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L’E-Atlas multimédia

Un projet éditorial collaboratif

Delphine Lereculeur

En 2016, un nouveau projet a été confié à la bibliothèque de Sciences Po : la création d’un Atlas numérique, dans la lignée du manuel papier de référence édité par les Presses de Sciences Po. Conjuguant qualité et innovation numérique, la bibliothèque a coordonné les contributions des enseignants-chercheurs, des équipes techniques et de la maison d’édition tout en apportant ses savoirs et savoir-faire propres. Retour d’expérience sur un projet d’envergure, inédit et à forts enjeux.

L’idée de publier un atlas de la mondialisation numérique s’appuie en premier lieu sur le succès de L’Atlas de la mondialisation, ouvrage imprimé et édité par les Presses de Sciences Po depuis 2006. Celui-ci compte six éditions et 30 000 exemplaires vendus à ce jour, il a déjà été traduit en quatre langues. Conçu par l’Atelier de cartographie de Sciences Po  1, il est le fruit d’un travail collectif avec les enseignants et nourrit le cours « Espace mondial  2», un des enseignements fondamentaux et transdisciplinaires à Sciences Po. L’Atlas avait déjà suscité une première expérimentation numérique en 2014, grâce au MOOC « Espace mondial  3», parcours pédagogique de 10 semaines accompagné de 37 vidéos et qui utilise notamment les cartes, diagrammes et lexiques de l’Atlas.

Les concepteurs de l’Atlas ont souhaité faire évoluer sa version imprimée pour toucher un public encore plus large, à savoir des étudiants de premiers cycles dans et hors Sciences Po, des enseignants en université et lycée, et le grand public francophone et anglophone. L’ambition était aussi d’intégrer les nouveaux usages de ces divers publics et leurs pratiques de lecture numérique, depuis l’interactivité jusqu’aux écrans adaptés à la lecture nomade. Un recueil de besoins a permis de programmer une nouvelle édition, entièrement pensée par et pour le numérique. Ce projet éditorial multimédia, a consisté à proposer un objet hybride, entre site web et eBook, une sorte de « Web Book », publié en accès libre et gratuit. Il doit être également accompagné par une version imprimée, éditée quant à elle aux Presses de Sciences Po. Le titre Espace mondial : l’Atlas a été retenu pour ce nouvel objet, en lien avec l’intitulé du cours et du MOOC. Enfin, il a été prévu de lancer l’Atlas en ligne pour la rentrée scolaire 2018, et de l’articuler avec les nouveaux cours associés, MOOC et SPOC  4, en parallèle avec la version papier.

Une approche éditoriale innovante

Pour mener à bien ce projet, une équipe transverse et nombreuse a été montée à Sciences Po. La coordination a été confiée à la Direction des ressources et de l’information scientifique (DRIS) 5, Delphine Lereculeur, chef de projet pour la MOA (maîtrise d’ouvrage), et Anne L’Hôte, chef de projet pour la MOE (maîtrise d’œuvre).

Cinq géographes-cartographes de l’Atelier de cartographie de Sciences Po ont contribué au projet : Patrice Mitrano, Benoît Martin, Thomas Ansart, Antoine Rio et Anouk Pettès, ainsi qu’une équipe de six rédacteurs, tous enseignants-chercheurs et spécialistes des relations internationales : Mélanie Albaret (université Clermont-Auvergne), Delphine Allès (université Paris-Est), Philippe Copinschi (consultant), Marie-Françoise Durand (fondatrice de l’Atelier de cartographie et coordinatrice scientifique), Lucile Maertens (université de Genève) et Delphine Placidi-Frot (université Paris-Sud).

Enfin, pour les Presses de Sciences Po, c’est Julie Gazier, la directrice, et son équipe qui ont pris en charge la préparation des textes, la composition, l’editing et l’impression de l’ouvrage papier.

Au-delà de la reprise des thèmes propres à l’Atlas, plusieurs enjeux ont caractérisé ce projet. Le premier était de produire de nouveaux types de contenus numériques, sous la forme notamment de cartes et de diagrammes animés. Ces objets font écho à l’offre pédagogique proposée par l’Atelier de cartographie via sa cartothèque constituée de plus de 2 000 cartes et graphiques. Celle-ci génère déjà plus de 30 000 visites mensuelles grâce à son site et à son appli gratuite Khartis. Une série de vidéos doit également être réalisée en collaboration avec le service audiovisuel de Sciences Po.

Par ailleurs, les choix technologiques ont été guidés par la volonté d’assurer modularité et évolutivité à l’outil. Les chefs de projet de la bibliothèque ont ainsi privilégié les technologies open source et potentiellement réutilisables dans d’autres contextes de publication. La politique éditoriale est en elle-même innovante puisqu’elle associe la diffusion en accès libre et gratuit de contenus pédagogiques issus des enseignements de Sciences Po à des produits payants édités par les Presses de Sciences Po. Au niveau des contenus, l’objectif était d’aborder les principaux enjeux internationaux en croisant les approches de géographes et de politistes spécialistes des relations internationales, et de contribuer ainsi à animer le débat public sur les questions internationales et les enjeux de la mondialisation, grâce à la traduction de l’intégralité du site en anglais prévue pour 2019.

La bibliothèque : un acteur à forte valeur ajoutée

Les porteurs du projet à la bibliothèque avaient une connaissance du contexte de publication d’un tel objet : leur bonne compréhension de l’évolution des modes de publication scientifique, des nouvelles pratiques de lecture, des aspects techniques des nouveaux objets numériques a été un élément décisif pour réussir. Leur expertise en gestion de projet a également été déterminante pour réaliser l’expression des besoins, la rédaction du cahier des charges, pour procéder au choix du prestataire, pour s’adapter aux contraintes de budget et de calendrier, pour encadrer les développements informatiques, tout ceci permettant de mener à bien la recette finale.

Le choix de la solution technique de publication a été opéré grâce à un benchmark des solutions existantes et notamment de Lodel, logiciel libre d’édition électronique développé par le Cléo  6, finalement non retenu car ne permettant pas de gérer les contenus multimédias et le lexique prévus dans ce projet. Il a finalement été décidé d’opter pour un outil de back office permettant de gérer le contenu éditorial du site et mettant à disposition des fonctionnalités d’import, d’édition, de mise en ligne, de suppression de ressources, de gestion d’un lexique, et de privilégier un outil de type CMS associé à un front office. Ce front office (site web) devait quant à lui répondre aux normes d’accessibilité numérique, de responsive design et être adapté à la charte graphique réalisée avec le concours de l’Atelier de cartographie. Le projet a été mené selon la méthode agile, ponctué par quatre sprints entre les mois de décembre 2017 et mars 2018.

La bibliothèque a également contribué à la coordination éditoriale du projet en participant aux réunions rassemblant les auteurs pour définir la table des matières et la répartition des 55 articles. La chef de projet MOA a dispensé des conseils d’écriture pour la rédaction sur le web et recommandé notamment de ne pas dépasser 5 000 signes par texte. Elle a conseillé de privilégier des références bibliographiques portant sur des contenus en accès ouvert et collaboré à la création d’une feuille de style. La bibliothèque a également participé au suivi des auteurs : trois livraisons de textes ayant été prévues, suscitant de nombreuses relances. Enfin, la gestion collaborative de ce projet a été incarnée par un outil souple, Trello, permettant à chacun de s’impliquer dans le workflow éditorial et d’éviter la multiplication des échanges de mails. À noter que la bibliothèque a pris en charge la préparation et la rédaction des contrats avec les auteurs, ainsi que le suivi de leurs signatures.

Conclusion

L’aboutissement de ce projet a été facilité par la synergie entre les différents savoir-faire des partenaires, l’expérience documentaire de la bibliothèque, l’apport de technologies numériques, l’expertise pédagogique de l’Atelier de cartographie, et une coordination de l’ensemble assurée par la bibliothèque. Avec pour résultat, en septembre 2018, un Atlas créatif, évolutif, et au service de la science ouverte.