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LILLIAD Learning Center Innovation

Un projet de l’université Lille 1 au cœur du campus de la Cité scientifique

Julien Roche

LILLIAD Learning Center Innovation, qui devrait ouvrir au début du deuxième semestre 2016, répond ou concourt à une triple rénovation : celle de la bibliothèque universitaire centrale, dans son lieu comme dans sa fonction, celle du cœur de campus de la Cité scientifique, à Villeneuve-d’Ascq, celle enfin de la diffusion et de la valorisation de la recherche et de l’innovation au sein de l’université. Cette triple ambition s’incarne dans les partis pris architecturaux, d’aménagement et d’insertion dans son environnement de ce nouvel équipement. Essai de lecture.

Refonder la bibliothèque

La bibliothèque universitaire centrale de l’université Lille 1 Sciences et technologies est située au cœur du campus de la Cité scientifique. Il s’agit d’un bâtiment rond, « Pailleron » première époque, de grande qualité et de grand intérêt architectural. Construite à partir de 1965 par Noël Le Maresquier, grand prix de Rome et élève du Corbusier, elle se compose de trois plateaux de 2 800 m² chacun environ, sur trois étages – rez-de-chaussée, premier étage, sous-sol. La prouesse architecturale tient à l’absence quasi totale de murs porteurs intérieurs, le bâtiment reposant sur une forêt de piliers métalliques. La peau du bâtiment est quant à elle totalement vitrée, toute hauteur sur les deux étages, à 360 degrés. L’ensemble offre intérieurement des perspectives saisissantes, notamment au 1er étage qui, outre l’absence de murs porteurs et l’immense surface vitrée périphérique, donne également un apport de lumière depuis un patio intérieur ménagé autour de la coupole en pavés de verre qui domine et éclaire l’espace central du rez-de-chaussée.

La signature architecturale est triple. Elle tient d’une part à son aspect d’ensemble, bâtiment rond sans structure porteuse et totalement vitré, d’autre part à ses claustras décoratifs, qui épousent toute la façade extérieure ainsi que, dans une moindre mesure, à sa coupole en pavés de verre très caractéristique des années 1960.

Symbole de la Cité scientifique, la bibliothèque universitaire centrale participe également d’un projet architectural d’ensemble du campus. Construite à partir du milieu des années 1960 pour désengorger et moderniser le quartier universitaire de centre-ville, la Cité scientifique est d’emblée pensée comme un territoire urbain cohérent, à l’image d’ailleurs des projets urbanistiques qui sous-tendent la création, contemporaine, des villes nouvelles. Carrefour de tous les savoirs et de toutes les disciplines, la bibliothèque est évidemment placée à la croisée de tous les chemins, au point de rencontre de toutes les disciplines présentes sur le campus. Ronde, la bibliothèque regarde dans toutes les directions à la fois, sur un campus divisé en grands secteurs disciplinaires à partir de la bibliothèque, point « zéro » et centre de gravité du campus. Les quartiers regroupent quant à eux les disciplines alors déplacées sur le campus : chimie, biologie, sciences de la terre, mathématiques, physique.

Si le bâtiment est emblématique et inscrit, physiquement comme symboliquement, au cœur du campus, il a souffert du poids des ans. Inadaptée, la bibliothèque porte l’empreinte de son époque et de ses sources d’inspiration. Bibliothèque « moderne » d’après-guerre, elle offre son lot d’innovations techniques : monte-charges, interphones, etc. Mais elle constitue avant tout une « cathédrale du savoir », grands espaces ouverts, terre de silence et de travail solitaire. Dès le début des années 1980, le décalage avec les aspirations et les pratiques étudiantes est criant. Conçue pour une université de 4 000 étudiants et de quelques centaines d’enseignants et de chercheurs, la bibliothèque s’avère de surcroît vite trop exiguë pour une population étudiante et enseignante qui a connu une forte massification dans les années 1980.

Dès le milieu des années 1980, les alertes des commissions de sécurité se multiplient, qui mettent en lumière la nécessité de lancer une rénovation du bâtiment. Un premier projet voit le jour au milieu des années 1990, qui ira jusqu’au concours d’architecte, mais qui sera in fine abandonné au début des années 2000. C’est l’impasse, le temps des découragements. Mais en 2006, un nouveau projet émerge, différent de celui mené dans les années 1990 : si, dix ans plus tôt, il s’agissait essentiellement de rénover et d’étendre la bibliothèque, l’ambition dépasse désormais amplement le seul cadre de la fonction documentaire.

Sans prétendre épuiser le sujet, on peut considérer que la refondation de la bibliothèque universitaire de Lille 1 – à partir de ses fonctions traditionnelles – repose sur quatre piliers, qui trouvent chacun un écho dans l’architecture du bâtiment, qu’il s’agisse de son dessin externe, de l’agencement de ses espaces les uns par rapport aux autres ou encore de l’aménagement interne des lieux.

Un lieu à l’identité forte

La première ambition de LILLIAD tient à la volonté affirmée de créer un lieu emblématique, à la lisibilité exemplaire et à la symbolique forte. Conservant sa position pivot et centrale dans l’université, le nouvel équipement a vocation à faire signe urbain et à demeurer le symbole du campus de la Cité scientifique, par-delà l’enrichissement de son modèle. Et de fait, cet enrichissement trouve sa traduction dans la distribution même des espaces du nouvel ensemble : un hall d’entrée qui ouvre le bâtiment selon une lisibilité spatiale immédiatement perceptible ; Xperium, un espace de valorisation de la recherche, à gauche ; le complexe événementiel de l’université, à droite ; et en face l’escalier monumental qui rejoint les étages, et plus particulièrement la bibliothèque.

Dans l’extension du bâtiment, les fonctions nouvelles ; dans la partie rénovée, la fonction documentaire héritée, bien que modernisée, de l’ancienne « BU », comme pour mieux souligner les permanences et les évolutions. Et des codes conservés au sein de la « bibliothèque » qui conduisent progressivement de l’activité extérieure – la banque d’accueil du rez-de-chaussée – au calme des espaces de travail du second étage en passant par l’espace isolable du premier étage, flanqué des lieux de sociabilité que sont l’atrium central et le café.

Un environnement de vie

Second pilier : une volonté affirmée de mettre la sociabilité au cœur du nouvel équipement. Le sujet est connu et largement repris dans toutes les bibliothèques modernes : c’est le concept de « troisième lieu », théorisé par le sociologue américain Ray Oldenburg dans les années 1980, et appliqué depuis aux bibliothèques  1. L’élément le plus emblématique est sans doute l’atrium, au premier étage, au débouché de l’escalier monumental, qui distribue l’espace sur tout l’étage : café, espace isolable de bibliothèque, accès au second niveau, espaces internes. On imagine notamment ce lieu comme un trait d’union, un entre-deux qui relie l’espace de détente qu’est le café et la zone de travail que constitue l’espace isolable de bibliothèque. Avec un soin particulier apporté au mobilier de l’atrium, privilégiant les postures informelles et les rencontres, plus que les postures traditionnelles et le travail solitaire.

Plus classique mais indispensable, le café « connecté » qui offre, au premier étage du bâtiment, directement depuis l’atrium, un espace de restauration généreusement proportionné – une centaine de places – ouvrant sur une coursive accessible aux usagers durant les beaux jours. Ambiance musicale et décontractée, tabourets et tables hautes, chauffeuses, etc.

Dernier élément de sociabilité, les gradins qui bordent l’escalier entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage, lui conférant une apparence monumentale. Sur le modèle de la bibliothèque publique du Centre Céramique à Maastricht, il s’agit d’offrir aux usagers un espace informel parce que « passant », doté de prises informatiques dans les contremarches, qu’il appartiendra au public de s’approprier et, partant, d’en définir la fonction par l’usage.

L’usager au centre

Quatrième ambition de LILLIAD : développer une offre plus intégrée, avec l’usager en son cœur. Nombre d’équipements similaires se fondent sur une juxtaposition, voire une coordination minimale de services à l’usager. Le Rolex Learning Center à Lausanne est un bon exemple de cloisonnement des fonctions dans un espace architectural unique. LILLIAD ambitionne pour sa part une plus forte intégration des services proposés.

Cette « intégration » se manifeste symboliquement par le positionnement retenu pour le système antivol de la bibliothèque, qui ne se situe pas à l’entrée de l’espace documentaire, mais à l’entrée du bâtiment lui-même, favorisant ainsi une circulation de la documentation dans l’ensemble des espaces. Outre un point d’accueil et d’orientation en entrée de bâtiment, LILLIAD reprend aussi, dans son organisation, le concept de « guichet unique » popularisé par le Saltire Centre de la Caledonian University à Glasgow, qui trouvera sa place au premier étage, au débouché de l’escalier. C’est en effet dans l’atrium que se situera, pour LILLIAD, le point d’accueil de second niveau, notamment pour le renseignement bibliographique, mais aussi le guichet pour certains services avancés de l’université (TICE, orientation, etc.), dans une configuration conviviale entre le personnel d’accueil et les usagers (absence de rupture de niveau, disposition en « côte à côte » plutôt qu’en « vis-à-vis », etc.).

La dimension d’apprentissage

Au-delà des effets rhétoriques, l’ambition de créer un « Learning Center », un « centre d’apprentissage », impose une articulation plus étroite avec les pratiques pédagogiques et d’apprentissage, avérées, émergentes, innovantes.

Plus que des salles de formation, ce sont des salles de travail en groupes que LILLIAD intégrera en son sein, dans un environnement universitaire dans lequel les espaces d’enseignement ne manquent pas, contrairement aux équipements permettant un travail collaboratif aux étudiants. Au total ce sont 50 salles de travail en groupes, de capacités variables (4, 6, 10 et 20 places), qui seront mises à la disposition de ces derniers. Essentiellement d’ailleurs, des salles de petite capacité, la demande portant principalement sur des espaces de travail collaboratifs pour 3 à 6 personnes. Ces espaces représenteront environ un tiers des places dites « de bibliothèque ». Pensés comme des équipements pivots dès l’amont du projet, et non comme des suppléments d’âme, ces espaces de travail collaboratifs répondent à un triple cahier des charges : une dissémination dans l’ensemble de la bibliothèque tout d’abord. Il s’agit ainsi de proposer dans chaque espace des ambiances de travail adaptées aux aspirations de chacun, tant en matière de travail solitaire que de travail en commun. Accessibles à toute heure d’ouverture de l’équipement, ces espaces de travail collaboratif étant intégrés tant dans l’espace isolable que dans le reste de la bibliothèque. Et au total, des espaces de bibliothèques en libre accès reposant eux-mêmes sur un triptyque dont seule la déclinaison fine change : de grands espaces de travail ouverts, un ensemble d’étagères pour les collections, des grappes de salles de travail en groupes. Deuxième élément du cahier des charges, un équipement complet dans ces salles pour permettre le travail en commun : mobilier adapté, tableaux blancs, informatique et écrans muraux, connectivité, impression, paperboard, etc. Et la possibilité pour les usagers de connecter leur propre matériel, portable, tablette ou mobile : philosophie du bring your own device. Rien de révolutionnaire, mais une conformité aux standards en la matière. Et enfin, un niveau d’exigence très élevé en matière de qualité d’ambiance, visuelle et surtout acoustique : qualité de l’éclairage, intégration de stores, isolation phonique performante, etc. – pour une cible HQE conforts visuels et acoustiques de niveau très performant.

C’est aussi la mise en œuvre d’une salle multifonction dite d’innovation pédagogique. Le concept est simple, il s’agit de créer une salle dont le mobilier est entièrement mobile et pliant et, partant, dont la configuration peut être très rapidement modifiée par l’usager. Espace agrémenté d’un projecteur mural et de projecteurs mobiles d’appui, de tableaux blancs ou encore de paravents de séparation. Plus que le détail des équipements, cristallisés à un instant « T », c’est surtout la « philosophie » de l’espace qui importe : celle d’une salle dont l’organisation et l’ameublement pourront être revus périodiquement, au gré de son appropriation par ses usagers, celle aussi d’un espace pensé pour permettre la mise en œuvre de démarches de type co-design, fondées sur une approche co-élaborative.

Repenser le cœur du campus

La Cité scientifique a vu fleurir, au fil des années, de nouveaux bâtiments, qui sont venus perturber le bel ordonnancement architectural initial et, partant, complexifier la lecture du campus. À côté des piliers « enseignement » et « recherche », de nouvelles missions ont émergé, qui se sont traduites dans le bâti. Deux intéressent plus particulièrement le projet, car elles participent de la rénovation des axes de circulation au cœur de campus, que LILLIAD vient rendre possible.

La première tient à la mission culturelle des universités. Si cette mission ne s’est pas toujours traduite, dans les universités françaises, par la création d’un lieu ad hoc, Lille 1 a fait très tôt le choix de se doter d’un « espace culture » ambitieux et largement précurseur en France, tant par ses dimensions que par l’ampleur de sa programmation. Naturellement, ce nouvel équipement a été implanté au centre du campus, donc à proximité immédiate de la bibliothèque, avec laquelle il a dès l’origine entretenu des rapports privilégiés. La deuxième mission tient à la vie étudiante. Elle s’est matérialisée, plus récemment, dans la construction d’une Maison de l’étudiant (MDE), là encore construite au cœur du campus.

Si la documentation, la culture et la vie étudiante occupent désormais un même périmètre au centre du campus, si des collaborations, notamment avec l’espace culture, ont rapidement vu le jour, le cœur de la Cité scientifique reste aujourd’hui encore sur un impensé en termes d’aménagement, auquel la mise en œuvre du projet LILLIAD permettra de remédier pour offrir à l’usager, au centre du campus, un espace plus adapté et plus cohérent, en appui à la politique menée en la matière.

La prise en compte de cette tri-polarité s’est en effet traduite dans la volonté de déplacer l’entrée du nouvel ensemble architectural. L’ancienne entrée, orientée au sud et matérialisée par un auvent sur parvis, avait été positionnée eu égard à l’arrêt de bus desservant, depuis le centre-ville, la Cité scientifique. L’arrivée du métro et, partant, la suppression de la ligne de bus, a ôté toute pertinence à ce positionnement. C’est depuis lors la station « Cité Scientifique » qui conditionne les flux de publics, qui arrivent à la bibliothèque par le nord, et doivent la contourner. La prise en compte de la construction de l’espace culture puis, plus récemment, de la Maison de l’étudiant, a néanmoins conduit à ne pas retenir le scénario d’une entrée nord, mais ouest, c’est-à-dire face à ces deux bâtiments. De surcroît, très tôt dans le projet, la nécessité d’aménager l’espace entre ces trois bâtiments a pris corps, conduisant à l’inclure dans le périmètre de l’opération. Et de fait, sur les plus de 18 000 m² compris dans le périmètre de l’opération, l’essentiel correspond à cette zone sise entre les trois bâtiments. Cet espace intermédiaire constitue un parvis aménagé, qui monte de LILLIAD vers l’espace culture et la MDE, formant ainsi la place centrale du campus. De fait, le traitement des abords de LILLIAD est nettement différencié : au nord, un parvis piétonnier, faiblement végétalisé, et qui oriente l’usager depuis l’axe du métro, la MDE et l’espace culture vers LILLIAD, et inversement : au sud, un ensemble de bassins paysagers fortement végétalisés, invitant à contourner la zone plutôt qu’à la traverser. En résumé, l’aménagement extérieur participe, d’une part, de la stratégie d’orientation des flux piétons sur le campus, qui suivent un axe nord-sud, d’autre part, de la mise en regard, de chaque côté de cet axe, qui de l’espace culture et de la MDE, qui de LILLIAD. Cet aménagement reste toutefois incomplet dans le cadre de l’opération financée au titre de LILLIAD, l’université gardant à sa charge la création d’une zone de jonction douce entre les terrasses de la MDE et de l’espace culture, d’une part, le sommet du parvis de LILLIAD, d’autre part.

LILLIAD dans son environnement
– piétonisation et espaces verts

Outre la création de ce nouveau centre de gravité au cœur du campus, matérialisé par cette agora que sera le parvis de LILLIAD, d’ailleurs agrémenté de gradins dans sa partie haute, la mise en œuvre de ce nouvel aménagement est également l’occasion de piétonniser le centre de la Cité scientifique. Cette piétonisation s’accompagne, d’une part, d’une politique favorisant l’usage du vélo – un garage à vélo extérieur à LILLIAD sera réalisé sur le parvis –, d’autre part, d’une réflexion sur l’usage des parkings de proximité ou périphériques.

Enfin, l’université mène une politique volontariste en matière de campus vert, qui, outre la création d’espaces de verdure autour du bâtiment, trouve une double traduction architecturale dans LILLIAD : tout d’abord par la création d’une toiture végétalisée pour l’extension, qui sera rendue accessible aux promeneurs, contribuant à conserver un cœur de campus vert, ensuite par la réalisation de deux patios, toujours au sein de l’extension. Le premier, le plus grand, sera situé au cœur de l’espace événementiel, le second sera implanté au centre d’une zone de bureaux jouxtant Xperium.

Répondre aux enjeux en matière de diffusion
et de valorisation de la recherche et de l’innovation

LILLIAD Learning Center Innovation intègre dans son ADN des missions qui dépassent la seule fonction documentaire, même comprise dans son acception la plus large, celle d’une « bibliothèque augmentée ». L’évolution des modalités d’accès à l’information scientifique et technique, les nouveaux modes de travail et d’apprentissage, l’intégration plus forte de la sociabilité dans l’offre à l’usager : tout cela participe évidemment de l’évolution et de la modernisation des bibliothèques. Tout cela est connu, notamment depuis le rapport de 2009 de l’Inspection générale des bibliothèques sur les Learning Centres  2.

À cette rénovation de la fonction documentaire, LILLIAD ajoute une approche spécifique en matière de recherche et d’innovation, qui s’incarne dans la thématique affichée et ambitionne de créer un lieu d’apprentissage visant à soutenir le développement d’une culture croisée de l’innovation chez les étudiants, les personnels et les partenaires. S’appuyant sur un lieu, des ressources et des services spécifiques, le projet entend avant tout mettre en place les conditions nécessaires à la production d’idées et de démarches innovantes : il s’agit de faciliter l’émergence de démarches d’innovation chez les acteurs, par la création d’une atmosphère propice, pour permettre in fine de développer plus largement, plus systématiquement et plus en amont, l’esprit et la culture d’innovation au sein de l’université. Évidemment, il n’appartient pas à une bibliothèque, même augmentée, de mettre en œuvre une politique scientifique en matière d’innovation et les dispositifs d’apprentissage afférents pour favoriser et faciliter cette émergence. Mais le microcosme que constituent les nouveaux équipements documentaires, l’éventail et la multitude des publics qui les fréquentent, la mise à disposition d’espaces de sociabilité, tout cela à la fois offre la concentration des dispositifs et des équipements nécessaires et crée les conditions informelles propices à l’émergence tant de cette « culture » de l’innovation – dans tous les sens du terme –, que d’une fertilisation croisée entre université et entreprises, naturelle autant que provoquée.

Outre l’ensemble des équipements décrits précédemment, deux espaces particuliers soutiendront cette mise en œuvre : Xperium et le complexe événementiel.

Xperium, vitrine de la recherche
et de l’innovation partenariales

Sans attendre l’ouverture de LILLIAD un espace provisoire baptisé Xperium a été préfiguré, dès février 2014, au centre du campus. Dès LILLIAD livré, cet équipement trouvera sa place en son sein.

L’intention qui sous-tend Xperium procède d’un constat simple : la recherche aujourd’hui menée par les acteurs publics et leurs partenaires, ses métiers et ses débouchés, son implication et ses liens avec et en soutien à l’innovation, force est de constater que tout cela, malgré les efforts déployés, est encore insuffisamment connu du grand public. Vitrine ouverte de la recherche et de l’innovation développée par les laboratoires et leurs partenaires, notamment les pôles de compétitivité et d’excellence de la région, et plus largement l’ensemble des acteurs de l’innovation en région, Xperium participe de et à cet effort, et plus particulièrement à la diffusion des sciences au sein de la société, avec un rayonnement métropolitain et euro-régional.

Projet inédit, Xperium n’est ni un espace de vulgarisation scientifique, ni un lieu de promotion culturelle, ni un outil de développement professionnel pour les enseignants du secondaire. Il présente trois caractéristiques essentielles qui, combinées, en constituent la signature originale :

  • Les expériences montrées sont révélatrices de la créativité scientifique des chercheurs. Ces expériences constituent un « itinéraire », fil conducteur qu’il est possible de parcourir au gré des rencontres avec des animateurs impliqués dans l’activité de recherche – des doctorants, voire des étudiants de master, et non des médiateurs scientifiques.
  • L’itinéraire et parfois les expériences elles-mêmes sont par nature transdisciplinaires, favorisant et même recherchant les croisements entre sciences et techniques, sciences humaines, sociales et économiques.
  • Les expériences sont mises en relation avec les enjeux techniques, scientifiques, éthiques, sociaux et sociétaux qu’elles interrogent, permettant une plus forte mise en perspective et en actualité de la recherche, pour une meilleure appréhension par le grand public.

Xperium entend accueillir en effet un public large, au-delà du seul monde universitaire :

  • Les lycéens, dans le cadre de visites de classes. Avec la présentation de la recherche actuelle, il s’agira aussi de leur faire découvrir les métiers scientifiques et de leur donner le goût de la science. Un temps de la visite sera ainsi systématiquement consacré à leur présenter les différents métiers et débouchés, clé de voûte pour une transition réussie et motivée entre le lycée et l’université.
  • Le public universitaire, étudiants comme personnels, afin de faire mieux connaître la recherche partenariale menée dans les laboratoires, et de promouvoir l’interdisciplinarité.
  • Les entreprises et acteurs de l’innovation en région, pour lesquels Xperium constitue une vitrine des partenariats développés avec les laboratoires, et un lieu de rencontre potentiel avec de nouveaux partenaires.
  • Le grand public, auquel il s’agit de rendre plus visibles et plus compréhensibles les pépites de la recherche en région.

Le premier itinéraire mis en œuvre à l’ouverture d’Xperium et consacré à l’information (sa genèse, son transport, son traitement) est intitulé : « Connaître, transmettre, agir : quels instruments ? ». L’itinéraire se compose de sept stands, qui trouvent leur place dans un parcours d’ensemble mais peuvent également être abordés séparément, stands qui permettent de traiter la thématique retenue à l’aune de disciplines différentes. Xperium se déploie aujourd’hui dans un espace ouvert de 200 m², au sein duquel les stands sont délimités par des parois mobiles en « L », permettant une reconfiguration aisée du lieu tout en donnant une image d’unité à l’espace. Ces caractéristiques se retrouveront dans LILLIAD, sur une surface un peu plus importante, et avec, à l’automne 2016, la mise en œuvre d’un nouvel itinéraire, sur une autre thématique.

Le complexe événementiel, au service de la stratégie
de l’université en matière d’innovation

Le complexe événementiel a une visée assurément plus large que la seule thématique de l’innovation, dans la mesure où il concourra à quatre missions principales : la vie institutionnelle de l’université ; la vie scientifique de l’université ; l’ouverture de l’université sur la cité et le public lycéen ; la mise en œuvre enfin d’une fertilisation croisée entre l’université et ses partenaires en matière d’innovation.

LILLIAD a vocation, dans un paysage aujourd’hui complexe et riche en initiatives, à mettre en cohérence les dispositifs existants et à venir, relatifs à l’innovation et à l’entreprenariat au sein de l’université. Intervenant en amont des processus, il favorisera le développement d’une ambiance et d’une culture de l’innovation, renvoyant ailleurs le « faire », vers les composantes, les écoles et les laboratoires au sein de l’université, les FabLab et les entreprises hors de celle-ci.

Pour ce faire, l’université a souhaité se doter d’un espace spécifique au sein de LILLIAD, qui permette de mettre en œuvre cette politique spécifique en matière d’innovation, à l’interface entre la communauté universitaire et le monde socio-économique, et selon quatre axes : penser / favoriser / montrer / pratiquer l’innovation. En effet, si l’innovation ne se décrète pas, si les équipements ne sont pas suffisants en tant que tels, c’est un fait qu’un lieu identifié et reconnu par tous les acteurs – communauté universitaire comme monde socio-économique – peut jouer un rôle structurant dans l’émergence de l’innovation. Parce qu’il importe de prendre en compte les enjeux sociaux, sociétaux, éthiques, moraux et de développement durable liés à l’innovation, une programmation incluant des cycles de conférences thématiques sera proposée, qui prendra appui sur un cercle de réflexion scientifique. Parce que l’émergence des processus d’innovation relève tant – voire moins – de dispositifs formels que d’interactions informelles, espaces physiques et programmation intégreront et favoriseront les temps de rencontres informels et conviviaux en marge des événements. Parce que l’innovation s’incarne dans des réalisations technologiques ou dans la mise en œuvre de services, LILLIAD constituera également une vitrine en matière d’innovation, à travers des expositions, des démonstrateurs, des événements de promotion et de valorisation. Parce qu’enfin l’innovation passe aussi par des processus pédagogiques innovants, LILLIAD participera de « l’apprendre autrement », notamment au travers d’un partenariat avec les services (SUP – Service universitaire de pédagogie, SEMM – Service d’enseignement multimédia médiatisé, etc.) et les laboratoires concernés (équipe Trigone-CIREL en sciences de l’éducation, etc.).

Cette ambition trouvera sa traduction dans un espace aujourd’hui dénommé « complexe événementiel » mais qui, comme Xperium, devrait à terme adopter un nom plus spécifique et évocateur. Sur 1 500 m² environ, il occupera toute la partie ouest de l’extension. L’intégration de ce lieu au sein d’un ensemble plus vaste incluant une bibliothèque et des espaces de vie participe d’une volonté forte de faire se rencontrer le monde socio-économique et l’université dans toutes ses composantes : personnels, enseignants et chercheurs en tête, bien sûr, mais aussi étudiants, qui constitueront vraisemblablement le public majoritaire de LILLIAD en termes de flux. Organisé autour d’un patio central – accessible –, le complexe événementiel constituera en outre un microcosme en soi, qui répond à l’ambition de concentration réputée favorable à l’émergence d’une ambiance propice à l’innovation : un grand et un petit amphithéâtre, totalement équipés, gradiné pour le premier, à plat pour le second, deux salles de commission en appui, un espace d’exposition/cocktail/déjeuner, un espace enfin dit « de promotion de l’innovation », dans lequel seront regroupés un ensemble de services d’appui à l’innovation. Le complexe événementiel fonctionnera en interaction avec le reste de LILLIAD : salle d’innovation pédagogique – en proximité immédiate –, Xperium, autres salles de réunion, espaces de sociabilité et de restauration, fonds documentaires enfin.

Symbole du campus de la Cité scientifique pendant près de cinq décennies, la bibliothèque universitaire centrale est devenue partie intégrante de LILLIAD. Si ses missions se sont élargies, le cœur demeure une bibliothèque. Cette réalité transparaît dans l’architecture, qui garde intacte sa triple signature architecturale : le bâtiment rond de Noël Le Maresquier demeure, conservant sa transparence et ses claustras décoratifs, et intégrant, symboliquement, une nouvelle coupole au-dessus de l’atrium, qui perpétuera la coupole en verre si caractéristique des années 1960. Bibliothèque à l’origine, le bâtiment rénové gardera sa fonction de bibliothèque, repensée et modernisée. C’est dans l’extension que les nouvelles fonctions viendront s’intégrer, complexe événementiel et Xperium, fruit d’une greffe harmonieuse et respectueuse qui vient prolonger et comme mettre en abyme le bâtiment historique pour mieux l’ouvrir sur l’avenir.