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Polar et médiation culturelle

Le festival international Quais du Polar à Lyon, un exemple de réussite

Hélène Fischbach

Le festival international Quais du Polar, dont la 13e édition est en cours de préparation, s’est implanté avec une grande réussite dans le monde foisonnant des festivals littéraires, consacrant le genre policier comme un genre littéraire à part entière et démontrant le véritable pouvoir d’attraction de celui-ci sur des publics diversifiés. À ce titre, le polar occupe une place privilégiée dans la médiation et la démocratisation culturelles. Facilitant le contact avec les auteurs et leurs œuvres, en association avec tous les acteurs de la chaîne du livre, notamment de nombreux éditeurs, libraires, bibliothécaires, mais aussi à travers une appropriation et un maillage culturels plus étendus, ouverts sur la ville (balades, enquêtes, musées, théâtres, cinéma, gastronomie…), ce festival désormais incontournable permet également la mise en place d’opérations partenariales qui sont, du reste, la clef de son succès.

Le festival Quais du Polar en chiffres

– 80 000 festivaliers ont pris part à la 12e édition du festival en 2016

– Plus de 20 000 personnes ont assisté aux rencontres et conférences

– 200 rendez-vous culturels

– Plus de 38 000 personnes à la grande librairie

– Plus de 15 000 participants à la grande enquête dans la ville

– 8 000 participants ont pris place au programme « rendez-vous polar »

– 3 330 scolaires ont participé aux différentes animations jeunesse proposées

– 120 professionnels (enseignants, bibliothécaires, documentalistes) ont participé à la journée de formation annuelle à la littérature policière

– Plus de 3 000 personnes aux projections cinéma

– Plus de 30 000 livres vendus

– 50 éditeurs français et plus d’une quinzaine d’éditeurs et agents étrangers présents

– 44 lieux associés

– 100 partenaires (institutionnels, culturels, médias et privés)

– 250 bénévoles présents à l’année et/ou sur le temps du festival

– 270 000 euros de chiffre d’affaires généré par les librairies

– 150 auteurs, éditeurs, critiques, ou traducteurs invités

– 500 séances de dédicaces

    Dès sa création, l’association Quais du Polar a eu la volonté de toucher tous les publics, notamment ceux qui sont les plus éloignés des pratiques culturelles.

    Les actions menées auprès des publics scolaires reposent sur un ensemble cohérent et complet de propositions, permettant aux jeunes publics l’appropriation des intrigues présentées de manière à la fois approfondie et ludique. Avec le soutien et le relais du Rectorat de Lyon, de la Drac Rhône-Alpes, des associations, fondations, lieux et institutions partenaires, Quais du Polar accompagne notamment les enseignants dans le montage de leurs projets menés autour du genre polar et propose un programme adapté aux classes, tous cycles confondus, à l’année et pendant le festival. Il est à noter que les projets interdisciplinaires montés dans le cadre des dispositifs de classes à PAC (collèges) ou Eurêka (lycées) se multiplient, croisant de nombreuses disciplines (anglais, français, théâtre, arts plastiques, sciences sociales, enseignement audiovisuel…) avec la littérature et le cinéma noirs et policiers.

    L’association poursuit également sa démarche militante en faveur de l’accès à la lecture pour tous aux côtés de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), avec de nombreuses actions portées en ce sens, par exemple une « dictée noire » avec François Morel.

    Pour sa saison 2015/2016, Quais du Polar a ainsi développé, dans le cadre scolaire et universitaire, de nombreuses actions : des lectures et des ateliers de pratique artistique, pour les classes de maternelles, animés par les bibliothécaires de la Bibliothèque municipale de Lyon et les médiatrices culturelles de l’association « Un certain regard » ; l’enquête dans la ville, qui permet de découvrir le patrimoine urbain et historique lyonnais, tout en mobilisant les logiques de la déduction, proposée aux scolaires du 3e cycle jusqu’au lycée ; un concours d’écriture, organisé dans le cadre de l’opération nationale « Dis-moi dix mots » ; la dictée noire, avec François Morel (cet événement initié en 2013, soutenu par l’ANLCI et un éditeur partenaire, est animé par un journaliste de la RTBF, autour de la découverte d’un texte lu par l’auteur) ; des rencontres avec des auteurs sur les lieux du festival, préparées en amont en classe (du collège à l’université) ; une action autour de la lecture à voix haute, soutenue par la Fondation SNCF et l’ANCLI ; le projet « Un livre, un film », autour de l’adaptation du roman à l’écran, pour les lycéens (pendant le festival, les participants rencontrent l’auteur du roman et/ou le réalisateur du film adapté, après avoir travaillé en classe avec leurs enseignants autour des œuvres choisies) ; deux rencontres-lectures tous publics avec des auteurs invités du festival, organisées à la BU Éducation et à l’ESPE Lyon-1, et animées par des bibliothécaires et des enseignants stagiaires de l’ESPE.

    Dans le cadre périscolaire (et scolaire, pour le projet lecture à voix haute), un prix Jeunesse Quais du Polar / Ville de Lyon a été mis en place : mené avec la Ville de Lyon, il est désigné par 150 jeunes jurés de 10 écoles de la ville de Lyon, à la suite d’une série d’ateliers hebdomadaires animés par les Ambassadeurs du livre (Afev – Association de la fondation étudiante pour la ville) pendant le temps périscolaire. Le prix est remis pendant le festival à l’hôtel de ville, en présence de l’ensemble des participants.

    En 2015/2016, 3 328 élèves ont participé aux activités de Quais du Polar dans le cadre de leurs enseignements : 95 maternelles, 1 223 primaires, 726 collégiens, 1 184 lycéens et 100 étudiants. Ces chiffres témoignent d’une véritable réussite des différents projets qui sont désormais solidement implantés dans le paysage culturel lyonnais. Le nombre d’établissements et d’élèves participant aux activités pédagogiques proposées par Quais du Polar augmente d’ailleurs chaque année. Les retours des enseignants et des élèves sont très positifs. Le festival est devenu un rendez-vous incontournable pour la plupart des établissements, qui multiplient les projets en lien avec sa programmation. La plupart des classes se rendent à Lyon pour une « journée polar », avec découverte de la ville par le biais de l’enquête et visite de l’espace librairie, souvent couplées à une rencontre avec un auteur, la participation à la dictée noire ou à d’autres activités proposées par les structures partenaires (musées, bibliothèques, ­cinémas…). Cette journée entre toujours dans le cadre d’un cycle travaillé en classe autour de la littérature noire et policière. Plusieurs objectifs sont assignés désormais à la continuation de cette action. Tout d’abord, renforcer la sensibilisation des actions d’éducation artistique et culturelle en lien avec le genre polar auprès des enseignants et bibliothécaires, en programmant la journée de formation le jeudi du festival, et en proposant un temps d’échange autour des projets polar montés en classe au cours de l’année. Poursuivre, bien sûr, les rencontres avec les auteurs, l’enquête dans la ville, le projet « Un livre, un film », autour de l’adaptation, et le prix Jeunesse Quais du Polar / Ville de Lyon et l’Afev. Il conviendra également de développer les actions à l’année et de renforcer les partenariats avec d’autres structures (cinémas, instituts culturels…), y compris dans le cadre de dispositifs à PAC et Eurêka. Les actions en lien avec la lutte contre l’illettrisme, initiées par « la dictée noire » et le projet de lecture à voix haute ont, quant à elles, vocation à être intensifiées. L’offre pédagogique à destination des classes de maternelles sera étendue avec, par exemple, un travail en lien avec un illustrateur jeunesse. Un concours d’écriture est également organisé en association avec les Éditions Grains de Sel, ouvert aux 10-15 ans dans le cadre scolaire, périscolaire et familial. Enfin, un travail en lien avec la Foire du livre de Leipzig est déployé : sollicité pour développer un axe polar dans la programmation de celui-ci, Quais du Polar proposera une enquête, des invitations à des auteurs et un travail d’écriture croisé entre des collégiens de Lyon et de Leipzig. À l’issue de ce travail, des échanges seront envisagés entre les scolaires et les auteurs de chaque pays impliqués (présence à Quais du Polar pour les Allemands, et à la Foire de Leipzig pour les Français).

    Le travail mené avec les détenus autour du polar démontre quant à lui toute la plasticité de ce genre littéraire qui offre un excellent médium d’action culturelle en prison, en raison même de l’attractivité de ses contenus pour des raisons de fond comme de forme.

    Ainsi, l’opération « Polar derrière les murs », qui programme des rencontres entre auteurs et détenus, est née en 2002, à l’initiative de l’Arald (Agence Rhône-Alpes pour le livre et la documentation), Savoie-biblio et Ocre Bleu, qui l’organiseront et la coordonneront jusqu’en 2012. De 2002 à 2009, les détenus élisaient leurs coups de cœur polar parmi une sélection de romans effectuée par les organisateurs. Des rencontres étaient ensuite organisées avec un des auteurs dans certains établissements pénitentiaires participants. En 2009, Quais du Polar devient partenaire de l’opération qui programme alors des rencontres avec des auteurs invités de son festival international annuel et, en 2012, s’engage à porter seule ce projet dont se retire l’Arald, du fait de difficultés structurelles. Ces rencontres sont l’occasion de faire (re)découvrir la littérature noire et policière aux détenus, et de les sensibiliser à ce genre en créant des temps d’échanges en prison avec des auteurs invités du festival. Elles sont préparées en amont par des équipes détachées des bibliothèques municipales et départementales partenaires, ainsi que d’associations culturelles et de l’Éducation nationale, qui animent des cercles de lecture au sein des établissements, en lien avec les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), et Quais du Polar. Depuis 2012, la coordination de l’opération est assurée par une salariée de l’association Quais du Polar, en relation avec les équipes des intervenants cités, ainsi que des librairies et éditeurs partenaires. Pour l’édition 2016, Quais du Polar, avec le relais de la DISPRAA, a proposé aux établissements pénitentiaires de la région d’accueillir un auteur invité du festival pour une ou plusieurs rencontres avec un groupe de détenus. Pour la sixième année consécutive, les SPIP et leurs partenaires des bibliothèques publiques ont également été invités à participer à la journée de formation autour du polar, organisée par Quais du Polar à l’École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib, Villeurbanne). Huit établissements pénitentiaires ont participé à « Polar derrière les murs » en 2016 : les maisons d’arrêt de Lyon-Corbas (Rhône), Chambéry (Haute-Savoie), Privas (Ardèche), Saint-Étienne – La Talaudière (Loire) et Bonneville (Savoie), le centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), le centre de détention de Roanne (Loire) et l’établissement pour mineurs de Meyzieu 1.

    Le travail avec les prisons requiert, en raison de son public très spécifique et des contraintes qui pèsent sur lui, une organisation particulièrement méticuleuse dont voici le détail (celui-ci donne une bonne indication du rétroplanning requis pour un travail de ce genre) : l’aventure commence en octobre avec l’envoi par Quais du Polar d’une brochure de présentation de « Polar derrière les murs » à la DISPRAA qui relaie cette information auprès des SPIP des établissements pénitentiaires de la région. Début décembre, les établissements volontaires pour participer à l’opération sont identifiés, suivi en décembre/janvier du dépôt de la demande de subvention à la Région (FIACRE) et à la Drac Rhône-Alpes. C’est aussi le moment du choix des auteurs à contacter pour les rencontres (discussion et échanges avec les intervenants bibliothécaires et les référents culture en fonction de la personnalité des auteurs, de la longueur des textes, des thèmes abordés dans leurs bibliographies…) ; en découlent les prises de contact avec les éditeurs et auteurs (les rencontres sont rémunérées) ainsi que l’invitation à la journée de formation qui est alors envoyée aux SPIP et aux bibliothèques partenaires. En janvier/février est élaborée la programmation des rencontres tandis qu’on procède à la vérification des autorisations d’entrée des auteurs en centres pénitentiaires ainsi qu’à l’achat de plusieurs lots de livres pour les bibliothèques des établissements auprès de librairies partenaires ou locales indépendantes. En mars, il est procédé à l’envoi de supports de communication aux SPIP tandis que les auteurs reçoivent leur feuille de route ; c’est également le moment des demandes d’autorisation auprès de l’administration pénitentiaire pour la présence de journalistes lors de certaines rencontres. Et enfin, en mars/avril ont lieu les rencontres entre auteurs et détenus dans les établissements. En 2016, l’écrivain gabonais Janis Otsiemi a rencontré les détenu(e)s de la maison d’arrêt de Corbas (Rhône) ; le belge Paul Colize s’est rendu à la maison d’arrêt de Chambéry (Haute-Savoie) ; Romain Slocombe a participé à une rencontre à la maison d’arrêt de Bonneville (Savoie) ; l’auteur et réalisateur suisse Joseph Incardona s’est rendu au centre pénitentiaire de Saint-Quentin-Fallavier (Isère) ; le belge Patrick Delperdange a rencontré un groupe de jeunes détenus de l’établissement pour mineurs de Meyzieu (Rhône) ; l’auteur et réalisateur Alain Gagnol a échangé avec les détenus de la maison d’arrêt de Privas (Ardèche). Les détenus du centre de détention de Roanne ont participé à des cercles de lecture autour de l’œuvre d’Emmanuel Grand, mais n’ont pu rencontrer l’auteur en raison des difficultés imputées au mouvement social du 31 mars. Les rencontres avec les auteurs ont été préalablement préparées par l’achat d’ouvrages auprès de librairies partenaires (La Librairie du Tramway, et Passages à Lyon, Librairie Mayol à Roanne, librairie 9e Quai à Annecy, librairie Le Bois d’Amarante à Chambéry, librairie Majolire à Bourgoin-Jallieu, Librairie Lafontaine à Privas et Librairie de Paris à Saint-Étienne) et l’organisation de cercles de lecture au sein des établissements. Les ouvrages ont été mis à disposition des détenus dans les bibliothèques des prisons. Ce sont les intervenants des bibliothèques partenaires, parfois accompagnés de référents SPIP, qui ont animé ces rencontres. Des partenariats avec le secteur scolaire, l’équipe du canal vidéo interne et du journal des détenus ont également été tissés pour préparer et annoncer la rencontre. Les rencontres s’adressent en priorité aux lecteurs ayant participé aux cercles de lectures préparatoires, mais elles sont également accessibles aux autres détenus. D’une durée de deux heures (voire plus), elles reviennent sur la bibliographie de l’auteur, son métier d’écrivain et ses diverses activités, son style, ses centres d’intérêt… Elles sont suivies d’un temps d’échanges informels au cours duquel les détenus peuvent faire dédicacer les livres et affichettes, et discuter directement avec l’auteur. La plupart de ces rencontres sont captées par l’équipe bénévole du canal vidéo interne pour retransmission sur la chaîne d’informations de l’établissement. Les participant(e)s font preuve d’intérêt pour l’auteur, et ce moment est marqué par la qualité de l’écoute et des échanges. Mais ces projets ne s’arrêtent pas au moment chronologique de la tenue du festival. Si les rencontres avec les auteurs des romans – mis à la disposition des détenus et abordés au cours des séances préparatoires – sont le point d’orgue de l’opération « Polar derrière les murs », les actions se prolongent. En effet, la plupart des établissements poursuivent le cycle polar qu’ils ont mené autour de ces rencontres avec des expositions, des projections de films, impression des photos, etc. Pour chaque rencontre, un bilan a été adressé par les SPIP et les partenaires des rencontres organisées dans les établissements. Des retours ont été également reçus par courriel, et un bilan a été fait individuellement avec les auteurs pendant le temps du festival. Si l’on peut tirer un bilan positif des rencontres, il faut toutefois noter que la fragilité de « Polar derrière les murs », et de l’action culturelle en prison en général, est malgré tout un fait « structurant », relatif à la nature même du cadre dans lequel elle se déploie. Les actions et leur succès reposent en grande partie sur la bonne volonté des référents des SPIP et autres acteurs impliqués (disponibilité des partenaires bibliothécaires, bonne coordination du SPIP avec la détention, avec le secteur scolaire, les associations culturelles, etc.). Les retours sont très positifs, et montrent l’intérêt des détenus pour cette opération – à laquelle certains participent depuis plusieurs années – qui crée une réelle dynamique au sein des bibliothèques des établissements. Au fil des éditions, « Polar derrière les murs » est devenu un rendez-vous très attendu, que ce soit par les détenus, les SPIP et leurs partenaires des bibliothèques publiques. L’achat de livres alimentant les collections des bibliothèques des établissements pénitentiaires permet aux détenus d’avoir accès à ce genre littéraire toute l’année.

    Les rencontres avec les auteurs sont des moments forts pour chaque participant. Les échanges portent sur la bibliographie de l’auteur, les thématiques explorées dans ses ouvrages les rapports entre la réalité et la fiction, mais également sur la société (souvent en croisant les sujets des romans et l’actualité du moment), et les autres activités des auteurs (métiers de scénaristes et de réalisateurs pour Joseph Incardona et Alain Gagnol, photographie et illustration avec Romain Slocombe…).

    Les rencontres doubles sont organisées dans un souci d’équité entre les détenu(e)s, le plus souvent pour ne pas écarter les femmes de cette proposition.

    Malgré les aléas et la gestion interne des établissements parfois difficiles pour la préparation ou le déroulement de ces rencontres, les auteurs saluent régulièrement la bonne organisation de l’opération, et souhaitent tous renouveler l’expérience. Ils soulignent la qualité de préparation, notamment grâce aux bibliothécaires partenaires mais aussi aux détenus auxiliaires de bibliothèques et aux bénévoles. Ils s’impliquent également dans le choix des livres à proposer aux détenus. Les auteurs sont très sensibles à la qualité d’écoute et des échanges avec les détenus et touchés par leur implication. Néanmoins, la rencontre organisée à l’EPM de Meyzieu a été vécue plus difficilement par l’auteur invité qui a ressenti beaucoup de défiance et de mutisme de la part des participants, qui n’étaient, selon lui, pas volontaires pour assister à la rencontre. Pour maintenir le rendez-vous dans cet établissement, il faudra donc veiller à ce que la participation à ces rencontres ne soit plus imposée aux détenus.

    « Polar derrière les murs » repose sur Quais du Polar et sur les SPIP en termes d’organisation, mais sa réussite tient en grande partie à l’implication et au soutien qu’apportent à cette opération les professionnels des bibliothèques partenaires (municipales ou départementales), ainsi que les bénévoles des bibliothèques des établissements pénitentiaires, notamment pour l’animation de cercles de lecture. D’autres activités organisées en milieu pénitentiaire et impliquant les détenus sont parfois associées à ces rencontres, avec le secteur scolaire, la rédaction du journal de l’établissement, le canal vidéo interne (annonce des rencontres avec interview des intervenants et captation de la rencontre pour rediffusion ultérieure auprès de tous les détenus) ou des associations culturelles (ateliers de pratique photographique, théâtre, cinéma…). Certains SPIP ont recruté des chargés de mission en service civique pour la coordination des actions culturelles, constituant un atout important pour la mobilisation des détenus et leur participation active aux rencontres.

    On peut donc dire qu’il s’agit, pour Quais du Polar, d’une très importante démarche de médiation culturelle. Tout d’abord, en accompagnant les référents culture des SPIP dans la mise en place de l’opération au sein de leur établissement, ainsi que les équipes des bibliothèques et associations pour l’accueil des auteurs. Par ailleurs, en organisant chaque année une journée de formation polar, proposée aux professionnels du livre, ce qui permet d’une part de répondre aux besoins d’approfondissement des compétences dans ce domaine foisonnant mais aussi de renforcer le maillage partenarial du festival. Principalement destinée aux enseignants et bibliothécaires et sur inscription gratuite, organisée à l’Enssib, elle apporte des éclairages sur le roman noir et policier actuel, sur les enjeux des collections spécialisées dans le polar, sur l’articulation du genre entre l’écrit et l’image, et sur les projets de médiation menés auprès de différents publics.

    On le voit, le polar permet une très grande variété d’appropriations par des publics très divers et selon des modalités de médiation culturelle multiples. C’est probablement ce qui fait le succès de ce genre – et plus spécifiquement de ce festival –, de ce secteur éditorial et de l’intérêt sans cesse grandissant qu’il suscite…

    1.  (retour)↑  À noter toutefois qu’en dépit d’une préparation active avec plusieurs groupes de détenus de ces deux établissements, les centres de Roanne et de Saint-Étienne ont dû annuler les rencontres programmées avec les auteurs Emmanuel Grand et Michaël Mention en raison du mouvement de grève du jeudi 31 mars 2016. Ce sont donc finalement six rencontres qui ont eu lieu.