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Journées des bibliothèques universitaires et de l’IST

Cécile Touitou

Coïncidence du calendrier : alors que les directeurs des bibliothèques universitaires se réunissaient, les 21 et 22 mai 2013, dans l’amphithéâtre Poincaré du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, débutait l’examen du projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche présenté aux députés par la ministre Geneviève Fioraso  1.

Réussite des étudiants et cartographie documentaire

De ce projet de loi, Simone Bonnafous, directrice générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle, a largement parlé lors de son allocution d’ouverture. Elle a insisté sur la continuité que la future loi présentera avec les dispositions précédentes de la LRU dans la mesure où elle vise à conforter l’autonomie des établissements dans l’idée de « site », terme leitmotiv de ces trois demi-journées. L’objectif est d’aboutir à une contractualisation entre enseignement supérieur et recherche avec l’ensemble des acteurs d’un site. Un des axes majeurs de cette proposition est la réussite des étudiants. La directrice générale a répété que la documentation est un vecteur très important de cette réussite, que les BU doivent être impliquées dans l’évolution de la pédagogie et que ses personnels doivent contribuer à la vie des équipes pédagogiques.

Selon Simone Bonnafous, il est important de disposer d’une meilleure visibilité de ce que « consomment » les étudiants, selon leur filière, en matière documentaire. Le MESR souhaite ainsi s’appuyer sur l’IGB et l’ADBU pour cartographier la prestation documentaire offerte aux étudiants rapportée aux moyens mis en œuvre. Le déploiement des ressources numériques a généré une forte augmentation du coût des acquisitions qui ne peuvent continuer à croître indéfiniment. Il convient, dans le cadre des politiques de site de réfléchir aux schémas documentaires à mettre en œuvre, pouvant permettre de rationaliser les acquisitions et mutualiser les ressources sur un territoire. S. Bonnafous a martelé que le ministère allait donner des directions et orienter la politique globale mais il reviendra aux établissements de s’autonomiser dans l’allocation des ressources en s’emparant des outils de gestion et d’évaluation. Globalement, il faudra – à budget constant – mieux encore accueillir les étudiants en réfléchissant à l’aménagement des espaces et des horaires afin de renforcer le caractère convivial des BU qui devront s’adapter aux nouveaux usages.

La question du livre numérique fut également évoquée au travers du programme France Université Numérique (FUN). Le ministère est encore dans une phase d’expérimentation et travaillera avec l’Observatoire numérique de l’enseignement supérieur de l’Enssib pour observer les usages en matière de manuels numériques.

Un acte 2 de l’autonomie

En écho, Roger Genet (directeur général pour la recherche et l’innovation) et Marie-Hélène Granier-Fauquert (directrice du pôle de contractualisation et de financement des établissements de formation et de recherche) sont revenus sur cette nouvelle loi qui va impliquer des réformes structurantes pour les différents opérateurs. C’est la contractualisation entre les établissements d’un même site qui sera au cœur de ce nouvel équilibre. Une place plus grande sera laissée aux « écosystèmes » sur le territoire, qui permettra une meilleure reconnaissance de leur diversité et renforcera leur responsabilité en matière de projet stratégique. Une plus grande cohérence devra être trouvée entre le niveau européen et le niveau régional. Finalement, la loi vise à doter la France d’une trentaine de pôles qui auront une forte visibilité aux niveaux national et international. Les PRES ont constitué la première prise de conscience de la nécessité de penser l’ESR à une échelle territoriale plus large. Il conviendra donc de s’aider de diagnostics territoriaux pour permettre d’appuyer la vision des opérateurs sur une bonne répartition des moyens et des projets à construire. Les contractualisations possibles seront de trois types : fusion, rattachement et création de communautés d’universités. L’objectif est bien de réduire le nombre de conventions et de réunir autour de chaque site le nombre le plus significatif d’opérateurs de l’ESR. Le défi consiste à créer les conditions du dépassement du dualisme persistant entre enseignement supérieur et recherche. Dans ce qui serait « l’acte 2 de l’autonomie », il faut voir comment le ministère peut accompagner les établissements dans la mise en œuvre de leur stratégie en matière de système d’information, de RH ou encore de documentation. Le ministère prône de nouvelles méthodes et souhaite proposer aux établissements des outils pour mener cette évaluation sur la « soutenabilité économique » de l’offre : évaluation, aide à la décision, dispositif de suivi et d’alerte. Finalement, l’État n’est plus l’État Providence, mais l’État Stratège !

Formations et diplômes

Claude Jolly (MESR, direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle) a présenté les travaux qu’il mène sur le premier cycle de l’enseignement supérieur : de la gestion des flux à la rénovation de la pédagogie. En introduction, il a insisté sur le paradoxe du système français qui est très dirigiste entre le collège et le lycée et très ouvert entre le bac et l’enseignement supérieur. Le plan « Réussir en licence » a permis la réalisation de beaucoup d’initiatives intéressantes mais a échoué à construire un système. Il faut désormais s’attacher à revoir l’articulation entre lycée et enseignement supérieur. Le projet de loi prévoit ainsi des « quotas académiques » dans les IUT et les STS afin de favoriser l’entrée des bacheliers professionnels et technologiques dans ces établissements et renforcer la cohérence et la lisibilité des parcours. Une autre évolution importante portera sur le passage de l’habilitation à l’accréditation qui ira de pair avec un cadrage général des exigences pédagogiques liées à chaque formation. Le but de la réforme, comme l’a également expliqué M.-H. Granier-Fauquert, est de promouvoir une réflexion d’ensemble sur la qualité de ces formations tout en préservant l’intangible des diplômes nationaux. Sans renoncer à la richesse des formations, la mise en place d’une nomenclature nationale simplifiera l’offre de formation par grands domaines. Il faut réfléchir à la « soutenabilité économique » de toutes ces formations pour les établissements. Tout cela se fera en ménageant des « paliers d’orientation » permettant aux étudiants de réfléchir au bon moment à leur orientation. Il faudra aussi, reprend Claude Jolly, instaurer la sélection du niveau Master non pas entre M1 et M2, ce qui est le cas actuellement, mais avant le M1 !

Après ces interventions qui ont permis aux participants d’appréhender clairement les conditions de l’évolution du paysage de l’université et de la recherche et de ses implications dans le domaine de la documentation et de l’information, des cas concrets ont été présentés.

La formation documentaire des étudiants

Pierre-Yves Cachard a animé une table ronde sur les nouveaux dispositifs et méthodes pédagogiques visant notamment à favoriser la co-construction des contenus. À Avignon, c’est un projet de service associant un travail sur l’accueil des publics, la médiation culturelle et la formation documentaire qui a permis de renouer un lien qui se distendait entre la BU et les étudiants. À Lyon 2, un module d’autoformation Accrodoc  2 propose à tous les internautes un grand nombre de tutoriels autour de la recherche et de la veille documentaires. Des ressources multiples seront enrichies, pour la partie disciplinaire, par l’apport des enseignants. Benoît Roques, directeur adjoint du service Tice de l’université de Paris 1, a montré que la position du service Tice ne va pas de soi, qu’il est important de définir son rôle, de le défendre et de l’illustrer auprès de l’équipe pédagogique.

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Page d’accueil du module d’autoformation Accrodoc de Lyon 2 (http://scdaskal.univ-lyon2.fr/accrodoc)

Le sociologue Philippe Cibois a mis un pas de côté et a tendu un miroir aux directeurs des bibliothèques universitaires. Où est la BU, entre des enseignants qui s’en passent (mais savent qu’elle est là, qu’elle fonctionne et qu’on peut l’interroger à distance : « elle est sous-jacente », dit le sociologue) et des étudiants qui la délaisseraient au profit de Wikipedia et des ressources dont la rentabilité est immédiate pour l’obtention du diplôme ? Sa place est bien entre les deux et son rôle demeure très fort pour les deux communautés. On y voit tantôt un lieu de vie, un lieu de travail, un lieu de ressources, un temple immuable qui conserve tous les savoirs du monde où l’on pourra aller quand on en aura besoin et qui participe – maintenant ou plus tard – à l’appropriation des savoirs.

La documentation au centre des préoccupations

En écho aux présentations de la matinée, Michel Marian (adjoint au chef du service de la coordination stratégique et des territoires) a répété que la documentation est remise au centre des préoccupations de l’université, notamment pour les étudiants des premières années. C’est ainsi que sont pensés les contrats de site qui sont ou seront signés dans les prochains mois. M. Marian a, à nouveau, incité les directeurs de BU à prendre leur place avec leurs équipes là où la pédagogie se décide. Il a également évoqué la question de l’Open Acess sur laquelle le ministère s’est prononcé en début d’année. Il convient selon lui de distinguer les domaines où on se doit de publier dans des délais compatibles avec les besoins de la scène internationale (médecine, par exemple), de la recherche en SHS où une voie plus spécifiquement française peut être trouvée.

Stéphanie Groudiev, Julie Ladant et Marie-Pascale Lizée (MISTRD) ont fait un point quelques mois après le lancement de la BSN. Des réunions sont en cours pour chacun des différents segments que couvre la Bibliothèque scientifique numérique, où une plus grande mixité des participants a été recherchée. Le site internet a été lancé en avril. Une feuille de route pour les années 2013-2014 est en cours de rédaction. L’appel à projets 2013 dans le cadre de BSN5, dont l’objectif principal est de contribuer à la définition d’une politique nationale coordonnée et concertée, au service de la recherche et au bénéfice de l’ensemble des acteurs de l’ESR, est également présenté. Il vise à faire potentiellement émerger l’ensemble des projets et des besoins de l’ESR en matière de numérisation. Le segment BSN4 a quant à lui permis la signature en avril d’une nouvelle convention de partenariat autour de Hal avec un objectif de gouvernance et de financement partagés sous forme d’une unité mixte de service (UMS). Il convient maintenant de former et d’accompagner les chercheurs sur ces questions, de préconiser et de promouvoir l’auto-archivage des publications dans HAL et dans les archives ouvertes institutionnelles associées.

Serge Bauin, du CNRS, a présenté le projet Istex  3 qui a pour principal objectif d’offrir à l’ensemble de la communauté de l’ESR un accès en ligne aux collections rétrospectives de la littérature scientifique dans toutes les disciplines en engageant une politique nationale d’acquisition massive de documentation : archives de revues, bases de données, corpus de textes…

L’IST et la documentation dans les politiques de site

Une seconde table ronde animée par Pierre Carbone avait pour objet la place de l’IST et de la documentation dans les politiques de site. John Tuck, directeur de Library Services Royal Holloway, université de Londres, président du consortium M25  4, a présenté le fonctionnement du consortium qui regroupe actuellement 58 bibliothèques de la région de Londres. Brigitte Michel, de la fondation de coopération scientifique Campus Paris-Saclay, a évoqué les difficultés rencontrées pour instiller plus de transversalité entre les multiples acteurs concernés (réunir aujourd’hui 23 acteurs de l’ESR autour d’un projet d’excellence internationale) et le lent processus de réorganisation que cela a nécessité  5. Un projet commun de learning center réunit cependant les différents partenaires. Hélène Chaudoreille a tiré un bilan relativement positif de ses premiers mois comme responsable « Ressources et savoirs » à la Fondation Paris Sciences et Lettres (PSL). Une cohérence réunit les établissements de la montagne Sainte-Geneviève, qui composent un ensemble pluridisciplinaire sans équivalent en France dont l’organisation serait plus fédérale que fusionnelle. La philosophie du projet « Ressources et savoirs » consiste à capitaliser sur la culture de service de ces bibliothèques, à mutualiser les forces et les compétences et à aider à concevoir des projets innovants. Un projet de portail des savoirs est à l’étude, qui proposera un point d’entrée unique à l’ensemble des collections muséales, de bibliothèques et d’archives. Enfin, Jean-Louis Baraggioli a présenté les activités du Centre technique du livre de l’enseignement supérieur (CTLes).

La parole a également été donnée aux grands opérateurs que sont l’Enssib, l’Abes, le Cines.

Anne-Marie Bertrand a rappelé que le numérique constituait l’axe directeur du projet quinquennal de l’école, que ce soit dans les domaines de la formation, de la diffusion des savoirs, des services aux bibliothèques ou de la recherche (lancement du projet Calliopê  6 qui vise à appréhender la réception de l’offre numérique par les usagers et les personnels des bibliothèques). L’Observatoire numérique de l’enseignement supérieur a par ailleurs piloté en 2012 une étude sur les pratiques des étudiants et des enseignants du cycle Licence. Les résultats ont été présentés le 12 juin à l’Enssib  7.

Raymond Bérard a rappelé que l’Abes venait de tenir ses journées où le projet de SGB mutualisé a été largement débattu, et notamment l’importance d’une assise internationale comme garantie de sa réussite. Le JISC (Royaume-Uni) et la fondation Kuali (États-Unis), qui étaient présents aux journées Abes, maintiennent une base de connaissance internationale GOKb. La réflexion en cours porte sur la participation de l’Abes à ce réseau international. La prochaine étape consiste à mettre au point un prototype de SGB mutualisé permettant la localisation des données par les établissements partenaires en s’appuyant sur le logiciel du JISC.

Enfin, Marion Massol a présenté l’activité et les missions du Cines ainsi que les coûts pour les établissements de l’archivage pérenne sur ses serveurs. Il convient d’impulser une dynamique auprès de tous les établissements concernés afin d’atteindre une masse critique qui permettra de faire baisser les coûts unitaires de stockage.

Pour conclure, le doyen de l’inspection générale des bibliothèques a présenté les travaux récents et à venir de l’IGB. Pour l’Inspection aussi, le « site » devient la maille pertinente pour travailler sur les territoires. Dominique Arot a évoqué les sujets des rapports récents ou à venir : l’emploi dans les bibliothèques ; les ressources documentaires pour la recherche au sein des sites universitaires ; l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques ; les places de travail pour les étudiants dans Paris intra-muros ; la question des silos et de la conservation partagée ; le bilan des expériences de prêt d’e-books ; l’évolution des pratiques dans la constitution des catalogues ; les bibliothèques et le mécénat. •