Veille métiers et transitions #6 • L’implication des bibliothèques universitaires dans les ateliers de la donnée
L’exemple de l’Atelier bordelais des données de recherche
L’Atelier bordelais des données de recherche (ABDo) organisait le lundi 11 mai 2026 sa journée de lancement officiel, suite à sa labellisation par Recherche Data Gouv en octobre 2025. Cette journée était l’occasion de réunir les acteurs de la gestion des données de recherche et de mettre en avant les projets et initiatives menés sur le territoire bordelais. Une soixantaine de participants a pu échanger avec les intervenants autour de thématiques variées liées aux données de recherche, des codes et logiciels.
Cet article reviendra plus particulièrement sur la place des bibliothécaires dans ces structures et, ici, au sein de l’atelier bordelais des données de recherche.
Les ateliers de la donnée sont des services mutualisés de proximité, labellisés par Recherche Data Gouv 1
. Ils proposent une offre de services aux communautés de recherche des établissements membres sur la bonne gestion des données de recherche, dans le cadre de la science ouverte. Ils participent également au niveau national à l’écosystème Recherche Data Gouv, aux côtés des autres centres de compétences.Au sein d’ABDo, les bibliothécaires occupent une place prépondérante dans les instances et les services. Trois des quatre membres de l’équipe de coordination, dont le responsable de l’atelier, sont membres de la Direction de la documentation de l’Université de Bordeaux (à laquelle sont rattachés les bibliothécaires), et ce sont également des professionnels de l’information qui sont les contacts privilégiés dans trois des quatre autres établissements de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) que compte ABDo (Université Bordeaux Montaigne, Bordeaux Sciences Agro et Sciences Po Bordeaux). On peut aussi noter la présence de l’Unité régionale de formation à l’information scientifique et technique (Urfist), partenaire de l’atelier et codirigée par une conservatrice des bibliothèques. La culture de réseau qui caractérise déjà fortement nos métiers facilite ces prises de contact et le travail partagé.
Ces personnels représentent également une part importante du fonctionnement de l’atelier, puisqu’ils copilotent quatre des huit services, seuls, ou aux côtés des autres métiers 2
Les services en question sont : FAIRisation des données, Formation, Plan de gestion des données, Aide au choix et au dépôt dans un entrepôt.
Pour la profession, se positionner sur le créneau de la gestion des données est une opportunité intéressante et s’inscrit dans une volonté plus générale d’identification de nos missions et de reconnaissance de notre expertise. En effet, malgré de nombreuses avancées et des exemples toujours plus nombreux, notre métier et le large éventail de ses fonctions restent globalement méconnus, notamment auprès de nos gouvernances.
Les compétences et l’expertise des bibliothécaires trouvent pleinement leur place dans la gestion des données (documentation de la recherche, qualité des métadonnées, bonnes pratiques de stockage et de sauvegarde, gestion des identifiants pérennes, etc.). Ce savoir-faire fait écho à des missions sur lesquelles les professionnels de l’information sont déjà identifiés comme des personnes-ressources. Il légitime ainsi notre participation active et souvent motrice dans les ateliers de la donnée.
L’atelier de la donnée est un levier efficace pour sortir des murs de la bibliothèque et entrer en contact avec les autres services de l’université. À un fonctionnement en silo succèdent ainsi des réseaux de « contributeurs métiers » à l’intérieur de l’établissement, mais aussi partagés entre partenaires dans le cadre de la politique de site dans laquelle l’atelier de la donnée s’inscrit. En effet, chaque métier, chaque service, dispose de l’expertise nécessaire sur une partie du cycle de vie de la donnée mais ne peut pas répondre à l’ensemble des questions et des besoins de sa communauté. C’est donc par la collaboration et la mutualisation des ressources, des outils, des personnes et des savoir-faire que l’atelier peut fonctionner.
À Bordeaux, la mise en place de l’atelier et la position occupée par la Direction de la documentation dans celui-ci s’inscrivent dans une stratégie d’Advocacy de nos compétences et expertises. Dans le cas particulier de la recherche, on peut également citer le portage opérationnel du Conseil de la science ouverte et de deux des trois groupes de travail qui en découlent, le circuit de diffusion et de dépôt des thèses, le travail de fond sur les identifiants chercheurs, structures et organismes de recherche, la bibliométrie ou l’Observatoire de l’interdisciplinarité, en lien avec la Direction de la recherche et de la valorisation. L’Université de Bordeaux s’est aussi dotée d’un portail HAL et d’un espace institutionnel sur l’entrepôt de données Recherche Data Gouv en 2025. La question des données de la recherche élargit donc l’éventail des activités des bibliothèques universitaires dans le champ de la recherche et nous place en position stratégique dans des réseaux métiers ainsi que dans la collaboration inter-établissements.
Il demeure néanmoins des fragilités à cette mission, et tout particulièrement le recours récurrent, pour des postes clés, à des personnels contractuels très qualifiés et donc difficilement remplaçables, sur des missions se voulant pourtant pérennes. La titularisation de ces collègues est donc un enjeu majeur pour nous donner les moyens de nos ambitions dans nos établissements. Au-delà de leurs compétences développées, ce sont en effet les relations interpersonnelles et la proximité avec les équipes de recherche qui font la force des ateliers de la donnée. La continuité est donc une condition importante pour assurer et développer une offre de service de qualité à moyen et long terme.
Pour aller plus loin
- Retrouvez l’actualité d’ABDo en vous abonnant à sa liste de diffusion : https://groupes.renater.fr/sympa/info/abdo
- Pour contacter l’atelier : donnees-recherche@u-bordeaux.fr ; data-recherche@ubordeaux-montaigne.fr