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Mécénat et culture

Une collaboration au service du patrimoine

Claire Pottier

Fondations VELUX

De 2008 à 2015, les Fondations VELUX ont soutenu dans un mécénat exceptionnel la restauration de sept verrières de vitraux situées sur le flanc nord ainsi que les maçonneries qui les entourent et les surmontent, l’archange saint Michel reposé au faîte du monument et la grande rose occidentale de la Sainte-Chapelle de Paris. Neuf millions d’euros ont été investis dans ce projet, financé à hauteur de cinq millions par les Fondations VELUX pour permettre la restauration d’un symbole fort du patrimoine culturel français.

Ce mécénat a rendu possible l’une des missions dévolues aux grands établissements publics patrimoniaux, qui est de susciter des contributions publiques et privées pour financer une part significative des investissements et projets d’animation et de médiation nécessités par les monuments dont ils ont la charge.

Un écrin reliquaire

Quelques mots d’abord de ce monument historique, paradoxalement plus connu des visiteurs étrangers que des Parisiens : la Sainte-Chapelle attire en effet plus d’un million de visiteurs par an, dont environ 80 % d’étrangers.

La Sainte-Chapelle de Paris, monument emblématique de la Chrétienté médiévale, est avec la Conciergerie le premier témoignage du premier palais royal sur l’île de la Cité, dans un secteur sauvegardé de la capitale classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Louis IX, futur Saint Louis, la fait édifier pour abriter les reliques de la Passion qu’il a achetées au nouvel empereur franc d’Orient, Baudoin II de Courtenay. Pour le très pieux Louis IX, l’achat et le dépôt en son palais des reliques de la Passion est un acte à la fois politique et religieux. C’est l’occasion pour Saint Louis d’affirmer la puissance de son royaume (la France est alors l’entité la plus puissante du monde chrétien occidental, seul royaume doté d’une capitale de 200 000 habitants, ville la plus peuplée d’Europe) tout en confirmant la monarchie capétienne de droit divin.

La Sainte-Chapelle est construite à l’imitation des chapelles palatines à deux étages, comme celles de Saint-Germain-en-Laye ou d’Aix-la-Chapelle. Le premier étage, où sont conservées les reliques, est réservé au roi, à la famille royale et à quelques grands privilégiés. Il est de plain-pied avec les appartements royaux. Le rez-de-chaussée est destiné au culte paroissial.

Construite en moins de sept ans (entre 1241 et 1248), un temps record, sa conception est novatrice. L’architecte supposé, Pierre de Montreuil, réduit les maçonneries et ouvre d’immenses baies qui accueillent quinze grandes verrières illustrant l’Ancien et le Nouveau Testament. Utilisant savamment le renforcement de la pierre par le fer, il adopte des voûtes légères qui, par le report de charges sur les contreforts extérieurs, lui permettent de construire une vaste et haute nef unique de quatre travées. Il crée ainsi un ensemble donnant l’apparence d’une grande légèreté où les murs disparaissent au profit des vitraux, qu’on qualifie volontiers de châsse de lumière.

Autre innovation, le roi Louis IX, avant son départ pour la septième croisade, met en place les conditions de sa maintenance en instituant la charge de « maître-verrier », les chanoines devant veiller à la conservation des vitraux. Cette charge qui comprendra la conservation, mais aussi une part de création (comme celle de la rose qui fut refaite au XVe siècle en style flamboyant) permit de conserver l’ensemble jusqu’à la Révolution de 1789.

Des rénovations successives

Au fil des siècles, des ajouts ou des réfections (sacristie, escalier extérieur, flèche…), puis parfois des destructions, ont modifié l’édifice. Endommagée par des incendies en 1630 et 1776, éprouvée par la Révolution, transformée en lieu d’archivage judiciaire à partir de 1803, la Sainte-Chapelle bénéficie de 1840 à 1863 d’une restauration exemplaire qui restitue son aspect du XIIIe siècle mais intègre également l’évolution propre à cette époque des styles et du décor. Elle restitue un tiers de la surface de la vitrerie. Véritable chantier-école, ce dispositif de restauration sert de modèle aux restaurations ultérieures.

Déposés par deux fois lors des dernières guerres, les vitraux se sont progressivement encrassés et obscurcis. À l’extérieur, du fait de la pollution et de la poussière naturelle et industrielle. À l’intérieur, par deux phénomènes : la condensation due à la forte fréquentation et l’application au XIXe siècle d’une patine de plâtre et au XXe siècle d’un vernis gras (pour protéger les dessins des bombardements) qui adhèrent particulièrement aux grisailles. Ces patines ont noirci avec le temps, obscurcissant les verres et compliquant le travail de nettoyage.

En 1970, une grande campagne de restauration est lancée sur la rose occidentale et les verrières de la façade sud. Des travaux sont engagés sur une première verrière de l’abside en 1999-2002 puis sur une seconde en 2007. La restauration complète de ces panneaux est assortie d’un système de conservation « préventive », qui consiste à doubler les vitraux d’un verre thermoformé en face externe afin de résoudre les méfaits de la condensation.

Une nouvelle campagne de restauration

Peu après, le Centre des monuments nationaux 1 envisage de procéder à une importante campagne de restauration sur sept des verrières de la façade nord, afin d’achever la longue chaîne d’interventions destinées à préserver cet ensemble de verrières médiévales unique au monde.

Ces restaurations sont des opérations très lourdes car il faut, avec les contraintes d’un monument qui reste ouvert au public, installer un chantier dans la Chapelle haute, le masquer de manière étanche et démonter les verrières. Il faut ensuite transférer tous ces éléments dans l’atelier de vitrail spécialisé qui devra tout d’abord, grâce à une caméra à rayons infrarouges, lire au travers de la poussière « fossilisée » le dessin afin de le conserver intégralement lors des opérations de nettoyage. Enfin, il faut aussi restaurer plombs, barlotières et pierres sculptées. Ces phases de restaurations sont délicates et conduites par de grands spécialistes sous le regard de l’ACMH (architecte en chef des monuments historiques) et le contrôle de la Conservation des monuments historiques.

La complexité de ces travaux, et donc leur coût, a par le passé entraîné un phasage des chantiers, verrière par verrière, avec parfois de nombreuses années entre deux opérations.

Les acteurs de la restauration

Maître d’ouvrage : Centre des monuments nationaux

Maître d’œuvre : Christophe Bottineau

Restauration vitraux verrières nord : Atelier Claire Babet Vitraux

Restauration vitraux rose : Atelier Vitrail France

Doublage verrières nord : Debitus Vitrail

Doublage rose : Atelier Parot

Taille de pierre, maçonnerie : Lanfry

Restauration sculptures et décors peints : Tollis

Restauration de sculptures : Socra-Mainponte

Serrurerie, ferronnerie : Atelier Saint-Jacques, Atelier Parot

Restauration des peintures : Arcoa

Avec le mécénat exceptionnel des Fondations VELUX

    Un mécène danois

    Les Fondations VELUX ont souhaité soutenir le Centre des monuments nationaux dans cette restauration afin de faire entrer à nouveau la lumière naturelle au cœur de l’une des plus belles et des plus époustouflantes architectures en Europe, en accord avec les valeurs fondamentales de la société VELUX.

    La recherche sur la lumière est en effet au cœur du savoir-faire de VELUX, dont l’objectif est d’apporter lumière et ventilation naturelles dans les bâtiments pour améliorer le confort de vie.

    Le groupe danois VELUX est né de l’intuition de l’ingénieur Villum Kann Rasmussen, qui a souhaité améliorer la qualité de vie de ses contemporains, en apportant l’air et la lumière naturelle dans des espaces alors très peu utilisés. Cette géniale invention a connu un développement important, particulièrement en France, pays dans lequel le groupe VELUX s’est installé il y a déjà plus cinquante ans et où sont employés aujourd’hui près d’un millier de collaborateurs.

    Plus largement, l’intérêt que le groupe VELUX porte au fait d’être utile aux communautés dans lesquelles il intervient est inhérent à sa forme d’organisation qui fait sa particularité. En effet, 90 % des actions de la holding de tête sont directement détenues par des fondations philanthropiques. En d’autres termes, le groupe VELUX reverse une partie de ses bénéfices à la communauté par l’intermédiaire des Fondations. Une forme d’actionnariat qui garantit dynamisme, stabilité et continuité du groupe.

    Les Fondations VELUX interviennent principalement en soutien de projets scientifiques, sociaux ou culturels, au Danemark comme dans d’autres pays européens. Depuis leur création, elles ont ainsi apporté leur soutien à de nombreux projets pour un montant total de huit cent cinquante millions d’euros, dont cent cinquante-cinq en 2014.

    À ce jour, les activités de mécénat des Fondations VELUX en France ont porté sur près de sept millions d’euros. En effet, avant la Sainte-Chapelle, les Fondations VELUX sont intervenues en soutien de la restauration du Parlement de Bretagne, du jubé de la chapelle Saint-Fiacre, de l’œuvre de Le Corbusier à La Tourette ou encore dans un projet environnemental dans la Basse Vallée du Doubs.

    La restauration des vitraux de la Sainte-Chapelle de Paris représente à ce jour son plus important programme en dehors du Danemark. Il a valu aux Fondations VELUX le titre du plus important mécène en numéraire au lancement du projet.

    Un mécène engagé

    Alors que la bonne gestion du Centre des monuments nationaux avait donné lieu à de fortes réductions de coût, les Fondations VELUX ont décidé de maintenir leur engagement inchangé ; cette disposition a contribué à élargir le périmètre du projet initial à la restauration de la rose occidentale pendant laquelle de belles découvertes ont eu lieu. Les derniers apports de la recherche scientifique ont notamment permis de retrouver le système initial de pose. Restitué, il a contribué à rendre aux vitraux leur lisibilité et leur luminosité originelles.

    En acceptant d’accompagner le projet pendant plus de sept ans, les Fondations VELUX ont permis au Centre des monuments nationaux, maître d’ouvrage, de réduire de moitié la durée de cette restauration, de lui donner de la visibilité et par là de mobiliser toutes les énergies.

    Cette coopération exemplaire entre les services de l’État et un mécène privé a servi à restaurer sept baies, l’archange saint Michel et la rose occidentale, là où le programme précédent avait requis une bien plus longue période pour restaurer les huit premières baies.

    Cette aventure est un bel exemple de la collaboration public/privé en matière de mécénat, indispensable pour la conservation du patrimoine français et l’accompagnement des pouvoirs publics sur des projets divers et variés, partout sur le territoire.