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Éditorial

La rédaction du BBF

La bibliothèque est Charlie.

Objet politique, la bibliothèque est régulièrement prise dans la tourmente des combats qui agitent l’espace public, soumise à la pression de la censure, instrumentalisée, amputée, voire déniée – sans parler, évidemment, des cas de destruction volontaire qui sévissent à Mossoul, Tombouctou, Tripoli ou ailleurs.

Les bibliothèques sont un objet politique. D’innombrables études, travaux, essais l’ont montré depuis Gabriel Naudé jusqu’à Robert Damien en passant par Jules Ferry, Eugène Morel, Martine Poulain et Denis Merklen (pardon pour le raccourci).

Objet politique, la bibliothèque l’est parce qu’elle participe de la transmission du savoir, de la conservation de la mémoire commune, du partage de la culture, de la formation du citoyen. La bibliothèque est par essence dans l’espace public, outil des politiques publiques, immergée dans la communauté (nationale, universitaire, locale, scientifique…) par qui et pour qui elle vit.

La tuerie à Charlie Hebdo et celles des jours suivants ont, normalement donc, suscité un émoi particulier dans le monde des bibliothèques comme dans toute la sphère de l’information. Émoi ? Stupeur, plutôt, et colère, horreur, incompréhension, incrédulité, scandale.

Passé l’effet de sidération, plus que jamais a resurgi l’interrogation sur le rôle politique des bibliothèques, leur impact, leur mission, leur histoire, leurs moyens d’agir. Comment agir non pas pour entretenir un vague et mièvre « vivre ensemble » mais pour faire vivre la connaissance mutuelle, le respect, l’échange, la confrontation entre les idées, les opinions, les cultures, les minorités et les majorités, pour faire vivre l’espace public. Combattre les préjugés. Combattre l’obscurantisme. Combattre l’ignorance.

Faire vivre l’espace public dans la bibliothèque, faire vivre la bibliothèque dans l’espace public.

Faire vivre la République dans la bibliothèque, faire vivre la bibliothèque dans la République.

L’école a vocation à transmettre les valeurs de la République. La bibliothèque peut et doit y contribuer. Liberté, égalité, fraternité. Solidarité. Laïcité. Rationalité. Bienveillance mutuelle. Intérêt général. Liberté d’expression. Que transmettre ? Comment transmettre ?

Quelques semaines, quelques mois, par-delà l’unanimisme initial, ne suffiront pas, bien sûr. Mais le BBF s’honore d’accompagner ce mouvement, ces valeurs, cette résistance.

Liberté, liberté chérie !