. En effet, l’emploi de la gravure sur cuivre dans le livre imprimé est, à cette époque, encore d’une grande rareté en France. Dans l’Epitome des rois de France, ce sont des gravures du Maître CC 60, artiste qui interviendra aussi, en 1551, pour le Livre Extraordinaire de Sebastiano Serlio chez Jean de Tournes 61.

Balthazar Arnoullet édite aussi, en 1550, une bible française in-folio 62 dont les bois sont la suite d’Holbein qu’avaient déjà utilisée Hugues de la Porte, les Treschel et les Frellon. Il édite aussi des plans de ville, Epitomé de la Corographie d’Europe illustre des pourtraitz des villes plus renommées d’icelles mis en françoys par G. Gueroult, en 1553 et cent cinquante et une vignettes gravées sur bois pour l’édition de son Æsopi fabulæ en 1554 qui sont d’après Baudrier une « libre et médiocre copie de la suite de Bernard Salomon pour J. de Tournes » 63.

Si Balthazar Arnoullet est, indiscutablement, le maître d’œuvre de cette opération éditoriale qu’est l’édition du Trésor des remèdes secrets, il n’en est pas forcément le seul acteur. Au moins deux autres noms apparaissent pour cette publication, celui d’Antoine Vincent, qui partage avec B. Arnoullet nombre d’éditions, et celui de Barthélemy Aneau qui en assure la traduction. Il ne faut pas oublier non plus celui du principal intéressé, l’auteur lui-même, Conrad Gessner.

Ce sont justement les relations que Conrad Gessner entretient avec la cité lyonnaise qui vont retenir tout d’abord notre attention. En effet, il est nécessaire d’esquisser le paysage éditorial lyonnais dans lequel apparaît l’œuvre d’Evonyme Philiatre alias Conrad Gessner.

Les premiers liens de Gessner avec le monde lyonnais nous poussent à évoquer la figure de Jean II Frellon, éditeur actif à Lyon de 1536 à 1568. Avant que Jean Frellon s’installe à Lyon, rue Mercière à l’enseigne de l’« Ecu de Cologne », il travaille à Bâle pour l’imprimeur Conrad Roesch 64 jusqu’en 1536 date à laquelle on le retrouve à Lyon. Son séjour à Bâle est suffisamment long pour lui avoir permis d’établir des liens durables avec le monde de l’édition bâloise. À ce propos, Baudrier écrit : « L’œuvre des Frellon est remarquable surtout par les livres à figures, maintes fois réédités, dont leurs relations avec Bâle leur avaient permis d’emporter les bois, gravés, pour la plupart, d’après les dessins d’Holbein. » 65

C’est dans ce même monde bâlois que Conrad Gessner, jeune marié et impécunieux, trouva en 1537 son premier commanditaire en la personne de Johann Walder. Cet éditeur lui demanda de réviser un lexique gréco-latin pour l’édition du Lexicon Graecolatinum de Phavorinus Camers qu’il préparait 66.

Ces faits permettent de mieux comprendre pourquoi, en 1541, lors de son retour de Montpellier, où il avait passé l’année 1540 pour étudier l’anatomie, Conrad Gessner s’arrête quelques jours à Lyon. Avant de reprendre son voyage vers Bâle, il y rencontre plusieurs savants et écrivains, en vue d’enrichir ou préciser les données qu’il recueille pour la prochaine publication de sa Bibliotheca universalis, mais surtout il rend visite au libraire Jean Frellon 67. L’année suivante en 1542, cet éditeur lyonnais publie un opuscule de Gessner sur la composition et la préparation des médicaments, Apparatus et delectus simplicium medicamentorum… 68. Cette coopération de C. Gessner et J. Frellon va se poursuivre durant au moins huit ans. En 1544 et 1546 pour l’édition d’un second traité de médecine, Enumeratio medicamentorum purgantium… 69 et en 1550, pour une version de Galien Cl. Galeni pergameni, Omnia… 70

Mais plus intéressante pour notre propos est la réédition en 1556 du traité, Enumeratio medicamentorum purgantium, en une édition partagée entre Jean Frellon et Antoine Vincent 71.

En fait, le premier éditeur lyonnais de Conrad Gessner, Jean Frellon, collabore avec Antoine Vincent depuis 1542 72. Jean Frellon est bien établi dans la cité lyonnaise où il assume les charges de recteur, puis de trésorier de l’Aumône générale à Lyon, mais sa position est moins brillante que celle d’Antoine Vincent 73 qui est lui consul de la ville. Antoine Vincent est héritier d’une situation sociale déjà bien établie grâce à son père, Simon Vincent, qui est, avec Luxemboug Gabiano et Hugues de La Porte, à l’origine, en 1529, de la Grande compagnie de Messieurs les Libraires de Lyon, connue aussi sous le nom plus simple de la Compagnie des Libraires de Lyon. Cette société deviendra la librairie officielle de nombreux textes édités par la ville de Lyon. Cette société assure à la famille Vincent une place de premier ordre parmi les libraires lyonnais. Leur entreprise éditoriale durera jusqu’à la fin du XVIe siècle avec Barthélemy 74, fils d’Antoine et petit-fils de Simon Vincent.

De plus, Antoine Vincent crée avec Hugues de la Porte, conseiller échevin au consulat de Lyon de 1529 à 1567, une « société particulière pour l’impression, en format in-quarto, des Corpus juris civilis et des Corpus juris canonici et de quelques volumineux ouvrages de droit jusqu’alors publiés en format in-folio » 75. Ces publications in-quarto ont un grand succès. Hugues de la Porte et Antoine Vincent confient l’impression de quelques-unes aux soins de B. Arnoullet dès 1551. Hugues de la Porte lui avait déjà donné à imprimer dès 1543 76, première année de son activité, des ouvrages juridiques in-folio. Ainsi, Arnoullet put développer l’officine des Barbou qui végétait médiocrement avant qu’il ne s’en occupe. En effet, Balthazar Arnoullet, mari de Denise Barbou et gendre de Jean Barbou, a commencé sa carrière d’imprimeur sous la marque des « Héritiers de Jean Barbou », en 1542 à la mort de Jean Barbou. Hugues Barbou, le fils de Jean et frère de sa femme Denise, était trop jeune à la mort de son père pour en prendre la succession.

Les liens entre les Frellon et l’imprimeur Jean Barbou sont aussi très anciens. Ils datent au moins de 1536, peu après l’installation de Jean Frellon à Lyon. Jean Barbou travaille principalement pour les frères Frellon comme imprimeur. Parmi les soixante impressions que Baudrier 77 répertorie à son nom, nous en avons compté vingt-deux – soit le tiers de sa production – réalisées pour le compte des Frellon. Baudrier précise même que le 18 avril 1542, François Frellon est nommé exécuteur testamentaire de Jean Barbou et qu’il est désigné comme un des « bons amis » de l’imprimeur décédé 78.

Balthazar Arnoullet appartient à ce groupe des La Porte, des Vincent et surtout des Frellon qui sont des éditeurs liés au monde de l’édition bâloise et à Conrad Gessner. Ce simple fait pourrait expliquer qu’Arnoullet connaît l’œuvre de Gessner et demande rapidement un privilège pour la publication en France. Mais ces imprimeurs ne sont pas les seuls à être en lien avec l’œuvre du médecin zurichois. En fin des années 1540 et au début des années 1550, sont présents dans l’officine de B. Arnoullet, Barthélemy Aneau et Jacques Daléchamps, deux personnalités du monde savant lyonnais qui sont, elles aussi, bien au fait des travaux de Gessner.

Balthazar Arnoullet travaille avec Barthélemy Aneau depuis 1548, date à laquelle il fait appel à ses services pour revoir et amender la traduction que Desdier Christol a faite de l’ouvrage de Baptiste Platine de Crémone, De l’Honneste volupté 79. L’année suivante, en 1549, B. Arnoullet publie l’ouvrage de Barthélemy Aneau intitulé : Décades de la description, formes, et vertu naturelle des animaulx tant raisonnables, que bruts 80.

En 1550, Barthélemy Aneau abandonne l’enseignement au collège de la Trinité, il se consacre alors à des travaux de corrections, de traductions et d’écriture. Il le fait de manière privilégiée avec Macé Bonhomme, car les deux hommes entretiennent des rapports de « privé familiarité » 81. Outre quelques traductions, des pièces liminaires ou des pièces de circonstance, Macé Bonhomme fait paraître, en 1552, la Picta poesis d’Aneau et sa version française versifiée l’Imagination poétique. Cette même année, B. Arnoullet publie une réédition des Décades de Barthélemy Aneau, Le premier livre de la nature des animaulx, tant raisonnables que Brutz en même temps que le Second livre de la description des animaux de son beau-frère, Guillaume Guéroult dont la première édition date de 1550 82.

1552 est aussi l’année de la publication à Zurich du Thesaurus de Conrad Gessner dont l’éditeur lyonnais est peut-être averti. Dans ces années 1551-1552, Jacques Daléchamps (1513-1588), médecin et Régent au collège de la Trinité, œuvre aussi dans l’officine d’Arnoullet. Ce brillant botaniste aide à la publication d’une nouvelle édition du Pedanii Dioscoridis qui paraît à Vienne en 1552. Arnoullet précise, en effet, dans les pages préliminaires de cet ouvrage qu’un supplément de vignettes est dû à Daléchamps 83. Ces illustrations ne se rencontrent que « dans un petit nombre d’exemplaires » 84. Brigitte Biot écrit : « Pour ce travail, il [Daleschamps] est en relation avec Conrad Gesner, le “Pline de l’Allemagne”. Celui-ci a en effet écrit un ouvrage sur l’histoire et le pouvoir des plantes en 1541 85 et en 1549, il a commencé la nomenclature des plantes selon Diocoride 86 » et elle continue en évoquant le Trésor des remèdes secrets traduit par Aneau pour Arnoullet en 1555 : « Il semble donc que chez Arnoullet, ne serait-ce qu’à l’occasion de travaux concernant la traduction, l’illustration, l’édition de livres médicaux, les liens se soient créés entre Aneau, Dalechamps, et indirectement avec Conrad Gesner. » 87

Les liens entre le milieu savant lyonnais et Conrad Gessner se sont certainement resserrés plus que créés à cette période, car il est fort probable qu’Aneau était attentif aux écrits de Gessner bien avant cette date. Rappelons avec Brigitte Biot qu’Aneau vient de Bourges où « Il a étudié le grec sous la direction du “zélé luthérien Melchior Wolmar” » 88 qui fut aussi le professeur de Conrad Gessner, de Calvin et de Théodore de Bèze. Marie-Madeleine Fontaine a, par ailleurs, bien montré combien Barthélemy Aneau était familier de l’œuvre de Conrad Gessner 89. Aneau n’est pas cité dans la Bibliotheca Universalis de Gessner en 1545, mais il y trouve une place dès 1555 pour sa Picta poesis en même temps qu’il traduit l’auteur zurichois pour B. Arnoullet.

Aneau était donc parmi les personnes les mieux placées auxquelles pouvait faire appel Balthasar Arnoullet pour traduire en français l’œuvre de C. Gessner. Guillaume Guéroult, beau-frère de B. Arnoullet, mais surtout le traducteur, le savant et l’humaniste qui l’avait secondé, avait disparu de la scène lyonnaise après la désastreuse affaire Servet de 1553. Cet épisode avait non seulement mis en danger politiquement B. Arnoullet, mais se révélait surtout une calamiteuse entreprise financière. La mise en place de presses à Vienne pour la création de l’officine destinée à Guillaume Guéroult dut être onéreuse et cause de pertes importantes pour l’imprimeur lyonnais. Après cette affaire, B. Arnoullet avait sûrement besoin d’un grand succès de librairie pour surmonter les pertes aussi bien matérielles que « symboliques » qu’il venait de subir.

Le projet de publication du Trésor des remèdes secrets de Gessner se révéla être, en ce sens, une bonne opportunité. Arnoullet fut certainement aidé dans cette tâche par Antoine Vincent qui s’associe avec lui et partage plusieurs éditions de cet ouvrage. On connaît les affinités confessionnelles des deux hommes ; de plus Vincent, comme De la Porte, avait déjà largement favorisé les activités éditoriales d’Arnoullet depuis ses débuts et la prise en main de l’officine à la mort de Jean Barbou.

Ce rapide parcours dans le monde des éditeurs, imprimeurs, traducteurs et savants lyonnais jouant un rôle dans l’édition du Trésor des remèdes secrets de Conrad Gessner montre combien les éditions françaises et latines de cette œuvre, entre 1554 et 1559, sont le résultat d’un milieu en forte interaction. Elles laissent imaginer la complexité des échanges et des collaborations entre les auteurs, les éditeurs, les imprimeurs, les traducteurs et les graveurs dans un réseau d’intérêts intellectuels et commerciaux étroitement intriqués.

L’édition du Trésor des remèdes secrets de Conrad Gessner de 1559, partagée entre Antoine Vincent et la Veuve Balthazar Arnoullet, est caractéristique de la production lyonnaise de cette période. Elle l’est pour trois raisons : son contenu qui traite de médecine, l’un des champs privilégiés des éditions lyonnaises, sa traduction et sa diffusion en langue vulgaire pour un large public et enfin son illustration. Mais au-delà de l’intérêt commercial de cette entreprise éditoriale, savamment négociée et partagée entre libraires et imprimeurs, ce livre est surtout révélateur de l’effervescence intellectuelle de la cité lyonnaise autour des savoirs qui se font et se défont en ce milieu du XVIe siècle. L’ouvrage témoigne des recherches qui animent le monde des savants, des curieux et les passionnés d’expérimentations nouvelles 90. Savoir qui cherche, mais surtout qui se cherche, combinant traits archaïques et précurseurs. Savoir de mutation, savoir de transition, savoir hybride, déjà plus vraiment alchimique, mais pas encore sciences iatrochimiques ou simplement chimiques.

Annexes – Liste des éditions lyonnaises et européennes du Thesaurus de remediis secretis ou Trésor des remèdes secrets d’Evonyme Philiatre alias Conrad Gessner jusqu’en 1600

Le Thesaurus de remediis secretis eut de multiples rééditions dans toute l’Europe, comme le mentionne L. Braun : « Le Thesaurus eut tout de suite un vaste succès et fut immédiatement repris à Lyon et à Venise. Il eut par la suite une trentaine d’éditions dans plusieurs langues (en français, en italien, en anglais). » 1. Nous comptons, pour notre part, vingt-sept éditions jusqu’en 1600.

Nous signalons par un astérisque les éditions lyonnaises et en majuscules les premières traductions en langues vernaculaires. Pour chacune de ces éditions, nous signalons les notices descriptives données dans les bibliographies suivantes :

  • Baudrier : Julien Baudrier, Bibliographie lyonnaise, Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon, au XVIe siècle, par le Président Baudrier, Publiés et continuées par J. Baudrier, Lyon- Paris, Brun Picard, 1895-1901.
  • Gültlingen : Sybille von Gültlingen (dir.), Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au seizième siècle, Baden-Baden &Bouxwiller, V. Koerner, 1992-2004.
  • Bethesda : A catalogue of Sixteenth Century Printed Books in the National Library of Medecine, compile by Richard J. Durling, Departement of Heath, Education, and Welfare, Public Health Service, National Gallery of Medecine Bethesda, Maryland, 1967.
  • Duveen : Bibliotheca Alchemica et Chemica, A Annoted Catalogue of Printed Books on Alchemy, Chemistry and Cognate Subject in the Library of Denis I. Duveen, Fellow of the Royal Institut of Chemistry, Member of the Royal Institution, Fellow of Chemical Society, Londres, E. Weil, 1949.
  • Ferguson : University of Glasgow. Library, Catalogue of the Ferguson collection of books, mainly relating to alchemy, chemistry, witchcraft, and gipsies, in the Library of the University of Glasgow, Mansfield Centre, Conn., M. Martino, 2002 (réimp. du Ferguson de 1943).
  • Ferguson : John Ferguson, Bibliotheca Chemica […], 2 vol., Londres, Derek Verschoyle Academic and Bibliographical Publications Ltd,1954.

1552

[1] - Thesaurus Euonymi Philiatri, De Remediis secretis, [...], Zurich, Andreas Gessner et Rodolph Wyssenbach. In-8° 2.

[Bethesda 2075 (160 mm) ; Duveen, p. 245 ; Ferguson I, p. 260 ; Wellisch A32.1]

1554

[2] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Zurich, Andreas Gessner. In-16 3

[Bethesda 2076, 170 mm ; Duveen 245 ; Ferguson I 261 ; Wellisch A32.2]

*[3] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Lugd., Apud Balthazarem Arnolletum, Excudebat Balthazar Arnolletus. In-16 4.

[Baudrier X, p. 147 ; Gültlingen IX, p. 126 ; Wellisch A32.4]

1555

*[4] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Lugd., Apud Antonium Vincentium, Excudebat Balthazar Arnolletus. In-16 5.

[Baudrier X, p. 149 ; Bethesda 2077 (130 mm) ; Ferguson I, p. 261 ; Gültlingen IX, p. 127]

*[5] - Thesaurus Evonymi Philiatri, De Remediis secretis, [...], Lugd., Apud Balthazarem Arnolletum. In-16 6.

[Baudrier X, p. 149 ; Ferguson I, p. 261 ; Gültlingen IX, p. 127]

*[6] – PREMIÈRE TRADUCTION EN FRANÇAIS par Barthélemy Aneau : Tresor de Evonime Philiatre [...], Lyon, Balthazar Arnoullet, Barthélemy Aneau (trad.). In-4° 7.

[Baudrier X, 149 ; Bethesda 2083 ; Duveen 246 ; Ferguson I, 262 ; Gültlingen IX, 127 ; Wellisch A32.13]

[7] - PREMIÈRE TRADUCTION EN ALLEMAND par Rodolph Lamberger : Schatz. Ein köstlicher teürer Schatz Evonymi Philiatri [...], Zurich, Andreas et Jacques Gessner. In-4°.

[Bethesda 2084 (170 mm) ; Ferguson I, p. 262 ; Wellisch A32.17]

1556

[8] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Venise, [s. n.]. In-16 8.

[Bethesda 2078 (110 mm) ; Ferguson I, p. 261 ; Wellisch A32.5]

[9] - PREMIÈRE TRADUCTION EN ITALIEN par Pietro Lauro : Tesauro di Evonomo Filatro De rimedii secreti. Lib. fisico [...], Venise, Giovanni Battista e Marchion 9 Sessa fratelli. In-8°. [Bethesda 2085 (170 mm) ; Duveen, p. 246 ; Ferguson I, p. 263 ; Wellisch A32.20]

1557

*[10] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Lugd., Apud Viduam Balthazaris Arnolleti. In-8°.

[Bethesda 2079 (130 mm) ; Gültlingen IX, p. 128]

*[11] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Lugd., Apud Antonium Vincentium, [fin] Excudebat Vidua Balthazaris Arnolleti. In-16 10.

[Ferguson I, p. 261 ; Gültlingen IX, p. 128 ; Wellisch A32.6]

*[12] - Tresor des remedes secrets par Evonyme Philiatre [...], Lyon, Veuve Balthazar Arnoullet. In-8° 11.

[Baudrier X, p. 151 ; Gültlingen IX, p. 128]

*[13] - Tresor des remedes secrets par Evonyme Philiatre [...], Lyon, Chez Antoine Vincent et Chez Veuve Balthazar Arnoullet. In-8°.

[Baudrier X, p. 151 :« Edition partagée » ; Gültlingen IX, p. 129 ; Wellisch A32.14]

1558

*[14] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Lugd., Apud Viduam Balthazaris Arnolleti.

[Gültlingen IX, p. 130 12.] format ?

*[15] - Thesaurus Evonymi Philiatri [...], Lugd., Apud Antonium Vincentium, Excudebat vidua Balthazaris Arnolleti. In-16 13.

[Gültlingen IX, p. 130 ; Wellisch A32.6]

*[16] - Trésor des remedes secrets [...], Lyon, B. Arnoullet.

[Wellisch A32.15  14] Nous n’avons repéré aucun exemplaire de cette édition décrit par Wellisch.

[17] - Evonimus. Conradi Gesneri medici et philosophi Tigurini De remediis secretis [...], Zurich, C. Froschover. In-8°.

1559

*[18] - Tresor des remedes secrets par Evonyme Philiatre [...], Lyon, « Chez Antoine Vincent » [en fin d’ouvrage] « Chez La Veuve Balthazar Arnoullet ». In-8° 15.

[Baudrier X, p. 152 ; Gültlingen IX, p. 131 ; Wellisch A32.16]

*[19] - Thesaurus Evonymi Philiatri De secretis remediis [...] quem praeter haec quae antea [...], Lugd., Chez Antoine Vincent. [en fin d’ouvrage] Excudebat Vidua Balthazaris Arnolleti. In-8°.

[Baudrier X, p. 152 ; Bethesda 2080 (130 mm) ; Gültlingen IX, p. 131 ; Wellisch A32.6]

[20] - PREMIÈRE TRADUCTION ANGLAISE par Peter Morwing : The treasure of Evonymus [...], Londres, John Day, 1559. In-8°.

[Bethesda 2082 (190 mm) ; Ferguson I, p. 261 ; Wellisch A32.9]

[21] - De secretis remediis liber aut potius Thesaurus [...] Accedit jam recens Jacobi Bessoni [...], Zurich, Andreas Gessner. In-8° 16.

[Ferguson I, p. 261 ; Wellisch A32.3]

1560

[22] - Tesauro di Euonomo Filatro De rimedi secreti [...], Venise, Giovanni Battista e Marchion Sessa fratelli, Pietro Lauro (trad.). In-8°.

[Duveen, p. 246 ; Ferguson I, p. 263 ; Wellisch A32.20]

1565

[23] - A new booke of destillatyon of waters, called the treasure of Euonymus [...], Londres, John Day, Peter Morwing (trad.). In-4°.

[Ferguson I, p. 262 ; Duveen, p. 247 ; Wellisch A32.10]

1569

[24] - Evonymus. Conradi Gesneri medici et philosophi Tigurini. De remedijs secretis [...], [Zurich, Christoph Froschauer II] Caspar Wolph (éd.scientifique). In-8°.

[Bethesda 2087 (170 mm) ; Ferguson I, p. 261 ; Wellisch A32.7, et la même année, l’édition A32.7 est aussi publiée reliée au second volume : Wellisch A32.8]

1582

[25] - Der erste Theil dess köstlichen vvnd theuren Schatzes Euonymi Philiatri [...], Zurich, Leonhart Straub et Josias Gessner, S Gallen. Rodolph Landenberger (trad.).

[Wellisch A32.18]

1588

[26] - Tesauro di Evonomo Filatro [...], Venise, Giovanni Battista Bonfadio, Pietro Lauro (trad.). In-8°.

[Bethesda 2086 (150 mm) ; Ferguson I, p. 263 ; Wellisch A32.22]

1608

[27] - Köstlicher Artzneyschatz dess wolerfarnen vnnd weyberümpten Evolymi Philatri […], Zurich, [s.n.]. Hans Jakob Nüscheler (trad.). In-8°.

[Bethesda 4698 (190 mm) ; Wellisch A32.19, et la même année, l’édition A32.19 est aussi publiée reliée avec le second volume Wellisch B 2.15]

  1.  (retour)↑  Braun 1990, p 88.
  2.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF 8-TE18-8.
  3.  (retour)↑  Trois exemplaires examinés : BnF Arsenal 8-S-11014 et 8-S-11015 (90 x 140 mm) et BnF 8-TE18-8 (A).
  4.  (retour)↑  Un exemplaire repéré à Rennes mais non examiné : BMVR Rennes 83959.
  5.  (retour)↑  Trois exemplaires examinés : BM Lyon Rés 808294 (125 x 80 mm) dont la page de titre est amputée sur le bord inférieur droit ; BnF Arsenal 8-S-11016 (120 x 75 mm) ; BnF Tolbiac 8-TE18-8 (B).
  6.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF Arsenal 8-S-11017 (1) (75 x 120 mm). Sybille von Gültlingen (T. IX, p. 127) donne cette édition présente à la BM de Lyon sous la cote Rés 317734. En fait, cette éditon latine ne se trouve pas à Lyon. La cote Rés 317734 concerne l’édition française de 1555 conservée à la BM de Lyon (voir notice [6]).
  7.  (retour)↑  Exemplaire examiné : BM Lyon Rés 317734 (245 x 170 mm), remarquons qu’en bas de la page de titre, il est annoté à la main, plume, encre brune : « Libris Joannis Fr ci. Gambaldi Medici. ». Gambaldi est un médecin du début XVIIe siècle dont le nom apparaît sur plusieurs ouvrages de la bibliothèque municipale de Lyon. Sybille von Gültlingen (T. IX, p. 127) donne pour cet exemplaire conservé à la BM de Lyon la cote 357200. L’exemplaire portant cette cote 357200 est en fait l’édition française de 1559 chez A. Vincent (voir notice [18]).
  8.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF 8-TE18-8 (C)].
  9.  (retour)↑  Marchion est la forme vénitienne de Melchiorre Sessa, voir Serlio 2004.
  10.  (retour)↑  Un exemplaire repéré et non examiné : Paris, Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine, BIUM 39992.
  11.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF Tolbiac 8-TE18-10 (A), sans page de titre.
  12.  (retour)↑  Un seul exemplaire décrit par Sybille Von Gültlingen à la BU de Erlangen (HO/MED-II 1064 &H61/TEW.Wx 435). Elle considère que cette édition est partagée avec celle de A. Vincent de la même année, en latin.
  13.  (retour)↑  Un exemplaire repéré et non examiné : BM La Rochelle 14019 C (12 cm).
  14.  (retour)↑  Nous ne retenons pas cette édition donnée par Wellisch. En effet, il ne mentionne aucun exemplaire consulté. De plus, à cette date B. Arnoullet est mort et depuis 1557 ne paraissent que des éditions sous le nom de sa veuve.
  15.  (retour)↑  Deux exemplaires examinés, celui de la BDL 1R 36587, présenté à l’exposition « De peu assez » et celui de la BM de Lyon 357200. Guy Parguez, conservateur honoraire de la BM de Lyon, précise que l’ouvrage qui y est conservé, a appartenu « au XVIIe siècle aux capucins de Grenoble » (Voir « Les éditions de XVIe siècle de Barthélemy Aneau à la bibliothèque municipale de Lyon », Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, 47, déc. 1998, p. 51-62).
  16.  (retour)↑  Un exemplaire repéré : Poitiers, Médiathèque François Mitterrand D 6983, examen sur photographie (Fig. 5). Deux autres exemplaires incomplets, amputés du texte de J. Besson, repérés : Stuttgart, à la Württembergische Landesbibliothek (cote : 40/50020-F974/F976), dont nous en avons examiné le microfilm ; un exemplaire conservé à Glasgow provenant de la Bibliotheca Chemica de John Ferguson ; Bayerische Staatsbibliothek München ; Weimar, Herzogin Anna Amalia Bibliothek ; Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek ; Vienne, Österreichische Nationalbibliothek.

Bibliographie

Lucien Braun, Conrad Gessner, Genève, Stalkine, 1990.

Baudrier : Julien Baudrier, Bibliographie lyonnaise, Recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon, au XVIe siècle, par le Président Baudrier, Publiés et continuées par J. Baudrier, Lyon-Paris, Brun Picard, 1895-1901.

A catalogue of Sixteenth Century Printed Books in the National Library of Medecine, compile by Richard J. Durling, Departement of Heath, Education, and Welfare, Public Health Service, National Gallery of Medecine Bethesda, Maryland, 1967.

Bibliotheca Alchemica et Chemica, A Annoted Catalogue of Printed Books on Alchemy, Chemistry and Cognate Subject in the Library of Denis I. Duveen, Fellow of the Royal Institut of Chemistry, Member of the Royal Institution, Fellow of Chemical Society, Londres, E. Weil, 1949.

University of Glasgow. Library, Catalogue of the Ferguson collection of books, mainly relating to alchemy, chemistry, witchcraft, and gipsies, in the Library of the University of Glasgow, Mansfield Centre, Conn. : M. Martino, 2002 (Réimp. du Ferguson de 1943).

John Ferguson, Bibliotheca Chemica…, Londres, Derek Verschoyle Academic and Bibliographical Publications Ltd, 1954, 2 vol.

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Marie-Madeleine Fontaine, « Alchimie à Lyon au milieu du XVIe siècle », dans Lyon, cité des savants, Actes du 112 Congrès national des sociétés savantes, Section d’histoire des sciences et des techniques, Paris, Ed. du CTHS, 1988.

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  1.  (retour)↑  En annexe, nous donnons la liste des éditions entre 1552 et 1600 du Thesaurus de remediis secretis en France et en Europe.
  2.  (retour)↑  Nous abrégeons les titres de l’ouvrage en Trésor des remèdes secrets en suivant le titre de l’édition de 1559. Pour simplifier la lecture des textes, nous adoptons une graphie modernisée. Nous rétablissons aussi l’accentuation quand cela est nécessaire pour la compréhension.
  3.  (retour)↑  Le terme de « succès foudroyant » est celui qu’emploie Didier Khan pour qualifier l’ouvrage de Gessner : Didier Kahn, Alchimie et paracelsisme en France à la fin de la Renaissance (1567-1625), Genève, Droz, 2007, p. 133 ; quant à Lucien Braun, il écrit : « Le Thesaurus eut tout de suite un vaste succès et fut immédiatement repris à Lyon et à Venise » : Lucien Braun, Conrad Gessner, Genève, Slatkine, 1990, p. 88.
  4.  (retour)↑  M.-M. Fontaine, « Banalisation de l’alchimie à Lyon au milieu du XVIe siècle, et contre-attaque parisienne », dans Il Rinascimento a Lione, dir. A. Possenti et G. Mastrangelo, Rome, Ateneo, 1988, p. 261-322.
  5.  (retour)↑  S. Alessio, De’secreti del reverendo donno Alessio piemontese […],Venetia, per Sigismondo Bordogna, 1555, in-4.
  6.  (retour)↑  William Eamon, Science and the secrets of nature : books of secrets in medieval and early modern culture, Princeton University Press, 1994, p. 139.
  7.  (retour)↑  La page de titre porte le cachet « Musée pedagogique ministère de l’Instruction publique » (35 mm) et la cote de l’ouvrage qui est portée en haut à droite au crayon. Sur cette même page, à côté du nom « Philiatre », on peut lire l’inscription à la plume et encre brune « Rabelais ». Ce nom est barré au crayon et a été ajouté, entre crochet, au crayon : « Conrad Gesner ». Cette première attribution à Rabelais se retrouve sur le dos de la couverture de parchemin « Evonyme || Secrets || chimie || Rabelais ». Notons que pour cette dernière édition française de 1559, le titre est légèrement modifié par rapport à celui de la première édition. Le Trésor de Evonime Philiatre des remedes secretz de l’édition de 1555 devient en 1559 Tresor des remedes secretz par Evonyme Philiatre. On affiche moins l’auteur de l’ouvrage que son contenu valorisant l’effet publicitaire de celui-ci.
  8.  (retour)↑  Annexe notice [11].
  9.  (retour)↑  Voir l’Epistre Luminaire où le traducteur signale : « Et que ce Trésor icy enclos en langue latine pour la plus grande part, &couverts de plusieurs mots Grecs, Arabics, &Barbares, estoit incogneu aux hommes purement françois. Nous afin de l’ouvrir, &descouvrir à eux, et leur donner l’usage : L’avons mis en pure langue Françoise, pour estre de tous François entendu, &pratiqué. Tellement le[s] illustrant que les lieux qui en latin frequentement se trouvoyent obscurs, confus, ou faux, nous les avons en François esclarcis, desméleés, &vérifiés, Les noms des choses, Grecs, ou Arabes, peu cogneus &usités, nous les avons expliqués par des appellations, communes des practiquans, &du vulgaire pour estre mieux entendibles sans toutefois obmettre les estranges : pour satisfaire tant aux doctes, que aux peu savants. Et ordre et collation des matières avons mieux observé au François qu’elle n’estoit au Latin ». Le traducteur annonce ici que son travail va au-delà d’une simple traduction et que ses interventions philologiques donnent cohérence et intelligence à un texte qui, par l’emploi de termes techniques non traduits et empruntés à diverses langues, était obscur.
  10.  (retour)↑  « Un travail opiniâtre et l’industrie aiguillonnée par la dure nécessité triomphent de tous les obstacles » : Virgile, Georgiques,Livre I, vers 145-146.
  11.  (retour)↑  « La colère divine est lente à rendre justice, mais la sévérité du châtiment compense la lenteur. » : Maxime Valère, « Exemples de piété et d’impiété donnés par les étrangers » dans le Livre I, chap. 1, Actions et Paroles mémorables.
  12.  (retour)↑  L’étymologie de « philiatre » est donnée par le Littré comme « Celui qui aime la médecine ». Pour le Trésor de la Langue Française (TLFI), Philiatre : « (“qui a du goût pour la médecine et les médicaments”), subst. masc. Celui qui se livre à l’étude ou à la pratique de la médecine pour l’amour de l’art ». Je remercie Marthe Paquant pour ces précisions lexicologiques.
  13.  (retour)↑  Annexe notice [2].
  14.  (retour)↑  Annexe notice [3].
  15.  (retour)↑  Annexe notice [4].
  16.  (retour)↑  Annexe notice [5].
  17.  (retour)↑  Henri-Louis et Julien Baudrier, Bibliographie lyonnaise :​ recherches sur les imprimeurs, libraires, relieurs et fondeurs de lettres de Lyon au XVIe siècle, publiées et continuées par J. Baudrier, 12 vol., Lyon et Paris, 1895-1925. Réimpr. anast. Paris, F. de Nobele, 1964-1965 et Genève, Slatkine, 1999.
  18.  (retour)↑  Baudrier, T. X, p. 149.
  19.  (retour)↑  Voir, en particulier, Barthélemy Aneau, Alector ou le coq, histoire fabuleuse..., dir. Marie-Madeleine Fontaine, Genève, Droz, 1996, p. 893-894.
  20.  (retour)↑  La marque représente une épée, une balance et un cheval de mer, equus marinus, animal mythique mi-cheval, mi-poisson, dans un cartouche sur le cadre duquel est écrite la devise iusto uiolentia cedit (voir Marque 2, Baudrier, T. X, p. 111).
  21.  (retour)↑  Annexe notice [6].
  22.  (retour)↑  Sur les douze éditions lyonnaises, une seule est un in-quarto, la première édition française de 1555. Les autres éditions sont en majorité des in-octavo avec quelques in-sextodecimo.
  23.  (retour)↑  Annexe notice [7].
  24.  (retour)↑  Annexe notice [8].
  25.  (retour)↑  Annexe notice [9].
  26.  (retour)↑  Nous avons repéré deux autres éditions italiennes, de 1560 et de 1588, toujours à Venise (fig. 4).
  27.  (retour)↑  Ce n’est que récemment que l’ouvrage a été traduit en espagnol : Conrad Gessner, Tesoro De Los Remedios Secretos De Evonimo Filiatro, Madrid, Escurialenses Ediciones, 1996.
  28.  (retour)↑  En revanche, 1556 est l’année des premières éditions vénitiennes en latin et italien chez les frères Sessa. En 1560, quand cet ouvrage n’est plus publié à Lyon, après la fin de la raison sociale « Veuve B. Arnoullet », voit le jour la troisième publication italienne toujours dans l’officine des Sessa.
  29.  (retour)↑  On ne trouve aucune édition pour l’année de 1556 chez Balthazar Arnoullet ou chez sa veuve.
  30.  (retour)↑  On définit l’édition partagée comme « une édition entreprise à frais communs par plusieurs éditeurs qui partagent soit les gains soit les pertes ». Les contrats d’édition ou les mentions de cession de privilège manquant le plus souvent, on repère ces éditions de deux manières : les noms des associés sont donnés sur une page de titre unique où « chaque partenaire mentionne son nom seul sur les exemplaires qui lui reviennent » et les ouvrages ainsi réalisés ne présentent aucune autre différence que la mention de l’éditeur. Voir le Dictionnaire encyclopédique du livre, dir. P. Fouché, D. Péchouin, P. Schuwer, Paris, Electre – Cercle de la Librairie, 2005.
  31.  (retour)↑  Annexe notices [10] et [11].
  32.  (retour)↑  Annexe notices [12] et [13].
  33.  (retour)↑  Annexe notices [14] et [15]. Antoine Vincent : Gültlingen, T. VII, 2001, p. 143 et la Notice Veuve Balthazar Arnoullet de Sybille von Gültlingen, T. IX, 2004, p. 130.
  34.  (retour)↑  Annexe notices [18]. Baudrier, T. X, p. 152 et Gültlingen T. VII, 2001, p. 145 (elle ne donne pas de lieu) et Notice Veuve Arnoullet Gültlingen, T. IX, 2004, p. 131. Rés 357200 - Reliure parchemin XVI. Ex-libris ms des capucins de Grenoble; acheté chez Mlle Champ 1709.
  35.  (retour)↑  Annexe notice [19]. Notice Antoine Vincent : Gültlingen, T. VII, 2001, p. 145 ; voir la notice consacrée à la Veuve Arnoullet : Gültlingen, T. IX, 2004, p. 130.
  36.  (retour)↑  Baudrier rappelle qu’« À la mort de Bathalzar Arnoullet, survenue après le 20 novembre 1556, sa veuve, Denise Barbou, fille aînée de Jean Barbou, conserva la direction de la maison paternelle jusqu’à la majorité de son frère Hugues Barbou, sous la raison sociale, Veuve de Balthazar Arnoullet, et s’adjoignit, comme correcteur de l’atelier, Guillaume Gueroult, son beau-frère rentré depuis peu en grâce auprès de la famille de sa femme. ». Cette raison sociale couvre donc les années 1557 à 1559 et en 1560 Hugues Barbou reçoit de sa sœur la direction de la Maison (Baudrier X, p. 150).
  37.  (retour)↑  Cet ouvrage est traduit en français en 1571 par J. Besson, lui-même, et publié en édition bilingue, latin et français, chez Galiot du Pré, à Paris puis uniquement en français, chez le même libraire, en 1573 sous le titre de l’Art et moyen parfaict de tirer huyles et eaux...
  38.  (retour)↑  Voir Eugénie Droz, Les chemins de l’Hérésie, t. IV, Genève, Droz, 1976 ; pour l’analyse du Liber Amicorum de Conrad Gessner, lire aussi Richard J. Durling, « Conrad Gessner’s liber amicorum 1555-1565 », Gesnerus, 22, 1965, p. 134-159.
  39.  (retour)↑  C’est le cas de John Ferguson qui date cette édition de 1554 : « 8°. PP 580. [Index38]. 10 woodcuts. Colophon after the index ; Tiguri per Andream Gessnerum F. Anno Domini M.D. L. IIII. Besson’s tract is wanting in this copy. The Title of edition given by Brunet (Manuel, ii, 1565) is quite different from the above » (Ferguson I, 1954) [L’opuscule de Besson est manquant dans cette copie. Le titre de l’édition (Manuel iii, 1565) est quelque peu différent de celui donné par Brunet.]. Wellisch décrit cette édition dans sa notice A 32.3 : « Jacques Besson (fl. 1554-1571) wrote a tract on the distillation of oils from plants ; it was first published as an appendix to Gessner’s works, printed separately in 1559 by Andreas Gessner, and was translated into French by the author in 1571. » [Jacques Besson (ca. 1554-1571) écrit un opuscule sur la distillation des huiles à partir des plantes ; il fut publié en premier comme un appendice du travail de Gessner, puis séparément par Andreas Gessner, et traduit en français par l’auteur lui-même en 1571.].
  40.  (retour)↑ 
  41.  (retour)↑  Pour les autres exemplaires repérés, voir la notice [21].
  42.  (retour)↑  Conrad Gesner, Euonymus. Conradi Gesneri medici et philosophi Tigurini De remediis secretis, liber secundu s: nunc primum opera &studio Caspari Vvolphii medici, physici Tigurini in lucem editus, [Zurich Christoph Froschauer, 1569].
  43.  (retour)↑  Voir Urs B. Leu, Raffael Keller and Sandra Weidmann, Conrad Gessner’s Private Library, Leyde-Londres, Brill, 2008.
  44.  (retour)↑  Conrad Gessner, Quatre livres des secrets de medicine et de la philosophie chimique. Faicts francois par M. Jean Liebault Dijonnois..., Paris, Jacques du-Puys, 1573. Barthélemy Vincent, fils d’Antoine, publie aussi en 1572 la version latine du second livre posthume de Gessner, Conr. Gesneri Euonymus, siue de remediis secretis : nunc denuo studio et diligentia Caspari Wolphij, medici et physisci... in lucem editus. Adiecimus... plurimas fornacum figuras... Pars secunda, Lugduni, apus Bartholom. Vicentium, 1572, in-12. Une autre traduction partielle est effectuée par Linocier en 1584 sous le titre de l’Histoire des plantes. Enfin, une traduction française et lyonnaise est donnée par Benoist Rigaud en 1593 et une autre à Rouen en 1628 par Jean-Baptiste Behourt.
  45.  (retour)↑  Charles Estienne fait partie des lettrés qui vulgarisent le savoir des anciens. Il se consacre, en particulier, au domaine horticole et agronomique. Dès 1554, il publie son Prædium rusticum… à Paris. Ce livre augmenté et modifié devient en français, en 1564 chez Jean Du Puys, L’Agriculture et maison rustique. Son gendre, Jean Liébault, le réédite après sa mort dans les années 1582 et 1586. Il n’est pas surprenant que Jean Liébault s’intéresse tout autant à l’art des jardins qu’à celui de la distillation. Le renouveau de la distillation dans cette seconde moitié du XVIe siècle va de pair avec celui de la botanique et des jardins : voir à ce sujet Danièle Duport, Le jardin et la nature : ordre et variété dans la littérature de la Renaissance, Genève, Droz, 2002 (Travaux d’humanisme et Renaissance, 363).
  46.  (retour)↑  Les parlements de Rennes et de Pau sont mentionnés.
  47.  (retour)↑  Voir au sujet de Guillaume Guéroult : Daniela Boccassini, La parola riscritta : Guillaume Guéroult, poeta e traduttore nella Francia della Riforma, Florence, La Nuova Italia, 1985.
  48.  (retour)↑  Brigitte Biot, Barthélemy Aneau, régent de la Renaissance lyonnaise, Paris, H. Champion, 1996, p. 92. Voir H. Joly et J. Lacassagne, « Médecins et Imprimeurs lyonnais au XVIe siècle », Lyon et la médecine, numéro spécial Revue lyonnaise de la médecine, déc. 1958, p. 87-115.
  49.  (retour)↑  D’après l’étude de Marie-Josèphe Hamon portant sur 6877 ouvrages lyonnais du XVIe siècle, 12 % concerneraient la médecine et 30 % des éditeurs publieraient des livres de médecine. Les petits éditeurs, qui s’adressent à des publics modestes, sont ceux qui éditent le plus ce type d’ouvrages. Citons Louis I Cloquemin (1565-82), Fradin (1497-1537) ou Antoine Hardy (1572-1602) (Marie-Josèphe Hamon, D’Hippocrate à Symphorien Champier : les médecins et l’édition lyonnaise au XVIe siècle, mémoire de recherche, École nationale supérieure des bibliothèques, Villeurbanne, 1978, p. 56).
  50.  (retour)↑  Par exemple, dès 1503, l’ouvrage de Guy de Chauliac, Guidon de la chirurgie, est traduit en français par Symphorien Champier et Jean I de Vingle (1493-1512). Cette intense activité de traduction de l’édition lyonnaise a été également notée à propos de la numismatique par David Thomson : « Les livres d’auteurs étrangers traduits en français et tous ceux écrits par des auteurs français à part Budé, furent d’abord imprimés à Lyon. » D. Thomson, « Temples par Serlio, Du Cerceau et Perret », dans Sebastiano Serlio à Lyon, architecture et imprimerie, dir. S. Deswarte-Rosa, Lyon, Mémoire Active, 2004, p. XX-XX.
  51.  (retour)↑  Les bois des trois exemplaires consultés à la bibliothèque municipale de Lyon sont identiques en nombre, ordre, présentation et forme, excepté pour un bois (p. 155 Notice [3]) absent des éditions latines partagées de 1555 (Notices [4] et [5]). Ces bois représentent pour 73 d’entre eux des fours, des vases ou d’autres instruments de distillation. Ils varient de dimensions : 30 x 30 mm pour les plus petits et 80 x 55 mm pour les plus grands. 48 autres vignettes illustrent des plantes 650 x 40 mm. Tous les bois sont concentrés dans le premier tiers de l’ouvrage.
  52.  (retour)↑  Voir Notice [3], on n’insiste pas dans le titre français de l’édition de 1555 sur l’illustration.
  53.  (retour)↑  Sur la question de l’illustration dans les ouvrages imprimés par B. Arnoullet, voir Baudrier T. X, p. 102-112.
  54.  (retour)↑  Baudrier, T. X.
  55.  (retour)↑  Voir Estelle Leutrat, Les débuts de la gravure sur cuivre en France, Lyon 1520-1565, Genève, Droz, 2007, p. 122 et p. 123.
  56.  (retour)↑  Ibid., p. 121-125. Estelle Leutrat y discute aussi des interprétations concernant l’abréviation lugd BA sur certaines feuilles volantes du Maître CC, comme une éventuelle marque de Balthazar Arnoullet.
  57.  (retour)↑  Voir M. Carpo, « Le Livre Extraordinaire (Lyon, Jean de Tournes, 1551) Édition bilingue » et J. Erichsen « Le manuscrit de l’Extraordinario Libro, conservé à Augsbourg » dans Sebastiano Serlio à Lyon, Architecture et Imprimerie, op. cit., p. 144 – 146 et p. 147 – 151.
  58.  (retour)↑  La Sainte Bible Contenant les Saintes escritures, tant du Vieil que du Nouveau Testament, avec aucunes des plus singuliers Figures, &Pourtraits, necessaires pour l’intelligence de beaucoup de passages [...], in-2, en quatre tomes. « L’illustration de cette bible est fort intéressante. Elle se compose pour la Bible de la suite dite d’Holbein, utilisée pour la première fois dans la Biblia, in-folio, imprimée, en 1538, par les Trechsel pour Hugues de la Porte, utilisée ensuite par les Trechsel et les Frellon, dans des tirages spéciaux dans des formats in-4° et in-8°. Elle renferme, en outre, un remarquable alphabet représentant des jugements et des supplices dessiné par Holbein, […] La petite suite du Nouveau Testament est empruntée aux Frellon et a été utilisée par eux pour le format in-16. Arnoullet y a ajouté, en outre, plusieurs vignettes dessinées par P. Vase, utilisées ensuite dans les Bibles de Rouille et Honorat. » : Baudrier, T. X, p. 124.
  59.  (retour)↑  Baudrier, T. X, p. 106.
  60.  (retour)↑  Voir Baudrier T. V, p. 157 : on sait que Jean Frellon est présent à Lyon en 1536 et, peut-être, quelque temps avant. On trouve aux Archives nationales à la date de 21 janvier 1536, un document où Jehan Sturm (« Stormus »), lecteur à Paris, certifie avec Thierry Lambert, tailleur d’histoires à Paris, la procuration en langue allemande donnée à Jehan Freslon qui agit pour « Conrad Rech » (Conrad Roesch), libraire à Bâle et Christian Wechel, libraire sous l’enseigne de l’Ecu de Bâle, Rue Saint-Jacques à Paris (AN ET/XLIX/0008 (1536-01-21)). Ce document atteste donc de l’activité de Frellon pour les libraires bâlois, en début 1536, ce qui n’interdit pas que Frellon soit déjà installé à Lyon.
  61.  (retour)↑  Baudrier, T. X, p. 160. Baudrier continue son jugement sur les frères Frellon en ces termes : « D’un autre côté, la correction du texte, la beauté et la netteté des caractères font honneur aux mérites littéraires et aux qualités professionnelles des deux frères et de leurs collaborateurs. Il faut aussi signaler les lettres capitales, artistiquement gravées, ornement de ces magnifiques in-folio, dignes de rivaliser avec les plus beaux livres de Jean de Tournes auxquels ils ressemblent à s’y méprendre. »
  62.  (retour)↑  Hans Hanan Wellisch, dans un article « Conrad Gessner : a bio-bibliography », Journal of the Society for the Bibliography of Natural History, 7, 2, 1975, p. 151-247, donne une bibliographie complète de l’œuvre de Gessner, nous nous référerons à sa numérotation. Pour le Lexicon Graecolatinum de Phavorinus Camers, voir Wellisch A1.1. Gessner travaille pour de nombreux autres éditeurs bâlois : citons pour mémoire Jérôme Curio (1543-1548), Robert Winter (1540), Johann Oporin (1540), Bartholomaüs Westheimer (1541), Heinrich Petri (1550) et surtout Jérôme Froben.
  63.  (retour)↑  M.-M. Fontaine écrit : « Lors de son passage à Lyon, en 1540, Gessner a rencontré plusieurs connaissances d’Aneau, dont Wilson (cf. n° 16) et Pierre Tolet (cf. n° 15) qui enseignaient comme Aneau au Collège de la Trinité » : Barthélemy Aneau, Alector ou le coq, op. cit., p. 893.
  64.  (retour)↑  Conrad Gessner, Apparatus et delectus simplicium medicamentorum. De compositione medicamentorum secundum genera, ex Paulo Aegineta. De compositione medicamentorum secundum genera universalis methodus, ex Galeno. [...] Auctore Conrado Gessnero Tigurino, Lugduni, apud Joannem &Franciscum Frellonios, fratres, 1542, in-8 [Wellisch A7.1].
  65.  (retour)↑  Cet ouvrage de Conrad Gessner, Conradi Gesneri enumeratio medicamentorum purgantium, vomitorium... est publié pour la première fois à Bâle, in-octavo, par Jérôme Froben en 1543 [Wellisch A15.1] avant de l’être à deux reprises à Lyon par les frères Jean et François Frellon, en 1544 [Wellisch A15.2] et en 1546 [ Wellisch A15.3] puis, à nouveau en 1556, dans une édition in-octavo partagée entre Jean Frellon [Wellisch A15.6] et Antoine Vincent [Voir Wellisch A15.5].
  66.  (retour)↑  Conrad Gessner, Cl. Galeni pergameni, Omnia tum quae antehac extabant, tum quae nunc primum inuenta sunt, opera in Latinam linguam conuersa [...] Accesserunt capitum numeri, &argumenta, in eos maxime libros, qui medicinae candidatis apprime utiles uisi sunt, per Conr. Gesnerumn [...] Adiectus est etiam totius operis index copiosissimus, Lugduni, apud J. Frellonium, 1550, in-4 [Voir Baudrier T. V, p. 217 et Wellisch A20.2]. La première édition, in-folio, est celle de Bâle en 1549 par Jérôme Froben et Nicolaus Episcopius [Wellisch A20.1].
  67.  (retour)↑  Cette édition partagée se trouve soit au nom d’Antoine Vincent, soit à celui de Jean Frellon, son frère, François Frellon, est mort en 1546 (pour J. Frellon [Voir Wellisch A15.6] et A. Vincent [Wellisch A15.5]).
  68.  (retour)↑  « De leurs débuts en 1541, les frères Frellon ont uniquement exercé la librairie, mais, à partir de 1542, on les voit signer comme imprimeurs de nombreux volumes, édités en société avec Antoine Vincent. » : Baudrier, T. V, p. 157.
  69.  (retour)↑  Baudrier, T. V, p. 159.
  70.  (retour)↑  Nous avons vu que Barthélemy Vincent est l’un des éditeurs lyonnais de la seconde partie du De remediis secretis, publiée de manière posthume pour Gessner.
  71.  (retour)↑  Baudrier, T. VII, p. 263.
  72.  (retour)↑  Baudrier, T. VII, p. 313.
  73.  (retour)↑  Baudrier, T. V, p. 7-19.
  74.  (retour)↑  Baudrier, T. V, p. 7.
  75.  (retour)↑  Baptiste Platine de Cremonne, De l’Honneste volupté, liure tres necessaire à la vie humaine, pour obseruer bonne santé, Diligemment reueu &corrigé comme est fait mention à la page suyuante. |A Lyon, Par Balthazar Arnoullet. 1548, in-8. Il a existé une version de 1546, dont aucun exemplaire ne survit (Baudrier X, 119 ; USTC 40541).
  76.  (retour)↑  Baudrier, X 120. C’est cette même année 1549 qu’Arnoullet publie le livre consacré aux plantes, de L. Fuchs, le De historia stirpium…, puis republié en 1551, en même temps que le Plantarum effiges...
  77.  (retour)↑  Imagination Poétique, p. 6, cité par B. Biot 1996, p. 88.
  78.  (retour)↑  Baudrier, T. X 131.
  79.  (retour)↑  Rajout de 30 planches supplémentaires en fin d’ouvrage avec le commentaire : Chalcographus Lectori. S. « En tibi lector, plantarum quascam Icones, numero triginta... Opera Iacobi Dalechampii, Lugdunensis medici doctissimi… »
  80.  (retour)↑  Baudrier, T. X 130.
  81.  (retour)↑  Historia plantarum…, Paris, J. L. Tiletanum, 1541.
  82.  (retour)↑  De Medicinali Materia Libri sex…, Francfort, 1549. Louis Braun évoque aussi la correspondance de Gessner et Daléchamps, voir Braun 1990, p. 96.
  83.  (retour)↑  B. Biot, op. cit., p. 97. M.-M. Fontaine donne trois lettres d’Aneau à Daléchamps en novembre 1552 et février 1553 montrant combien les deux hommes étaient intimes à cette époque où Aneau est à Bourges.
  84.  (retour)↑  B. Biot, op. cit., p. 122.
  85.  (retour)↑  Barthélemy Aneau, Alector ou le coq, op. cit., t. II, p. 893-894.
  86.  (retour)↑  En particulier, M.-M. Fontaine nous informe que « dans la seconde moitié du siècle, et malgré l’importance plus grande prise par les éditions parisiennes, Lyon reste un centre de publications significatif notamment comme centre d’influence paracelsien, en raison, sans doute de ses rapports avec Strasbourg et Bâle. C’est aux paracelsiens qui publient à Lyon (à Gérard Dorn et Alexandre de la Tourette) que s’attaque précisément Gohory. » : M.-M. Fontaine, « Banalisation de l’alchimie à Lyon au milieu du XVIe siècle… », op. cit., p. 265.
  87.  (retour)↑  Braun 1990, p 88.
  88.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF 8-TE18-8.
  89.  (retour)↑  Trois exemplaires examinés : BnF Arsenal 8-S-11014 et 8-S-11015 (90 x 140 mm) et BnF 8-TE18-8 (A).
  90.  (retour)↑  Un exemplaire repéré à Rennes mais non examiné : BMVR Rennes 83959.
  91.  (retour)↑  Trois exemplaires examinés : BM Lyon Rés 808294 (125 x 80 mm) dont la page de titre est amputée sur le bord inférieur droit ; BnF Arsenal 8-S-11016 (120 x 75 mm) ; BnF Tolbiac 8-TE18-8 (B).
  92.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF Arsenal 8-S-11017 (1) (75 x 120 mm). Sybille von Gültlingen (T. IX, p. 127) donne cette édition présente à la BM de Lyon sous la cote Rés 317734. En fait, cette éditon latine ne se trouve pas à Lyon. La cote Rés 317734 concerne l’édition française de 1555 conservée à la BM de Lyon (voir notice [6]).
  93.  (retour)↑  Exemplaire examiné : BM Lyon Rés 317734 (245 x 170 mm), remarquons qu’en bas de la page de titre, il est annoté à la main, plume, encre brune : « Libris Joannis Fr ci. Gambaldi Medici. ». Gambaldi est un médecin du début XVIIe siècle dont le nom apparaît sur plusieurs ouvrages de la bibliothèque municipale de Lyon. Sybille von Gültlingen (T. IX, p. 127) donne pour cet exemplaire conservé à la BM de Lyon la cote 357200. L’exemplaire portant cette cote 357200 est en fait l’édition française de 1559 chez A. Vincent (voir notice [18]).
  94.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF 8-TE18-8 (C)].
  95.  (retour)↑  Marchion est la forme vénitienne de Melchiorre Sessa, voir Serlio 2004.
  96.  (retour)↑  Un exemplaire repéré et non examiné : Paris, Bibliothèque Interuniversitaire de Médecine, BIUM 39992.
  97.  (retour)↑  Un exemplaire examiné : BnF Tolbiac 8-TE18-10 (A), sans page de titre.
  98.  (retour)↑  Un seul exemplaire décrit par Sybille Von Gültlingen à la BU de Erlangen (HO/MED-II 1064 &H61/TEW.Wx 435). Elle considère que cette édition est partagée avec celle de A. Vincent de la même année, en latin.
  99.  (retour)↑  Un exemplaire repéré et non examiné : BM La Rochelle 14019 C (12 cm).
  100.  (retour)↑  Nous ne retenons pas cette édition donnée par Wellisch. En effet, il ne mentionne aucun exemplaire consulté. De plus, à cette date B. Arnoullet est mort et depuis 1557 ne paraissent que des éditions sous le nom de sa veuve.
  101.  (retour)↑  Deux exemplaires examinés, celui de la BDL 1R 36587, présenté à l’exposition « De peu assez » et celui de la BM de Lyon 357200. Guy Parguez, conservateur honoraire de la BM de Lyon, précise que l’ouvrage qui y est conservé, a appartenu « au XVIIe siècle aux capucins de Grenoble » (Voir « Les éditions de XVIe siècle de Barthélemy Aneau à la bibliothèque municipale de Lyon », Bulletin de l’Association d’étude sur l’humanisme, la réforme et la renaissance, 47, déc. 1998, p. 51-62).
  102.  (retour)↑  Un exemplaire repéré : Poitiers, Médiathèque François Mitterrand D 6983, examen sur photographie (Fig. 5). Deux autres exemplaires incomplets, amputés du texte de J. Besson, repérés : Stuttgart, à la Württembergische Landesbibliothek (cote : 40/50020-F974/F976), dont nous en avons examiné le microfilm ; un exemplaire conservé à Glasgow provenant de la Bibliotheca Chemica de John Ferguson ; Bayerische Staatsbibliothek München ; Weimar, Herzogin Anna Amalia Bibliothek ; Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek ; Vienne, Österreichische Nationalbibliothek.