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L’Enssib

Former à des métiers en évolution

Thomas Chaimbault-Petitjean

En tant qu’École nationale supérieure, l’Enssib porte un regard alerte sur les évolutions des métiers des bibliothèques et, plus largement, des sciences de l’information. Par son offre de journées d’études, de conférences, son catalogue de formations tout au long de la vie, initiales et universitaires, par son activité internationale et sa production éditoriale, elle demeure plus que jamais un lieu carrefour de réflexions et de rencontres essentielles dans la profession.

Pour l’Enssib, l’enjeu principal demeure, bien sûr, de proposer une offre de formation correspondant le plus possible aux besoins des établissements, des entreprises et reflétant les évolutions en œuvre dans les pratiques professionnelles. Au-delà, il s’agit de renforcer son expertise dans un environnement en mutation où les acteurs s’avèrent toujours plus nombreux. Enfin, il convient de déceler et d’anticiper les évolutions possibles par des exercices de prospective. Citons pour exemple les travaux autour d’Horizon 2019, bibliothèques en prospective, un colloque et une publication  1 posant le principe d’une étude sur l’avenir des bibliothèques, à l’instar de ce que vient de proposer la BPI il y a seulement quelques semaines en organisant des journées Biblio 2057  2.

Dans le paysage professionnel, l’École demeure un établissement particulier. EPSCP  3, elle forme à la fois des étudiants de niveau master et des fonctionnaires en formation initiale, conservateurs et bibliothécaires d’État et de la Ville de Paris, en suivant des textes réglementaires précis et engageants. Une dualité qui pose certes un défi particulier, mais qui, surtout, ancre l’établissement au sein d’enjeux complexes inhérents aux évolutions des sciences de l’information, mais aussi de considérations plus larges liées au numérique, aux métiers mêmes des professionnels de l’information et de la documentation et, partant, aux compétences nécessaires pour les exercer. De fait, le souci de l’adéquation de ces formations, qui demeurent le cœur d’activité de l’École, est ancien : ainsi le projet d’établissement 2011-2015 inscrivait-il durablement l’École dans l’ère du numérique, et prévoyait-il la création d’un observatoire des métiers.

Cette interrogation constante porte autant sur les contenus des formations que sur les modalités d’enseignement mises en œuvre.

Sur le plan des contenus, l’objectif est d’apporter une culture commune en IST à tous les étudiants et, pour les élèves, de leur permettre de se situer non en tant qu’experts dans un domaine défini, mais bien en tant que cadres autonomes capables d’appréhender et de comprendre les enjeux de chaque situation. Parallèlement, il s’agit de donner la possibilité à chacun de se construire un parcours spécifique et d’acquérir une réelle expérience de terrain qui peut s’appuyer, d’une part, sur des apports universitaires d’excellence et, d’autre part, sur de nombreux temps de stage d’une durée significative (quatre à six mois en fonction des formations).

Les enseignements sont fortement liés au milieu socioprofessionnel. Au sein de l’équipe pédagogique de l’École, plusieurs maîtres de conférences associés sont statutairement des personnes actives dans le monde socioprofessionnel, tandis que plus d’une centaine d’intervenants extérieurs apportent une dimension professionnelle concrète et adaptée aux évolutions des métiers. Ces formations de haut niveau, associant un vivier de professionnels à des enseignants-chercheurs de plusieurs spécialités (sciences de l’information, histoire…), veillent à maintenir un degré d’exigence élevé dans la qualité des enseignements dispensés.

Présents à tous les niveaux de la vie de l’École (conseils scientifique et d’administration définissant les orientations politiques et stratégiques, commissions de travail, jurys de fin de diplôme), les professionnels sont également conviés à faire valoir leurs besoins et observations lors de la révision régulière des parcours de formation. Ils participent ainsi pleinement à l’organisation des formations et à leur gestion pédagogique. Le diplôme de conservateur des bibliothèques, pour ne prendre que cet exemple, est ainsi engagé dans une réforme profonde initiée en 2016 par le biais de groupes de travail où les professionnels étaient invités à faire part de leurs remarques et besoins. Une présence renforcée et pérennisée, avec l’installation en 2017 d’un Conseil des professionnels, pendant des conseils de perfectionnement en masters, qui associe étroitement les employeurs à l’évolution des objectifs et des modalités des formations.

Plus précisément, la réforme du DCB, voulue par le directeur de l’École et la directrice des Études, et inscrite dans le projet d’établissement 2016-2020, a permis d’initier une réflexion portant, entre autres, sur une refonte des contenus et l’amélioration de la progressivité de la formation. Le diplôme fait désormais la part belle aux enseignements de management – une demande largement portée par l’ADBU, notamment dans une note adressée aux conseils de l’École en 2015 –, interroge la place des enseignements techniques et professionnels, et renforce le poids relatif des stages (cinq mois de stages pour les DCB26) et de la gestion de projet. À terme, lorsque les négociations en cours avec les ministères de tutelle auront abouti, l’ensemble des modalités d’évaluation du diplôme aura également été repensé.

Ces améliorations de contenus sont formalisées dans des référentiels de compétences et de formation, en cours d’écriture. Construits en complémentarité des répertoires professionnels et académiques déjà existants, ainsi que des objectifs de la formation définis dans les syllabus de cours, ces documents visent à améliorer la formation actuelle dans un processus itératif et continu. Il s’agit d’offrir à la profession un outil d’information et de pilotage des besoins existants et en devenir, étant entendu que les compétences décrites s’appliquent aux activités et compétences actuelles et à celles souhaitées par anticipation ; mais aussi d’adopter une approche par compétences permettant d’améliorer les évaluations proposées aux élèves et de leur donner la possibilité de mieux construire leurs parcours de formation et, partant, professionnels.

Soulignons à ce titre que l’École s’est engagée dans un processus d’amélioration de l’accompagnement de ses élèves et étudiants visant à une meilleure prise en compte de la diversité des parcours personnels et professionnels antérieurs, et pouvant aboutir à la constitution, pour les étudiants, d’un portefeuille de compétences qu’ils pourront adapter à leur projet professionnel. Pour les élèves, un dispositif de tutorat interne à l’École existe déjà et sera complété dans un second temps par un dispositif de mentorat (suivi individualisé de chaque élève par un professionnel en poste choisi par l’École, sur la base du volontariat pouvant perdurer après l’affectation) ; il doit permettre de renforcer les liens entre les apprenants et le monde professionnel. Enfin, l’École veille à assurer un lien entre les étudiants d’aujourd’hui et les anciens étudiants, à travers la mise en place d’un réseau d’alumni qu’elle projette de créer.

Au-delà des seuls contenus et des compétences attendues, la réflexion porte également sur les modalités même de formation. Outre une importance moindre donnée aux enseignements magistraux au profit de mises en situation, débats et cas pratiques, la Direction des études s’est engagée dans un processus d’innovation pédagogique visant à mieux prendre en compte les usages d’une part, les évolutions des apprentissages d’autre part. Elle s’appuie pour ce faire sur son pôle de formation à distance qui propose des modalités d’enseignement spécifiques, tant pour certains stages de formation tout au long de la vie que pour les formations initiales, répondant par là même aux besoins exprimés par les professionnels. De manière plus prosaïque, il s’agit de proposer des espaces modulables et adaptés à ces nouvelles modalités d’enseignement au sein même de l’École.

Il convient également de faciliter la participation active des élèves et étudiants au programme d’activités de l’Enssib en les associant à l’organisation de manifestations culturelles, d’opérations de valorisation et de recherche (colloques, journées d’étude), à la production de contenus numériques (fiches pratiques, dossiers…), sans oublier la valorisation de leurs travaux dans la bibliothèque numérique de l’Enssib. Cette inscription de la pédagogie dans les multiples dimensions de l’École vise à donner une culture métier à ces futurs professionnels par d’autres biais que les seuls enseignements.

L’un des indicateurs de l’efficacité d’une formation reste le taux d’employabilité des étudiants. À l’École, il demeure relativement bon puisque près de 95 % des étudiants de masters trouvent un contrat ou un emploi six mois après leur sortie. Ces éléments proviennent des enquêtes d’insertion que l’Enssib organise tous les deux ans, interrogeant anciens étudiants et recruteurs. De fait, les formations sont régulièrement évaluées : par des questionnaires proposés aux élèves et étudiants en cours de formation (un point qui reste cependant à améliorer) ; et par le biais d’échanges et de bilans ponctuels avec les promotions. Ces enquêtes régulières permettent d’avoir des retours enrichis, et offrent le recul nécessaire pour mettre en perspective les enseignements avec la réalité du terrain. Ces données offrent une vision plus fine des besoins des employeurs et des compétences attendues.

L’ensemble de ces évolutions participe d’une réflexion sur le paysage de la formation entamée en mai 2016 lors des Estivales, et qui doit se poursuivre en 2018 par des questionnements sur les liens entre formations initiales et continues, cherchant à penser les unes et les autres dans leur globalité et non plus comme deux temps, certes conjoints, mais étanches.

L’Enssib en 2016

– 63 fonctionnaires stagiaires (DCB, FIBE)

– 170 étudiants répartis sur 5 parcours de masters

– 17 étudiants COBD (cadre opérationnel des bibliothèques et de la documentation)

– 930 stagiaires en formation tout au long de la vie

    En tant qu’école, l’Enssib apporte une attention particulière à l’évolution des métiers auxquels elle forme. Elle effectue une veille constante, participe pleinement de la réflexion à l’œuvre et modèle chacune de ses formations afin de les adapter le plus possible aux besoins identifiés. Avec l’appui de publications comme le BBF et la collection « La Boîte à outils », sa politique pédagogique s’appuie donc constamment sur un volet à la fois académique et professionnel, en étroite relation avec les milieux professionnels et associatifs et à l’aune d’une politique partenariale affirmée, tant nationale qu’internationale, gardant ses préoccupations centrées sur le devenir des élèves et des étudiants.