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Pierre Augustin

Jacques-Hubert Sautel (collaborateur)

Codices Chrysostomici graeci

Volume VII : Codicum Parisinorum partem priorem

Paris, CNRS Éditions, 2011 (Documents, études et répertoires publiés par l’Institut de recherche et d’histoire des textes, 80), LXXI - 303 p., bibliographie, indices
ISBN 978-2-271-07209-2 : 65 €

par Raphaële Mouren

Depuis 1968, année de la publication des deux premiers volumes du catalogue des manuscrits de saint Jean Chrysostome, le Bulletin des bibliothèques de France a rendu compte de ce projet à deux reprises  1. L’ampleur de la tradition manuscrite des œuvres, très nombreuses, de cet auteur, justifie cette entreprise. Le volume VII, constituant le premier tome des manuscrits parisiens, décrit 181 des 614 manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de France. Les remarques faites dans cette revue par Charles Astruc il y a plus de quarante ans sont encore valables aujourd’hui : les successeurs de Robert Carter et Michel Aubineau ont continué à décrire avec précision le contenu des manuscrits, fournissant ainsi des notices complètes et très riches permettant au lecteur d’avoir des informations précises sur les textes qu’il peut y trouver. Pierre Augustin, qui travaille à la section grecque de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT), CNRS (information bizarrement absente du volume) a aussi fait précéder le catalogue d’une longue introduction – élément qui manquait parfois dans certains volumes –, retraçant ici l’intérêt porté à Chrysostome en France depuis le début de l’époque moderne : il rappelle l’histoire du fonds grec de la BnF, les étapes de la constitution du fonds chrysostomien à partir du début du règne de François Ier, et les travaux menés depuis Germain de Brie jusqu’à Montfaucon et Gaume sur le Père de l’Église. L’introduction présente aussi quelques apports scientifiques récents sur ce corpus : identification de copistes, reconstitution de recueils dispersés grâce à l’analyse codicologique, affinement des stemmata

Mais ce volume reflète aussi l’évolution qu’a connue la description des manuscrits depuis quarante ans. En rupture avec les volumes précédents (le dernier était paru en 1999), la description matérielle du manuscrit, qui jusqu’alors tenait en trois ou quatre lignes, a pris beaucoup d’ampleur : attention plus grande portée aux provenances, description codicologique bien plus détaillée… L’auteur s’en explique dans l’introduction, où il présente ses principes de description.

Il existe aussi une liste d’errata et de corrigenda (remarquablement peu nombreux), qu’il conviendrait peut-être de diffuser par exemple sur le site internet de l’IRHT.

Le projet de description des manuscrits de saint Jean Chrysostome semble toutefois partiellement en panne : les deux derniers volumes précédents décrivaient la première partie des manuscrits conservés en Italie (1983) et la première partie des manuscrits conservés au Vatican (1999). Espérons que la section grecque de l’Institut de recherche et d’histoire des textes réussira, elle, à mener à bonne fin la description des manuscrits parisiens. Ce volume a déjà en effet signalé aux chercheurs des manuscrits qui n’avaient pas été identifiés jusqu’ici comme chrysostomiens. Le volume VIII, annoncé, sera consacré aux manuscrits du Patriarcat d’Istanbul.

Du point de vue de l’utilisateur, la question se pose de l’évolution des outils dont on dispose pour connaître les collections manuscrites. Il semblerait judicieux de rapprocher les projets, et, par exemple, intégrer rapidement les notices de ce volume dans le catalogue Archives et manuscrits de la BnF, où certains manuscrits ne bénéficient que d’une très courte notice : on peut citer au hasard le manuscrit grec 443, décrit en quelques mots dans Archives et manuscrits, sans même que son contenu soit clairement précisé et sans qu’il soit signalé qu’il s’agit d’un palimpseste, portant, sous le texte copié par Longin en 1272, une écriture du IXe siècle. La BnF a déjà conclu des accords de ce type, et permettra à terme d’accéder aux descriptions de reliures byzantines du projet Studite  2.

On constate en outre que même des chercheurs spécialisés, habitués à travailler sur des manuscrits médiévaux, tendent à oublier que, par exemple, les catalogues de manuscrits de la bibliothèque Vaticane n’existent que sous la forme de nombreux volumes imprimés – et que le catalogage est loin d’être terminé. La simplification des outils est sans doute de plus en plus nécessaire, mais des projets de ce type gardent toute leur importance : ils illustrent parfaitement la complémentarité qui existe entre les missions des bibliothécaires et celles des chercheurs.