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L'ifla 2012 à Helsinki

« La voix globale des bibliothèques »

Jean-Philippe Accart

«La voix globale des bibliothèques » est l’expression actuelle très visible choisie pour caractériser la Fédération internationale des associations de bibliothèques (Ifla) : le dernier Congrès mondial de l’information et des bibliothèques  1 qui s’est tenu pour la 78e fois à Helsinki en Finlande du 11 au 17 août dernier en est la preuve vivante. Quelque 4 000 professionnels du monde entier ont pu ainsi mesurer à quel point « les bibliothèques sont inspirantes, surprenantes et dynamisantes », titre choisi pour la conférence.

Quelques travaux de l’Ifla en 2011 et 2012

Généralement, le congrès annuel est l’occasion de présenter les activités de l’Ifla durant l’année écoulée, grâce notamment au rapport annuel. Ce fut le cas cette année également, avec quelques points forts  2.

Les cinq initiatives clés de l’Ifla  3 se déclinent en cinq programmes portant sur :

  • le contenu numérique pour l’accès au contenu et aux ressources des bibliothèques numériques : la représentation de l’Ifla à l’OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle) est jugée essentielle, ainsi que le développement d’une politique en matière d’Open Access ;
  • le développement de la bibliothéconomie : deux programmes, l’un pour la mise en place d’associations professionnelles fortes et l’autre pour le renforcement du leadership  4 ;
  • la défense et l’avancement de la profession : la Fédération est représentée dans les grandes manifestations internationales du monde de l’information ;
  • la reconstruction du patrimoine culturel après un désastre : l’Ifla souhaite s’engager de manière importante en mettant en avant le fait que la culture est un besoin essentiel chez l’homme ;
  • enfin, le multilinguisme sera renforcé au sein de l’Ifla, notamment par un site web prenant mieux en compte les différentes langues officielles de la Fédération  5.

Le projet de « Code d’éthique de l’Ifla  6 » a été très suivi sur les réseaux sociaux : au cours de 2011 et 2012, le groupe de travail FAIFE (groupe pour la liberté d’information et d’expression) 7 a largement consulté les bibliothécaires sur un code international d’éthique. Des centaines de commentaires des membres de l’Ifla et de non-membres ont été reçus pour le projet, et une version finale a été préparée et approuvée par le conseil d’administration de l’Ifla. Il est maintenant disponible en ligne.

Le programme « Adopt a student ! 2.0  8 » a pour objectif de parrainer des étudiants en bibliothèque et sciences de l’information (LIS) pour une adhésion à l’Ifla pendant un an, soit 59 euros. Ils pourront travailler avec les sections de l’Ifla ou à différents projets.

Quelques thèmes débattus lors de la conférence

Parmi les très nombreux thèmes débattus, quelques-uns retiennent l’attention :

  • L’acquisition des ressources numériques  9 est un sujet récurrent, surtout en période de restrictions budgétaires. De nombreuses questions sont posées telles le refus de certains éditeurs de prêter leurs livres numériques aux bibliothèques (ou seulement à des conditions très restrictives) ou le coût exponentiel des licences.
  • Le thème de la curation, qui fait l’objet de nombreux articles en France et en Europe, n’est pas un sujet très nouveau Outre-Atlantique : la curation est, très schématiquement, une pratique qui consiste à sélectionner des contenus en ligne les plus pertinents et à les partager d’où le développement du métier dit de « community manager ». Une session très suivie et très commentée portait sur le rôle des bibliothécaires par rapport à la curation dans différents pays du monde (Allemagne, Canada, États-Unis, Grande-Bretagne). OCLC a lancé un projet de recherche très important sur la curation  10.
  • Le cloud computing et son impact sur la vie privée : Clifford A. Lynch (Coalition for Networked Information – CNI) 11 explique que l’idée du cloud computing remonte aux années 1960 et il fractionne le cloud computing en deux catégories – public et privé – avec trois types de clouds pour le stockage, les calculs et des applications en tant que services. Il a ensuite exposé un certain nombre d’avantages et d’inconvénients des clouds : problème de dépendance, de manque de transparence, mais capacité importante de stockage et d’archivage.
  • Helena Ranta, professeur à l’université d’Helsinki, a prononcé un discours fort sur la destruction de biens culturels et la récupération du patrimoine culturel après une guerre  12  : on pense bien sûr aux événements récents au Mali à Tombouctou, ou en cours en Syrie dans la ville d’Alep. Mais cela peut être aussi en cas de génocide ou d’emprisonnement : l’exemple de la poétesse russe Anna Akhmatova emprisonnée au temps de Staline et qui a vu son poème « Requiem » reconstitué de mémoire par ses amis. H. Ranta insiste sur le rôle des professionnels de l’information dans le travail de collecte et d’archivage de la mémoire.
  • L’Open Data est un thème débattu par la Section des bibliothèques nationales et fait également l’objet d’une table ronde organisée par OCLC. La Bibliothèque nationale d’Écosse fait part de son expérience. D’autres institutions sont prêtes à se lancer telles la British Library, la Deutsche Nationalbibliothek, la BnF. OCLC a récemment ouvert les données de WorldCat en Schema.org sous licence ouverte  13.
  • Les services mobiles sont en plein essor et placent les bibliothèques en concurrence directe avec les moteurs de recherche ou d’autres opérateurs du web. De nombreuses communications ont abordé cette question avec l’exemple des bibliothèques publiques d’Helsinki ou celui de la Bibliothèque nationale de Norvège qui développent des applications pour smartphones très innovantes.

Avant Lyon 2014, Singapour 2013 !

Un des grands sujets de discussion au sein de la francophonie pendant la durée du congrès fut bien sûr la candidature de la ville de Lyon pour 2014. La candidature avait été portée par le CFIBD(Comité français international bibliothèques et documentation) 14, la ville de Lyon, le Grand Lyon et le Bureau des congrès de Lyon. Lyon est donc la ville retenue pour le congrès 2014, et le comité national de cet évènement professionnel majeur sera coprésidé par Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon, et Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France.

Comme l’indique le CFIBD, il s’agit « d’une opportunité incomparable de montrer les (r)évolutions des bibliothèques françaises en cours depuis le congrès de Paris en 1989. Une chance unique pour les bibliothécaires français de rencontrer, à domicile, 3 000 collègues étrangers et de bénéficier de quelque 600 communications reflétant l’état de l’art en bibliothéconomie et sciences de l’information ».

Ce sera également l’occasion pour l’Association internationale francophone des bibliothécaires et documentalistes (AIFBD) 15 qui tient son assemblée générale en parallèle à la conférence de l’Ifla, de préparer son prochain congrès en 2014 (les villes intéressées peuvent déposer un dossier de candidature).

En attendant, en août 2013, c’est le continent asiatique qui est honoré avec la ville de Singapour comme lieu du congrès. Il se tiendra du 17 au 23 août 2013, avec un thème ambitieux : « Les bibliothèques du futur : d’infinies possibilités  16 ». •