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Former les bibliothécaires tout au long de la vie, pour quoi faire ?

Journée Médiadix, 30 septembre 2013

Laurence Jung

Le recours à la formation tout au long de la vie est plus important chez les bibliothécaires que dans les autres professions. Les évolutions très fortes de ces dernières années dans les métiers de l’information constituent-elles la motivation principale de cet appétit de formation ? Révolution numérique, développement du e-learning, importance croissante accordée à l’accueil et à la formation des usagers, évolution du catalogage sont autant de transformations qui justifient un besoin d’adaptation constant des bibliothécaires.

La journée d’étude organisée par l’ADCRFCB (Association des directeurs de centres régionaux de formation aux carrières des bibliothèques), qui s’est déroulée à Médiadix le 30 septembre 2013, dressait donc un état des lieux de la formation tout au long de la vie dans les métiers des bibliothèques et s’interrogeait sur les évolutions à venir. La journée était encadrée par l’intervention de deux inspecteurs généraux des bibliothèques, Pierre Carbone et Dominique Arot, chargés de mettre en perspective le débat.

L’évolution des métiers

En ouverture, Pierre Carbone a présenté le rapport de l’Inspection générale sur l’évolution des métiers en bibliothèques (daté de mars 2013) : Quels emplois dans les bibliothèques ? État des lieux et perspectives 1.

La formation des personnels des bibliothèques devrait en toute logique découler de l’évolution des métiers tant administrative que fonctionnelle. Or on constate que les évolutions des métiers semblent peu liées aux modifications des tutelles : le passage aux RCE n’a pas entraîné d’adaptation des profils de poste à l’université. On remarque cependant quelques changements dans la fonction publique territoriale : de plus en plus de directeurs de bibliothèque sont des cadres administratifs, au risque d’occulter les compétences scientifiques. L’analyse des offres de postes dans la gazette des communes montre que les distinctions de catégorie entre A et B sont peu marquées, c’est un profil de chef de projet qui est mis en avant le plus souvent.

Les principales évolutions des métiers sont liées à l’extension du numérique et des fonctions d’accueil et d’accompagnement. L’hyperspécialisation par type de documents est progressivement abandonnée au profit d’une gestion globale des ressources. Le temps de travail interne diminue au bénéfice du public. Les compétences relationnelles et pédagogiques sont donc de plus en plus recherchées.

Les organigrammes des bibliothèques sont encore très déséquilibrés : l’Inspection générale préconise de diminuer le nombre de conservateurs et d’augmenter des deux tiers le corps des bibliothécaires. Le recrutement des conservateurs devrait se faire au niveau master afin de le différencier de celui des bibliothécaires et de fusionner les concours de conservateurs d’État et territoriaux et ce, afin d’améliorer la mobilité entre fonctions publiques. La question de la prise en compte du grade de docteur reste ouverte. Les postes de conservateurs devraient de plus en plus se centrer sur les fonctions d’encadrement et de pilotage. Les missions des personnels de catégorie B se diversifient : moins de catalogage, une gestion de plus en plus complexe des métadonnées et une part croissante du travail consacrée à la formation des usagers. La diminution du traitement physique des collections par les magasiniers est très variable selon les secteurs. Les magasiniers voient également leurs activités se diversifier : animation culturelle, désherbage, outils sociaux, impression à la demande. Les évolutions concernent donc toutes les catégories de personnels et sont de plus en plus rapides.

La formation dans le cadre des évolutions des collectivités et des universités

Il est devenu impossible de penser maintenant les bibliothèques indépendamment des administrations dont elles dépendent. Il est intéressant de mettre en regard les formations tout au long de la vie des bibliothécaires et les évolutions des métiers à l’université ou dans les collectivités territoriales : assiste-t-on à une convergence des compétences ? C’est la problématique de la table ronde composée de Marie-Paule Rolin (directrice de la BM de Dijon), Yves Chaimbault (DGS de l’université Paul Valéry Montpellier 3), Brigitte Dujardin (directrice adjointe et responsable formation au SCD de l’université Paris 8), et animée par Christophe Pavlidès, directeur de Médiadix.

Les participants se sont tout d’abord attachés à cerner les spécificités des bibliothèques en matière de formation : Marie-Paule Rolin constate ainsi un fort mouvement de reclassement des personnels de catégorie C qui nécessite une formation interne importante. Yves Chaimbault remarque qu’à l’université beaucoup de dépenses de formation sont prises en charge directement par les services. Les demandes sont croissantes et il y a des manques, surtout dans l’accompagnement des reconversions. Les évolutions sont de plus en plus rapides. Les bibliothèques universitaires mettent en place aujourd’hui de véritables plans de formation prenant en compte les demandes des agents mais aussi les besoins de l’établissement.

Le SCD de Paris 8 se montre particulièrement en pointe dans le domaine de la formation des agents. Brigitte Dujardin fait partie de ces correspondants formation qui sont aussi adjoints à la direction, ce qui souligne l’importance accordée à la formation continue dans le management de l’équipe. Les formations des personnels de l’université sont maintenant ouvertes aux agents des bibliothèques. Le SCD de Paris 8 a mis en place un groupe de travail sur l’évolution des métiers des bibliothèques qui se traduit en évaluation des besoins de formation. Une commission formation siège une fois par mois et statue sur les demandes de DIF. Selon Marie-Paule Rolin, les demandes individuelles sont rares en BM, les besoins sont avant tout collectifs : à l’occasion d’un projet de service par exemple.

L’organisation des formations

Des représentantes de différents organismes de formation se sont ensuite interrogées sur la prise en compte des évolutions des métiers dans l’organisation des formations. Françoise Truffert, responsable de la commission évolution des métiers, a ainsi présenté l’enquête de l’ADBU 2012 qui fait apparaître la diversité du panel de formations proposées, ce qu’ont confirmé les établissements représentés dans cette table ronde. L’investissement est très variable et les deux tiers des frais de formation sont en fait des frais de mission. Presque toutes les bibliothèques universitaires ont un correspondant formation mais seules 60 % des formations sont saisies dans le logiciel Lagaf (logiciel d’aide à la gestion des actions de formation). Le DIF n’a été activé que dans 50 % des établissements. Anne Verneuil, présidente de l’ABF, déplore la difficulté à obtenir des formations qui ne soient pas dans la ville de la bibliothèque. Les besoins portent essentiellement sur l’informatique et la communication.

Les CRFCB, comme le montre Catherine Roussy, présidente de l’ADCRFCB, constituent la première source de formation pour les catégories C et les contractuels. Ils répondent aux demandes locales. Au contraire, l’Enssib, représentée par sa directrice Anne-Marie Bertrand, forme surtout les catégories A et développe les formations à distance. La formation initiale des bibliothécaires et des conservateurs comporte de plus en plus de stratégie et de moins en moins de technique afin de répondre à l’évolution des bibliothèques.

Quelques principes à suivre dans le choix des formations : se méfier des effets de mode, se renseigner sur les intervenants, évaluer la formation et surtout trouver une adéquation entre les besoins et l’offre de formation.

Ouverture

Dominique Arot, doyen de l’Inspection générale, conclut la journée par des propositions d’ouverture : vers l’avenir, vers les autres métiers, vers l’étranger. Le renouvellement en cours de milliers de formateurs est l’occasion de faire évoluer les formations et la pédagogie. Le renouvellement peut également venir de la mixité des formations qui rassemblent par exemple bibliothécaires et enseignants et permettent les échanges. Les réseaux professionnels, les syndicats, trop peu présents dans les bibliothèques, devraient également être des ressources en formation professionnelle. Ils pourraient également contribuer au renouvellement de l’image des bibliothécaires chez les décideurs. Enfin, les pèlerinages dans d’autres pays (comme la visite du Rolex Learning Centre de Lausanne ou de la Bibliothèque publique d’Amsterdam) se sont révélés particulièrement structurants pour la profession. L’exemplarité de certains établissements stimule ainsi l’innovation dans toutes les bibliothèques. •