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« Refaire les humanités »

Esprit, n° 390, décembre 2012

par Anne-Marie Bertrand

Paris, 160 p., 24 cm

ISSN 0014-0759

Prix au numéro : 20 €

Décidément, nous sommes dans une époque ravaudeuse : « refonder l’école », « réinventer la bibliothèque », « refaire les humanités »… Serions-nous entrés dans une ère de colmatage ?

L’introduction de ce dossier le laisserait penser en s’interrogeant sur « Quel retour des humanités ? ». En effet. Car, de retour, on n’en voit guère : dans les cursus correspondant à ces « humanités » (lettres, langues anciennes et sciences de l’homme), le nombre d’étudiants a baissé de 10 % entre 2004 et 2011 et ces disciplines sont aujourd’hui surtout proposées et choisies comme « mineures » – quand elles ne ferment pas, tout simplement  1.

L’axe de ce dossier traite le sujet sur un thème inattendu : humanités et enjeux démocratiques.

Philippe Cibois (« L’avenir des humanités ») assume une position nostalgique : pour lui, la « culture classique » et l’enseignement des langues anciennes contribuent à faire « acquérir une maturité intellectuelle qui permette une sortie de l’univers familier », donc contribuent à l’émancipation. Ils participent au socle commun des connaissances et encouragent à « sortir de l’utilitarisme immédiat ». Les « humanités modernes » (repensées, revisitées, refondées ?) doivent trouver toute leur place dans « des modifications de programmes, en particulier en ce qui concerne les rapports des filières scientifiques et des filières autres [sic], car rien ne pourra être fait si la sélection par les mathématiques n’est pas remise en cause ». Et donc, si cet élitisme mathématique n’est pas combattu.

Carole Desbarats aborde, elle, la question de l’éducation artistique (« L’éducation artistique et les enjeux démocratiques ») – à ne pas confondre avec l’enseignement artistique –, en particulier en matière de cinéma. À vrai dire, j’ai eu peine à suivre les méandres de sa pensée, qui évoque les écrits de Martha Nussbaum, les travaux neurologiques, « la fiction au sens large », « l’imagination narrative » ou « l’état émotionnel réflexif ».

Autre approche, celle de Denis Meuret (« Plus équitable, l’école retrouverait la voie de la réussite ») qui, à partir des enquêtes PISA, souligne « la dégradation des années 2000 » pour les résultats des élèves français, en particulier les résultats des élèves les plus faibles. Ces comparaisons européennes mettent en évidence (une fois de plus) l’influence de l’origine sociale sur la réussite scolaire. De façon plus nouvelle, Denis Meuret évoque les effets de l’iniquité de l’école : ressentiment, populisme, défiance vis-à-vis des institutions, intolérance sociale, effets économiques (sur les compétences insuffisantes de ceux qui ne feront pas d’études), dans un amalgame pas toujours convaincant.

C’est tout. Bref dossier, dont on ne comprend pas vraiment le sujet – ou qui aurait mérité de s’appeler autrement puisque les humanités n’y sont guère présentes – et qui ne laissera pas de souvenir inoubliable.

  1.  (retour)↑  « Faute d’étudiants, des matières disparaissent », Le Monde, 31 mai 2012.