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Yves Marek

Claude Mollard

Malraux, Lang... et après ?

Débat sur la culture

Paris, Éditions Descartes & Cie, 2012, 239 p., 23 cm
Collection Area
ISBN 978-2-84446-208-4 : 20 €

par Christelle Petit

Double portrait et jeu de miroir

L’objectif annoncé de cet ouvrage – double à plus d’un titre – est, selon l’éditeur, d’« ouvrir un débat entre Yves Marek et Claude Mollard », afin de « débattre sur la culture ».

Deux portraits, en première de couverture, se posent en modèle des deux auteurs. D’une part, André Malraux, auquel en appelle plutôt Yves Marek, homme politique de droite, influencé également par Edgar Faure et marqué par un attachement à Jacques Toubon, dont on retient le rôle essentiel dans la programmation du musée du Luxembourg à partir de 2000 sous la responsabilité du Sénat, ou encore l’action pour la francophonie. D’autre part, Jack Lang pour Claude Mollard, l’un des fondateurs du Centre Pompidou, chargé de mettre en œuvre le doublement du budget de la Culture en 1981 et participant à la création des institutions culturelles (Cnap, Frac, Fnac, etc.), inventeur du concept d’ingénierie culturelle (on lui doit nos programmistes de bibliothèques), maître d’œuvre du développement des arts à l’école, réformateur du CNDP et créateur du réseau Scérén  1.

Avec une mise en page originale, en symétrie autour d’un axe central, le double sommaire de cet ouvrage cherche à concrétiser la forme du dialogue mise en avant. Pour chaque auteur, trois parties s’articulent chronologiquement : 1 – héritage et tradition ; 2 – enjeux d’aujourd’hui ; 3 – propositions pour l’avenir. Un nombre identique de sous-parties prolonge la symétrie des discours mis en regard. Le dialogue ainsi revendiqué s’apparente pourtant davantage à deux paroles successives, et il est regrettable que l’apparat critique de l’ouvrage ne précise pas les conditions d’écriture : les auteurs se sont-ils lus mutuellement  2 ? Le plan a-t-il été imposé jusque dans ses sous-parties ? L’absence d’un index thématique, qui aurait permis de comparer aisément les positions des deux auteurs sur les grandes réalisations de politique culturelle par exemple, est regrettable. C’est finalement le lecteur qui est chargé de reconstituer un dialogue entre deux acteurs politiques de la culture. C’est lui aussi qui a la possibilité « de continuer le débat » grâce aux courriels des auteurs rendus disponibles dans l’ouvrage.

Politiques culturelles en vis-à-vis

On peut reconnaître aux deux auteurs un respect mutuel pour leurs réalisations respectives en matière de politique culturelle ; et le lecteur suit avec intérêt l’expression des objectifs qui ont présidé aux décisions – puisque tous deux ont eu la possibilité de mettre en œuvre leurs idées –, Yves Marek et Claude Mollard définissant successivement ce que recouvre le terme de culture et se positionnant sur les grandes questions de la politique culturelle : quels en sont les périmètres ? Comment articuler soutien à la création et conservation du patrimoine au sein d’un ministère ? Les grands travaux sont-ils moteurs ou représentent-ils un frein à une politique culturelle dynamique ? De quelle manière lier la démocratisation culturelle à la formation artistique ? Quelle est la bonne répartition du pouvoir entre l’État, les collectivités et les établissements ? À qui confier l’évaluation des politiques culturelles ?

Pour répondre à ces questions, les deux auteurs font preuve d’une volonté pédagogique, dans une langue claire bien qu’avec des styles différents : Yves Marek offre son texte en hommage au grand historien de l’art Daniel Arasse, et parsème celui-ci de références savantes, littéraires ou artistiques ; Claude Mollard se place sous l’égide de François Mitterrand, de Jean Monnet, et conclut son texte par une liste pragmatique et opérationnelle de 30 points, « axes d’une politique culturelle de gauche ». Au fil du texte, quantité d’exemples concrets, de prises de décision, de réalisations, illustrent les conceptions de la droite et de la gauche françaises et donnent une idée de ce que signifie conduire la politique culturelle d’un État.

  1.  (retour)↑  Il aurait été possible ici de multiplier les sigles à l’envi. Nous nous contenterons de ceux-ci, qui renvoient aux institutions les plus connues :
    Cnap : Centre national des arts plastiques ;
    Frac : Fonds régional d’art contemporain ;
    Fnac : Fonds national d’art contemporain ;
    CNDP : Centre national de documentation pédagogique ;
    Scérén : Services, culture, éditions, ressources pour l’Éducation nationale.
  2.  (retour)↑  Un débat organisé par la Fnac des Ternes à Paris en avril 2012 prouve tout au moins qu’ils en ont parlé après la publication : http://www.youtube.com/watch?v=0SMM2QqVe_E (débat « Quelle politique culturelle pour demain ? » avec Yves Marek, Claude Mollard et Olivier Poivre d’Arvor, animé par Jean-Gabriel Carasso).