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Marielle de Miribel

Diriger une bibliothèque

Un nouveau leadership

Avec la participation de Brigitte Evano, Christophe Grelet, Sandrine Haon et al.
Éditions du Cercle de la Librairie, 2016, 441 p.
ISBN 978-2-7654-1497-1 : 45 €

par Marie-Paule Doncque

Les bibliothèques incluses dans de nouveaux écosystèmes, où l’arithmétique devient parfois le seul instrument d’aide à la décision, sont soumises à des pressions inédites. Nombre de bibliothécaires et plus particulièrement ceux en poste de direction ont besoin de prendre de la distance par rapport aux théâtres des opérations et de disposer de grilles d’analyse managériale suffisamment objectives. La lecture de Diriger une bibliothèque : un nouveau leadership, peut être formatrice, inspirante ou salutaire.

Patience et longueur de temps seront des atouts précieux pour s’approprier, avec un minimum d’efficacité, une somme de plus de 400 pages organisées en 30 chapitres. 23 chapitres sont de la plume de Marielle de Miribel, conservateur en chef, auteur, docteur en sciences de l’information et chargée de mission qualité pour les 70 bibliothèques municipales parisiennes. Les autres contributeurs sont Brigitte Evano (philosophe et sociologue), Christophe Grelet, Sandrine Haon, Julien Roche (directeurs de bibliothèque), Benoit Lizée (consultant en ressources humaines) et Martin Mouchard (formateur indépendant). Chacun, selon une approche personnelle ou nourrie par d’illustres héritages, met en relief les enjeux du métier de responsable de bibliothèque, confronté aux équipes, confronté à l’autorité de tutelle, confronté aux élus. Les qualités indispensables du leadership sont répertoriées en 16 compétences clés. Certaines relèvent du bon sens, de l’équilibre général qui sied à tout individu, d’autres requièrent une pleine conscience, un certain détachement par rapport à son ego.

Le responsable revêt différents atours. Pilote, leader, chef, patron, coach, manager, la terminologie qui sera utilisée n’a rien de neutre, tant elle manifeste le fond et les orientations managériales de l’individu. S’il est essentiel de « se sentir bien à sa place », le postulat initial, sans qu’il soit véritablement exprimé, est que celui qui voudra progresser devra le faire en acceptation de ce qu’il est à l’origine.

Autant pour une direction chevronnée que pour un total novice, les méthodes proposées et les nombreux outils d’analyse invitent à réaliser un pas de côté et à se concentrer sur les relations interpersonnelles ainsi que sur les grands mouvements de l’organisation. Ceux-ci sont examinés de façon fine grâce aux principes de l’analyse transactionnelle, avec des références directes à Éric Berne.

À la suite du préambule définissant le terme leadership, la première partie invite le lecteur à observer son propre positionnement. Quels sont les ingrédients nécessaires pour emmener son équipe dans une aventure professionnelle qui relève de plus en plus souvent du défi ? Le début du processus sera énergivore et exigeant, les deuils à opérer difficiles : être aimé, faire plaisir à son chef et être le meilleur.

L’équipe est passée ensuite sous le crible où il s’agit déjà de veiller à la satisfaction des besoins essentiels. « Si chacun cherche son chef », le mode de management doit être situationnel avec énergie et souplesse, car l’indépendance et l’interdépendance régissent la moindre des organisations professionnelles. Le manager-coach favorisera le processus d’autonomisation en adoptant différents styles : délégatif, explicatif, participatif ou directif. La question centrale reste la gestion de l’imago, notion introduite par Gustav Jung, à la fois personne intime que l’enfant s’est forgée et incarnation du groupe.

Les processus relationnels sont ensuite analysés en fonction des modes de communication écrits ou oraux et envisagent les territoires de même que les enjeux de pouvoir. La plainte du manque de reconnaissance est souvent citée et le système éducatif français rendu responsable. L’inévitable résistance au changement possède sa clef à partir du moment où le manager reconnaît la personne là où elle se trouve : valeurs, compétence et expérience. La communication non violente, ou CNV, et la technique constructive du DESC (D = description des faits, E = expression des émotions, S = spécification des solutions, C = conséquences ou conclusion) sont largement exposées avec des exemples très explicites.

La matrice SWOT, acronyme de Strengths, Weaknesses, Opportunities, Threats (en français Forces, Faiblesses, Opportunités et Menaces), aide à l’interrogation, subjective néanmoins puisque réalisée à un instant T, du fonctionnement d’une organisation. Nous avons retenu que tout organigramme n’est qu’un affichage par rapport à la réalité subjective et aux liens subtils qui se tissent entre les membres du groupe. Les principes de théorie organisationnelle d’Éric Berne sont à nouveau détaillés et servent de fondamentaux à l’observation ; des fiches d’analyse viennent à la rescousse de la démarche. Le tout étant de ne pas rester bloqué sur les erreurs et les dysfonctionnements de l’organisation.

Enfin, la bibliothèque n’étant pas un organisme autosuffisant, l’examen se poursuit à propos de l’impact de l’établissement sur son environnement externe. L’existence de la bibliothèque n’ayant de sens que si elle répond à des besoins, les responsables devront être en phase avec la logique interne des partenaires naturels et non à tout prix vouloir les convaincre en restant isolés dans leur propre doxa. S’ils doivent absolument explorer les services environnants, ils définiront également les types de publics réels, virtuels et potentiels.

Exceptés quelques symboles anecdotiques, la balance pour illustrer le déséquilibre par exemple, ou encore des images éditées en noir et blanc – citons la spirale dynamique –, mais qui auraient mérité de l’être en couleur, cet ouvrage est fortement conseillé tant pour l'expertise reconnue des intervenants que pour la densité et la richesse des propos.

Nous retiendrons qu’un nouveau responsable ne doit pas se croire défrichant un terrain vierge en niant le passé ou en l’évacuant purement et simplement, mais doit faire preuve, si ce n’est d’humilité, au moins de bienveillance.

À moins d’être complètement allergique aux techniques d’introspection ou autocrate certain de son fait, les professionnels des bibliothèques puiseront largement dans un ouvrage où le leadership trouve un nouveau souffle.