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Le livre numérique en bibliothèque de lecture publique

Quels services ?

Anne Baudot i/i>

C’est une passionnante journée que nous a proposée l’équipe de Médiat Rhône-Alpes le 29 novembre 2012 autour de la lecture numérique et de ses supports.

Pour commencer, Benoît Epron (Enssib) a proposé à une salle pratiquement comble un ambitieux exposé intitulé : « Le livre numérique : définition, enjeux et état des lieux ». Le résultat fut à la hauteur de l’ambition, tant dans ses contenus, complets et très documentés, que dans sa forme, fluide et ponctuée de notes d’humour. Ce brillant exposé introductif s’est enrichi au fil de la journée d’éléments très concrets, qu’il s’agisse des données rassemblées par l’Arald sur les matériels et dispositifs de lecture numérique, présentées par Antoine Fauchié, ou des retours d’expérimentations de Grenoble, par Annie Brigant, d’Issy-les-Moulineaux, par David Liziard, et du département de la Seine-Saint-Denis, par Cécile Hauser. Enfin, deux commerciales sont venues clore le propos par une présentation de leurs produits proposés aux bibliothèques : Iznéo pour la BD numérique, et Immatériel pour la littérature et les essais.

Quelques lignes de force ont ainsi été mises en évidence, telles le fait que la chaîne du livre « à la française » est à la fois une chaîne au sens d’entraide mais aussi au sens moins poétique de ce qui contraint les uns et les autres, dans des formes difficiles à faire évoluer. Or, c’est bien cela le cœur du questionnement autour du numérique : comment faire bouger tout un écosystème sans perdre de chaînons, sachant que les nouveaux acteurs, qui eux ne sont pas pris dans les mêmes contraintes, offrent au public de nouveaux modèles ? Une question particulièrement cruciale pour les libraires, maillon de la chaîne du livre le plus en danger à l’heure actuelle, et les bibliothèques qui ont à s’interroger sur leur positionnement dans ce nouvel écosystème du livre numérique, moins fortement hiérarchisé et plus fondé sur une multiplicité de possibilités de diffusion.

Dans ce contexte, c’est bien sûr la question de la valeur ajoutée dans la médiation qui se pose fondamentalement à ces deux professions, mais aussi, pour les bibliothèques, le problème très immédiat du type d’offre qui leur est fait par les sociétés commercialisant des livres numériques, offre très largement conditionnée par le modèle qui définit ce marché (streaming en consultation sur place uniquement vs DRM très contraignantes et posant des problèmes d’usage). À ce jour, il paraît vital de trouver une position collective qui permette de peser sur ce modèle afin que le poids des bibliothèques dans la chaîne de diffusion du livre numérique soit reconnu et que puissent être ainsi pris en compte les besoins des usagers.

A également été pointée la problématique du « De quoi parle-t-on ? », entre reproduction homothétique du support papier et véritable production numérique utilisant les potentialités ouvertes par ce changement de support. Les différences ne se situent pas seulement dans l’outil qui permet l’expérience de lecture, mais dans la nature même de celle-ci, très éloignée de celle vécue avec le papier, quelle que soit l’option de passage au numérique choisie. En effet, là où antérieurement l’éditeur était totalement maître de l’expérience qu’il allait faire vivre au lecteur, le numérique donne à celui-ci certaines libertés, que ce soit sur l’apparence du texte ou sur les chemins de traverse qu’il prendra ou non pour le lire, dans le cas d’un texte enrichi. Cette question du texte enrichi ouvre, par ailleurs, un questionnement juridique sur la nature de l’auteur dans une œuvre qui devient composite… Les auteurs auront-ils la capacité de créer eux-mêmes tous les enrichissements de leur œuvre ou ceux-ci seront-ils confiés à des tiers (infographistes, vidéastes…) qui deviendront de ce fait coauteurs de l’œuvre finale ? Et d’ailleurs, le texte enrichi est-il encore un livre ou devient-il une forme de jeu vidéo par la nature même de l’expérience de lecture qu’il propose ?

Outre ces questions restées largement ouvertes, les supports physiques existants ont été présentés et commentés, ouvrant eux aussi leur lot de questionnements. En effet, entre les liseuses à encre numérique, peu gourmandes en batterie, très confortables et visuellement proches du papier, mais limitées sur les potentialités autres que la lecture du texte et son traitement, et les tablettes rétro-éclairées, plus interactives, offrant toutes les potentialités du numérique (notamment autour de l’image, fixe ou animée, et du son) mais gourmandes en énergie et moins confortables visuellement, les différences sont importantes. Ce qu’il ressort des expérimentations menées, c’est que les liseuses sont des matériels fiables et solides qui peuvent s’inscrire dans une relative durée pour un coût assez modéré, ce qui est beaucoup moins vrai pour les tablettes. Par ailleurs, la lecture proprement dite est plus aisée sur liseuse que sur tablette, ces dernières ayant tendance à inciter au multitâche, mais étant mieux adaptées à la lecture des ouvrages illustrés, BD ou livre jeunesse…

C’est ainsi sans réponse ferme sur ce qu’il conviendrait ou non de proposer, mais avec la certitude renforcée qu’il s’agit là d’un tournant à ne pas manquer que nous sommes repartis vers nos équipements à la fin de la journée. •